Dada : éloge de la contradiction

George GROSZ & John HEARTFIELD, Leben und Trieben im Universal City, 12 Uhr 5, Mittags, photomontage, 1919. Affiche pour la première foire internationale Dada.

George GROSZ & John HEARTFIELD, Leben und Trieben im Universal City, 12 Uhr 5, Mittags, photomontage, 1919. Affiche pour la première foire internationale Dada.

Tzara a trouvé le mot dada le 8 février 1916, à 6 heures du soir ; j’étais présent avec mes 12 enfants lorsque Tzara a prononcé pour la première fois ce nom qui a déchaîné en nous un enthousiasme légitime. Cela se passait au Café de la Terrasse, à Zurich, et je portais une brioche dans la narine gauche.

Hans Arp

Dada est né au Cabaret Voltaire à Zurich en 1916, d’un rassemblement d’artistes : Tristan Tzara et Marcel Janco (roumains), Hans Arp, Sophie Taueber et Hugo Ball (allemands). Dada est contre tout ce qui l’a précédé, tout ce que Dada juge responsable de la boucherie au sein de laquelle il éclot. Dès ses débuts, le mouvement se veut international ; il se développera dans plusieurs villes, en particulier à Berlin, Cologne, Paris (notamment avec Marcel Duchamp et ses ready-made) et New York. Dada allemand est connu pour son orientation fortement politique, qui consistait en une dénonciation véhémente de la guerre et de ses conséquences (morts, infirmes, blessés, chômage, famine) une critique du traité de Versailles et de la République de Weimar, des bourgeois ou des libéraux. Ils se revendiquèrent tour à tour communistes, anarchistes ou nihilistes, et prétendirent n’hériter de personne bien qu’influencé par la peinture métaphysique de Chirico, l’art de la machine de Vladimir Tatline (qu’ils ne connaissaient qu’à travers des écrits) et l’expressionnisme, l’abstraction, le futurisme ou autre -isme. Les artistes dadaïstes sont contre la peinture, art bourgeois par excellence. Ils font des performances, écrivent de la poésie et des pièces de théâtre ; une pièce est réussie quand le public est tellement hors de lui qu’il y a des dégâts.

On notera que l’activisme des dadaïstes passe beaucoup par la technique du photomontage, dont la paternité est attribuée à Raoul Hausmann (autrichien), une figure exemplaire, fédératrice du mouvement dada. À l’instar de Kurt Schwitters (le seul représentant du mouvement à Hanovre, pourtant incontournable), il découpe des formes, des objets, des figures dans des papiers trouvés (particulièrement des bouts de journaux). L’œuvre naît de la juxtaposition des formes détournées ; Hausmann leurs donne un nouveau sens ; ses photomontages sont souvent porteurs de messages, la présence des mots y est très importante. C’est une technique différente du cubisme où le journal est juste là pour faire illusion, ici le collage est la matière principale de l’artiste. C’est une idée révolutionnaire car les dadaïstes rompent ici avec l’idée de pureté: ils créent une forme artistique hybride, un mélange plusieurs moyens plastiques – et ça ne s’était jamais fait avant ! Hausmann explore cette technique. L’œuvre est un message que le spectateur doit déchiffrer, les formes rayonnent à la surface, on comprend que c’est un travail très réfléchi et en même temps il y a cette idée d’immédiateté, de hasard, de légèreté, et de jeu, précieuse aux dadaïstes.

La mort de Dada est proclamée dans le fracas à Paris en 1923, au cours d’un procès présidé par André Breton et Tristan Tzara. Le surréalisme naîtra de ses cendres encore chaudes. Dada fit long feu, mais brûla avec une intensité et une clarté qui est encore perceptible aujourd’hui. Ils voulaient faire quelque chose de radicalement nouveau tout en ne sachant pas vraiment que faire, alors ils faisaient de tout, ils étaient contre tout et pour tout à la fois. On a souvent dit que dada était plus un état d’esprit, une attitude qu’un mouvement artistique uniforme et homogène; on pourra toujours dire et écrire, organiser des expositions sur Dada, on restera loin de les comprendre, comme l’a dit un jour Max Ernst « Essayer de montrer l’esprit dada […] c’est comme si on voulait faire ressentir la violence d’une explosion en présentant quelques éclats d’obus figés pour l’éternité. »

1923-1924 Encre de Chine, reproduction de photographie et imprimés découpés, collés sur papier, 40,4 x 28,2 Centre Pompidou-Musée national d’art moderne, Paris Achat 1974

Raoul Hausmann, ABCD, 1923-1924
Encre de Chine, reproduction de photographie et imprimés découpés, collés sur papier, 40,4 x 28,2
Centre Pompidou-Musée national d’art moderne, Paris
Achat 1974

Kurt Schwitters, vue du Merzbau (Construction Merz), vers 1932, matériaux divers, détruit en 1943, Reconstruction du Sprengel Museum, Hanovre.

Kurt Schwitters, vue du Merzbau (Construction Merz), vers 1932, matériaux divers, détruit en 1943, Reconstruction du Sprengel Museum, Hanovre.

Sophie Taeuber-Arp, Tête dada, 1918. Centre Pompidou-Musée national d’art moderne, Paris

Sophie Taeuber-Arp, Tête dada, 1918.
Centre Pompidou-Musée national d’art moderne, Paris

Sources :

  • http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-dada/ENS-dada.htm
  • http://www.dadaisme.org/
  • http://www.dada-data.net/fr/depot

 

Cet article a été rédigé par Emilie Teixeira et Marjolaine Tournaire Guille

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