Pop Art – Roy Lichtenstein

Aujourd’hui, Roy Lichtenstein est considéré comme un des grands du mouvement Pop Art. Ses œuvres sont fortement influencés par la publicité et la Bande Dessinée.

Roy Lichtenstein est né le 27 Octobre 1923 à New York. Issu d’une famille aisée, il étudia en 1939 à l’Art Students League afin d’apprendre le dessin. Par la suite, il entame des études à l’Université de l’Ohio State College en 1940. Cependant en 1943, il est appelé pour son service militaire. Durant son service, il profitera de ses permissions pour fréquenter les musées de Londres et de Paris. Suite à son service, il reprendra ses études à l’Ohio State College afin d’obtenir son diplôme. En 1958, il commence à enseigner à l’université de l’état de New York à Oswego. Roy Lichtenstein tient sa première exposition au Canada en 1951 mais son œuvre attira réellement l’attention à partir de 1960. La même année, il continue d’enseigner dans une autre université où Allan Kaprow est également professeur : l’université Rutgers. Son intérêt pour l’image pop refait surface grâce notamment à la grande inspiration que lui procure Kaprow.

Il découvre l’année suivante qu’il partage ces thèmes avec Andy Warhol, formant ainsi une tendance rapidement baptisée Pop Art. Ses premières peintures dans le courant Pop Art utilise des images de dessins animés (comme Mickey de Disney) mais aussi à partir de 1965, des images de publicité suggérant des scènes de consommations, les bandes dessinées, les journaux et la télévision. Sa technique dérive des moyens de production en série, notamment l’imprimerie. Ces tableaux constituent la partie la plus connu de son art. Il peint également des tableaux qui parlent de l’histoire de la peinture. Les deux séries se développent en même temps, même si les tableaux avec les comics dominent jusqu’au milieu des années 60. Le Pop Art et le Post moderne coexistent. Il va également réaliser une série de portraits inspirés de Picasso mais aussi des tableaux citant Mondrian et Cézanne. Cela lui vaudra des critiques de plagiat de la part de certains américains. Toujours dans les années 60, il fera aussi une série de peintures pour la plupart abstraites pour offrir une relecture des formes géométriques, répétitives et machinistes typiques de l’Art déco et du  »Modern Style ».

En 1961, Léo Castelli commence à présenter les travaux de Lichtenstein à sa galerie de New York. Il eu son premier  »One Man Show » à la galerie en 1962. Malgré le succès qu’il rencontre assez vite, Roy Lichtenstein ne se prend pas au sérieux. Il décrit le pop art comme  »n’étant pas une peinture américaine, mais une peinture industrielle ». Ces compositions sont rigoureusement organisées avec les coloris brillant et les dessins linéaire. En 1963, il pris congé de son poste de professeur à l’université Rutgers. A partir de 1964, les images de la vie moderne occupe une place moins importante dans son art au projet de paysages schématisés, de commentaires ironiques sur l’Expressionnisme abstrait, de compositions fondées sur l’art décoratif des années 30 et de natures mortes. Ainsi, il s’amuse à  »lichtensteiniser » les principaux courants de l’art moderne : le cubisme, le purisme, le futurisme et le surréalisme. En 1972, à 49 ans, Lichtenstein est déjà depuis 10 ans identifié comme l’un des ténors du mouvement pop. Il réalise ainsi les natures mortes notamment cubistes entre 1973 et 1975, les tableaux inspirés du futurisme entre 1974 et 1976. Les références au purisme dominent à partir de 1975. Entre 1977 et 1979, il explore le surréalisme et l’expressionnisme allemand entre 1979 et 1980. En 1979, il intègre dans son système graphique les motifs décoratifs de l’art des indiens d’Amérique. Après avoir parcouru divers courants tout en restant dans le pop art, Lichtenstein s’intéresse aussi à la lithographie et la sérigraphie. Enfin au milieu des années 1990, Lichtenstein, alors septuagénaire, s’attaque à nouveau à l’histoire de l’art avec la peinture de paysages de la Chine ancienne.

Roy Lichtenstein décède d’une pneumonie le 29 Septembre 1997 en étant un artiste à la fois postmoderne et  »appropriationniste ».

Regarde, Mickey, 1961, Huile sur toile, 121,9 x 175,3 cm, Washington, D.C., National Gallery of Art

Au début des années 60, Look Mickey est une de ses premières réalisations. Lichtenstein constate que les personnages de Bandes Dessinées étaient devenus l’expression immédiate de la culture américaine. Il décida de dessiner des personnages tels que Mickey Mouse pour ses enfants. En 1961, Lichtenstein se décida à rompre avec son style expressif. Il constata qu’une utilisation de la technique d’imprimerie vraiment industrielle ainsi que l’intégration de la bulle indiquant les paroles rendaient l’image beaucoup plus forte, et lui prêtaient une nouvelle qualité stupéfiante. Ainsi, Look Mickey (Regarde Mickey) est le premier tableau à l’huile en grand format, représentant des personnages aux contours nets, et réalisé en peintures industrielles sur un fond de trame quadrillée. Il représente un Donald surexcité, dont le hameçon s’est accroché dans les pans de son propre habit et qui croit avoir attrapé un gros poisson avec sa ligne. Mickey, comme toujours plus malin et plus perspicace que Donald, tient sa patte gantée devant son visage pour ne pas éclater de rire. Il n’existe aucune raison évidente expliquant le choix de Lichtenstein pour cette histoire particulière de bande dessinée, si ce n’est qu’elle contient une pointe comique. Peut-être la scène le tenta-t-elle pour des raisons formelles. Peut être était-ce une boutade visant ces artistes exaltés qui croyaient avoir crée quelque chose de tout à fait nouveau et de grand, et qui en fait se trompaient eux-mêmes. Les yeux écarquillés et très expressifs de Donald lui sortent formellement de la tête, comme s’il avait vraiment vu un poisson. Mickey, plus cool, dont les yeux sont petits et vides, a en revanche une vision plus réelle des choses. Grâce à Regarde Mickey, le mécanisme fut mis en mouvement. Le style de Lichtenstein devient le style industriel des bandes dessinées imprimées. Dans Regarde Mickey, les points de la trame quadrillée se limitent aux yeux de Donald et au visage de Mickey.

 Jeune fille avec ballon, 1961, Huile sur toile, 153 x 91,9 cm, New York, The Museum of Modern Art

Une annonce de journaux qui vantait les mérites de  »la lune de miel parfaite » dans les montagnes Pocono en Pennsylvanie inspira Lichtenstein pour réaliser sa Jeune fille avec ballon de 1961. Celle-ci représente exactement le type de filles dont le jeune officier de Mr. Bellamy semble toujours devoir porter la photo dans son portefeuille. Aussi bien l’annonce que le toile montrent le cliché d’une jolie jeune femme aux cheveux ondulés, soyeux et brillants, aux lèvres rouges entrouvertes, à la silhouette fantastique et aux aisselles rasées, tenant un ballon au dessus de sa tête. Dans toute son attitude corporelle qui est ici fixée par une photo instantanée, on peut lire qu’elle s’amuse follement, sans retenue. Pourtant, d’une certaine manière, Lichtenstein a fait disparaître le plaisir de son dessin de Pocono. La peinture se concentre complètement sur l’attitude de la jeune fille, attitude qui n’est traduite que par la partie supérieure du corps. Alors que l’annonce est très petite, Lichtenstein a gonflé la jeune fille pour lui faire prendre des proportions plus grandes que nature. L’utilisation parcimonieuse de couleurs décompose et simplifie l’effet sobre de l’original en noir et blanc. Exactement comme dans le cas d’une bande dessinée imprimée à bon marché où peu de couleurs ont à remplir diverses fonctions, Lichtenstein procède ici de façon très  »économique » avec sa palette. Les cheveux de la jeune fille sont aussi bleus que son maillot de bain, ce qui rappelle le procédé courant chez les imprimeurs commerciaux consistant à économiser une coloration supplémentaire. Les cheveux bleus n’existant pas, on comprend tout de suite qu’on a voulu se référer à des cheveux noirs. Une fois de plus, Lichtenstein a fait une allusion pleine d’humour à un problème économique qui, chez lui, est totalement dénué de fondement. Car il peint son tableau et ne l’imprime pas. Les lèvres rouges ouvertes de le jeune fille dénudent une bande blanche, censée représenter des dents blanches éclatantes. De ce fait, cette grimace bizarre inclinée de la bouche rappelle en même temps les croissants rouges et blancs du ballon de plage. Dans la rayure blanche du maillot de bain, le reflet de lumière dans les cheveux et la silhouette galbée, le jeu de formes se poursuit. Dans ce tableau, Lichtenstein ne se préoccupe pas seulement de la représentation du cliché. Ce qui l’intéresse aussi, c’est de savoir à quel point on peut manipuler les formes abstraites pour signaliser des significations associatives déterminées. Bien sûr, ces formes possèdent une ambiguïté. Le prototype de la jeune et jolie femme, comme il apparaît dans Jeune fille avec ballon réapparaît sans cesse dans les œuvres des débuts de Lichtenstein.

Jeune fille se noyant, 1963, Huile et magna sur toile, 171,6 x 169,5 cm, New York, The Museum of Modern Art

Jeune fille se noyant de 1963 montre une jeune femme qui semble se noyer dans le flot de ses propres larmes. Elle sombre littéralement dans l’émotion et se laisse arracher par ses forces destructrices. Brad, l’homme qui enjôle diverses  »héroïnes » de Lichtenstein, semble l’avoir profondément blessée. Comme nous l’apprenons par  »la bulle de pensées », elle préférerait mourir plutôt que de l’appeler à l’aide. Ici, Lichtenstein s’en tient au style de dessin lisse, plus appuyé des bandes dessinées. On ne retrouve plus la moindre trace de la raide maladresse que possédait la sœur – celle qui jouait au ballon – de la jeune fille se noyant. La tête de la jeune fille a des dimensions pratiquement monumentales : tout le tableau est à peu près aussi haut qu’une femme adulte. Elle est couchée dans l’eau, comme s’il s’agissait d’un lit, un mélange de lieu de plaisir et de lieu du dernier repos. Seuls son visage, une partie de son épaule nue et une main manucurée ressortent de l’élément en furie qui l’entoure. L’élégante vague, rappelant un coussin, qui se brie au-dessus de sa tête, n’est vraiment pas grande au point de pouvoir la mettre en danger, et c’est ainsi que s’immisce le soupçon que ses pensées mélodramatiques de mort pourraient être un peu trop précipitées. Lichtenstein a expressément souligné le fait que la vague lui avait été inspirée par la célèbre gravure sur bois en couleur La Grande Vague du japonais Hokusai, et c’est de qui explique aussi son caractère décoratif. Il importait à Lichtenstein de représenter le paroxysme d’une situation par un détail, car ce genre de représentation empêchait à l’observateur de s’identifier à la crise l’ayant provoqué, et en réduisait l’effet émotionnel.

 

Bibliographie :

http://www.le-pop-art.com/roy-lichtenstein.html

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cieR4x/rezgeXx

https://www-universalis–edu-com.nomade.univ-tlse2.fr/encyclopedie/roy-lichtenstein/

http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Lichtenstein/153011

http://www.linternaute.com/biographie/roy-lichtenstein/

Janis Hendrickson, Lichtenstein 1923 – 1997 L’ironie du banal, Taschen, 2016, 95 pages