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Nous avons reçu des questions de la part du collectif « Les bibliothèques alertes ». Voici les réponses que nous pouvons apporter dores et déjà…en plus et en complément à ce qui a été évoqué lors de nos rencontres.

  1. Pour vous candidat-e-s, à quoi servent les bibliothèques ?

De plus en plus les bibliothèques deviennent de vrais lieux de vie : sur tous les campus les espaces de documentation vont jusqu’à remplir d’autres fonctions que celles qui sont a priori les leurs. Vu entre autres leurs horaires d’ouverture, différentes de celles de bien d’autres services de notre université, les bibliothèques accueillent au sens le plus fort du terme (renseignent, orientent…). Elles œuvrent donc à l’épanouissement des étudiant-e-s dans le cadre de leur projet universitaire, certes, mais pas uniquement. Elles contribuent pleinement à la formation d’esprits libres et critiques, ce qui est le fondement même de l’université. A l’heure d’internet, il faut apprendre aux étudiant-e-s à s’orienter sur la toile et à discriminer dans un flux toujours croissant les « informations selon leur nature. Bien se documenter est devenu plus difficile.

Notre génération d’enseignants, d’enseignants-chercheurs ne doit pas plaquer ses a priori sur les métiers de la documentation et des bibliothèques, mais tenir compte des usages étudiants. La bibliothèque n’est plus seulement un lieu où l’on vient chercher un livre et potasser ses cours en silence. Ce n’est plus seulement non plus un lieu d’apprentissage dans la solitude, mais aussi un lieu où la sociabilité étudiante peut se déployer, en petits groupes de travail. C’est une fonction importante qui participe à lutter contre un isolement aux effets délétères. Leur permettre de travailler dans de petites salles concourt par exemple au maintien d’un lien social vital pour la réussite de leur parcours. Au regard de ce qui se fait à l’étranger dans le domaine des bibliothèques nous n’avons pas à rougir de ce qu’offre notre université.

Notre bibliothèque universitaire est un bel outil de travail et un lieu de vie. Il en est de même des centres de ressources qui émergent les uns après les autres dans des espaces nouveaux. Plus que des endroits de ressources, nous avons aujourd’hui une bibliothèque et des centres de ressources porteurs de projets en phase avec les pratiques des étudiants et forces de propositions pour les enseignants et enseignants-chercheurs. Il nous importe de les soutenir.

Nous bénéficions en effet sur le campus du Mirail d’un réseau de centres de documentation dont il faut tirer parti : éviter les redondances, offrir le maximum de services justement grâce à la complémentarité de ces différents lieux qui doit sans cesse être améliorée grâce au dialogue, et ce quel que soit le statut des bibliothèques d’UFR, intégrées ou associées.

 

  1. Que pensez-vous du /Plan « bibliothèques ouvertes » : améliorer l’accueil des étudiants en bibliothèques universitaires/proposé par Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon le 1er février 2016 ?

Sur le principe, et vu ce que nous venons de développer, il est difficile de ne pas s’inscrire dans l’esprit de ce projet. Permettre à tous les étudiant-e-s qui sont dans des situations particulières (salarié-e-s, parents, élu-e-s…) d’avoir accès plus facilement aux services qu’offrent nos bibliothèques relève d’une vision de l’université que nous partageons, celle d‘une université plus ouverte sur l’extérieure, plus souple dans son organisation, attentive à la diversité des besoins (demande de formation, appétit pour comprendre notre environnement social, économique, politique, envies de se cultiver…), mais attentive aussi aux conditions de travail de nos personnels.

Simplement, comme, hélas, beaucoup trop souvent ces derniers temps, l’Etat nous assigne certains objectifs mais refuse d’accorder les moyens que nécessitent ses cadrages. On voit bien ce que la loi LRU, même amendée, contient de pervers : elle permet à l’Etat de faire des économies sans avoir à les assumer lui-même, ce qui est inacceptable et sape même le principe d’autonomie.

Il ne suffit pas en effet d’ouvrir les portes d’une bibliothèque et de recruter des étudiants pour assurer le service attendu. Le rapport rendu public début février par T. Mandon et N. Vallaud-Belkacem (plan « Bibliothèques ouvertes ») que vous citez s’appuie surtout sur la situation des universités de droit ou de médecine dont les étudiant-e-s n’ont pas le même usage des espaces documentaires que les nôtres en sciences humaines et sociales ainsi qu’en lettres, art et langues. Il faut donc tenir compte d’une situation à notre avis plus complexe que ne le dit le rapport.

– Quelle application à l’UT2J ?

Lors du précédent projet d’établissement, l’équipe à laquelle nous appartenions (sous la présidence de Daniel Filatre) avait déjà évoqué cette question de l’allongement des horaires d’ouverture des bibliothèques. L’université avait alors fait un effort qui était inscrit dans le projet d’établissement et dans le contrat qu’elle avait signé avec l’Etat. Mais à l’époque, malgré les injonctions de l’Etat, nous avions refusé d’aller aussi loin qu’il le voulait : nous avions rappelé les spécificités de la localisation de notre campus. Une application (totale ou partielle) des préconisations doit relever d’une décision commune du Conseil de la documentation (voir notre réponse sur cette instance ci-dessous), de la CFVU, du Comité Technique et du Conseil d’administration, chacun appréciant le projet à partir de sa propre lecture.

Il s’agit de se mettre d’accord sur les priorités de l’université (quelle université voulons-nous pour demain ?) et sur les attentes réelles des publics (en n’oubliant surtout pas les publics spécifiques et entre autres les étudiants du SED et les usagers de la Formation continue, car les différents publics étudiants doivent être traités de manière équitable) pour décider de concert ce qui doit être ouvert et quand. Une ouverture le samedi peut en effet offrir des avantages pour certains publics : public salarié, public venu de la région intéressé par la situation périphérique de notre campus, plus facilement accessible en voiture. Il faudra alors aussi choisir collectivement le mode de rémunérations de ce service complémentaire (heures sup ? récupération ? au libre choix du personnel ?). Nous assumerons alors le coût de ces décisions si collectivement elles semblent justifiées et accroître l’offre et la qualité du service.

Quel budget lui serait dédié ?

La question est difficile : nous refusons de prendre des engagements durant cette période de campagne, ne disposant pas d’une juste appréciation de la situation budgétaire de notre université. Tout comme nous refusons au cours des réunions avec les différents services de laisser croire que nous sommes en mesure de répondre à toutes les demandes et attentes. C’est pourquoi nous publierons sur notre blog les réponses à vos questions, comme nous l’avons fait pour d’autres acteurs de notre université afin que nos positions soient publiques (http://blogs.univ-tlse2.fr/ensemble-autrement/ ). Ce qui est sûr, c’est qu’il y a là un enjeu de taille : si la communauté nous rejoint dans la nécessité d’assurer un meilleur accueil de tous les étudiants, de réels moyens devront être dégagés.

  1. Pour la documentation recherche, quelle est votre position concernant l’avenir du Centre d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique de Toulouse-2?

Seriez-vous disposé-e-s à défendre sa place dans la cartographie des collections d’excellence auprès du MESR ?

Il nous semble inenvisageable que le CADIST d’espagnol disparaisse mais aussi que Toulouse, vu son histoire singulière, ne soit plus en charge de ce dernier. C’est pourquoi nous nous engageons à peser à Paris pour éviter une telle suppression, qui serait catastrophique non seulement pour le site de Toulouse mais aussi pour la recherche française.

  1. Pour vous, candidat-e-s, quel est le rôle, l’utilité, la portée du Conseil documentaire ?

Ce qui justifie le rapprochement politique de nos collectifs respectifs et la fondation d’Ensemble Autrement, c’est précisément la volonté commune de faire vivre la collégialité, autrement dit la volonté de rendre aux conseils, à tous les conseils, toute leur place. Nous nous étonnons que l’université française se satisfasse autant d’une organisation très hiérarchique au lieu de parier sur l’intelligence collective. Ce qui s’applique à l’université en général s’applique bien sûr aux conseils centraux, mais également aux autres conseils. Le conseil documentaire est primordial puisqu’il rassemble les différents acteurs de la documentation ainsi que leurs partenaires. Il doit être un lieu d’échanges, de coopération entre par exemple les UFR et le SCD, avec le souci commun d’améliorer le service public auquel nous appartenons tous.

Un conseil qui se réunit trop rarement ne peut réellement fonctionner. Il est délicat de prôner, a priori, un nombre annuel de réunions. Peut-être trois, surtout dans les périodes de rédaction d’un projet : projet de service du SCD, projet du schéma directeur de la documentation… Il nous faut retrouver une visibilité sur l’université, son devenir, à moyen et long terme. Nous devons collectivement construire cette vision. Si elle est réellement partagée, les décisions et les choix qui en découleront seront alors mieux acceptés, parce qu’ils seront compris. Ils ne feront plus l’objet de contestations sourdes comme aujourd’hui où chacun se demande les raisons profondes de telle ou telle décision.

Nous autres bibliothécaires sommes bien entendu disposé-e-s à vous rencontrer pour discuter de ces points et d’autres…

Nous avons pu nous rencontrer avec tout le service du SCD. Marie-Christine n’a pu se rendre au rendez-vous parce que nous continuons à remplir, tout en menant campagne, l’ensemble de nos obligations quotidiennes, mais soyez sûrs que nous serons l’un et l’autre, grâce à la possibilité que nous donne la loi de mettre en place une présidence du CAC différente de la présidence d’université, « doublement » présents sur le terrain et à l’écoute des équipes. Nous prenons ici l’engagement de venir avec régularité à votre rencontre.

Ensemble nous ferons vivre autrement notre université.

                                                                                                                                     Pierre-Yves Boissau

                                                                                                                                     Marie-Christine Jaillet

2 commentaires

  1. Pour faire suite à certains aspects évoqués dans cette rencontre, et nourrir la réflexion sur les enjeux que représentent aujourd’hui les bibliothèques dans l’Université, je me permets de citer l’article que j’ai écrit à la suite des missions sur la création des premiers centres de ressources :

    http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-02-0069-001

    Cordialement.

  2. Pour compléter ma remarque, il se trouve que les bibliothèques sont, en ce printemps 2016, au centre de questionnements :

    Quelle place aujourd’hui pour les bibliothèques dans une politique publique ? Quel est leur impact sur une communauté ou une société ? C’est l’objet de la norme ISO 16439 « Méthodes et procédures pour évaluer l’impact des bibliothèques ».

    Un livre blanc introductif écrit par un groupe de travail de l’AFNOR vient en effet de paraître en ligne :
    http://portailgroupe.afnor.fr/public_espacenormalisation/AFNORCN46-8/Livre%20Blanc%20fev2016.pdf

    Dans les pages 6-7, après avoir retracé les évolutions depuis les années 90, il évoque le contexte actuel et les problèmes auxquels il est nécessaire de faire face.

    De quoi alimenter une approche renouvelée des bibliothèques !

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