Ce qui est au fondement de l’université française, c’est bien l’existence d’une communauté de travail en capacité de s’organiser pour assumer collectivement une même mission d’enseignement et de recherche. Force est de constater que ce modèle est mis à mal par les réformes engagées ces dernières années. La pression est forte, constante, avec le risque d’une évolution semblable à celle observable dans le milieu hospitalier : une dissociation entre une direction assurant le management des établissements et la communauté des professionnels de santé qui y travaillent.

Aussi souhaitons-nous redonner toute sa place au principe de la collégialité universitaire, rapprocher l’équipe de direction de la communauté, rester à son écoute, pour ensemble être à la hauteur de nos missions et des enjeux auxquels nous devons faire face. C’est pourquoi nous avons décidé de présenter conjointement notre candidature pour assumer la direction de notre université. Ce qui nous rassemble, des principes, des valeurs, est plus fort que ce qui nous a séparé et de nos différences d’appréciation sur tel ou tel sujet.

Si vous nous accordez vos suffrages, Pierre-Yves Boissau sera président de l’université et s’occupera plus particulièrement des questions relatives aux personnels, au budget, aux moyens ; Marie-Christine Jaillet, présidente du Conseil Académique (CAC), pilotera tout ce qui concerne notre cœur de métier : la formation et la recherche. Avec l’aide d’une équipe issue de nos sensibilités respectives et des diverses composantes de notre Université, dans un esprit d’ouverture et de dialogue avec l’ensemble de la communauté, cette proposition de co-présidence entend :

  • Mettre un terme à l’hyperprésidentialisation à laquelle on assiste depuis la mise en place de la LRU. Un-e président-e ne peut pas être pleinement investi-e sur tous les fronts qui requièrent sa présence. Une présidence du CAC distincte de la présidence de l’université permettra à chacun-e d’entre nous de se consacrer pleinement aux domaines qui relèvent plus particulièrement de sa compétence, d’être davantage présent-e sur les différents sites de l’université, mais aussi sur les scènes nationale et régionale, où l’université doit faire entendre sa voix.
  • Rendre aux conseils et aux commissions, qui sont devenus des chambres d’enregistrement, leur rôle politique et décisionnel, en en faisant de vrais lieux de réflexion, de débat et d’élaboration de la stratégie de l’établissement : à côté du Conseil d’Administration qui doit assumer sa fonction stratégique, le Conseil Académique peut devenir ce lieu où nous pourrons prendre le temps de réfléchir à l’évolution de nos métiers, à celle de nos pratiques pédagogiques, au lien entre la formation et la recherche. Nous ne croyons pas à la fatalité de la contrainte (« on ne peut pas faire autrement »). Mais, sur certains sujets, nous ne pouvons pas nous contenter d’un débat circonscrit aux seuls conseils centraux : ainsi, par exemple, la décision de soumettre au seul Conseil d’Administration le changement de nom de l’université nous a profondément heurtés.
  • Récuser le spectre du modèle hospitalier. L’université reste un des derniers îlots où une certaine forme « d’autogestion » par la communauté de travail reste possible. Nous voulons rester maîtres de nos décisions. Il nous appartient, collégialement, et en pleine connaissance de cause des différentes contraintes qui pèsent sur l’université, d’identifier les marges de manœuvre dont nous pouvons disposer pour réintroduire la dimension du choix politique.

NOS PRIORITES POUR LE MANDAT

Pas de promesses et d’engagements que nous ne saurions tenir, mais la volonté :

  • D’aller vers une organisation moins centralisée en donnant plus d’autonomie aux composantes et aux équipes qui sont au plus près des besoins réels. Refonder un dialogue politique et de gestion entre les composantes et le central en nous appuyant sur le principe de confiance et sur de nécessaires concertations. Donner aux composantes les moyens de cette plus grande autonomie.
  • De veiller à la qualité des conditions de travail de nos collègues quels que soient leurs statuts : les situations individuelles de stress et de souffrance au travail se sont accrues, des collectifs de travail traversent des situations de crise délétère… Il est de la responsabilité de la présidence et de l’équipe de direction d’intervenir et d’assurer les médiations nécessaires pour éviter que les ambiances de travail ne se dégradent, de le faire rapidement et sans parti-pris.
  • De mieux gérer notre temps. Il nous appartiendra de mieux anticiper sur les grands moments d’élaboration et d’écriture collective, prévisibles pour nombre d’entre eux (renouvellement du contrat de l’Établissement, évaluation de l’offre de formation, accréditation des diplômes…) et, si besoin, de défendre les conditions de travail des équipes de l’Établissement quand les commandes ministérielles sont inacceptables. Il nous appartient de faire de notre université une université plus apaisée, où le qualitatif primera sur le quantitatif, où l’on retrouvera du plaisir à travailler ensemble et où les décisions qui engagent l’université seront réellement débattues.
  • De travailler à une plus grande équité de service entre les différents sites de notre université, de façon à remplir au mieux nos missions d’enseignement supérieur et de recherche au service de l’ensemble de nos usagers, et plus particulièrement les plus fragiles.
  • De poursuivre le chantier visant à une meilleure adéquation grade-fonction et de préparer les campagnes d’emploi Biatss de la même manière que ce qui a été fait pour les enseignants-chercheurs, de façon à répondre à leurs attentes et à permettre à l’université d’assurer au mieux ses missions.
  • De favoriser les démarches de formation tant pour les Biatss que pour les enseignants et enseignants-chercheurs afin de permettre à chacun-e- d’être en mesure de faire face aux changements de nos métiers et d’évoluer.
  • De valoriser le numérique en prenant en considération les pratiques des étudiants et en facilitant son usage pour les enseignants comme pour les usagers.
  • D’offrir aux chercheurs le soutien dont ils ont besoin de manière à ce qu’ils consacrent davantage de temps à leurs recherches en les libérant autant que possible des démarches administratives chronophages.
  • D’établir un dialogue de qualité avec les autres universités de la nouvelle grande région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, en particulier avec celles qui nous « ressemblent » d’un point de vue disciplinaire.
  • De participer à la consolidation d’une université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées respectueuse des identités des organismes qui la composent, qui, seule, pourra mettre fin à une concurrence stérile entre ses membres et impulser les coopérations interdisciplinaires et transdisciplinaires nécessaires.

NOUS NOUS ENGAGEONS avant tout sur une méthode reposant sur l’écoute et le dialogue, la volonté de rester accessibles, proches, la reconnaissance des singularités des composantes de notre Établissement, qu’elles tiennent à leur localisation géographique, au contexte disciplinaire, à leur structure. Nous travaillerons à réduire les inégalités entre les étudiants, à accroître, avec l’aide de toutes et tous, le rayonnement de notre université, à promouvoir l’ensemble de nos disciplines pour qu’elles soient présentes et reconnues sur les nouveaux fronts de la recherche en relation avec les évolutions de notre société. Nous soutiendrons le développement de la formation continue et formation tout au long de la vie pour être mieux en mesure de répondre aux nouveaux besoins de qualification, mais aussi de compétences, de connaissances et de compréhension de nos environnements. Nous n’y parviendrons pas seuls, mais avec une communauté remobilisée avec laquelle nous souhaitons d’abord retisser une relation de confiance. C’est à cette condition que nous pourrons, lucidement, affronter les mutations de l’enseignement supérieur et de la recherche sans renoncer aux principes qui le fondent.

Marie-Christine Jaillet et Pierre-Yves Boissau

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