23 janvier 2018

Quand les archives passent à table

Les brebis de « Monsieur Pierre » près de Lacaune (Tarn) [1950-1970]. © Arch. Nat.

La récente inscription du repas gastronomique des Français au patrimoine culturel immatériel de l’humanité est venue consacrer la singularité de pratiques et de savoir-faire enracinés dans une histoire séculaire.
De celle-ci témoignent de multiples sources conservées aux Archives nationales, qu’il s’agisse de textes (décisions politiques, rapports scientifiques, formulaires administratifs) ou de corpus photographiques et iconographiques (dessins, plans, croquis cartographiques).
À travers une quarantaine de documents du xiie siècle à nos jours, le présent diaporama invite à parcourir le cycle qui mène de la production à la consommation de ressources alimentaires, en passant par les étapes, toujours plus complexes et essentielles, de la transformation et de la distribution.

Une sélection de documents conservés aux archives nationales

Cultiver et élever

 

 Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cultivateurs et éleveurs participent largement, quoique à des degrés divers, aux mutations accélérées des techniques, de l’économie et des modes de vie que traverse la France des Trente Glorieuses. Si les photographes missionnés par le ministère de l’Agriculture fixent volontiers dans l’objectif les signes de « modernisation », il n’est pas rare qu’ils immortalisent, comme ici, des paysages ruraux et des pratiques agricoles « traditionnels », en portant la focale sur les hommes et les femmes, de tous âges, qui les ont façonnés et perpétués.

Le traitement des pommes de terre à l’Ipnogerm, solution hormonée commercialisée par la société Rhône-Poulenc (1949). © Arch. nat.

Modifier et préserver

L’utilisation massive des engrais et des produits phytosanitaires, comme la sélection des espèces végétales et animales, ont permis de nourrir des populations de plus en plus nombreuses et urbaines. Elles ne vont cependant pas sans soulever de vifs enjeux environnementaux, sanitaires et éthiques. Ceux-ci dépassent depuis des décennies le cercle des seuls spécialistes, ce qu’atteste par exemple l’engouement croissant des citoyens-consommateurs pour les appellations d’origine et l’agriculture dite biologique.

Acheter

La satisfaction des besoins alimentaires a longtemps constitué, pour la majeure partie de la société française, un sujet de préoccupation quotidienne. Les relevés de prix ci-contre laissent ainsi apparaître qu’entre février 1691 et février 1694, la valeur du setier de froment a plus que triplé sur les marchés parisiens. Une variation d’une telle ampleur reste exceptionnelle, mais elle n’en suggère pas moins des conséquences humaines dramatiques : de fait, la surmortalité liée à cette flambée des prix des céréales devait s’élever à quelque 1,3 million de morts, selon Emmanuel Leroy-Ladurie.

Manger

Les cuisines de La Bonne Auberge à Frotey-lès-Vesoul (Haute-Saône) [1950-1970]. © Arch. nat.

Pour peu qu’il soit partagé en famille ou entre amis, le repas se mue aisément en art de vivre. Il n’est dès lors guère surprenant que les photographes chargés par le Commissariat au tourisme, dans les années 1950-1960, d’oeuvrer à la promotion touristique de la France à l’étranger, se soient intéressés aux hôtels-restaurants aussi bien qu’aux monuments historiques.Loin de se limiter à une opération de marketing territorial, leurs clichés, tels ceux de Jean Dieuzaide, dit Yan, tendent du reste à abolir les frontières entre archives et art.

Diaporama associé à l’exposition « Quand les artistes passent à table – Leurs regards sur l’alimentation »