Mariana Eva Perez – Autrice du blog Diario de una princesa montonera

En Argentine, le 24 mars 1976, un coup d’état mené par le général Rafael Jorge Videla a lieu, il a pour conséquence l’arrivée au pouvoir de la Junte Militaire. S’ensuivent sept années de dictature militaire aussi appelées proceso de reorganizacion nacional, ou guerra sucia. L’objectif du régime politique du général Videla est de revoir toutes les bases du pays. Pour ce faire une politique de répression des subversifs est mise en place. Cette répression se traduit par la création de centres clandestins de détention ou de camps de concentration et d’extermination. C’est ainsi que trente mille personnes ont disparu entre 1976 et 1983, dans ces nombreux disparus sont compris des personnes de tous âges : nourrissons, enfants, adultes… Ces enfants sont maintenant appelés les « disparus vivants » puisqu’ils ont aujourd’hui une trentaine d’années et vivent mais sous une fausse identité qui leur a été attribuée à leur naissance. De plus, ils ont été élevés par un couple n’étant pas leurs parents biologiques, qui sont appelés los apropiadores puisqu’ils se sont appropriés un enfant qui n’était pas le leur. L’autrice du blog Diario de una princesa montonera, Mariana Eva Pérez fait partie de ces « disparus vivants ».
Mariana Eva Perez est née en 1977 à Buenos Aires, elle est la fille de José Manuel Perez Rojo, responsable militaire de La Columna Oeste de Montoneros et de Patricia Julia Roisinbilt, infirmière dans cette Columna : « (José Manuel Perez Rojo, responsable militar de la Columna Oeste de Montoneros, y su pareja, Patricia Julia Roisinbilt, integrante de la Sanidad de esa columna) » (Patricio Pron : 2012) . Ses parents ont été séquestrés et ont disparu le 6 octobre 1978. Elle a été élevée par ses grands-parents après que les ravisseurs de ses parents l’aient amenée auprès d’eux : « fue criada por sus abuelos paternos después de haber sido entregada a ellos por los secuestradores se sus padres » (Patricio Pron : 2012).

L’auteure n’a pas énormément d’informations concernant ses parents puisqu’elle n’avait que quelques mois lorsque les militaires l’ont séparée de ces derniers. Cependant tout au long de sa vie, au fil de ses rencontres et de ses recherches, elle parvient à glaner quelques informations sur chacun d’eux. Cela lui permet d’apprendre à les connaitre, et à se construire une histoire à partir du passé de ses parents.
Ensuite, suite à une discussion avec des anciennes amies de sa mère, elle parvient à obtenir des informations sur la jeunesse de sa mère, sur son caractère de militante, du début de sa grossesse etc. Elle raconte ceci dans un post publié le 30 mai 2010

[…] Se abrió el megáfono para todos los que quisieran contar algo sobre Paty y Jose. Irene, compañera de militancia, fue la primera.
Habló de lo enamorados que estaban y cuánto esperaban mi nacimiento. Habló para mí, para su hijo Juan Pablo que estaba por ahí debajo de los paraguas, para todos los hijis. Habló sobre lo que significábamos para ellos, los militantes, sus hijos, cómo nunca se imaginaron que los milicos se iban a meter con nosotros, cómo meterse con nosotros fue lo peor que les podrían haber hecho.
Hablaron dos compañeras de mi mamá de la escuela. Hablaron de su bella sonrisa, de su carcajada contagiosa, de las buenas notas que se sacaba aunque no fuera traga, de su vocación de médica definida desde tan temprano […]
Habló Michi, que fue compañera de militancia de los dos, pero eligió contar anécdotas de la Esma. Paty feliz durante el parto, feliz con su bebé, Paty deseando volver al lugar de la Fuerza Aérea donde había quedado Jose. Otra vez el amor entre ellos, qué lindo escuchar hablar de eso. Se emocionó y nos emocionó mucho con su esperanza de que hayan podido estar juntos en los momentos finales […]. Gracias por llamarme la atención, Michi querida. […]

Traduction – […] Le mégaphone fût mis à disposition pour les personnes qui voulaient raconter quelque chose sur Paty et Jose. Irene, camarade militante, fût la première.
Elle parla du fait qu’ils étaient très amoureux l’un de l’autre et qu’ils attendaient avec impatience ma naissance. Elle parla pour moi, pour son fils Juan Pablo qui était là, en dessous des parapluies, pour tous les fils. Elle parla de ce qu’on représentait pour elle, les militants, ses fils, du fait qu’ils n’auraient jamais imaginé que les militants allaient être de son côté.
Deux camarades d’école de ma maman parlèrent aussi. Elles parlèrent de son beau sourire, son rire contagieux, des bonnes notes qu’elle avait alors qu’elle n’était pas studieuse, de sa vocation de docteur définie très tôt […]
Michi parla, qui a été camarade de militance des deux, mais elle choisît de raconter des annecdotes sur l’ESMA. De Paty, heureuse pendant l’accouchement, heureuse avec son bébé, Paty voulant retourner à l’endroit de la Force des Airs, où était resté Jose. Encore une fois l’amour entre eux, quel plaisir de l’écouter parler de ça. Elle s’émût, elle nous émut beaucoup avec son espoir qu’ils aient pu être ensemble dans les derniers moments. […] Merci d’avoir attiré mon attention, ma chère Michi. […]

Toutes ces informations lui permettent de se forger une identité autour de celle d’enfant de disparus en s’appropriant le passé de ses parents. Puisqu’elle n’a pas grandi auprès de ses parents. Elle va jusqu’à se prendre en photo devant une ancienne photo de son père afin de se créer un souvenir avec ce dernier.

Lorsqu’elle a 26 ans les Kirchner arrivent à la tête du peuple argentin, en découlent l’annulation des lois Punto Final, une nouvelle implication du gouvernement concernant les questions de la mémoire post-dictatoriale et l’hommage aux victimes de la dictature. Ce basculement politique lui permet de s’investir davantage dans ses recherches concernant « los desaparecidos », et de participer activement à la récupération mémorielle dictatoriale.

C’est en 2009 qu’elle commence l’écriture de Diario de una princesa montonera sous la forme d’un blog avec des billets fréquents où elle y expose ses états d’âme, des rêves, des réflexions sur los desaparecidos, des témoignages, des photos, des questionnements etc. Ce blog est à l’origine du livre Diario de una princesa montonera, 110% verdad qu’elle publie en 2012. Ce dernier peut paraître obsolète par rapport au blog puisqu’elle publie encore sur le blog, son dernier article date du 19 février 2018. Ainsi, il est possible de dire que le blog est une valeur ajoutée par rapport au livre. En effet, le livre reste figé dans le temps, de plus, la reconnaissance académique est plus importante lorsqu’il s’agit du livre. La presse parle du Diario de una princesa montonera qu’une fois le livre sorti, l’onglet « cosas que se han dicho de este blog y este libro » (Ce qui a été dit sur ce blog et sur le livre) permet au lecteur d’avoir accès aux différents articles de presse traitant du Diario de una princesa montonera, et de se rendre compte que les articles tendent vers une sacralisation de la littérature papier au détriment de la cyber-littérature. Alors que les supports numériques comme le blog de Mariana Eva Perez permettent au public d’avoir accès à « une mémoire en mouvement », c’est-à-dire que le contenu peut être mis à jour en fonction des événements politiques, historiques etc. Mais il permet aussi au lecteur de suivre l’évolution de l’autrice, ce qu’un livre papier ne peut pas transmettre. De plus, le support numérique permet à Mariana Eva Perez de toucher un public plus large, en effet, la cyber-littérature est très facilement accessible par tous.tes, contrairement au livre qui est plus difficilement accessible (coût, disponibilité…). Par ailleurs, le blog de Mariana Eva Perez lui permet de traiter des sujets plus larges que la récupération de la mémoire de los desaparecidos. Elle parle de sujets qui peuvent paraître plus futiles comme des tenues qu’elle porte ([http://princesamontonera.blogspot.fr/2010/03/soy-luli-v-de-la-victoria.html] ) pour les événements de la commémoration du 24 mars 2010 :

Buenas a todos! Les quiero mostrar los diferentes looks que me puse para los eventos a los que fui con motivo del 24 de marzo. Me puse las pilas con el outfit pensando en ustedes! Y también para ganarle la batalla al dolor a todo glamour! […]

Traduction – Bonjour à tous! Je voulais vous montrer les différentes tenues que j’ai portées pour les événements du 24 mars auxquels je suis allée. Je me suis motivée avec la tenue en pensant à vous! Et aussi pour gagner la bataille à la douleur tout en étant glamour! (…)

Accorder de l’importance à sa tenue pour ses événements est sa façon de participer à la récupération de la mémoire de los desaparecidos. De plus, le format numérique permet à l’autrice d’agrémenter son texte de nombreuses photos, ce qui est limité lors de l’édition d’un livre. Ainsi, le blog de Mariana Eva Perez est un témoignage de la récupération de la mémoire post-dictatoriale en Argentine, et le format numérique permet à l’autrice de toucher un public large, de traiter de sujets divers et variés et d’agrémenter ses propos de photos.