 {"id":3812,"date":"2026-06-04T21:48:46","date_gmt":"2026-06-04T19:48:46","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/?p=3812"},"modified":"2026-06-04T21:48:46","modified_gmt":"2026-06-04T19:48:46","slug":"mis-hermanos-suenan-despiertos-claudia-huaiquimilla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/2026\/06\/04\/mis-hermanos-suenan-despiertos-claudia-huaiquimilla\/","title":{"rendered":"Mis hermanos sue\u00f1an despiertos &#8211; Claudia Huaiquimilla"},"content":{"rendered":"\n<p>Pr\u00e9sentation du contexte<\/p>\n\n\n\n<p>Mis hermanos sue\u00f1an despiertos est un film chilien paru en 2021. Il est pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois lors du festival de films de Locarno en Italie. Nous retrouvons \u00e0 la production Pablo Greene et \u00e0 la r\u00e9alisation la cin\u00e9aste Claudia Huaiquimilla, artiste chilienne qui a d\u00e9j\u00e0 un premier long-m\u00e9trage \u00e0 son actif (Mala Junta, 2016) au moment de la parution de Mis hermanos sue\u00f1an despiertos. Ce dernier point est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant car \u00e0 la suite de la sortie de Mala Junta, Claudia et Pablo ainsi que l\u2019\u00e9quipe ont l\u2019occasion de projeter leur film dans les SENAME<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, centres de d\u00e9tention pour mineurs au Chili. C\u2019est \u00e0 la suite des rencontres et des conversations avec ce public de mineurs en situation carc\u00e9rale que naitra le projet du film Mis hermanos sue\u00f1an despiertos. L\u2019\u00e9criture du film, qui trouve sa germination en 2016 en parall\u00e8le \u00e0 ces projections dans les SENAME, est le travail commun de Pablo Greene et de Claudia Huaiquimilla. La r\u00e9alisation du film s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sur plusieurs ann\u00e9es, particuli\u00e8rement mouvement\u00e9es au niveau international, avec le COVID-19 et la mise en ralenti des industries du cin\u00e9ma l\u2019arr\u00eat, mais \u00e9galement au niveau national car en octobre 2019 \u00e9clate au Chili&nbsp;<em>l\u2019estallido social<\/em>, une p\u00e9riode de r\u00e9voltes et d\u2019insurrections qui secouent tout le pays en partant de Santiago, la capitale du pays. Afin de contextualiser cet \u00e9v\u00e8nement qui marque un point de rupture au Chili, rappelons que la r\u00e9volte \u00e0 comme point de d\u00e9part le refus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019augmentation du prix du ticket de m\u00e9tro. Influenc\u00e9es par une vague de manifestations f\u00e9ministes contre les violences sexistes et sexuelles et dans un sens plus large contre les violences patriarcales, les revendications s\u2019\u00e9tendent vite \u00e0 un ras-le-bol g\u00e9n\u00e9ral de la population face \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la l\u2019in\u00e9galit\u00e9 socio\u00e9conomique extr\u00eame engendr\u00e9e par le mod\u00e8le socio\u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral appuy\u00e9 par l\u2019\u00c9tat Chilien, sa constitution et ses familles d\u2019oligarques. Ce film parait donc \u00e0 la suite de cet \u00e9v\u00e8nement, dans une nouvelle vague d\u2019indignation face aux injustices. Il s\u2019inspire cependant tout particuli\u00e8rement d\u2019un scandale d\u2019\u00e9tat de 2007, apr\u00e8s la mort de 10 mineurs d\u2019entre 14 et 18 ans dans un SENAME \u00e0 Puerto Montt, la ville capitale de la r\u00e9gion de Los Lagos dans le sud du Chili. Le film ne se veut pas comme une reproduction historique de cet \u00e9v\u00e8nement, mais cette violence d\u2019\u00e9tat influence l\u2019\u00e9criture du film.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sentation de la Cin\u00e9aste<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Claudia Huaiquimilla est une cin\u00e9aste chilienne-mapuche de 38 ans qui a grandi \u00e0 La Florida, un quartier populaire du sud-est de Santiago. Elle a effectu\u00e9 des \u00e9tudes d\u2019arts du cin\u00e9ma \u00e0 la Pontificia Universidad Catolica de Chile. En 2012 elle publie son premier court-m\u00e9trage&nbsp;:&nbsp;<em>San Juan, la noche mas larga<\/em>. Elle fonde \u00e0 continuation la maison de production Lanza Verde avec Pablo Greene, pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9, que l\u2019on retrouvera \u00e0 la production de Mala Junta en 2016 ainsi qu\u2019\u00e0 la production et la co\u00e9criture de Mis hermanos sue\u00f1an despiertos. Apr\u00e8s ce film, elle produira un faux documentaire, Los People in the dragon, toujours avec Pablo Greene. Dans une interview donn\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du Festival de Cine de las Alturas de Jujuy, elle se d\u00e9finit comme une cin\u00e9aste en dialogue avec la r\u00e9alit\u00e9 et avec les minorit\u00e9s exclues ou invisibilis\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>en le faisant (le processus de cr\u00e9ation du film), j\u2019ai d\u00fb me confronter \u00e0 mes propres pr\u00e9jug\u00e9s et m\u00e9connaissances quant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de mon propre pays, [\u2026] Beaucoup de ces SENAME \u00e9taient des centres de torture pendant la dictature de Pinochet et il n\u2019y a pas eu de modifications afin de les adapter \u00e0 l\u2019accueil de jeunes. D\u2019une certaine mani\u00e8re c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 qui me confronte, qui me dit bon l\u00e0 tu as devant toi une r\u00e9alit\u00e9 mais&nbsp;&nbsp;voici \u00e9galement ce qui se passe et voici les autres voix.<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><br><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Elle \u00e9voque donc le processus de remise en question des pr\u00e9jug\u00e9es qu\u2019elle-m\u00eame a pu avoir sur la question des prisons pour mineurs, et s\u2019est sentie dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9clairer la population sur ces r\u00e9alit\u00e9s subalternes, qui ne rentrent pas dans le discours harmonieux national mais qui composent pourtant la r\u00e9alit\u00e9 de ce pays. Elle cherche \u00e0 \u00eatre la voix des sans voix (la voz de los sin voces), ou du moins de leur donner de l\u2019espace, \u00e0 travers le m\u00e9dium cin\u00e9matographique, afin qu\u2019ils puissent hausser leur voix. Elle se positionne donc dans son travail cr\u00e9atif comme \u00e9claireuse d\u2019une histoire populaire, qui cherche \u00e0 mettre en avant des faits et des r\u00e9alit\u00e9s moins glorifiantes mais tout aussi intrins\u00e8ques \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 chilienne, en ses mots \u00ab Cette autre histoire qui n\u2019est pas en train de s\u2019\u00e9crire dans les livres, ou dans l\u2019information.<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u00bb Enfin, quant au th\u00e8me de raconter l\u2019histoire d\u2019enfants souvent sans voix et criminalis\u00e9s-d\u00e9shumanis\u00e9s par le discours national et par les institutions qui les enferment, elle se positionne \u00e0 travers son travail comme d\u00e9fenseuse de l\u2019enfantisme<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, qui cherche \u00e0 redonner de la voix et de l\u2019agentivit\u00e9 aux enfants. Elle prend la d\u00e9fense de ces derniers en leur rendant de la profondeur, de la sensibilit\u00e9 et en leur laissant la majorit\u00e9 de l\u2019espace cin\u00e9matographique. Ce film souligne en profondeur les questions quant aux droit de l\u2019enfance et \u00e0 l\u2019invisibilisation de leurs discours dans l\u2019espace cr\u00e9atif et m\u00e9diatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Synth\u00e8se de la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement bien re\u00e7ue par les critiques acad\u00e9miques, acclam\u00e9e comme une \u0153uvre politique et particuli\u00e8rement puissante. Elle sera r\u00e9compens\u00e9e par de nombreux prix dans diff\u00e9rents festivals (meilleur film de fiction ib\u00e9ro am\u00e9ricaine, Guadalajara, 2021&nbsp;; prix du public Cin\u00e9latino, Toulouse, 2022&nbsp;; meilleur film du festival international de Valdivia, 2021\u2026). La presse chilienne y accordera \u00e9galement de l\u2019attention, mais avec une certaine r\u00e9ticence initiale car le film d\u00e9nonce des violences d\u2019\u00e9tat sur la population mineure et met la lumi\u00e8re sur des questions de soci\u00e9t\u00e9 pass\u00e9es sous silence. Quelques temps apr\u00e8s la parution du film, la cour internationale des droits humains sanctionnera l\u2019\u00c9tat chilien \u00ab Le 20 novembre 2024, la Cour IDH sanctionne l\u2019\u00c9tat Chilian pour les mauvaises conditions de d\u00e9tentions des adelescents dans les centre du SENAME et pour la mort des dix jeunes dans l\u2019incendie du centre \u00ab&nbsp;Tiempo de Crecer&nbsp;\u00bb de Puerto Montt&nbsp;\u00bb<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Il aura fallu plus de 15 ans afin qu\u2019une d\u00e9cision judiciaire soit prise, l\u2019\u00c9tat Chilien ayant jusque-l\u00e0 seulement partiellement reconnu sa responsabilit\u00e9 dans les faits, et dans la non-intervention en temps voulu du dispositif de pompiers et de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du centre.<\/p>\n\n\n\n<p>Analyse\u00a0du film et de la s\u00e9quence<\/p>\n\n\n\n<p>Mis hermanos sue\u00f1an despiertos est un long-m\u00e9trage d\u20191 heure 40 qui op\u00e8re dans sa grande majorit\u00e9 sous forme de huis clos, une partie cons\u00e9quente des s\u00e9quences \u00e9tant film\u00e9es au sein d\u2019un centre de r\u00e9clusion pour mineurs (SENAME), ce qui refl\u00e8te de mani\u00e8re particuli\u00e8rement juste l\u2019enfermement physique et symbolique des jeunes. Les seules s\u00e9quences film\u00e9es en dehors du centre nous parviennent \u00e0 travers des flashbacks et r\u00eaves qu\u2019ont ces jeunes, tout particuli\u00e8rement \u00e0 travers \u00c1ngel, le grand fr\u00e8re de Pulga qui sont les deux protagonistes de ce film. Le contraste entre les couleurs et la composition des s\u00e9quences de flashbacks\/r\u00eaves et celles des s\u00e9quences dans le SENAME illustrent \u00e9galement cette division.&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans cette ode \u00e0 la fraternit\u00e9, la r\u00e9alisatrice met en lumi\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 complexe des jeunes dans ces SENAME en leur donnant \u00e9norm\u00e9ment de protagonisme. Les adultes passent en second plan, n\u2019ont peu de temps de dialogue dans le film, et sont souvent \u00e9rig\u00e9s \u00e0 travers les choix de cadrage (de dos, seulement la voix\u2026) en symboles de la violence des institutions. Une figure interm\u00e9diaire entre ce monde adulte violent et le monde des jeunes incarc\u00e9r\u00e9s est la professeure, qui accompagne ces jeunes \u00e0 travers des ateliers, seule adulte qui est autoris\u00e9e \u00e0 entrer dans l\u2019intimit\u00e9 de ces jeunes. Dans cette&nbsp;&nbsp;sph\u00e8re de l\u2019intimit\u00e9 des jeunes, nous constatons une red\u00e9finition de la famille, dans une dimension non-patriarcale et non-mononucl\u00e9aire. \u00c0 travers l\u2019exp\u00e9rience du spectateur, le film cherche \u00e0 questionner la domination \u00e0 la fois classiste et enfantiste des adultes sur ces jeunes, et de l\u2019\u00e9tat sur les pauvres. C\u2019est une r\u00e9elle critique des rapports de classe qui composent la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale chilienne, o\u00f9 le pauvre est constamment d\u00e9shumanis\u00e9, \u00e9rig\u00e9 en criminel \u00e0 isoler.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce film cherche donc, \u00e0 travers des s\u00e9quences qui illustrent les \u00e9motions et \u00e9v\u00e8nements que traversent&nbsp;&nbsp;ces jeunes (rires, violences physiques, amour\u2026), \u00e0 rendre de la profondeur \u00e0 la vie de ces jeunes, bien au-del\u00e0 du statut de \u00ab&nbsp;criminel&nbsp;\u00bb que la justice ait pu leur donner. Dans certaines s\u00e9quences est mise en sc\u00e8ne la violence physique administr\u00e9e par les gardes, ainsi que la reproduction de cette violence entre les jeunes (bagarres, insultes, mais aussi harc\u00e8lement et agression) et la fin du film culmine sur la r\u00e9ponse collective \u00e0 cette violence, illustr\u00e9e par l\u2019\u00e9meute finale. La violence symbolique est \u00e9galement mise en avant, celle de l\u2019abandon de l\u2019\u00e9tat notamment&nbsp;&nbsp;\u00e0 travers la figure du conseiller des fr\u00e8res qui n\u2019est que trop peu pr\u00e9sent et empathique, et de l\u2019absence des membres de la famille \u00ab&nbsp;traditionnelle&nbsp;\u00bb, la m\u00e8re ne se rendant pas aux heures de visites, sans chercher \u00e0 la romantiser. La r\u00e9alisatrice laisse aussi place \u00e0 beaucoup de moments de tendresse, de joie et de questionnements propres aux humains (adultes et enfants\/adolescents) quant \u00e0 la sexualit\u00e9, \u00e0 l\u2019amour, au sens de l\u2019existence et \u00e0 l\u2019injustice v\u00e9cue par ces jeunes quant aux politiques punitives de l\u2019\u00c9tat.&nbsp;&nbsp;Le film cherche, \u00e0 travers l\u2019intime, \u00e0 provoquer une conscientisation face aux politiques froides, et insensibles aux contextes dans lesquels ont grandi ces personnes et \u00e0 la violence syst\u00e9mique \u00e0 laquelle ils ont pu \u00eatre expos\u00e9. Ce film, dans son approche critique du syst\u00e8me carc\u00e9ral et de ses failles, peut \u00eatre approch\u00e9 \u00e0 travers les propositions que Michel Foucault th\u00e9orise dans Surveiller et Punir<a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Il y a une r\u00e9elle remise en question des notions de l\u2019imposition d\u2019un mod\u00e8le d\u2019ordre, de justice \u00e0 deux vitesses qui cherche \u00e0 punir ceux que la soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9riger en \u00ab&nbsp;barbares&nbsp;\u00bb, tout en les d\u00e9shumanisant \u00e0 travers des processus de violence continus.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9quence que nous allons d\u00e9sormais \u00e9tudier se situe \u00e0 la moiti\u00e9 du film, et pourrait \u00eatre analys\u00e9e comme un point de bascule de l\u2019intrigue. Elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de la s\u00e9quence ou Pulga apprend que sa m\u00e8re ne viendra pas le visiter, et s\u2019en suit une dispute entre ce dernier et \u00c1ngel son grand fr\u00e8re. Le plan qui ouvre la s\u00e9quence, et qui sera d\u2019ailleurs nous situe dans les toilettes de la prison. On met en sc\u00e8ne deux amis des fr\u00e8res devant une porte des toilettes entrain de toquer. Une atmosph\u00e8re de tension est cr\u00e9\u00e9e, \u00e0 la fois par les mouvements de cam\u00e9ra, la voix stressante des acteurs qui appellent \u00e0 ouvrir la porte et tapent sur la porte ainsi que par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019\u00c1ngel qui crie \u00e0 Pulga de l\u2019ouvrir. La tension monte encore d\u2019un cran lorsque la \u00ab&nbsp;T\u00eda&nbsp;\u00bb, la professeure qui \u00e9volue dans le film comme figure interm\u00e9diaire entre les jeunes et le monde adulte carc\u00e9ral, arrive et supplie \u00e0&nbsp;&nbsp;Pulga de lui ouvrir. Enfin, l\u2019arriv\u00e9e des gardes carc\u00e9raux illustre le paroxysme de cette tension, qui ser ressent dans leur ton ainsi que leur mani\u00e8re de s\u2019adresser \u00e0 Pulga devant la porte, avec une froideur et un protocole d\u00e9concertant. Ils enfoncent la porte et l\u2019\u00e9vacuent, la t\u00eda tente de s\u2019interposer et les amis des fr\u00e8res \u00e9galement. La t\u00eda re\u00e7oit un coup de matraque qui ne semble pas lui avoir \u00e9t\u00e9 destin\u00e9, ce qui peut symboliser les cons\u00e9quences de tendre la main \u00e0 ces jeunes plut\u00f4t que de suivre la conduite r\u00e9pressive \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, illustr\u00e9e par la conduite des agents carc\u00e9raux. A la fin de la s\u00e9quence, Angel tente de s\u2019interposer et se fait \u00e9galement frapper puis emmener par les gardes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019elle soit mise \u00e0 l\u2019\u00e9cran dans cette s\u00e9quence, il n\u2019y a pas de romantisation de la violence, ni de glorification de cette derni\u00e8re. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e, brute, car elle est une composante de cette r\u00e9alit\u00e9, mais elle ne suffit pas \u00e0 la d\u00e9finir. Le symbolisme de cette sc\u00e8ne est \u00e0 mes yeux tr\u00e8s marquant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>SENAME&nbsp;: Servicio Nacional de Menores. C\u2019est une institution cr\u00e9\u00e9e en 1979 sous la dictature de Augusto Pinochet. Institution punitive aux d\u00e9rives violentes, elle enferme les mineurs souvent les plus pr\u00e9caires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Cine Las Alturas, Entrevista a Claudia Huaiquimilla, 21 septembre 2022. \u00ab&nbsp;al hacerlo, tuve que enfrentar mis propios prejuicios y desconocimientos hacia mi propio pais, [\u2026] Muchos de ellos (los SENAME) eran centros de tortura durante la dictadura de Pinochet y no se ha hecho un cambio tampoco para adaptarlo a ni\u00f1os. De algun modo es la realidad que me confronta, me dice bueno est\u00e1 ahi una realidad pero eso es lo que est\u00e1 pasando y \u00e9stas son las otras voces.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Kx75tjUQ4w4&amp;t=280s\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Kx75tjUQ4w4&amp;t=280s<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Op.cit.&nbsp;\u00ab&nbsp;&nbsp;Esa otra historia que no esta quedando registrada en los libros, en las noticias.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;L\u2019Enfantisme, ou infantisme, est un concept qui sert \u00e0 d\u00e9signer la discrimination syst\u00e9mique et collective envers les enfants. L&rsquo;infantisme s\u2019oppose \u00e0 ces m\u00e9canismes de discrimination et met en question la capacit\u00e9 des adultes \u00e0 consid\u00e9rer ce groupe social comme des sujets de droit \u00e0 part enti\u00e8re, en leur rendant notamment la profondeur de leurs rapports, r\u00e9flexions et d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>INDH, La vulneracion de derechos humanos en el SENAME&nbsp;: el incendio en el centro \u00ab&nbsp;Tiempo de Crecer&nbsp;\u00bb y la condena por la corte interamericana El 20 de noviembre del 2024, la Corte IDH sancion\u00f3 al Estado de Chile por las malas condiciones de los adolescentes detenidos en los centros del Sename y por la muerte de los diez j\u00f3venes en el incendio del Centro \u201cTiempo de Crecer\u201d en Puerto Montt<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E9906D3E-8198-4CF1-98B1-FCF294D5053D#_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;Foucault, Michel, Surveiller et Punir. Naissance de la prison. Gallimard, Paris, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Bibliographie<\/p>\n\n\n\n<p>Cine Las Alturas, Entrevista a Claudia Huaiquimilla, Youtube, 21 septembre 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>INDH, La vulneracion de derechos humanos en el SENAME&nbsp;: el incendio en el centro \u00ab&nbsp;Tiempo de Crecer&nbsp;\u00bb y la condena por la corte interamericana El 20 de noviembre del 2024, la Corte IDH sancion\u00f3 al Estado de Chile por las malas condiciones de los adolescentes detenidos en los centros del Sename y por la muerte de los diez j\u00f3venes en el incendio del Centro \u201cTiempo de Crecer\u201d en Puerto Montt<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault, Michel, Surveiller et Punir. Naissance de la prison. Gallimard, Paris, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Young-Brueuhl, Elizabeth, Childism. Yale University Press, New Haven, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sentation du contexte Mis hermanos sue\u00f1an despiertos est un film chilien paru en 2021. Il est pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois lors du festival de films de Locarno en Italie. Nous retrouvons \u00e0 la production Pablo Greene et \u00e0 la r\u00e9alisation la cin\u00e9aste Claudia Huaiquimilla, artiste chilienne qui a d\u00e9j\u00e0 un premier long-m\u00e9trage \u00e0 son [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1615,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3812","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3812","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1615"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3812"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3812\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4007,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3812\/revisions\/4007"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3812"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3812"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/arts-innovation-amerique-latine\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3812"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}