Orphisme et rayonnisme

Orphisme (ou cubisme orphique)

Le terme « orphisme » fait référence à Orphée, qui incarne le pouvoir mystérieux, énigmatique de l’art. Ce mouvement européen, en vigueur entre 1912 et 1914, découle du cubisme. Il s’agit d’un renouveau de celui-ci par la décomposition dynamique de la couleur et la fragmentation de la lumière. L’intention de l’artiste orphiste est d’établir un lien harmonique qui unisse musique et peinture, de définir la profondeur par l’alternance de tonalité des couleurs (complémentaires). Cet objectif se veut à la fois esthétique (contenu sublime) et scientifique (contraste simultané, inspiré des artistes pointillistes qui ont influencé Robert Delaunay).
C’est en visitant l’exposition à la galerie Der Sturm de Berlin, en 1912, que le poète Apollinaire parle pour la première fois d’ »orphisme ». Les principaux représentants du mouvement sont : Robert et Sonia Delaunay (ses fondateurs), Frantisek Kupka, Fernand Léger, Francis Picabia.

 

Rayonnisme

Le rayonnisme fut fondé à Moscou vers 1912 par Mikhaïl Larionov et son épouse Natalia Gontcharova. Son idée fondamentale est de synthétiser le cubisme, le futurisme (dont l’Italien Marinetti est l’initiateur) et l’orphisme. Dans son « Manifeste du rayonnisme », Larionov le définit ainsi : « [Ce mouvement] a pour but de révéler avant tout les formes spatiales qui peuvent naître au croisement de rayons reflétés par des objets différents ». Les toiles rayonnistes donnent à voir les vibrations, symbolisées par des rayons et inspirées de l’énergie-matière et de la radioactivité. Les deux fondateurs du rayonnisme s’illustreront également dans la scénographie, notamment la réalisation de costumes et de décors pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev.

 

Artiste choisi : Robert Delaunay (1885-1941)
Robert Delaunay naît à Paris en 1885. Très tôt, il est fasciné par l’innovation dans le domaine des sciences et des techniques, en particulier l’électricité et la vitesse. La visite du pavillon de l’électricité, lors de l’exposition universelle de 1900, est une révélation ; il décide de devenir « peintre de la vie moderne ».
A dix-sept ans, il devient apprenti chez le décorateur de théâtre Eugène Ronsin. Il y voit s’affirmer son goût pour la monumentalité, et sa sensibilité pour les mouvements de la lumière.
A ses débuts, il est influencé successivement par l’impressionnisme, le pointillisme et par Cézanne. En 1906, c’est l’œuvre de ce dernier qui l’amènera à réfléchir sur la dissociation du volume et de la couleur (cubisme).
Par la synthèse et la juxtaposition d’éléments opposés, et la fragmentation des couleurs, Delaunay marque une rupture définitive avec le retour à la ligne, que l’on retrouve dans le cubisme analytique.
En 1910, Robert Delaunay épouse Sonia Terk, et, deux ans plus tard, ils fondent l’orphisme. Sonia se tourne ensuite vers l’abstraction, plus précisément vers un style décoratif, nommé « rythme-couleur ». En revanche, Robert se soucie de l’enchaînement des rythmes dans un mouvement d’hélice effectué par les formes (cercles).
Sa dernière période peut être qualifiée d' »art monumental », car il utilise, jusqu’à les créer, de nouvelles matières, résistantes au vent, à la pluie, à la température. Cela le conduit à réaliser deux panneaux à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937 ; son art s’inscrit dès lors dans l’architecture et réalise une nouvelle synthèse de tous les arts plastiques.
Robert Delaunay décède en 1941 à Montpellier.

Nous lui devons notamment « la tour Eiffel » (nombreux tableaux, entre 1909 et 1911), la série des « Fenêtres » (1912), celle des « Coureurs » (1924-1930), « Rythme circulaire » (1937).

 

Notice d’œuvre : Fenêtres ouvertes simultanément, Robert Delaunay

1912 ; huile sur toile

46 x 37,5 cm

Londres, Tate Gallery

Bien que reflétant le monde extérieur, ce tableau est tenu pour abstrait, puisque l’objet perd de son importance dans le mouvement orphiste. « Une chose indispensable pour moi, c’est l’observation directe, dans la nature, de son essence lumineuse », écrit Delaunay dans sa « Lettre à August Macke » (1912).

Toutefois, cette toile peut être également perçue comme cubiste : l’agencement des couleurs et les aplats brillants suscitent un rythme, ce qui explique la relation d’harmonie entre la peinture et la musique, un des principes de l’orphisme. Une simultanéité est créée entre les couleurs ; c’est l’essence même de la couleur qui est visée par l’artiste.