Surréalisme – Salvador Dalí

Salvador Dalí est né le 11 mai 1904 à Figueras (nord de la Catalogne). Il commence à dessiner très jeune en créant des contes pour sa petite sœur.

Suite à la Première Guerre mondiale, il rejoint un groupe d’anarchistes. En 1919, alors en terminale à l’institut Ramon Muntaner (à Figueras), il édite avec ses amis Studium, une revue mensuelle présentant des illustrations, des textes poétiques, et des articles sur des peintres tels que Goya ou Léonard de Vinci. En 1919, il participe à une exposition d’artistes locaux au théâtre de cette même ville, où plusieurs de ses toiles sont remarquées par des critiques célèbres et d’autres artistes : Joan Miro, Picasso. On trouve dans ses toiles une nette influence impressionniste. Il prendra part en 1922 à une deuxième exposition collective à Barcelone, où il reçoit le prix du Recteur de l’Université.

En février 1921, sa mère meurt suite à un cancer, et son père se remarie avec sa tante. Dalí fonde la même année le groupe socialiste Renovació social. Il obtient son baccalauréat l’année suivante, et commence ses études à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando à Madrid. On commence à voir apparaître des influences cubistes dans ses œuvres. Il en est expulsé en 1923 et emprisonné du 21 mai au 11 juin, du fait de son opposition au coup d’état du général Miguel Primo de Rivera. Il retourne à l’académie en 1924.

Cette année-là, toujours inconnu, il illustre un livre pour la première fois : le poème catalan Les Sorcières de Llers (Les Bruixes de Llers) de Carles Fages de Climent, rencontré à la résidence étudiante. Des influences dadaïstes commencent à se faire sentir dans ses œuvres. En 1925 a lieu sa première exposition personnelle à la Galerie Dalmau à Barcelone. Il expose en 1928 son tableau La Corbeille de pain lors de l’exposition au Carnegie de Pittsburgh : c’est la première fois qu’il expose en dehors de l’Espagne.

Dalí fut par la suite expulsé définitivement de l’Académie en octobre 1926 (juste avant ses examens) pour avoir affirmé que personne n’était en condition de l’examiner.

Il va une première fois à Paris en 1927, où il fait la rencontre de Picasso. Quelques mois plus tard, il reçoit à Figueras la visite de Luis Buñuel, qu’il avait rencontré à l’Académie de Madrid. Ils écrivent ensemble le scénario d’un premier film surréaliste : Un chien andalou, un court-métrage muet, qui rencontre le succès lors de sa première projection au Studio Ursulines (Paris) le 6 juin 1929. Une mention est faite en décembre du film dans la revue La Révolution surréaliste (fondée en 1924), ainsi que d’autres de ses œuvres. Sa première exposition personnelle est organisée la même année à Paris par la galerie Goemans. Il commence à fréquenter le groupes des surréalistes : René Magritte, Paul Éuard, André Breton, Max Ernst, Man Ray, Tristan Tzara. Il rencontre également la femme d’Éluard, surnommée Gala. Elle devient sa muse, organise ses expositions, vend les toiles du peintre. Cette liaison avec une femme mariée vaut à Dalí de se disputer avec sa famille. Il commence à se faire connaître, fréquente les salons mondains. Il illustre des ouvrages d’autres surréalistes, tels qu’Éluard et Breton.

Il s’installe avec Gala près de Cadaquès, et se marient en 1934.

Il peint en 1931 La persistance de la mémoire, l’une de ses toiles les plus connues, également appelée les Montres molles.

À la fin de l’année 1933, 25 de ses œuvres sont exposées à New York. Les Américains sont subjugués par l’excentricité du personnage et de son art, ne connaissant alors quasiment pas le surréalisme. Dalí était alors considéré comme le seul vrai surréaliste…

Suite à ses rêveries érotiques envers des fillettes et son attitude ambiguë à l’égard d’Hitler pendant deux années, il est convoqué en 1934 chez André Breton. Dalí lui répond sur le ton de la rigolade, mais la rupture avec les surréalistes commence à se faire sentir.

Dalí et Gala voyagent en Europe à partir de 1936 pour fuir la guerre d’Espagne, et se réfugient à New York durant la Seconde Guerre mondiale.

En 1941, Dalí réalise une séquence de cauchemar pour le film Moontide. À la fin de cette année, la première rétrospective du peintre et exposée au Museum of Modern Art à New York. Les soixante œuvres parcourent les États-Unis durant les deux années suivantes. Il publie en 1942 son autobiographie : La vie secrète de Salvador Dalí. Il publie durant ces années des illustrations pour des éditions anglophones de classiques : Don Quichotte, les Essais de Montaigne. Il réalise également les décors pour un film d’Hitchcock (Spellbound) et entreprend la réalisation avec Walt Disney d’un dessin animé (Destin).

Le couple revient vivre en Catalogne à la fin de la guerre. La rupture avec les surréalistes est définitive, et ses œuvres sont dorénavant empreintes d’un classicisme certain. Certaines de ses œuvres sont tout de même exposées lors de l’exposition organisée par André Breton, « Hommage au surréalisme » célébrer le 40e anniversaire du mouvement.

Dalí commence à travailler sur son théâtre-musée en 1960, en rénovant le théâtre de Figueras. Les fonds nécessaires furent avancés par l’État espagnol. Le peintre conçut lui-même une grande partie du musée : les œufs monumentaux qui ornent les murs par exemple. Il commence peindre les plafonds en 1971.

En 1965, il fait la rencontre d’Amanda Lear, qui lui servit de modèle et devint son égérie. À 76 ans, il est atteint de la maladie de Parkinson et perd ses capacités artistiques. Il reçoit, en 1982, le titre de Marquis de Dalí de Púbol par le roi d’Espagne Juan Carlos. Le peintre dessine pour le souverain sa dernière œuvre : Coeur de l’Europe.

Il est hospitalisé en 1988 suite à un malaise cardiaque. Il meurt le 23 janvier 1989 à Figueras, à 84 ans, et est inhumé dans la crypte de son théâtre-musée.

Persistance de la mémoire, 1931, huile sur toile, 24x33cm, New York : Museum of Modern Art

C’est le tableau le plus célèbre de Dalí. Il explique dans son autobiographie qu’après un repas, il se retrouve en train d’observer un morceau de camembert, et se plonge dans une réflexion sur le dur et le mou (dans un sens plus large que purement matériel). Il avait déjà peint le paysage de son tableau : Port Lligat (au nord de la Catalogne, à 2km de Cadaqués), la plage, l’olivier. Il y ajoute les montres à gousset suite à ce repas. La toile est une réflexion sur la complexité du temps, elle tourne en dérision la rigidité du temps et reflète les angoisses du peintre devant l’avancée du temps et la mort inéluctable.

Le tiers supérieur de la toile représente un horizon marin ; le seul élément lumineux du tableau. Sur la plage se trouvent trois montres molles et une dure. L’une des montres molles repose sur une forme blanche cadavérique, référence à une œuvre autobiographique de Dalí : le Grand masturbateur. Aucune des montres molles n’indiquent la même heure. La montre rigide est la seule peinte d’une couleur chaude. Elle est retournée, on ne peut donc pas y lire l’heure, et elle est envahie de fourmis (insecte symbolisant la décomposition, la putréfaction chez le peintre).

Dalí évoque dans cette œuvre l’une des principales obsessions de l’homme : contrôler le temps. Il déforme les montres – instruments à servant à mesurer le temps – et en annule la fonction en leur faisant indiquer une heure différente : il montre l’inutilité de mesurer le temps. De toutes manière la fin est inéluctable. L’œuvre invite à se libérer des contraintes matérielles : sans montres, on fait moins attention au temps qui passe. Comme souvent chez les surréalistes, Dalí oppose le contenu de sa peinture (représentant la fugacité du temps) au titre de l’œuvre, la Persistance de la mémoire. La mémoire qui persiste est symbolisée ici par le paysage, qui est cher au peintre : c’est la région dans laquelle il a vécu une grande partie de sa vie. Le paysage est d’ailleurs représenté d’une manière apaisante, contrairement au reste du tableau (invitation à voir plus loin que l’angoisse du temps qui passe au premier plan). La vie humaine est éphémère mais les souvenirs sont éternels, même s’ils deviennent malléables, à l’image des montres. Cette œuvre est une véritable réflexion sur la complexité du temps, sur la relativité de celui-ci : il a certes un caractère inéluctable mais peut s’écouler différemment selon les périodes de notre vie.

Métamorphose de Narcisse, 1937, huile sur toile, 50,8×78,3cm, Londres : Tate Gallery

Ce tableau représente une scène du mythe de Narcisse, que l’on peut retrouver dans les Métamorphoses d’Ovide ; Narcisse est mort tragiquement d’être tombé amoureux de son propre reflet dans l’eau. Il va de paire avec un poème écrit par le peintre (que l’on peut retrouver sur le site de la Fondation Gala Salvador Dalí).

Deux sens de lecture sont possibles : de gauche à droite, avant et après la métamorphose de Narcisse. À gauche, le personnage aux contours imprécis est courbé, la tête posée sur les genoux, attendant la mort. À droite, le personnage est devenu une main fine et pierreuse, portant un œuf d’où sort un narcisse ; le tout représenté d’une couleur cadavérique (alors que la première figure était de couleur plutôt chaude). Des fourmis (symbole de décomposition) montent sur la figure de droite. Au centre et à l’arrière plan est représenté ce que Dalí appelle dans le poème « un groupe hétérosexuel en état d’attente » ; un groupe de personnes nues éconduits par Narcisse.

Une autre interprétation est possible en suivant le sens de lecture inverse : à droite, l’oeuf, symbolisant la vie intra-utérine. À gauche, Dalí. Le peintre a en effet été hanté toute sa vie par la mort de son frère aîné, qu’il surnommait son « double obsédant ». Il portait en effet le même nom que le peintre, Salvador Dalí, et sa famille aurait dit au peintre qu’il était la réincarnation de son frère mort. Dalí, replié sur lui-même,se pose ici la question cruciale de son identité.

Le mythe de Narcisse est de plus chargé de sens pour le peintre, qui a passé sa vie à construire son image et à en admirer le résultat.

Le Sommeil, 1937, huile sur toile, 51x78cm, collection privée.

Cette peinture est une réplique du rocher de Cadaquès, où le peintre a passé une grande partie de sa vie. Elle représente le sommeil comme une « tête géante, soutenu en équilibre par les béquilles de la réalité ». On voit une île représentée au loin, avec des habitations, ainsi qu’une barque. Un homme et un chien arrivent sur ce qu’il semble être une plage.

Le sommeil est donc représenté comme étant quelque chose de fragile, en équilibre précaire. C’est en effet facile de réveiller une personne qui dort, et il arrive fréquemment de ne pas réussir à s’endormir : un événement réel ou une inquiétude pouvant faire que l’on souffre d’insomnie. Il est de plus fréquent chez de nombreuses personnes d’avoir l’impression de tomber et de se réveiller en sursaut juste avant de toucher le sol : c’est ce qu’il se passerait si les béquilles de la peinture venaient à lâcher.

Voici ce que dit Dalí à propos de cette œuvre : « J’ai souvent imaginé et représenté le monstre du sommeil comme une lourde tête géante avec un corps filiforme soutenu en équilibre par les béquilles de la réalité. Lorsque ces béquilles se brisent, nous avons la sensation de tomber. La plupart de mes lecteurs ont expérimenté cette sensation de tomber brusquement dans le vide, juste à la minute où le sommeil va les gagner complètement. Réveillés en sursaut, le coeur agité par un tremblement convulsif, vous ne vous doutez pas toujours que cette sensation est une réminiscence de l’expulsion de l’accouchement ».

Cette œuvre de Salvador Dalí reflète donc à nouveau ses angoisses.

Bibliographie :

Site de la fondation Gala Salvador Dalí : https://www.salvador-dali.org/fr/

Jean Louis Gaillemin, Dalí. Le grand paranoïaque, Gallimard, 2004, 160p.

Ricard Mas Peinado, Carlos Rojas, Dalí, Hazan, 2003, 277p.