Marie Laurencin

Marie Laurencin

(1883-1956)

 

Rare femme reconnue dans le paysage de l’art avant 1914, Marie Laurencin peindra beaucoup (environ 2000 peintures à huile jusqu’à sa mort en 1956), avec un style bien à elle.Contemporaine et amie d’artistes tel que Picasso ou Apollinaire, son nom est aujourd’hui pourtant peu connu du public. De celle qu’on appelait la « Dame du Cubisme », Apollinaire dira qu’elle était un soleil, son soi au féminin. Beaucoup d’artistes partageront cette admiration pour Marie Laurencin, qui aura réussi à se faire une place dans un milieu majoritairement masculin, tout en créant son propre style oscillant entre le fauvisme et le cubisme.

Née en 1883 à Paris, Laurencin sera très vite attirée par la peinture, et après être devenue bachelière (il était rare pour une femme d’obtenir son bac à cette époque) elle ira apprendre l’art de la peinture sur porcelaine à Sèvres, avant de rejoindre l’académie parisienne Humbert en 1904. Elle y fera notamment la rencontre de George Braque, un des pères du cubisme, et de Jean Cocteau pour lequel elle peindra des décors quelques années plus tard. Le cubisme commencera à faire une apparition dans ses oeuvres, dans l’allongement des visages et des yeux des personnages peints, ainsi que leurs contours plus marqués. En 1907, elle exposera pour la première fois au Salon des Indépendants et se liera d’amitié avec Picasso et sa bande du Bateau-Lavoir qu’elle finira par rejoindre. Commencera alors une tumultueuse histoire d’amour avec Apollinaire, ainsi que l’influence cubiste dans ses oeuvres. On verra notamment cette influence dans la simplification des formes peintes au fur et à mesure des années. En 1912, Marie Laurencin se sépare définitivement d’Apollinaire, mais leur amour déchu viendra inspirer leurs oeuvres respectives. C’est également durant cette année qu’elle exposera un ensemble de portraits dans la « maison cubiste » d’André Mare. Figure de l’avant-garde parisienne, elle sera contrainte de quitter la France pour l’Espagne au début de la Première Guerre Mondiale avec l’homme qu’elle aura épousé cette même année, Otto von Wätjen. C’est durant cette période qu’elle commencera vraiment à trouver son style. Ils séjourneront également en Allemagne et en Suisse, mais elle ne sera véritablement satisfaite qu’en 1921, où elle retournera à Paris et divorcera. Elle retrouvera tous ses amis artistes, sauf Apollinaire, dont la mort en 1918 l’affectera beaucoup. Elle continuera à peindre dans son style à elle des figures féminines aux traits lestes dans des tons pastels. Diagnostiquée d’un cancer à l’estomac en 1923, elle se remettra doucement et commencera à réaliser des illustrations pour des oeuvres d’auteurs tels qu’André Gide ou Lewis Caroll, ainsi que des décors pour ballets. Son style sera moins à la mode jusqu’à la fin de sa vie, les critiques commenceront à se lasser de ses méthodes et thématiques. Brièvement internée durant la Seconde Guerre Mondiale, elle finira par récupérer l’appartement dans lequel elle vivait et y mourra en 1956, d’une crise cardiaque. Critiquée pour la mièvrerie de ses tableaux, elle aura tout de même idéalisé la féminité, en représentant ce qu’était à ses yeux un idéal : la femme libérée des années 20.

 

 

Apollinaire et ses amis (2ème version)
(Réunion à la campagne ; La noble compagnie ; Le rendez-vous des amis ; G. Apollinaire et sa famille),1909, Huile sur toile, 130 x 194 cm, Inscriptions :S.D.H.DR. : Marie Laurencin / 1909, Centre Pompidou

Ici est immortalisé le groupe du bateau-lavoir, avec de gauche à droite : Gertrude Stein, écrivain et muse de Picasso, Fernande Olivier, « Un ange couronné de fruits » (selon Jaime Sabartés en 1954), Apollinaire, la poétesse Marguerite Gillot, le poète Maurice Cremnitz, et Marie Laurencin elle-même. La simplicité des décors et des formes ainsi que l’aplanissement des figures inscrivent ce tableau dans le mouvement cubiste.

 

 

 

Les deux seurs au violoncelle, huile sur toile, 1913-1914, Marie Laurencin, musée Marie Laurencin au Japon 

Les femmes deviendront un thème majeur des oeuvres de Marie Laurencin après sa rupture avec Apollinaire. Le violoncelle, ici comme en apesanteur, renvoie aux peintres cubistes (notamment Picasso et Braque). La gamme chromatique de ce tableau est constituée des couleurs de l’innocence, afin de mieux sublimer le charme et la jeunesse des deux soeurs. Les plis et ondulations viennent également rappeler l’influence cubiste sous laquelle est Laurencin.

 

 

 

 

Les Biches, 1923, Huile sur toile, 73×92 cm, Signé en bas à droite en noir : Marie Laurencin 1923, musée de l’Orangerie, Paris
Commandée par le directeur des Ballets Russes à Laurencin, cette toile est un modèle pour le décor de l’opérette Les Biches. Une fois de plus, la guitare en arrière-plan n’est pas sans rappeler celles de Picasso. Les formes de ce tableau sont plus épurées que celles des tableaux vu auparavant, et bien que le mouvement soit représenté par les êtres gravitant autour de la femme centrale une infinie douceur s’échappe de ces gestes.

 

Sources :
Marmottan.fr
www.passion-estampes.fr
-Daniel Marchesseau , Marie Laurencin, 1883-1956, catalogue raisonné de l’œuvre peint, Tateshina (Japon) , Éd. du Musée Marie Laurencin , 1986 .
Centre Pompidou

-Andrew Graham-Dixon, Histoire de l’art en images, Flammarion, 2009.