Art conceptuel, Cindy Sherman

L’artiste :

  Cindy Sherman est une photographe américaine née en 1954, dont l’oeuvre artistique s’inscrit dans le mouvement de l’art conceptuel, dont les débuts sont estimés au début des années soixante. Pour le définir, il est souvent expliqué que l’art conceptuel est la naissance d’un argument, d’une idée, qui fait l’art, avant son esthétique. L’inscription de Sherman dans ce mouvement artistique est importante, car l’artiste n’aurait su se positionner elle-même dans un autre courant artistique. Elle en dira même :

On était on au sommet de l’art conceptuel. C’était si sérieux ! Il fallait lire des livres entiers pour comprendre de quoi il s’agissait. Je voulais créer une oeuvre où le monde pouvait se reconnaître tout en étant subversive.

Son oeuvre :

  Sherman étudia au State College de Buffalo à partir de 1972 et jusqu’en 1976. D’abord intéressée par la peinture, elle se consacrera vite à l’étude et à la pratique de la photographie, où dés lors, et pour tout le reste de son oeuvre, elle s’exprimera en séries de photographies.
  Ses œuvres d’étudiante sont déjà intéressantes, car dés le début de la pratique de son art, les éléments qui caractérisent désormais son travail étaient déjà visibles. Déjà, pour des devoirs à rendre, elle est son propre sujet, et se met en scène pour ses photographies. Pourtant, elle ne considérera jamais son travail comme des autoportraits. Elle explique :

Je ne pense pas à des autoportraits ni à des portraits de moi. Pour moi, ce sont d’autres personnes. Pendant que je travaille, c’est comme si j’avais un modèle.

  Ainsi, dans sa série Untitled Film Stills, réalisée à partir de 1977, Sherman décide d’exploiter l’image de la femme au cinéma. Dans ses attitudes, ses postures, ses décors, elle explore ce qui fait, par ce que fait, la femme au cinéma. Elle immortalise leurs activités, les lieux où elles se trouvent, pour trouver les clichés qui la composent, ainsi que les limites qui leur sont imposées. Ainsi, les photographies de cette séries rappellent à juste titre les esthétiques de films des années soixante-dix.

Cindy Sherman, Untitled Film Still #6, 1977, photographie argentique sur gélatine,24 x 16.5 cm, New York, MOMA

  Plus tard, en 1983, Cindy Sherman réalise sa première série de photographies de commande, demandée par le magazine américain Interview. Dans ces clichés en couleur, elle continue d’exploiter et d’explorer ce qui fait la figure de la femme, comme dans ses précédents travaux, en analysant cette fois les constructions scéniques des magazines de mode. Pour cette commande, elle imite les cadres, les angles, les postures et les attitudes classiques choisis pour illustrer ce genre de magazines. De cette manière, elle les caricature, par ses mimiques, son maquillage, ses costumes. Par ces moyens, elle parvient à capturer et à dénoncer les normes et les standards de beauté attendus et exigés des mannequins pour la presse.

 Cindy Sherman, Untitled #129 [Fashion : Interview], 1983, photographie cibrachrome, 109.9 x 80.6 cm, New York, Skarstedt Gallery

  Puis, en 1985, Sherman décide de pousser plus loin sa quête de l’identité de la femme, en créant une série inspirée des contes de fées, Fairytales. Dans son interrogation sur l’image et l’art, elle utilise alors des prothèses et beaucoup de maquillage, pour créer des personnages à l’esthétique étrange, déformée, faisant penser aux traits de monstres. Par ces clichés en couleur, elle parvient à démystifier l’image dorée des contes dits « contes de fées », souvent déformés par le cours du temps et les évolutions de ces histoires, comme le sont les corps présentés dans ces clichés, restaurant un côté macabre et inquiétant. Cette déformation des corps permet de questionner ce qui fait l’esthétique même d’un corps.

 Cindy Sherman, Untitled #140 [Fairy Tales], 1985, photographie cibachrome, 184.2 x 122.9 cm, New York, Sender Collection

  Ces trois séries sont importantes pour caractériser l’oeuvre de Cindy Sherman, et sa recherche constante de ce qui constitue l’identité féminine, ses stéréotypes, dans divers contextes, qui dénoncent toujours un même point : L’image de la femme se forge exclusivement par le regard de l’autre, et en aboutit à construire des mythes autour d’elle. Tous ses clichés peuvent être interprétés comme une dénonciation de tous les stéréotypes qui incombent à l’identité, en particulier celle de la femme à l’image, par la démarche même de l’artiste, qui ainsi la positionne réellement dans le mouvement de l’art conceptuel.

  Bibliographie :

  • Art Conceptuel [en ligne], Art Wiki, [consulté le 10 janvier 2018.] URL : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=Artconceptuel
  • Cindy Sherman, identités plurielles [en ligne], wordpress, 2014, 2014, [consulté le 10 janvier 2018.] URL : https://tdcindysherman.wordpress.com/
  • Jacinto LAGEIRA, « SHERMAN CINDY (1954-    ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 janvier 2018. URL : https://www-universalis–edu-com.nomade.univ-tlse2.fr/encyclopedie/cindy-sherman/
  • Michel Guerrin, Cyndi Sherman, l’autoportrait à vie [en ligne], Le monde, 2006, URL : http://www.lemonde.fr/culture/article/2006/05/17/cindy-sherman-l-autoportrait-a-vie_772736_3246.html