Art Nouveau – Alfons Mucha (1860 – 1939)

Alfons Mucha était un artiste qui possédait de nombreuses cordes à son arc. Il a été durant sa vie affichiste, architecte d’intérieur et décorateur, graphiste, illustrateur et peintre.

Alfons Mucha, vers 1904

Né à Ivancice en Moravie (République tchèque, faisant alors partie de l’empire austro-hongrois) en 1860, Alfons Mucha était le fils d’un huissier de justice. Son père voulait faire de lui son successeur, mais son amour pour le dessin depuis l’enfance sera plus fort et le guidera toute sa vie.
En 1875, à la fin de ses études au lycée, Mucha pose sa candidature pour entrer à l’Académie des Beaux-Arts de Prague. Sa demande est rejetée avec la recommandation suivante : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. ».
Faute de mieux, il regagne Vienne en 1879, où là-bas, il est engagé par la plus grande entreprise de conception de théâtre de Vienne, la maison Kautsky-Brioché-Burghardt, spécialiste dans les décors de théâtre. En 1881, après qu’un incendie a détruit la maison pour laquelle il travaillait, il tente de vivre en tant que portraitiste et sera aussitôt remarqué par le comte Karl Khuen Belasi, le seigneur du castel Hrusovany Emmahof, qui le charge d’effectuer des peintures murales dans son château. Ce travail, qui plaît au comte, lui permet d’être non seulement accepté par la noblesse locale, mais aussi de pouvoir entrer à l’Académie des Arts de Prague, grâce au mécénat du comte Khuen Belasi.
Par la suite, en 1887, Mucha part pour Paris où il s’inscrit à l’Académie Julian, puis à l’Académie Colarossi. Il doit gagner de l’argent pour survivre dans la Ville-Lumière en usant de son art. Ses qualités le font cependant connaître dans le milieu parisien et il est engagé par la première grande maison d’édition de la ville, Armand Colin.
En 1894, Mucha rencontre l’actrice Sarah Bernhardt, avec qui il va collaborer pendant six ans pour la confection de costumes et bijoux, puis d’affiches de théâtre où elle est la vedette. Gismonda (ci-dessous) sera la première affiche effectuée dans leur collaboration.

Alfons Mucha, Sarah Bernhardt personnifiant Gismonda au Théâtre de la Renaissance, 1895, Affiche publicitaire, Lithographie en couleurs, 217 x 75 cm, Bibliothèque nationale de France

Sur cette affiche, Mucha nous montre déjà ce qui fera son art : ici, la femme est idéalisée et magnifiée, par le fait que l’espace peu profond donne l’impression de vouloir pousser la figure féminine vers nous, spectateurs. De plus l’affiche étroite, tout en hauteur et permettant de représenter le modèle quasiment grandeur nature, innove de manière saisissante pour permettre une mise en avant de l’actrice. La douceur des tons pastel ainsi que les dorés, les bronzes et les argentés contrastent eux aussi avec les couleurs dont usent habituellement les grands affichistes de l’époque. Mucha innove l’art de l’affiche en y ajoutant une touche d’orientalisme : le lourd et somptueux vêtement que porte l’actrice est orné d’une multitude de motifs brillants, de bijoux fastueux qui témoignent, tout comme la mosaïque en arrière-plan et l’attitude solennel de la comédienne, de l’inspiration byzantine de l’artiste. Mucha emprunte également à l’art ibérique le motif du cercle que l’on retrouvera dans nombre de ses affiches.
Grâce à ce nouveau mécénat, Mucha devient un affichiste très recherché : ses œuvres sont désormais sur tous les murs et quotidiennement l’on croise ses créations (cigarette Job, biscuits Lu, champagne Ruinart, etc.). Il connaît une période faste dans son art : il représente souvent de belles jeunes femmes dans des robes néoclassiques aux drapés flottants, souvent couronnées de fleurs formant un halo au-dessus de leurs têtes. La femme et la nature vont beaucoup inspirer Mucha dans ses œuvres, et même les mélanger, comme il le fera avec sa sculpture La Nature, confectionnée en 1899.

Alfons Mucha, La Nature, 1899, Sculpture en bronze, 70 x 30 cm, Musée Fin de Siècle de Bruxelles (Belgique)

La sculpture représente un buste de femme mystérieuse, les yeux mi-clos, portant des boucles d’oreilles pendantes et avec une longue chevelure sur laquelle cachant sa poitrine. Cette chevelure pourrait se confondre avec des branchages d’arbres ou encore à des cours d’eaux autour de son torse, comme si la nature reprenait le dessus sur la femme. Celle-ci porte une imposante couronne sur la tête, avec pierres d’émeraude, rappelant la couleur de la nature. Cette œuvre a permis à Mucha de connaître une renommée internationale, car elle a été montré dans de nombreuses expositions à travers le monde. La nature serait la représentation de l’idéal féminin de la Belle Epoque. Beaucoup y voient les traits d’une danseuse connue de cette époque,  Cléo de Mérode, dont l’artiste était un admirateur secret.
Petit à petit, on donne le nom d’Art Nouveau au style de Mucha et les commandes affluent de toutes parts, ce qui amènera Mucha a être sollicité pour l’exposition universelle de 1900, où il reçoit la médaille d’argent. Il sera également fait chevalier de la Légion d’honneur la même année. En 1901, il conçoit la devanture et l’intérieur de la bijouterie Fouquet au 6, de la Rue Royale, à Paris (ci-dessous), à la demande de l’héritier de l’entreprise.

Alfons Mucha, Devanture de la bijouterie Fouquet, 1901, salle du Musée Carnavalet (Paris, France)

Alfons Mucha, Intérieur de la bijouterie Fouquet, 1901, salle du Musée Carnavalet (Paris, France)

La devanture de la bijouterie est composée de cinq arcades en bois en tout. Entre chaque arcade, les colonnes en bois sont décorées de motifs végétaux sculptés en fer forgé. Ces motifs végétaux se retrouvent aussi à de nombreux autres endroits de la devanture. La végétation, comme la femme, est un thème qui revient très souvent dans les œuvres de l’Art Nouveau. Chaque arcade a une décoration différente : la centrale (sur l’image), qui est non seulement la plus haute de toutes, est entièrement constituée d’une sculpture montrant une jeune dame tenant un collier dans les mains.
Quant à l’intérieur de la boutique, Mucha a donné libre cours à son imagination artistique. Il fait confectionner des vitraux et réaliser des sculptures représentant la nature. On remarque notamment, sur la deuxième image, deux paons dans l’intérieur. L’un est perché sur la frise, faisant tomber son plumage, et l’autre fait la roue devant un vitrail floral et lumineux.
Après son mariage, Mucha se rend aux États-Unis de 1906 à 1910. Il enseigna là-bas notamment à l’Art Institute de Chicago. Un riche industriel rencontré dans cette ville, Charles Crane, lui permet plus tard de revenir en Bohême et de s’établir définitivement à Prague. Continuant à travailler sur de grandes toiles, il fait des petits travaux après la Première Guerre mondiale pour la jeune Tchécoslovaquie (timbres, billets de banque, etc.) pour lesquels il n’accepte aucune rémunération.
Alfons Mucha meurt en 1939, à Prague d’une pneumonie, quelques jours après avoir été interrogé par la Gestapo.
Sources :
Biographie sur Alfons Mucha :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfons_Mucha
http://lartnouveau.com/artistes/mucha/biographie_mucha.htm
http://www.mchampetier.com/biographie-Alphonse-Mucha.html

 

Informations sur les œuvres :
https://www.histoire-image.org/etudes/mucha-theatre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gismonda_(Victorien_Sardou)
https://www.lexpress.fr/informations/mucha-encore-a-l-affiche_602420.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nature_(Mucha)
https://www.youtube.com/watch?v=LoNmYq8hYog (vidéo sur la Nature, de Mucha)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bijouterie_Fouquet
http://www.carnavalet.paris.fr/en/collections/la-boutique-du-bijoutier-georges-fouquet