Der Blaue Reiter ~ Franz Marc

 

~ Der Blaue Reiter ~

[Le Cavalier Bleu]

 

              Der Blaue Reiter est plus un groupe d’artistes qui se reconnaissaient dans leurs idées de la peinture et rejetaient les conventions académiques, qu’un véritable mouvement  organisé sous un manifeste commun. Cette volonté de se regrouper vint de la rencontre en 1911 de deux peintres, Vassily Kandisky, émigré russe et déjà peintre reconnu en Allemagne, et Franz Marc, peintre allemand qui commence tout juste à se faire connaître. S’étant vite liés d’amitié, ils eurent tous deux l’idée de créer un recueil de textes rédigés par différents artistes sur leur idée de l’art moderne.

Très vite ce projet se transforme en un almanach contenant des essais sur la peinture et la musique contemporaine, publié en 1912 dont le titre est Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu), qui deviendra le véritable emblème du mouvement et de cette envie de s’émanciper des codes classiques et de la bourgeoisie allemande. Leur idée étant que la peinture et la musique sont étroitement liés et qu’il faut rendre compte de « la musicalité des couleurs, nécessaire pour que l’art devienne abstrait » (Kandisky). Ils revendiquent une approche intuitive de la peinture, la force de l’instinct et la puissance de la nature. Mais également, la naïveté de l’enfance et le potentiel de spontanéité musicale du visuel. Enfin, ils veulent s’émanciper du conformisme social et au lieu de simplement créer une représentation fidèle du réel, exprimer leur propre intériorité de peintre. Franz Marc écrit à propos de cette volonté de révolution esthétique : « L’homme vit toujours parmi les tombes et, selon la dignité qu’il met à se mouvoir parmi elles, on peut augurer de son comportement futur. » Enfin le bleu représente pour eux la couleur de la spiritualité et devient emblématique du mouvement.

D’autres artistes se reconnaissant dans ces revendications se joignirent au mouvement, tels que : August Macke, Gabriele Münter, Paul Klee, Robert Delaunay… Ils participèrent tous ensemble à deux expositions en 1911 et 1912 à Munich, exposant leurs nouveaux tableaux aux couleurs du Cavalier Bleu. Puis, des expositions sous le nom de « Exposition du comité éditorial du Cavalier bleu » firent le tour de l’Europe jusqu’en 1914 et regroupèrent plus de 300 peintures de peintres de toutes nationalités (dont Georges Braques ou encore Picasso) qui se reconnaissaient dans cette volonté de renouveau spirituel de la civilisation où l’art ne connaîtrait « ni peuple, ni frontière, mais la seule humanité » (Kandisky).

Le mouvement s’évanouit rapidement, balayé par la Première Guerre Mondiale, Franz Marc fut tué au combat comme d’autres peintres, et les peintres russes comme Kandisky furent contraints de retourner au pays. Même si ce fut un instant bref dans l’histoire de l’art, Der Blaue Reiter fut capital dans l’évolution de l’art moderne allemand.

 

 

Grands chevaux bleus, 1911

 

~ Franz Marc ~

 

Franz Marc naît le 8 février 1880 à Munich et meurt le 4 mars 1916 près de Verdun. Après avoir hésité quant à son avenir professionnel, il finit par rentrer à l’Académie des Beaux Arts de Munich mais ne s’y plait pas, trouvant sans doute l’atmosphère trop pesante et les méthodes rigides, il n’y reste pas longtemps. Très vite les animaux deviennent son sujet de peinture préféré et il tente de sortir du carcan classique en s’essayant à l’impressionnisme et au symbolisme, puis se détache de la représentation littérale de la réalité. Lentement, il efface l’homme de ses peintures pour ne peindre que l’animal, qu’il considère plus pur et digne d’être représenté, tout en continuant à expérimenter les contrastes de couleurs et une certaine naïveté se rapprochant de l’enfance.

 

Le renard, 1911

Son style devient très vite reconnaissable avec ses représentations d’animaux presque abstraites et en même temps empreintes d’un réalisme anatomique poétique. Au fil du temps il épure l’image, utilise des lignes ténues qui se mêlent en formes géométriques construisant et déconstruisant l’image et des aplats de couleurs symboliques forts. A chaque couleur correspond pour lui une émotion. Toutes ses émotions il les transmet à ses nombreuses peintures de chevaux, le cheval étant pour lui l’animal le plus noble et le plus pur, à travers eux il exprime ses rêves, sa liberté et son amour de la nature. Basculant progressivement de l’expressionnisme vers l’abstrait chaque animal qu’il peint devient un symbole qui se fond peu à peu au paysage dans cet enchevêtrement de lignes si particulier et qui serait, selon lui, bien plus à même d’exprimer toutes ces choses qu’un personnage humain le ferait.

 

Le tigre, 1912

 

Ainsi, Franz Marc, bien que très peu connu en France, a marqué l’histoire de l’art allemand et est devenu une figure marquante du début du 20ème siècle, permettant la remise en question de la peinture académique et classique, il interroge l’art moderne et la représentation du réel non plus comme imitation mais brisant les lignes et s’approchant d’un art abstrait où les couleurs, les lignes et la force imaginative et poétique sont à l’oeuvre.