Expressionnisme abstrait : Jackson Pollock

Jackson Pollock : « Je nie l’accidentel. »

 

Le mouvement artistique de l’« expressionnisme abstrait » apparait vers le milieu XXe siècle. Jackson Pollock en est l’artiste le plus représentatif en se qualifiant maître de la technique du dripping – « gouttage » – et du re-recording. Cette dernière s’inscrit dans l’air du temps puisqu’elle est employée dans la musique par de grands jazzmen tels que Charlie Parker ou John Coltrane, ceux-ci rejouant à plusieurs reprises par-dessus leurs enregistrements.

 

Jackson Pollock (1912-1956) est un peintre américain, aimant les grands espaces qui enveloppent le spectateur, vision que l’on retrouvera dans le concept pictural du  all over. Il s’intéressera en premier lieu à la peinture murale des Mexicains et à l’art des Indiens Navajos (figures rituelles dessinées sur le sable). Son souhait de s’éloigner des références artistiques européennes fera de lui l’instigateur d’un art exclusivement américain (The triumph of American painting, Irving Sandler). Avec son penchant pour Picasso, il sera qualifié jusqu’en 1946 de late cubist (à l’image de son comparse De Kooning) même si sa technique avait déjà évolué avec l’influence des surréalistes tels que Masson, Ernst ou Miró à qui il empruntera le concept de l’automatisme psychique qui libère l’inconscient pour venir toucher les sources émotionnelles de l’esprit.

Peggy Guggenheim le fera connaître en l’exposant dans sa galerie, Art of this Century, faisant ainsi office de tremplin à sa carrière.

En 1947, Pollock délaisse le motif, les pinceaux, les matériaux traditionnels pour l’abstraction, des bâtons et la peinture industrielle qu’il mélangera à du sable ou de la poudre de verre afin d’aboutir à des effets de brillance ou de matité et faire varier la fluidité du liquide.

Il peindra debout pour garder une vision « aérienne » de son travail. Ce travail se compose de mouvements de balancement, de va-et-vient et de tourbillon autour de la toile. C’est l’union de l’équilibre du geste et de la liberté de la matière (bâtons agités à la surface de la toile, écoulement de la peinture depuis des pots percés) qui aboutira à la création.

Le terme de all over, signifiant que le motif se répète sur toute la surface de la toile, attribué par Clement Greenberg à Pollock à propos de ses grands drippings entre 1947 et 1950, est discutable. Ce concept implique que la peinture se prolonge mentalement au-delà des limites de la toile, fragment du monde. En effet, Pollock, dans Lavender mist : Number 1, répètera par trois fois l’empreinte de sa main sur les bords de la toile, la délimitant, le dripping devant obéir à des normes d’une composition précise nécessitant un « cadre ».

En 1950, il sortira définitivement du all over avec des toiles dont la surface n’est pas entièrement couverte pour revenir vers la figuration en 1951.

Il mourra en 1956 dans un accident de voiture. L’exposition de 25 tableaux exposés au Museum of Modern Art de New York deviendra alors un hommage posthume.

 

 

Sources :

 

Number 26 A, Black and White, 1948            Émail sur toile (208 x 121,7 cm),
Musée national d’art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris                   Utilisation du noir et du blanc caractéristique. Matière (duco ou peinture aluminium industrielle) amenée sur la toile par des gestes cadencés et équilibrés avec des arabesques noires et des entrelacs blancs, éclaboussures et réticules. Remplissage égal sur toute la surface sans forme à lire, seulement le mouvement de la ligne colorée que constitue l’ « espace optique ». On se perd pour revenir à la surface et replonger à nouveau dans ce labyrinthe sans début ni fin.

Lavender mist : Number 1, 1950         Huile, émail et peinture d’aluminium sur toile (221 x 299,7 cm)
National Gallery of Art, WashingtonOn retrouve l’expressionnisme abstrait avec l’éclaboussement répétitif et méthodique de lignes et de gouttes de peinture s’additionnant sur de multiples couches donnant énergie et profondeur à la peinture.