L’Art conceptuel – Piero Manzoni

L’art conceptuel existe de manière officielle depuis les années 60, même si on peut considérer certaines créations antérieures comme appartenant à ce mouvement, comme par exemple le Carré blanc sur fond blanc de Malévitch, réalisé en 1918. Parmi les réalisations les plus connues, on peut citer Merde d’artiste de Piero Manzoni (1961) ou Four colors for words de Joseph Kosuth. Yves Klein ou Seth Siegelaub peuvent être vus comme faisant partie des premiers artistes conceptuels se revendiquant comme tels.

 

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Merde d’artiste, de Piero Manzoni

Mais qu’est-ce donc que l’art conceptuel ? Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a ni texte fondateur, ni véritable pionnier ou artiste de référence du mouvement. Il est donc difficile de donner une définition claire de ce qu’est l’art conceptuel. Dans les faits, c’est un mouvement où l’idée qui a donné naissance à l’oeuvre est plus importante que l’oeuvre elle-même. Une oeuvre d’art conceptuel peut donc être immatériel et sans existence concrète.

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Carré blanc sur fond blanc, Malévitch, (1918 ). Si vous ne voyez rien, c’est tout à fait normal.

 

L’art conceptuel ne tient donc aucunement compte de la virtuosité de l’artiste, du temps de travail passé à créer l’oeuvre ou des critères de beauté usuels. Seule compte le concept, l’idée derrière la création de l’oeuvre. C’est pourquoi lors des expositions les créations sont souvent accompagnées d’un long texte explicatif, détaillant les idées qui ont donné naissance à l’oeuvre. L’art conceptuel ne se soucie aucunement des critères esthétiques habituellement en vigueur pour juger une oeuvre.

L’art conceptuel est donc fréquemment l’objet de vifs débats. Certains y voient une démarche osée  pouvant bousculer notre rapport à l’art et s’affranchissant des notions de « Beau » et de « Laid » qui sont de toutes manières subjectives. Les opposants à ce mouvement y voient une démarche purement mercantile réalisée par des artistes n’ayant aucun talent et aucune volonté de travailler véritablement leurs créations. Un argument simple peut être opposé à l’art conceptuel : Je pourrais prendre une photo de mon bureau et la déclarer oeuvre d’art. Il me suffirait d’écrire un long texte explicatif détaillant ma pensée, et je pourrais l’exposer et la vendre à condition d’être suffisamment convainquant. Le simple fait d’avoir écris  la ligne précédente, et de n’avoir même pas pris la peine de copier/coller une malheureuse photo Wikipédia peut être vue comme une oeuvre conceptuel où l’artiste ( moi ) s’érige contre un système injuste l’obligeant à mettre une photo de mauvaise qualité par pure hypocrisie pour détailler son article, alors que celui-ci n’en a pas besoin. Cet acte peut être un exemple d’art conceptuel car le coeur de ce mouvement artistique est qu’une démarche, un mode d’emploi visant à faire répliquer une oeuvre est aussi de l’art conceptuel. Et l’on se rends compte à présent qu’avec un bon discours, même un argument anti art conceptuel peut devenir un argument pro.

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Trois chaises, de Joseph Kosuth

Parlons maintenant de Piero Manzoni, l’auteur de Merde d’artiste.

 

Piero Manzoni

 

Piero Manzoni, né en 1933 à Sancino ( Italie ) est considéré comme l’un des fondateur de l’art conceptuel. Il est surtout connu pour les Achromes, toiles recouvertes de plâtres, de kaolin ou d’autres matériaux, ainsi que pour Merde d’artiste, et Souffle d’artiste.

Achrome, par Manzoni

 

Il fait un temps partie du Grupo nucleare, avant de l’abandonner en 1959. Il se rapprochera ensuite d’autres artistes, et de groupes tels que Nul (Amsterdam) et Zero ( Dusseldorf ).

Il fait scandale avec Merde d’artiste en 1961, où il vend ses propres excrément dans des boîtes de conserves à des prix exorbitants. Certains parleront d’un coup de génie critiquant la mercantilisation excessive de l’art, d’autres lui reprocheront d’adopter la démarche même qu’il dénonce. Personnellement, je salue son génie commercial, et de manière totalement honnête. Il signe également des personnes vivantes la même année à la galerie La Tartaruga de Rome, de simples personnes devenant ainsi des créations artistiques à part entière.

Le collectionneur Walter Baldi dira

 » Ce qui est important, ce n’est pas ce que Manzoni a voulu faire, c’est la manière dont le monde l’a perçu, dont il la reçu ».

 

Beaucoup verront en lui un critique lucide de la société de consommation, et des « abus » des artistes côtés.

Ils’éteint en 1963 à Milan.

Manzoni voulait avant tout, avec son oeuvre, questionner la nature de l’objet d’art. En effet, il utilisa à chaque fois des matériaux, des objets n’étant pas considérés comme susceptibles de servir à faire de l’art. Manzoni prend donc à contre-pied les valeurs de son époque en terme de production artistique. Sa démarche peut être vu comme la contestation ultime face à l’art « traditionnel », qui se base sur des critères esthétiques admis de manière « universelle ».

Manzoni est une figure qui fait débat. Certains voient en lui un critique géniale de son époque et de l’évolution de l’art de son temps. Son  oeuvre incite en effet à remettre en question nos conceptions de l’art et de sa valeur. D’autres voient en lui un cynique opportuniste qui utiliser le système même qu’il dénonçait pour s’enrichir. Son propre père le qualifiait « D’artiste de merde ».

 

Alexène