Art Nouveau – Gustav Klimt

Gustav Klimt est né le 1e 14 juillet 1862 à Baumgarten. Il a été l’un des peintres les plus en vue de la Sécession viennoise (ou Sezessionsstil), mouvement rattaché a posteriori à l’Art Nouveau qui se répand en Europe à la fin du XIXe siècle. Il fait ses classes à l’école des arts et métiers de Vienne, avec notamment pour professeur Julius Viktor Berger. En 1883, sa formation terminée, il fonde la Künstlercompagnie (compagnie des artistes) avec son frère Ernst Klimt et Franz Matsch. En 1886, au Burgtheater dont il réalise les fresques murales, le style de Gustav Klimt commence à se différencier de celui de son frère et de Matsch, et à s’éloigner de l’académisme.

Né tardivement par rapport à ses homologues européens, le style sécession se cristallise autour d’une vingtaine d’artistes : en 1897, les mécontents, groupés autour de lui, fondent la Vereinigung bildender Künstler Sezession, association qui ne propose aucun programme artistique précis, mais dont les buts déclarés sont d’« arracher l’art au négoce », de susciter un intérêt pour l’art en même temps que d’élever le sens artistique des contemporains, et de favoriser des échanges entre l’art autrichien et les nouvelles tendances européennes. Les sécessionnistes plaident pour une réhabilitation des arts réputés mineurs : « À chaque époque son art, à chaque art sa liberté », font-ils inscrire sur le fronton de leur Palais.

La question de la liberté se déplace et devient celle de l’intégrité morale et esthétique de l’artiste, de sa non-compromission avec le goût du public, apeuré par les ruptures novatrices et les potentialités de l’art, en tant que moyen d’exploration de l’imaginaire profond des individus et des sociétés. Après le refus de ses peintures destinées à l’Université de Vienne, Gustav Klimt peint en 1899 une Nuda Veritas (Vienne, Österreichisches Theatermuseum) qui semble renouer avec la tradition des autojustifications provocantes. Manifeste, l’œuvre veut pervertir le système éculé et aseptisé de l’allégorie en le réinvestissant d’une puissance érotique trouble et ambivalente. La Vérité de Klimt est une femme aux hanches épanouies, à l’opulente chevelure rousse et aux yeux verts, deux attributs traditionnels des femmes maléfiques. Le miroir cristallin et sphérique qu’elle tient ressemble à la sphère de cristal d’une diseuse de bonne aventure et ne renvoie qu’une image brouillée, le serpent ondulant à ses pieds la rapproche autant d’Eve que de Cléopâtre. Son regard est à la fois tentateur et comme extasié ou ensorcelé. La Vérité de Klimt est sœur de sa Salomé, de sa Danaé, de ses femmes sirènes. Elle défie l’hypocrisie bien pensante par son corps exhibé, et Klimt complète le message par le texte calligraphié de Schiller qui surmonte son image : « Si tu ne peux plaire à tous par des actes et tes œuvres d’art, contente quelques-uns. Il est grave de plaire à la multitude ». La surface dorée de la cimaise, le format étroit, le coloris pastel, la frontalité sont autant d’atteintes aux conventions régnantes et de recherches audacieuses pour jouer avec les traditions anciennes de l’icône ou du polyptyque primitifs et expriment le refus des règles académiques.

En 1900, le refus par l’académie des toiles préparatoires aux allégories qu’elle lui avait commandées marque un tournant dans sa carrière. Sa Philosophie lui vaut le titre de peintre « prétentieux et métaphysicien », ses pairs fustigeant la « laideur » d’un tableau qui ne respecte pas les codes imposés par l’exercice, et qui le fait au nom d’une modernité dans laquelle ils voient la marque incontestable de la décadence. Cette toile pourtant sera plébiscitée à Paris, où elle recevra la médaille d’or de l’Exposition universelle. Il la présente ainsi dans le catalogue de l’exposition : « Personnages de gauche : l’éveil de la vie, la fertilité, le départ de la vie. À droite, le globe, le mystère du monde, et un personnage émergeant de la lumière, la Connaissance. » La grappe humaine qui occupe le tiers gauche du tableau sur toute sa hauteur représente l’alternance des cycles de la vie, de la joie de la naissance jusqu’à l’effroi de la mort qui accable le personnage décharné du bas, recroquevillé dans une posture de désolation.

– La toile a été détruite en 1945 par les nazis.

Klimt se retire alors dans la création, cheminant dans le développement de cette métaphysique qu’on lui reproche comme une tare et que lassé de défendre dans l’arène, il s’efforce de peindre à l’abri des regards. Il engage des évolutions majeures dans son œuvre : le recours de plus en plus poussé à l’ornement associé à un naturalisme stylisé, qui annoncent la période dorée ; la préférence accordée aux surfaces planes, à deux dimensions plutôt qu’au relief classique ; et bientôt l’abstraction s’imposent à lui comme des étapes nécessaires dans le questionnement de la « vérité nue » qu’il cherche à capturer. Dans le même temps, ses thématiques s’articulent autour de la saisie de la résonance profonde et singulière qu’il perçoit entre la question de la vérité et l’énigme du féminin, qui le fascine jusqu’à l’obsession. 

Dans ses portraits de femmes où l’influence de Freud se faisait sentir, au point d’avoir été surnommé « le peintre de l’inconscient », il les peignait enchâssées dans de somptueux vêtements d’apparat, aux couleurs chatoyantes, émaillés d’or, dans des robes d’inspiration byzantine qui épousent librement les formes. En la peignant nue, Klimt peint aussi les ambivalences et la sensualité de la femme. Indifférente ou castratrice, la femme klimtienne incarne un danger pour l’ordre viril, telle la Judith brandissant la tête d’Holopherne dans une expression de jouissance morbide. En dépit de sa sensualité à fleur de peau, la femme klimtienne n’en est pas moins capable d’endosser les attributs virils : Athéna est placée en position de juge et de gardienne de la civilisation, Judith et Danaé montrent la force et l’indépendance féminines, et les créatures aquatiques suggèrent sans doute tout autant l’intelligence que le narcissisme dont la femme est capable.

Son œuvre, jugée après guerre décorative et passéiste, sinon comme l’expression étrange d’un symbolisme au goût douteux, endura un long purgatoire. La première monographie consacrée au peintre paraît en 1967. La véritable redécouverte de Klimt se fit cependant à partir des années 1980, dans le sillage des travaux sur la Vienne début du XXe siècle et de la réévaluation de l’Art Nouveau. Depuis lors, son prestige n’a cessé de croître et l’enthousiasme que suscite aujourd’hui son œuvre est proportionnel à l’indifférence ou au dédain qu’elle rencontra cinquante ans durant. Certains de ses tableaux sont devenus de véritables icônes dont les motifs sont déclinés à satiété sur des affiches publicitaires, des bijoux et des vêtements à la mode. En 2006, un tableau de Klimt (Adèle Bloch-Bauer, 1907) a pulvérisé en vente publique le record jamais atteint par une œuvre d’art.  il est depuis plusieurs décennies l’un des artistes les plus reproduits et son fameux Baiser a fait le tour du monde.

 

Cette œuvre fait partie du Cycle d’or de Klimt, il s’agit certainement de son tableau le plus célèbre. Les modèles ont probablement été lui-même et sa compagne, Emilie Flöge. La peinture est maintenant au Musée Österreichische Galerie Belvedere, dans le palais du Belvédère, à Vienne, et est considérée comme un chef-d’oeuvre de l’époque moderne.

 

Sources :

http://www.cairn.info/

http://www.universalis.fr

http://www.wikipedia.org

www.larousse.fr/encyclopedie