Supports/Surfaces : Peinture en crise

 

 Le mouvement qui déconstruisait le tableau

Extensibles, Daniel Dezeuze, 1969, photographie par Christelle Grandon

Panneau extensible 1969
Daniel Dezeuze, Bitume de Judée passé à l’acide nitrique
Plié : 125 X 52 cm déplié : 98 X 340 cm

 

À l’instar de l’Arte Povera en italie, du Land Art américain ou du Minimalisme, supports/surfaces fait partie de l’avant-garde artistique. Cette frange française de l’art contemporain a couvert une période brève, allant de la fin des années 60 au début des années 70.

Une rupture avec les conventions académiques…

Chassis, une oeuvre Supports/Surfaces de Daniel Dezeuze en 1967, photographie par Christelle Grandon

Châssis 1967
Daniel Dezeuze
Feuille de plastique transparent
tendu sur châssis
194,5 X 130 X 2 cm Photographie Christelle Grandon

 

 

Dès 1966, alors qu’ils ne se sont pas encore baptisés sous cette appellation Supports/Surfaces, les artistes qui accoucheront de ce mouvement sont déjà dans une démarche de questionnement de la peinture sur chevalet. En effet, ils remettent en cause cette connaissance et ce savoir-faire appris durant leurs études de beaux-arts. Ils choisissent de s’éloigner de la pratique picturale académique pour amorcer ce qu’ils définissent comme un retour à la matérialité.

Pour eux, le tableau de chevalet n’est pas le lieu de prédilection de la peinture, et l’ancrage au mur n’en est pas non plus, ni le moyen, ni l’espace privilégié d’exposition. Aussi, ils éclatent les matières du tableau et se servent d’elles comme matériaux. La toile, l’échelle ou encore le châssis deviennent individuellement les supports de travail et d’expression de leur propos. Par ailleurs, leur art n’est plus un art de représentation d’un sujet tiers au moyen de la peinture. C’est la peinture elle-même qui devient sujet et objet de production artistique, avec des artistes qui se mettent en retrait pour laisser leurs œuvres exister et discourir en soi.

…Qui s’approprie la défiance de son temps

Echelles de bois souple par Daniel Dezeuze, une oeuvre Supports/Surfaces, photographiée par Christelle Grandon

Echelle de bois 1970
Daniel Dezeuze
Bois de placage
300 X 1370 cm
Photographie de Christelle Grandon

Mais en plus de cette deconstruction de la matière traditionnelle du tableau, s’ajoute un affranchissement des lieux : ils exposent dans la nature, dans les villages, ou des hauteurs en extérieur…Et lorsque le circuit de l’art leur impose une exposition conventionnelle, ils réinventent la manière d’investir l’espace, de façon à ce que ce soit la vie, le rythme et les fulgurances de leurs œuvres qui frappent le visiteur, et non pas la densité d’une œuvre accrochée. C’est ainsi qu’en septembre 1970 lors d’une exposition au salon d’art moderne de Paris, autour du chef de file du mouvement Daniel Dezeuze et du co-fondateur Claude Viallat, une dizaine d’artistes exposent simultanément sous le nom de Supports/Surfaces.

Il s’agit de : André-Pierre Arnal, Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade, Noël Dolla, Toni Grand, Bernard Pagès, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour et André Valensi. Le mouvement Supports/Surfaces nait ainsi, en réappropriant l’émulsion intellectuelle, politique et sociologique de cette époque (notamment de mai 1968, de BMTP et de la French Theory), mais aussi en s’inscrivant en opposition aux Nouveau Réalistes. Bien qu’éphémère puisque dissous pour cause de divergences avant le milieu des années 70, Supports/Surfaces laissera une marque importante en France comme mouvement d’art contemporain. Aujourd’hui encore, certains de ces fers de lance continuent d’officier dans une sorte de continuité de cette recherche de réinvention, tel le natif d’Ales Daniel Dezeuze, dont trois œuvres emblématiques illustrent ce billet.

Bibliographie :

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