Ernst Ludwig Kirchner et le mouvement Die Brücke

Ernst Ludwig Kirchner

En 1901, à l’École Supérieure Technique de Dresde, le jeune Ernst Kirchner a tout juste 21 ans et vient de rencontrer Fritz Bleyl. Tous les deux partagent un point commun : ils préfèrent peindre librement sans être sous le joug de l’école. Tout en menant leurs études avec succès, les deux compères se lancent dans la création, très inspirés par l’expressionnisme. Pouvaient-ils être directement plus touchés par le mouvement artistique ? Ce dernier apparaît au tout début du XXème siècle, durant leur jeunesse, et principalement dans leur pays qui plus est.

Alors, après leur rencontre avec Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff, tous lancent en 1905 le mouvement Die Brücke (en français « Le Pont », inspiré d’un poème de Nietzsche). Tout en étant affiliés au mouvement expressionniste, ils avaient pourtant à cœur de s’en détacher par certains points, en affichant par exemple des prises de position claires concernant leur société. Si « Le Cri » d’Edvard Munch, peint douze ans auparavant, marque aujourd’hui encore les esprits par ses courbes accentuées, Kirchner et ses amis souhaitent partager des lignes encore plus déformées et des nuances de couleurs plus fortes.
Les thèmes traités par Ernst Ludwig Kirchner, et en général les artistes de Die Brücke, sont variés. Si les trois œuvres choisies et présentées ci-dessous touchent au domaine de la ville, de la rue, il est possible de retrouver dans leurs créations des portraits ou encore des scènes de nu. Pour Kirchner, ces tableaux moins « angoissés » correspondent à la période dite « de Dresde » où, encore jeune, il s’inspire de son environnement qui est un véritable outil d’expression.

Mais, à 30 ans, en 1911, il s’installe à Berlin et sa vision artistique prend un certain virage. La grande ville lui apporte une toute autre inspiration, tout comme la société changeante qui s’approche du premier conflit mondial. Dès lors, ses œuvres vont être teintées de pessimisme avec des personnages aux grands yeux creux et noirs, dénotant le dérangement psychologique que Kirchner ressent durant ces années.

En 1917, il part pour les Alpes Suisses où son éventail de créations et de thématiques va à nouveau s’élargir.

Mais Kirchner va connaître une fin de vie bien différente de celles de ses compères. En 1937, le régime Nazi, déjà bien implanté dans le pays allemand, confisque et détruit l’œuvre d’une vie. Plus de six cent de ses tableaux lui sont enlevés puisque son art est considéré comme « dégénéré » par le nouveau gouvernement. Cette action est sans nul doute une conséquence de son suicide en 1938, à l’âge de 58 ans.

 

                                                 Ernst Ludwig Kirchner. Marzella, 1910, huile sur toile (76 × 60 cm), Moderna Museet, Stockholm.

A la toute fin de sa période « de Dresde », Kirchner peint Marzella. La jeune femme nue, assise, les bras croisés, repliée sur elle-même, est clairement une référence au tableau La Puberté du grand peintre expressionniste Edvard Munch. Contrairement à cette œuvre classique, Kirchner y imprime son identité en représentant le sujet avec de grands yeux noirs et vides. Cette dernière est entourée, non pas d’un environnement pauvre comme pour Munch, mais d’un mobilier moderne, représentation de la société actuelle, thème si cher à Kirchner, tout comme la nudité qu’il représentait pourtant majoritairement en groupe.

 

 

                                  Ernst Ludwig Kirchner. Berliner Straßenszene (Scène de rue à Berlin), 1913, huile sur toile (121 × 95 cm), Neue Galerie, New York.

Ici, c’est la société bourgeoise qui est peinte par Kirchner. Souvenons-nous qu’en 1913, quand il créé cette œuvre, l’artiste est installé à Berlin depuis peu (1911). Toujours dans la recherche d’une représentation de la foule, Kirchner choisit des couleurs particulières (bleu marine austère pour la tenue des hommes et couleurs vives pour les femmes). En arrière-plan, l’on peut voir une masse informe où se mêlent foule et chevaux. Une période qui contraste avec celle de Dresde où régnait calme et sérénité.

 

 

        Ernst Ludwig Kirchner. Der Belle-Alliance-Platz in Berlin (Porte de Brandebourg, Berlin), 1915, huile sur toile (200 × 150 cm) Neue Nationalgalerie, Berlin.

Dans ce tableau de 1915, Kirchner s’est détaché de la proximité de la foule pour un aperçu plus général d’un des lieux les plus connus de la capitale allemande : la Porte de Brandebourg. Nous sommes au tout début de la Première Guerre Mondiale et l’absence d’agitation sur une place pourtant populaire nous choque. Les nombreuses nuances de jaune instaurent une ambiance maladive. Au milieu de cet environnement dérangeant, un cortège de trois longues voitures se détache pour accaparer l’attention des quelques badauds présents. Kirchner avec une petite gamme de couleurs, impose un long silence au sein de sa toile.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

http://www.kirchnermuseum.ch/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Ludwig_Kirchner

https://www.universalis.fr/encyclopedie/ernst-ludwig-kirchner/

http://www.moreeuw.com/histoire-art/ernst-ludwig-kirchner.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pubert%C3%A9_(Munch)