Georges Mathieu, pionnier de l’abstraction lyrique

Georges Mathieu (1921-2012), peintre français de parents banquiers, se lance d’abord dans le professorat avant de se tourner vers l’art pictural en 1942. Lisant en 1944 une analyse de l’œuvre littéraire de Joseph Conrad par Edward Crankshaw, il reprend pour la peinture la position de l’auteur selon laquelle la valeur d’une œuvre peut se situer dans son style plutôt que dans son récit, dans la forme plutôt que dans le sens. En 1947 le critique Jean José Marchand parle d’un « abstractivisme » lyrique, expression que Mathieu reprend, sans le –isme susceptible d’affaiblir son message.

La Victoire de Denain, 1963, huile sur toile, 275 x 700 cm, collection Georges Mathieu.

C’est le début de l’abstraction lyrique, donnant « droit de cité total à l’improvisation, à la vitesse, à l’inconnu et au risque »[1]. Elle fait appel à l’intuition au lieu de la méthode. Pour Mathieu, vitesse et improvisation permettent d’accéder à la création pure, directe et libre, à la manière du Jazz ou de la calligraphie orientale. Il considère que la valeur d’un travail ne dépend pas du temps passer à le réaliser, mais de ses qualités esthétiques intrinsèques : « Il ne vient à l’idée de personne en Orient de dénier toute qualité artistique aux calligraphies sous prétexte que celles-ci sont faites en quelques secondes »[2].

Écartèlement de François Ravaillac, assassin du Roi de France Henri IV, 1960, huile sur toile, 250 x 400 cm.

Mathieu expérimente différentes techniques pour peindre de manière toujours plus rapide et directe, comme la coulure ou le dripping, mais privilégie ensuite le tubisme dont il est l’inventeur, et qui consiste à appliquer directement le tube sur la toile. Il innove également dans sa manière de mettre en scène la peinture comme un spectacle en temps réel. Il met ainsi en pratique sa notion de risque en produisant des tableaux de taille impressionnante, jusqu’à douze mètres par quatre, dans la rue ou dans un théâtre, face à plusieurs milliers de spectateurs.

Hommage au Connétable de Bourbon, 1959, huile sur toile, 260 x 600 cm, collection privée.

Sources :

[1] George Mathieu, Discours d’installation à l’Académie des beaux-arts, 1976.

[2] George Mathieu, « D’Arioste à l’Abstraction lyrique », article paru dans L’Œil, n°52, avril 1959, p.32.