Dadaïsme : naissance du « photomontage »

L’apparition du photomontage en 1919, due aux dadaïstes berlinois, précède l’invention du terme lui même. Cette technique de collage photographique qui met à profit la décomposition se développe grâce aux recherches de George Grosz et John Heartfield, d’un côté, et de Raoul Hausmann et Hannah Höch, de l’autre. C’est à Grosz et Heartfield que l’on doit l’emploi du mot « montage », abrégé en « mont. », à côté de leurs noms dans le tampon apposé sur leurs œuvres collectives, allusion à la production en série.
Le photomontage reflète l’orientation politique du dadaïsme berlinois, son inspiration activiste et anti-esthétique opposée au caractère bourgeois de la République de Weimar et à l’individualisme expressionniste ; il devient un outil de propagande et de satire anti-nazi.  Photographies, textes, publicités, quotidiens, tous matériaux typiques de la communication de masse alors naissante, sont les éléments de base du photomontage. Initialement, ils sont structurés selon une composition dense et serrée, qui mêle absurde et narration (Hausmann parlera, en 1931, de « films statiques ») ; puis, grâce à Heartfield et à son activité d’illustrateur pour un périodique communiste, ils se transformeront en un moyen d’information destiné à la classe ouvrière. Ainsi devenu un instrument de propagande, le photomontage sera l’un des moyens de prédilection des constructivistes soviétiques ainsi que de László Moholy-Nagy dans ses « photo-plastiques ». Il retrouvera sa fonction première (fondée sur le rapprochement et l’analogie) chez les surréalistes, puis s’inscrira pleinement comme médium à part entière de l’art contemporain.

: https://artforus.wordpress.com/2012/11/27/cut-with-a-kitchen-knife/

Hannah Höch, Schnitt mit dem Küchenmesser (« Tranché par un couteau à pâtisserie »), vers 1919, photomontage. Berlin, Neue Nationalgalerie.

Exposé à la Foire dadaïste en 1920, ce photomontage de Hannah Höch présente sur un grand format (114 × 90 cm) une accumulation d’images découpées dans des photographies et des journaux, organisées en une narration alogique dénuée de toute hiérarchisation interne. L’artiste mêle avant-garde et féminité, et formule sur le présent un commentaire politique « tranchant ». Ce photomontage est construit sur un rythme saccadé qui entremêle objets (machines, engrenages, maisons populaires), foules et personnages reconnaissables (Marx, Lénine, Einstein, Friedrich Ebert président de la République de Weimar). Des fragments de textes, parmi lesquels se détache, répété, le mot « dada » (et « anti-dada »), apportent à l’œuvre une dimension verbale et sonore.

 

 

John Heartfield, photomontage pour Arbeiter Illustrierte Zeitung 16, couverture “MIMIKRY”, 1934

http://www.tate.org.uk/art/work/T01918

Raoul Hausmann, Le critique d’Art, 1919-20

Sources :

– BERTOLINO Giorgina, TRADITO Todaro (trad.), « Comment identifier… Les mouvements artistiques : De l’impressionnisme à l’art vidéo », Éditions Hazan, 2009.

– www.dadaisme.org