Diego Rivera, peintre muraliste

    Diego Rivera naît le 8 décembre 1886 à Guanajuato au Mexique. Il a des origines russes par son grand-père paternel (ce qui participe de son engagement politique auprès du parti communiste) et indienne par sa grand-mère maternelle. Il commence ses études artistiques à l’Académie de San Carlos en 1898 et y reste jusqu’en 1905. L’art est déjà pour lui non pas une chose utile mais nécessaire au même titre que se nourrir ou dormir. Là-bas il suit les cours du naturaliste Félix Parra qui l’impressionne beaucoup par sa connaissance étendue sur le Mexique pré-colonial. À cette même période il fait la connaissance de Gerardo Murillo, l’un des premiers à avoir souligné l’importance de l’art indien et de la culture mexicaine. Puis il part en Europe pour élargir sa connaissance sur l’art contemporain grâce à une bourse du gouvernement. Il arrive en Espagne et parcourt le pays de 1907 à 1908 en s’essayant aux différents styles de peintures qu’il rencontre sur son chemin : Goya, El Greco, Vélasquez, etc. Il part en France à partir de 1909 après sa rencontre avec Picasso. Il rentre au Mexique à la fin de sa bourse, mais réussir à revenir en Europe à partir de 1911 pour y passer les dix années suivantes. Durant cette période, il fréquente surtout les artistes du milieu cubiste. Mais en 1917, suite à un conflit avec le critique d’art Reverdy, il finit par faire un rejet total du cubisme. Une fois son retour au Mexique en 1921, il décide alors de tourner le dos à l’Europe.

Peinture datant de sa période cubiste :

Diego Rivera, Motherhood Angelina and the Child Diego, 1916, huile sur toile, 132 x 86 cm, Museo de Arte Carrillo Gil, Mexico City, Mexico.

    C’est au sein du programme culturel du gouvernement de Vasconcelos, qui veut faire renaître la fresque mexicaine, que Diego Rivera conçoit l’idée d’un art mural au service du peuple. Il commence dès 1922 sa première peinture muraleLa Création, dans l’amphithéâtre Bolívar de l’École Supérieure. Il utilise à ce moment là la technique de l’encaustique et n’a pas encore appris celle de la fresque. Diego entreprend ensuite la conception de 128 panneaux, constituants 1600 mètres carrés sur trois étages ouverts sur la cour intérieure du ministère de l’Éducation et espère ainsi surpasser Siqueiros et Orozco et devenir le premier peintre muraliste au Mexique. Il y parvint en 1924 grâce à ces mêmes fresques qu’il organise de la manière suivante : « Au rez-de-chaussée de la Cour du Travail, je peignis des fresques décrivant le labeur industriel et agraire ; au premier, des fresques mettant en valeur les activités scientifiques, et au dernier étage, des fresques représentant les arts – sculpture, danse, musique, poésie, récits populaires et théâtre. » Il utilise une démarche similaire dans la Cour des Fêtes en y ajoutant des élément de « musique exprimant la volonté et les désirs révolutionnaires du peuple de la période entre l’indépendance du pays et la révolution. » Ces fresques sont à la frontière entre l’histoire du Mexique et la propagande communisteC’est au Palais national à Mexico, où il peint notamment sa fameuse Épopée du peuple mexicain entre 1929 et 1935, et à la chapelle de l’École nationale d’agriculture à Chapingo que se situent les plus emblématiques de ses fresques. Il affirme à leur propos : « Les fresques de Chapingo sont avant tout un chant de la terre, avec toute sa profondeur, sa beauté, sa richesse et sa tristesse. Les tons dominants sont le violet, le vert, le rouge et l’orange. Une fois cela terminé, je conçus également les gravures destinées aux deux portes de bois à l’entrée de la chapelle. Dans la hall d’entrée, je décrivis les quatre saisons de l’année, le cycle récurrent de la vie de la campagne. Dans la chapelle elle-même, je représentai les processus naturels de l’évolution. Le mur du fond est dominé par un grand nu féminin, célébrant « La Terre fertile. » Dans ses fresques sont présentes deux visions du paysan mexicain en relation avec la terre : la première où le paysan est une partie de l’ordre naturel des choses et de l’ordre social où le travail de la terre est gratifiant ; et la seconde où le paysan a le pouvoir de renverser ces deux ordres afin de les mettre au service de la nation mexicaine.

Diego Rivera, La Distribution des armes, 1928, fresque murale, 203 x 398 cm, Mur Sud, Patio de Las Fiestas, Secretaría de Educación Pública, Mexico.

    Rivera part ensuite visiter les États-Unis au début des années 1930, puis 1940, et va y peindre plusieurs fresques en privilégiant particulièrement les thèmes industriels. Sa plus célèbre fresque de cette époque se trouve à l’Institut des arts de Détroit. En 1932, les dirigeants du Detroit Institute of Arts lui passent commande. Diego Rivera et Frida Khalo, qu’il a épousé en 1929, s’installent alors à Detroit. La série de fresques comporte vingt-sept panneaux, intitulée L’industrie de Detroit et est inspirée des usines Ford. Alors qu’il travaille encore à Detroit, Nelson Rockefeller et John D. Rockefeller lui proposent de décorer la réception de la Radio Corporation of America au Rockfeller Center de New York. Il réalise alors L’homme à la croisée des chemins, le regard tourné vers un avenir meilleur en 1933. Cette œuvre suscite la polémique car elle contient un portrait de Lénine sciemment peint par l’artiste. Cela aboutit le 9 mai par le renvoi de Rivera et le recouvrement de sa fresque dans un premier temps avant sa destruction en 1934. Après ce scandale médiatique, une commission annule une commande prévue pour la Foire internationale de Chicago. Pour ses fresques ultérieures, Diego Rivera utilise le portrait de Rockefeller pour donner un visage au capitalisme.

Diego Rivera, Detroit Industry, North Wall, 1932-1933, fresque, Mur Nord, Detroit Institute of Arts (Detroit, Michigan, USA)

    En 1950 il reçoit le Prix national des Sciences et de Arts du Mexique. Puis il réalise sa dernière fresque, intitulée Le Désir du peuple d’être en meilleure santé, pour un hôpital de Mexico en 1953.

SA TECHNIQUE :

Il utilise de la poudre de marbre mélangée à de la chaux. L’équipe préparatoire applique une couche de plâtre d’environ 1 cm. Une fois sec et après avoir été rainuré (pour une certaine adhérence) on applique « l’arriciato » ou couche marron, en couche épaisse. Puis on y ajoute une troisième couche de finition, « l’intonaco », juste sur les futurs parties peintes par l’artiste. Il a 8h pour peindre sur cette couche avant qu’elle ne soit trop sèche et ne retienne plus les pigments. Diego commence par peindre les tons les plus clairs pour ensuite attaquer à rebours les plus sombres. Les vraies couleurs n’apparaissent alors qu’une fois le mur entièrement sec.

 

Sources :

  • Diego Rivera : son art et ses passions, 2009, de Gerry Souter, chez Parkstone International.
  • Diego Rivera, 1886-1957 : un esprit révolutionnaire dans l’art moderne, 2001, de Andrea Kettenmann, chez TASCHEN.
  • Diego et Frida, 1995, de J.M.G. Le Clézio, chez Stock.
  • Diego Rivera — Wikipédia