Nouveau Réalisme – Niki de Saint Phalle

L’artiste – biographie sélective

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle dite Niki de Saint Phalle, née le 29 octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine, est la deuxième des cinq enfants d’une famille aristocratique de banquiers franco-américains. Profondément marquée par un père incestueux et une éducation religieuse, Niki fuit le carcan familial en se mariant en premières noces à Harry Mathews, poète américain et ami d’enfance, avec qui elle s’installera à Paris en 1951.

C’est lors d’un séjour en hôpital psychiatrique en 1953 suite à une grave dépression nerveuse que Niki commence sa carrière ; elle y réalise ses premières toiles. Elle peint et dessine en autodidacte, et si les critiques rapprochent ses travaux de cette période à l’art brut et l’art outsider, Niki ne se revendique d’aucun mouvement.

Sa rencontre avec Jean Tinguely en 1955 donne une nouvelle impulsion à sa pratique artistique. Son esprit insoumis et opposé aux conventions rigides et strictes, trouve une résonance chez les jeunes artistes de son époque. C’est sa série de performances Les Tirs, à laquelle participent d’autres artistes comme John Ashbery ou encore Gérard Deschamps, qui la rend internationalement célèbre dès les années 60. Elle rejoint le groupe des Nouveaux Réalistes en 1961 et y assure le rôle de médiatrice entre les avants-gardes français et américain. En 1962, elle est exposée par le célèbre galeriste Alexander Jolas.

De sa collaboration professionnelle et amoureuse avec Jean Tinguely, qu’elle épouse en 1975, naît Hon/Elle, une femme monumentale, habitable et pénétrable, Paradis Fantastique de Stockholm ( 1967 ) ou encore, la fontaine Stravinsky ( ou fontaine des Automates ) à Paris ( 1983 ).

Niki de Saint Phalle meurt le 21 mai 2002, à l’hôpital de San Diego, des suites d’insuffisance respiratoire chronique en raison de son travail avec le polyester, matériau dont la toxicité des émanations resta longtemps inconnue.

L’Oeuvre

À 14 ans, Niki peint en rouge les sexes des statues de son école en signe de rébellion ; cette révolte et engagement traversera toute son oeuvre et sa vie, puisqu’elle profite de sa grande notoriété pour militer pour la libération de la femme, l’association AIDES, et contre le racisme et le patriarcat.

En raison de la misogynie palpable du milieu artistique des années 60, le travail de Niki de Saint Phalle n’est pas immédiatement reconnu ; on juge ses réalisations picturales anticonformistes comme des frivolités, et plus tard dans les années 70 on lui ôte toute autonomie en attribuant, à tort, la paternité de ses œuvres à son époux, Jean Tinguely.

C’est la série des Tirs qui la propulse sur la scène internationale.

Les Tirs

« Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir. »


Tir, performance, 1961. Plâtre, peinture, métal et objets divers sur de l’aggloméré.

Niki de Saint Phalle organise une première série de Tirs le 12 février 1961, derrière l’impasse Ronsin. Ces tableaux performants sont constitués de plâtre auquel l’artiste y incorpore des berlingots de shampoing, des tiges contenant des aliments ( œufs, tomates ), et des poches d’encre colorée, qui éclatent et dégoulinent sous l’impact des balles, tirées à la carabine. Une deuxième séance à lieu le 26 février, et l’expérience est renouvelée le juin de la même année lors de la première exposition personnelle de Niki de Saint Phalle “Feu à volonté” où les spectateurs sont eux aussi invités à tirer.

Selon l’artiste elle-même, Niki de Saint Phalle laisse exploser sa rage contre le monde, les hommes, son enfance, son père qui l’a violée, sa mère, l’école, son enfance, les violences, la guerre, et elle-même ; elle exulte sa colère et sa révolte contre le monde entier en embrassant la dimension cathartique de l’oeuvre, faisait pleurer et tuant la peinture, sa rage entraînée par cet écoulement.

 

Les Nanas

« Elles sont libérées de toutes ces conneries : sentimentalité, mariage, masochisme… Elles sont elles-mêmes ! »


Les Nanas, sculptures, 1980. 4,5 m x 1 m. Peinture, papier mâché, polyester.

Issues d’une réflexion de l’artiste autour des différents rôles de la femme dans la société moderne ; ces gigantesques sculptures de grillage, papier mâché et résine de polyester sont dansantes, décomplexées, bariolées ; les Nanas habitent l’espace et ne s’en excusent pas. Extension de Lucrezia ( précédente sculpture réalisée par l’artiste représentant une femme au corps délabré ) ou plutôt sa renaissance, Niki de Saint Phalle par cette oeuvre fait exploser, après la souffrance et la colère, la joie et la gloire de la femme.

Les Nanas sont libératrices, elles s’opposent à l’oppression de femmes en brandissant un corps généreux ; volontairement disproportionné et monumental afin d’écraser le sexe mâle. Elles font écho à la lutte féministe de la fin des années 60 et se veulent le symbole d’une révolution, de « quelque chose à venir ».

Le jardin des Tarots

« La perfection est froide. l’imperfection donne la vie. J’aime la vie. »


Le jardin des Tarots, 1979-1998.

C’est une visite au Parc Güell de Gaudi à Barcelone qui inspire à Niki de Saint Phalle le Jardin des Tarots. Construit sur un terrain mis à disposition par des amis à Garavicchio en Toscane, le parc s’organise autour de 22 personnages géants, chacun représentant une des arcanes majeures du tarot de Marseille. Ces imposantes et colorées sculptures en béton et ornées de céramiques, mosaïques et verres sont habitables ; en effet Niki de Saint Phalle et son époux Jean Tinguely y ont habité durant les travaux. Le parc est finalisé et ouvert au public à partir de 1998.

 

Sources :

www.niki-de-saint-phalle.net

www.centrepompidou.fr

education.francetv.fr