Orphisme et rayonnisme

Au cours des années 1910, la peinture européenne a connu un riche développement de nouveaux styles artistiques. Parmi eux se trouvent l’orphisme, apparu pour la première fois en 1913 en France, et le rayonnisme développé en Russie par les peintres Mikhaïl Larionov et son épouse Natalia Gontcharova entre les années 1909 et 1915.
La raison pour laquelle ces deux mouvements artistiques de la peinture sont mis ensemble tient probablement à deux facteurs. Le premier est celui du temps, ces deux styles étant apparus à la même époque. Le second est celui du concept. En effet, orphisme comme rayonnisme se basent sur l’utilisation des couleurs et de leurs lumières pour peindre.
Cependant, là s’arrêtent vraiment les ressemblances entre les deux mouvements. Même leurs origines artistiques sont relativement différentes. L’orphisme est un prolongement du cubisme (on l’appelle parfois le cubisme orphique), tandis que le rayonnisme prend ses racines dans le futurisme.
Concrètement, l’orphisme se caractérise par des éléments figuratifs « entièrement créés par l’artiste », tout en conservant une construction et une signification qui est son vrai « sujet ». Enfin, l’orphisme joue avec la lumière créée par le mélange de différentes couleurs.

Formes circulaires, Soleil n°2, Robert Delaunay
Formes circulaires, Soleil n°2, colle sur toile, Robert Delaunay, 1912-1913

Le rayonnisme quant à lui, se définit comme un art dans lequel l’artiste met en valeur les champs vibratoires et le rayonnement éthérique d’un objet coupé de son environnement grâce à la vitalité et la mouvance de sa couleur. Le tableau est ainsi un mélange de faisceaux de couleurs et de lumières qui irradient de l’objet représenté.

 Saucissons et maquereau rayonnistes, Mikhaïl Larionov
Saucissons et maquereau rayonnistes, huile sur toile, Mikhaïl Larionov, 1912

Cette différence dans ces deux concepts représente bien l’écart existant entre la pensée occidentale et la pensée russe. L’orphisme est issu dans son concept de la maturation de la pensée individualiste du sujet créateur d’une œuvre d’art (le sujet exprime sa créativité personnelle à travers une œuvre d’art). Le rayonnisme quant à lui accorde bien moins d’importance à l’artiste et à sa personnalité. Il met d’avantage l’accent sur le phénomène physique du rayonnement des couleurs d’un objet. Cet intérêt pour ce phénomène physique peut être en partie expliqué par l’utilisation des icônes par l’orthodoxie et sa théologie les concernant. Pour les orthodoxes en effet, les icônes sont un vecteur des énergies divines. Il est possible que cette théologie spécifique ait influencé les artistes à l’origine du rayonnisme.
Autrement dit, il est clair que l’orphisme et le rayonnisme, de par leurs ressemblances autant que par leurs différences sont la manifestation de ce qu’il se produit quand un même intérêt pour un phénomène (les couleurs) donne deux conceptions artistiques complètement différentes à cause de courants de pensée divergents.

ANDREYS Jonas