Willem de Kooning (1904-1997)

Sous l’impulsion du critique d’art Harold Rosenberg et grâce au soutien financier de Peggy Gugenheim, Grinwich Village devient le creuset de l’art contemporain des années 1940-1950. Si l’expressionnisme abstrait est connu avant tout par la figure quasi messianique de Jackson Pollock et de son « dripping », il faut néanmoins souligner que c’est un mouvement composé d’une multitude d’artistes. Bien que Pollock ait constitué la « vitrine » du mouvement, les spécialistes s’accordent pour considérer que Willem de Kooning en a été le socle.

De la génération qui a précédé Pollock, de Kooning est né à Rotterdam en 1904. Il s’embarque clandestinement pour les États-Unis en 1926. Il débute comme peintre en bâtiment dans le New Jersey puis gagne New York où il fait la connaissance de John Graham et Arshile Gorky, deux autres piliers de l’expressionnisme abstrait. Il fait ses premières armes en 1930 lorsque la W.P.A. (Works Progress Administration ) lui commande des peintures murales. Bien qu’elles n’aient jamais été finalisées, les études pour ces peintures montrent ses premières tentatives abstraites.

Il est d’abord connu à New York grâce à ses peintures en noir et blanc exposées en 1948 et qui incarnent l’expressionnisme abstrait à tel point que c’est sur ses toiles qu’Harold Rosenberg basera la réflexion de son article « Les peintres d’action américains » de 1952 et fondateur pour l’Action painting.

Grenier est sans doute l’œuvre la plus connue dans cette série d’abstractions en noir et blanc. Il y combine des fragments de figures et de fonds dans un tourbillon de formes extrêmement dynamique. Seules subsistent de fines traces de couleur parmi les formes noires et blanches entrechoquées. Le dynamisme de la composition tient en partie à une figuration novatrice. En effet, l’artiste a effacé, repeint et recombiné des éléments figuratifs en une composition bord-à-bord (allover). Il faillit intituler le tableau « Intérieur », mais devant les objections de sa femme, il choisit Grenier, « qui est bien un endroit où l’on met de tout ». Pendant l’exécution, il couvrait la toile de papier journal pour éviter que la peinture sèche, acceptant ainsi que les mots et les photos de la page imprimée s’y intègrent.

Willem de Kooning, Grenier, 1949, huile, émail et transfert de papier journal sur toile, 157×205 cm, New York, Metropolitan museum.

En 1953 il surprend pourtant le monde de l’art en présentant une série débutée dès 1949-1950: Woman. Il renoue ici avec la figuration et avec la couleur. Les œuvres de ce cycle de dessins et peintures sur toile renouent avec une iconographie qui avait été très présente chez l’artiste au début des années 1940 et le restera jusque dans les années 1970, celle du modèle féminin isolé, assis sur un fauteuil. Ce thème, considéré alors comme anachronique, lui permet de rentrer en compétition avec la grande tradition de la peinture occidentale (ou avec tout ce qu’elle a de « vulgaire et de charnel », pour reprendre les termes d’une conférence de 1950), et notamment avec les portraits féminins de Matisse et de Picasso, dont l’héritage est revendiqué pour mieux être détruit. Le travail sur papier rentre dans les étapes préparatoires des tableaux, réalisés en y appliquant des fragments de dessins découpés puis ré-assemblés, ces fragments étant parfois laissés tels quels, collés, parfois servant seulement de calques ou de transferts.

Willem de Kooning, Woman I, 1950- 52, huile et peinture métallique sur toile, 192×147 cm, New York, Musée d’art moderne.

Durant les années qui suivent, de Kooning centre son travail sur la couleur et sur la figure féminine comme dans les Women Singing. Ses peintures tardives, dont Sans titre VII, montrent une simplification de la touche très large et généreuse qui contraste avec les coups vifs et nombreux des séries Woman. Il délaisse les riches impasto pour de grandes surfaces planes comme celles de ses peintures figuratives du début des années 1940. En 1989 il est diagnostiqué Alzheimer ce qui explique peut-être ce retour au techniques picturales qu’il exploitait plus jeune.

Willem de Kooning, Sans titre VII, 1985, huile sur toile, 177×203 cm, New York, Musée d’art moderne.

Source:

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cKxax4B/r7K8r8

https://www.theartstory.org/artist-de-kooning-willem-artworks.htm

– https://www.moma.org/artists/3213