Ernest Pignon-Ernest

Ernest Pignon-Ernest est né dans un milieu modeste en 1942, à Nice. À 15 ans, il est engagé dans un cabinet d’architecte. Il y perfectionne sa technique du dessin, appris autodidacte durant son enfance. À cette époque, il rencontre aussi des artistes, des écrivains, des poètes, et réalise ses premiers décors de théâtre.

En 1966, il s’installe dans le Vaucluse, pour se consacrer uniquement à la peinture. Son atelier se situe à quelques kilomètres du plateau d’Albion, où doit être implantée la force de frappe atomique. La menace nucléaire lui inspire sa première installation in situ : à partir de la silhouette d’un corps calciné par la bombe atomique à Hiroshima, il découpe un pochoir et en trace l’empreinte sur des murs, des rochers et des routes menant au plateau d’Albion.

Un pionnier de l’art de rue

Ernest Pignon-Ernest est un des premiers à faire de la rue un lieu et un sujet de l’art. Il veut « faire de la rue une œuvre » : « Les lieux ne sont pas simplement ce qu’on voit. Ils sont leur histoire, leur mémoire enfouie. »

Il abandonne rapidement le pochoir pour le dessin en noir et blanc, unique ou reproduit en sérigraphie sur du papier journal puis collé dans la rue, sur les trottoirs, sur les murs ou même sur des cabines téléphoniques. Le trait académique, ultra-réaliste de ses corps grandeur nature se démarque dans le désordre urbain. Le papier journal, fragile et éphémère, épouse toutes les aspérités et se fond dans les surfaces où on le colle. Le traitement en noir et blanc et le cadre que constitue la feuille de papier, en revanche, créent une distance avec le réel.

Une œuvre militante

L’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest s’inscrit dans la mémoire des lieux qu’elle investit. Il confronte le passé et le présent, comme quand il colle les corps des fusillés de la Commune sur les marches du métro Charonne, en 1971.

Ernest Pignon-Ernest est un artiste militant, par les sujets qu’il choisit autant que par le traitement qu’il leur réserve. Il s’empare de l’actualité, de ses personnages principaux ou secondaire pour raconter une histoire ; les œuvres qu’il en retire, il les affiche à la vue de tous, gratuitement. Il ouvre l’art au public le plus large, celui de la rue, avec l’exigence des grands maîtres dont il s’inspire : Le Caravage, Ingres, Le Greco, Picasso…

 

Pignon-Ernest Commune Paris

Ernest Pignon-Ernest, La Commune de Paris, 1971, sérigraphies sur papier journal, Paris – Quartiers Père Lachaise, Charonne, Butte aux cailles.

Pour le centenaire de la Commune, Ernest Pignon-Ernest colle des centaines d’images de cadavres gisant dans tout Paris. De la butte aux Cailles au Père Lachaise, du boulevard Blanqui au métro Charonne, en passant par les quais de Seine, l’histoire de la Commune entre en collision avec le passé récent de la ville. Collé à même le sol, ces morts sérigraphiés sont piétinés par les passant, comme un symbole de notre indifférence.

 

Ernest Pignon-Ernest, Naples, 1988-1995, dessin sur papier journal

Naples, ville chargée d’histoire vivant sous la menace permanente du Vésuve, inspire à Ernest Pignon-Ernest sa plus longue série de collages. Ce dessin est le premier qu’il installe, sur un mur rouge derrière la chapelle Sansevero, qui lui rappelle la villa des Mystères à Pompéi. Il est une reproduction du célèbre tableau du Caravage David avec la tête de Goliath : Le Caravage s’y serait représenté sous les traits de Goliath ; dans l’autre main de David, Ernest Pignon-Ernest place la tête de Pasolini, plaçant ainsi son travail de Naples sous le parrainage de ces deux artistes.

 

Ernest Pignon Ernest, Jean Genet, 2006, Brest, sérigraphie sur papier journal

Rimbaud, Pasolini, Mahmoud Darwich, Jean Genet… Ernest Pignon-Ernest aime rendre hommage aux poètes qui l’inspirent. Loin de réaliser de simples portraits, il propose une vision toute personnelle de ces artistes et de leur œuvre. Ainsi, pour le parcours Jean Genet sur les docks de Brest, il compose une scène inspirée de l’œuvre de l’écrivain sans être une citation directe.

 

Bibliographie :

  • Jérôme Gulon, Ernest Pignon-Ernest, le lieu et la formule, Critères éditions, 2012
  • André Velter, Ernest Pignon-Ernest, éditions Gallimard, 2014