Hans Bellmer (1902-1975)

« Le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler »

Né le 13 mars 1902 à Kattowitz (Silésie allemande) et mort le 23 février 1975 à Paris, Hans Bellmer est un peintre, dessinateur, photographe et sculpteur franco-allemand. Influencé dans son art par ses lectures, notamment par les lettres publiées d’Oskar Kokroschka (1886-1980), il s’imposera comme l’un des artistes majeurs du mouvement surréaliste. Des années 1930 jusqu’à sa mort, Bellmer se consacrera à la représentation d’images érotiques de l’anatomie féminine, souvent lié à un esprit de fétichisme, de sadomasochisme ou encore de voyeurisme.

 

Hans Bellmer, L’érotomane, non daté
Dessin au crayon
21,2 x 15,8 cm
« Bellmer Oeuvre Gravé » Galerie André François Petit, Paris.

 

Souvent associées au vocabulaire de la perversion, ses œuvres n’en reste pas moins une affirmation poétique du surréalisme. On retrouvera au cœur des recherches de l’artiste le thème de la douleur : à la fois souffrance et plaisir. Il travaillera sur ce sujet au travers de nombreuses illustrations de corps féminins déséquilibrés.

 

Hans Bellmer, La Poupée, 1935 – 1936, Centre Pompidou, Paris.
Bois peint, papier mâché collé et peint, cheveux, chaussures, chaussettes
61 x 170 x 51 cm

Hans Bellmer créera l’objet surréaliste par excellence, La Poupée, en 1934. Ni objet ni sculpture, elle se constitue en organisme hybride, polymorphe, et en instrument manipulable et transformable à l’infini. Née de diverses inspirations, La Poupée d’Hans Bellmer obéit à certaines règles : elle doit être mineure et symboliser le passage de l’enfance à la puberté. Après avoir observé les poupées articulées du XVIe siècle, Bellmer met au point un système d’articulation en forme de boule et de jointures qu’il peint en rose, imitant une peau lisse. Les positions de la poupée deviennent interchangeables à l’infini, se démontent et se remontent en créant une nouvelle forme à chaque fois. Le public français la découvre en 1934 dans la revue surréaliste Le Minotaure n°6, sous le titre de Poupée. Hans Bellmer. Variations sur le montage d’une mineure articulée, puis à nouveau dix ans plus tard, avec les Jeux Vagues, La Poupée : Quatorze poèmes de Paul Éluard. Deux photos de Hans Bellmer.

 

Hans Bellmer, Les Jeux de la Poupée, 1938 – 1949, Centre Pompidou, Paris.
Épreuve gélatino-argentique coloriée à l’aniline collée sur carton
12,4 x 8,3 cm

 

À l’instar de Balzac, Hans Bellmer n’aura cessé, durant toute sa vie, d’être fasciné par la figure de ces filles, qu’il ne voulait pas tout à fait femmes, doux objets d’un érotisme un peu morbide.

 

Sources 

Hans Bellmer, Petite anatomie de l’image, édition Allia, Paris, 2002.

Centre Pompidou, L’événement Hans Bellmer, 2006.

Centre Pompidou, L’oeuvre La Poupée, 2006.

France Culture, La poupée, de Hans Bellmer, 2014. 

Sylvie Rouquette, Hans Bellmer, la femme et la poupée, Cahiers Jungiens de psychanalyse 2006/1 n°117, p.17 à 24. 

Galerie Hus oeuvres sur papier, Hans Bellmer (1902-1975). 

Magazine Les Grand Ducs, Hans Bellmer, pour un érotisme surréaliste, 2018.