Le nouveau réalisme – Daniel Spoerri

Le nouveau réalisme est un mouvement artistique apparu en 1960, lancé par Pierre Restany, un célèbre critique et historien de l’art. On lui attribue environ 3 ans de réelle activité, même si des manifestations jusqu’en 1970 auront contribué à faire perdurer le mouvement.

Pierre Restany était initialement intéressé par l’art l’abstrait, et souhaitait regrouper des artistes autour du principe de “singularité collective” (ils s’accordent à voir le réel autrement, et ils ont une manière singulière de le représenter). Sa rencontre avec Klein en 1958, va l’amener à dévier son mouvement vers une vision plus théorique et esthétique, sociologiquement parlant, renforçant ce sentiment de singularité.

En d’autre terme, c’est un mouvement qui cherche à s’approprier le réel ; Pierre Restany en parle d’ailleurs comme d’un “recyclage poétique du réel urbain”. Il fait suite au réalisme (mouvement du XIX° siècle), qui se contentait de reprendre le réel de manière banale. Le principe du nouveau réalisme, c’est de s’intéresser aux objets de consommation du quotidien, et de mettre en avant l’objet choisi, pour lui donner un réel statut artistique.

Le nouveau réalisme fera d’ailleurs opposition au mouvement Pop Art, fortement plus soutenu par les galeristes et collectionneurs.

 

Dans le groupe de Restany, on compte Daniel Spoerri, un artiste plasticien suisse, né le 27 mars 1930 en Roumanie, qui, par-delà son amitié avec Jean Tinguely (autre artiste du nouveau réalisme), a pu s’y intégrer facilement. Avant de s’intéresser à l’art pictural dans son ensemble, il était danseur étoile jusqu’en 1957.

 

Daniel Spoerri en 2010. (Source : Bibliothèque nationale suisse)

 

C’est en 1960 qu’il lance le concept du tableau-piège, en posant des objets divers (notamment de la ferraille) à la verticale, sur un support plat.

Il a pu illustrer son concept avec sa collection 723 ustensiles de cuisine, où figure notamment Le Repas Hongrois (1963) :

 

Le repas Hongrois, Daniel Spoerri (1963). Tableaux-pièges,
Le restaurant de la galerie J. Paris. 103 x 205 x 33 cm

 

La collection a pris sa place lors d’un service restaurant, s’étant déroulé du 2 au 13 mars 1963, à la Galerie J. Les tables où ont été servis les repas sont devenus des tableaux-pièges ; elles n’ont pas été débarrassées, et les restes et la vaisselle ont été fixés au support (la table), puis exposés sur le mur du restaurant.

L’oeuvre de Spoerri est la première tentative d’oeuvre d’art collective, l’amenant par la suite à développer le concept d’Eat Art. Autre le développement d’une nouvelle branche artistique, il se dégage des œuvres de la collection un principe d’éternité, par rapport à la fixation (dans le temps) et sur le mur, d’une situation banale et normalement éphémère du quotidien. L’oeuvre nous amène ainsi à une réflexion anthropologique, puisqu’elle dépasse le principe de l’esthétisme.

Aussi considéré comme un ready-made (un objet manufacturé, duquel on enlève sa fonction utilitaire), les tableaux-pièges amènent à discerner une frontière entre l’art et la vie. On rapproche Spoerri du mouvement Fluxus, qui pousse notamment à se questionner sur le statut d’oeuvre d’art, et comment elle peut être perçue dans la société.

 

Spoerri développe aussi le principe du détrompe-l’oeil, qui propose aussi une matérialisation en relief. Il prend des peintures existantes dites “chromo”, soit des œuvres académiques et idéalisant le réel, où il ajuste ensuite des objets dans le but de démystifier l’image, et ainsi donner à l’oeuvre un côté plus percutant.

Son oeuvre la plus connue est celle de La douche (1961) :

 

La Douche, Daniel Spoerri (1961). Détrompe-l’œil. 70,2 x 96,8 x 18,5 cm

 

En fond, on voit un paysage alpin, dans lequel a été attaché un pourvoyeur d’eau pour salle de bains ; pour nous rappeler d’où vient l’eau qu’on utilise pour se doucher. Ici, le détrompe-l’oeil cherche à nous rendre nostalgique de ce temps idéalisé autrefois (celui en fond), et nous faire prendre conscience du monde dans lequel nous vivons actuellement. Ce n’est pas forcément une critique à la société de consommation ; Spoerri préfère laisser le choix quant-à aux conséquences que provoque l’interprétation. Toutefois, elle reste une oeuvre moraliste amenant à se questionner sur le monde dans lequel nous vivons.

 

Source :

Le nouveau réalisme

Le repas hongrois

La douche