Le nouveau réalisme – Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle était la seule femme du groupe des nouveaux réalistes, et la première personne à prendre la femme comme sujet central en la représentant autrement.

Niki de Saint Phalle, de son vrai nom Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, est née en 1930 en France, et provenait d’une famille bourgeoise et catholique. Son père était français et sa mère américaine. En 1949 elle se marie en cachette avec le poète Harry Matthews, et en 1952 ils emménagent à Paris. Elle se lance dans l’art plastique sans avoir étudié aux Beaux-Arts, tout en gagnant sa vie en tant que mannequin.

L’art de Niki de Saint Phalle, féministe, consistait à critiquer les rôles de la femme à l’époque, à l’aide de tabous visuels représentés afin de défendre ces droits dans la société. Elle questionnait la place de la femme dans le monde, parfois avec violence pour faire réagir les gens. Cette violence elle la tient de la révélation de l’inceste perpétré par son père alors qu’elle n’avait qu’onze ans, ce qui fait qu’elle a décidé de ne pas se voir en tant que victime, mais plutôt qu’en tant que héroïne (puisqu’elle disait qu’il y avait peu de modèles féminins auxquels on pouvait s’identifier), ce qui se ressent à travers ses créations. Cela explique évidemment la raison pour laquelle elle était une féministe engagée, pour l’émancipation de la femme mais pas que : elle combattait aussi pour les droits civiques et la lutte contre le sida.

 

Débuts

Elle fut d’abord inspirée par Jackson Pollock et décrivait ses propres peintures comme étant « des reliefs de paysages imaginaires avec des objets », des tableaux avec des assemblages qui évoquaient le mouvement du néo-Dada.

Ensuite, elle se mit à créer « les Tirs », dans lesquels les rôles de l’homme et de la femme sont inversés : l’homme est la victime comme dans Saint Sébastien (Portrait of my My Lover / Portrait of My Beloved / Martyr nécessaire).

 

Saint Sébastien (Portrait of my My Lover / Portrait of My Beloved / Martyr nécessaire), début 1961. Peinture, bois et objets divers (chemise, cravate cible, fléchettes, etc.) sur bois. 100 × 74 × 15 cm. Hanovre, Sprengel Museum.

Saint Sébastien (Portrait of my My Lover / Portrait of My Beloved / Martyr nécessaire), début 1961. Peinture, bois et objets divers (chemise, cravate cible, fléchettes, etc.) sur bois. 100 × 74 × 15 cm. Hanovre, Sprengel Museum.

« C’est une pièce vaudou. Un exorcisme. J’avais quelqu’un dans la peau qui, je le savais, n’était pas bon pour moi. Ma manière de sortir de cette relation : je lui ai volé une chemise. Je l’ai collée sur un panneau. J’ai mis une cible pour la tête et je l’ai tué d’une manière rituelle en lui lançant des fléchettes. Ça m’a guérie très rapidement ».

Elle avait d’abord collé des objets ou sacs remplis de couleurs sur le tableau, et tirait dessus avec sa carabine. Avec l’impact des tirs, le tout explosait et il y avait des éclaboussures sur le tableau, qui pouvaient faire penser à du sang. Ce type de créations était vu comme une performance, et Niki la pratiquait dans son atelier, parfois en combinaison blanche moulante, zippée sur le devant.

Les Nanas

« Après les Tirs, la colère était partie, mais restait la souffrance ; puis la souffrance est partie et je me suis retrouvée dans l’atelier à faire des créatures joyeuses à la gloire de la femme ».

Ces créatures, ce sont les Nanas. Elles sont le fruit de la joie de par le choix des couleurs comme si elles étaient des œufs de Pâques, et avec un ventre qui est souvent arrondi pour symboliser la puissance créatrice de la femme. Le visage des Nanas n’a justement pas beaucoup d’importance, contrairement au corps qui est très féminin (exagéré), parfois asymétrique, pour se différencier des stéréotypes féminins dans les magazines.

Elisabeth, 1965. Résine synthétique sur armature métallique. 230 × 90 × 146 cm. Strasbourg, musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.

Elisabeth, 1965. Résine synthétique sur armature métallique. 230 × 90 × 146 cm. Strasbourg, musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.

 

« Pour moi, mes sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir. Et en face de mes sculptures, il y aurait les machines agressives, menaçantes, de Tinguely qui représentent le monde de l’homme. Et le monde des femmes, nous, nous sommes presque colonisées par ces machines. C’est notre problème parce que nous vivons dans un monde dans lequel nous n’avons inventé aucune de ces choses. Ça représente aussi la nuit contre le jour. Ça représente les éléments mythologiques, les rêves, les aspirations de l’homme contre les machines agressives qui nous fait continuer nos découvertes, qui continuent le monde ».

 

Les femmes-maisons

Niki a voulu faire grandir ses Nanas, au point de devenir des maisons. Cela commença par la réalisation et l’exposition de Hon, en 1966, représentant une Nana couchée, dans laquelle on pouvait entrer par son sexe, où naît la vie.

Ensuite, elle crée d’autres femmes-maisons mais surtout, dès le milieu des années 1970, elle commence à penser créer un immense parc de sculptures public, Le jardin des Tarots, construit entre 1978 et 1998. Dans Le jardin des Tarots, se trouve une Nana-maison en forme de Sphinx nommée l’Impératrice, dans laquelle elle y a vécu et travaillé.

 

L'Impératrice, dans le jardin des Tarots, Garavicchio, Italie, photographie de Katrin Baumann.

L’Impératrice, dans le jardin des Tarots, Garavicchio, Italie, photographie de Katrin Baumann.

 

La sculpture représente à la fois un corps visuel et un corps physique, c’est-à-dire qu’on voit un corps, et qu’on peut y pénétrer, et même y habiter. Couleurs vives et rondeurs comme les Nanas peuvent être retrouvées, représentant encore une fois la joie, mais aussi l’humour de par la forme. Étant dans un espace public, la sculpture offre une accessibilité publique, pour toute personne, contrairement à un musée ou une exposition d’art.

Source : Morineau, Camille, Nanas, mères, déesses, les femmes de Niki de Saint Phalle: L’album de l’exposition, Paris, Grand Palais, Réunion des musées nationaux, 2014, 48 p.