L’art naïf

L’art naïf est un art figuratif populaire couvrant différents genres artistiques tels que la peinture, la sculpture ou l’architecture. Massivement pratiqué par des autodidactes et des marginaux, par des solitaires sans lien avec le milieu artistique « officiel », il se développe en décalage des autres courants depuis la seconde moitié du 19e siècle. Souvent rapproché de l’art brut, de l’art outsider ou encore des « environnements visionnaires », ils ont tous en commun d’être des actes spontanés, populaires et obscurs. Au Québec, on emploie plus volontiers le terme d’art indiscipliné. L’art naïf est peu valorisé parmi l’ensemble des arts et c’est la reconnaissance collective qui lui a permis d’élever son image et sa production.

L’art naïf est pratiqué par des peintres naïfs. La principale caractéristique du style naïf est qu’il est pictural, figuratif et qu’il ne respecte pas, volontairement ou non, les règles traditionnelles de la perspective sur les dimensions, l’intensité de la couleur et la précision du dessin. Kandinski justifie d’ailleurs l’art abstrait comme l’expression d’une sensibilité intérieure ordonnée autour de deux pôles, la grande abstraction et le grand réalisme (« Présence de l’art naïf en Europe », Biennale de Laval, 1997). Graphiquement, ces œuvres évoquent souvent un univers d’enfant, d’où l’utilisation du terme « naïf » et mettent en scène la vie quotidienne, celle des gens du peuple. Il se dit d’ailleurs que « l’art des naïfs compense les dérives de l’art moderne » (C. Schaettel, « L’art naïf », Que Sais-Je n° 2824). Cette forme d’expression est présente dans différents pays, l’un des plus connu étant Haïti.

En France, la figure historique et emblématique de la peinture naïve est sans aucun doute le Douanier Rousseau (Henri Rousseau, 1844-1910). Ses « jungles », ses paysages et ses portraits sont vivement critiqués par la presse et le public dans une période où les conflits de style et de théories artistiques entre tradition, impressionnisme et cubisme naissants animent les salons et salles d’exposition. Nous retiendrons le portrait de Pierre Loti mais le plus connu est sans doute « Les Fauves ».

« Portrait de Pierre Loti » de Henri Rousseau, 1891. Kunsthaus, Zurich.

D’autres artistes naïfs français émergent en peinture, en sculpture ou encore en architecture. Les œuvres fantastiques de Ferdinand Cheval (1836-1924) sont monumentales comme son Palais Idéal à Hauterive. En littérature, de nombreux ouvrages font connaître au grand public ces environnements visionnaires, à commencer par Les Inspirés et leurs demeures de Gilles Erhmann (1962) préfacé par André Breton (Editions du temps, 1962).

L’art naïf est également très présent hors de France. Dans le domaine architectural, nous souhaitons évoquer deux œuvres spectaculaires édifiées l’une aux États-Unis, à Los Angeles, les Watts Towers de Simon Rodia (1875-1965) et l’autre en Inde à Chandigarh, Rock Garden de Nek Chand (né en 1924).
Pour ce qui est de la peinture, nous retiendrons l’œuvre populaire de l’italien Antonio Mancuso Fuoco (1921-1996), issu d’une famille nombreuse paysanne et après des études élémentaires, travaille dans les champs tout en pratiquant en autodidacte la peinture. Ses peintures sont des scènes de la vie quotidienne rurale. Ainsi Al Tempo di Mussolini (ci-contre) évoque une scène de préparation du bois par des paysans et des bûcherons au temps de Mussolini.

« Al Tempo di Mussolini » de Antonino Mancuso Fuoco, 1991, 50×70 (Antonino Mancuso Fuoco Pittore naif)

Haiti est une place forte de l’art naïf et doit son succès en France à André Breton et André Malraux (dans les années 1945-46). Wilson Bigaud (1931-2010) peint des scènes de la vie quotidienne haïtienne hautes en couleur et où l’inspiration vaudoue imprègne l’âme de ses peintures.

« Cockfight » de Wilson Bigaud

Pour terminer, nous mentionnerons l’existence partout dans le monde de musées spécialisés dans l’art naïf. Nous resterons cependant en France et citerons deux d’entre eux qui sont intéressants à évoquer car proches de nous :
• le Musée international d’art naïf Anatole Jakovsky à Nice : ce musée fait figure de référence dans le domaine de l’art naïf ;
• le M.A.N (Musée d’Art Naïf) qui présente la double particularité de se trouver dans le Gers au château d’Ensoulès à Béraut et d’être constitué d’une collection d’environ 3 000 tableaux.

Bibliographie :

Biennale de Laval (1997), Présence de l’art naïf en Europe, Editions Siloë.
C. Schaettel (1994), L’art naïf, collection Que Sais-Je ? n° 2824, Presses Universitaires de France
Gilles Erhmann (1962), Les Inspirés et leurs demeures, Editions du temps, 1962

Articles de Wikipédia :
• « L’art Naïf »
• « Henri Rousseau »
• « Antonio Mancuso Fuoco » + http://www.antoninomancusofuoco.it/index.php
• « Wilson Bigaud »