FAUVISME

Le bonheur de vivre, Henri Matisse, 1905-1906. Huile sur toile, 176,5×240,7 cm. Barnes Foundation, Philadelphia.

 

 

« Le choix de mes couleurs ne repose sur aucune théorie scientifique : il est basé sur l’observation, sur le sentiment, sur l’expérience de ma sensibilité. (…) Pour moi, je cherche simplement à poser des couleurs qui rendent ma sensation. »

Henri Matisse, Écrits et propos sur l’Art,1972.

Le Fauvisme est un bref mouvement artistique du début du XXème siècle, qui apparait en 1905, à la même époque que l’expressionnisme en Allemagne, et qui se termine dans les années 1910. Les principaux artistes de ce courant pictural sont Henri Matisse (1869-1954), Maurice de Vlaminck (1876-1958), André Derain (1880-1954), Braque (1882-1963), Albert Marquet (1875-1947) ou encore Auguste Chabaud (1882-1955).

Il existait différentes « écoles » de style :

– celle des élèves de l’atelier de Gustave Moreau (peintre symboliste, sculpteur, graveur et dessinateur) à l’École des beaux-arts de Paris, avec Matisse, Rouault ou encore Marquet,
– celle des coloristes, dans le midi de la France, avec Manguin, Puy et Lebasque,
– et celle de Chatou avec Derain et Vlaminck.

Le Fauvisme est surtout connu pour son esthétique audacieuse et transgressive pour l’époque. Il est fortement influencé par le mouvement postimpressionniste d’avant-garde Nabi de la fin du XIXème siècle, dont ses membres (Gauguin, Sérusier, Vuillard…) attachaient énormément d’importance aux couleurs vives. Le courant Fauve s’inspire également de l’expressionnisme allemand (qui est introduit pendant la même période) et du néo-expressionnisme (pointillisme).

Le Fauvisme recherche avidement la nouveauté chromatique, le but étant de séparer les couleurs de références et la signification de l’objet (peindre une pomme habituellement rouge en violet par exemple). Le Fauvisme favorise donc les larges aplats de couleurs violentes et pures. L’influence du Nabi Paul Gauguin aura un fort impact sur les Fauves, qui réutiliseront ses idées des couleurs vives et du cerne noir ou foncé autour des personnages et objets de la peinture. On observe également une forte simplification des formes, qui deviennent presque flous. Le dessin tend à disparaître et laisse place simplement à des taches colorées, posées en touches épaisses et large de couleurs pures. Une question se pose autour du regard et on trouve alors une étude poussée sur la couleur et les différents effets d’optiques qu’elle peut conférer aux tableaux. Par le non-mélange de la peinture, la forme se dessine par l’étendue colorée, laissant à l’œil du spectateur le soin d’effectuer un travail de recomposition : c’est un premier pas vers l’abstraction. Le fauvisme est ainsi une réaction artistique virulente à la douceur de l’impressionnisme du XIXème siècle : « le fauvisme prête à la couleur la tonalité d’une émotion et d’une sensation. Il ne s’agit plus de traduire les instabilités de la lumière comme l’avaient fait les impressionnistes, mais d’affirmer avec force le regard du peintre sur un monde auquel il donne ses couleurs » .


« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Maurice Denis, Art et Critique, 1890.

Le nom étrange du mouvement provient d’un article du critique d’art Louis Vauxcelle. La première exposition des Fauves (seulement Matisse, Vlaminck, Derain, Marquet et Friez pour cette première fois) eut lieu en 1905 au Salon d’Automne de Paris, et reçut un accueil mitigé. A propos des tableaux qu’il aura admiré au Salon, Vauxcelle écrira : « Salle archi-claire, des oseurs, des outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire, critique trop aisée. […] Au centre de la salle, un torse d’enfant et un petit buste en marbre, d’Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l’orgie des tons purs : Donatello chez les fauves… ». C’est après la publication de l’article que le mouvement possède finalement un nom : Fauvisme.

Le Fauvisme reste un mouvement très court dans l’histoire de l’art car la plupart des artistes présents dans ce courant l’ont utilisé comme une phase d’expérimentation picturale avant de s’affirmer artistiquement parlant. Braque, par exemple, choisira de se pencher sur le cubisme avec Picasso. Derain retournera au classicisme et Vlaminck aperçoit rapidement les limites du Fauvisme pour se tourner vers le cubisme lui aussi. Quant à Matisse, il est le seul à faire perdurer l’importance de la couleur, qu’il garde depuis sa période Fauve, dans ses œuvres jusqu’à sa mort.

Malgré sa brève existence, le Fauvisme a laissé sa marque dans l’histoire de l’art. En effet, le mouvement s’est propagé activement en Europe (Hongrie, Allemagne, République Tchèque…) et même au Japon. De plus, il a aussi inspiré d’autres grands courants artistiques comme l’Abstraction ou l’Expressionnisme russe.

 

L’Estaque, roue tournante, André Derain, 1906. Huile sur toile, 129,5×195 cm. Museum of Fine Arts, Houston

La femme au chapeau, Henri Matisse, 1905. Huile sur toile, 80,65×59,69cm. Museum of Modern Art, San Francisco.

Les arbres rouges, Maurice de Vlaminck, 1906. Huile sur toile, 65x81cm. Musée National d’Art Moderne, Paris.

Bibliographie

Coll. « Fauvisme ». Wikipédia, 30 octobre 2018, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fauvisme.
—. « Nabi (peinture) ». Wikipédia, 2 novembre 2018, https://fr.wikipedia.org/wiki/Nabi_(peinture).
—. « Salon d’Automne ». Wikipédia, 3 janvier 2019, https://fr.wikipedia.org/wiki/Salon_d%27automne.

 

Collectif. « Maurice Denis ». Maurice Denis Musée Départemental, 2018, http://www.musee-mauricedenis.fr/maurice-denis/.

Debray, Cécile. Fauvisme. Editions Centre Pompidou, 2013.

 

Font, Olivier. « Le fauvisme et ses influences sur l’art moderne ». Centre Pompidou, février 2011,

http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Fauvisme/index.html.

 

histoiredelart.net. « Le Fauvisme ». Histoire de l’Art, 2018, http://www.histoiredelart.net/courants/le-fauvisme-11.html.

 

Le Salon d’Automne. « Accueil Le Salon d’Automne ». Le Salon d’Automne, 2018, http://www.salon-automne.com/fr/accueil/.

 

Tate Museum. « Fauvism ». Tate, 2018, https://www.tate.org.uk/art/art-terms/f/fauvism.

 

Vauxcelle, Louis. « Le Salon d’Automne ». BnF Gallica, 1905, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7522165g/f5.item.langFR.zoom.