Chagall, peintre de la « surréalité »

Marc Chagall est un artiste russe et français, né à Vitebsk (Biélorussie) en 1887 et mort en 1985. Dans son autobiographie Ma vie, il écrivait qu’il voulait « faire une peinture différente de celle que tout le monde fait ». C’est pourquoi sa production est irréductible aux différents courants artistiques qui ont animé le XXe siècle. Rebelle à tout académisme, il s’est épanoui dans plusieurs genres : peinture, décoration, sculpture, illustration, gravure, dessin. Dans cet article nous nous intéressons exclusivement à sa production picturale.

De 1907 à 1923, il vit en Russie puis en France, avant de repartir en Russie. Petit, le monde juif dans lequel il évolue est dépourvu d’images. Ce n’est qu’une fois à Paris qu’il entame de grandes compositions sur les thèmes juifs. Il détourne les codes. Ses personnages ont la tête à l’envers, ont des têtes d’animaux, les règles de la perspective sont bousculées. Pour Apollinaire, sa peinture est « surnaturelle ».

L’Apparition, 1917-1918, huile sur toile, 157x140cm, St Pétersbourg, collection privée

Avec L’Apparition, il commence une série ininterrompue, sur 60 ans, de représentations du peintre inspiré par Dieu. Ce thème n’est pas nouveau (voir les peintres de la Renaissance italienne), mais Chagall innove dans le traitement stylistique. Les couleurs, la diagonale qui traverse le tableau et la fragmentation de la scène en éclats peuvent faire penser à une œuvre futuriste. Il use des procédés du cubo-futurisme pour parler du Divin et de soi, et détourne des œuvres de peintres russes contemporains (Filonov, Altman). Il affirme le caractère presque religieux de l’inspiration. Là encore, il y a détournement : il peint une annonciation, mais l’ange Gabriel a les traits de son épouse, et la vierge Marie est en réalité le peintre.

Toute une partie de son œuvre est une chronique de sa vie à Vitebsk, sa ville natale. Il s’inscrit dans une tradition artistique issue du XIXe siècle : il peint ce qu’il voit, comme lui ont enseigné ses premiers maîtres ; il oublie simplement d’être parfaitement réaliste. Il peint Le Cimetière en redécouvrant sa ville. Le cimetière est un des lieux qui fait ressurgir ses sentiments.

Le cimetière, 1917, huile sur toile, 69.3x100cm, Paris, centre Georges Pompidou, musée national d’art moderne.

Il décide en 1922 de quitter l’URSS. Il se sent isolé et incompris. Commence la seconde période dans son art, en rupture avec les années précédentes. Il peint des fleurs, des couples d’amoureux, des paysages tranquilles. Il refuse trois fois d’adhérer à un mouvement d’avant-garde : en 1912 il ne devient pas cubiste, en 1918 il ne devient pas abstrait, en 1924 il ne devient pas un peintre surréaliste.

Songe d’une nuit d’été, 1939, huile sur toile, 116.5x89cm, musée de Grenoble, don de l’artiste, 1951

Il commence cette œuvre en 1930 et peint sa version définitive neuf ans plus tard. Il met en scène une créature hybride (cf. ses illustrations aux Fables de La Fontaine), et multiplie les allusions étranges et contradictoires. Les couleurs sont riches mais s’éteignent au contact les unes des autres.

Marc Chagall meurt à 97 ans. Ses œuvres hautes en couleur semblent échapper aux guerres qui l’entourent. Il écrit dans Ma vie : « Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir ».


Bibliographie :

Denizeau, Gérard. Les plus belles œuvres de Chagall. Larousse, 2013

Forestier, Sylvie et Guerman, Mikhaïl. Marc Chagall, le pays qui se trouve en mon âme : La Russie. Parkstone, 1996

Hagen, Rose-Marie. Les dessous des chefs-d’œuvre. Taschen, 2016 [Bibliotheca universalis].

Prat, Jean-Louis. Chagall, de la poésie à la peinture. Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture, 2016