Yves Klein

Le nouveau réalisme est un mouvement français fondé en 1960. Ce terme est utilisé dès mai 1960 par le critique d’art français Pierre Restany à propos d’une exposition à Milan regroupant des œuvres d’Arman, de François Dufrêne, de Raymond Hains, d’Yves Klein, de Jean Tinguely et de Jacques Villeglé. Ce courant amène à un retour à la réalité, et préconise l’utilisation d’objets prélevés dans la réalité de leur temps. Il exprime une critique de la société bourgeoise et du capitalisme propre aux idées de mai 68. Ces conceptions s’incarnent notamment dans un art de l’assemblage et de l’accumulation d’éléments empruntés à la réalité quotidienne.

Yves Klein est une figure emblématique de ce mouvement. A la fois peintre, artisan, sculpteur, photographe, vidéaste et performeur, sa technique et sa vision du monde en font un artiste à part. Aujourd’hui, ses oeuvres bleues hypnotiques témoignent de la façon dont cet artiste avant gardiste a révolutionné la sphère artistique du 20e siècle. Né en 1928 à Nice et décédé en 1962 à Paris, Yves Klein s’était dans un premier temps destiné à devenir judoka. C’est dans un second temps, en 1954, qu’il se tourne définitivement vers l’art et entame son « Aventure monochrome » animé par l’idée consistant à « libérer la couleur de la prison de la ligne ». Yves Klein se tourne vers la monochromie car c’est pour lui la seule manière de peindre permettant de « voir ce que l’absolu avait de visible ». En 1955, il va exposer au Club des solitaires, à Paris, des monochromes de différentes couleurs, sous le titre Yves, peintures. A cette occasion, il rencontre le jeune critique d’art Pierre Restany à qui il demande de préfacer sa prochaine exposition.

Photographie d’Yves Klein prise par Charles Paul Wilp

En 1957, il entame son « époque bleue », le pigment bleu outremer devient alors le centre de ses recherches pendant plusieurs mois. C’est finalement grâce à un nouveau solvant, une nouvelle résine de synthèse que Klein parvient à mettre au point son célèbre International Klein Blue (IKB), poudreux et magnétique, que l’on peut voir dans son oeuvre : Monochrome bleu sans titre (IKB 75) de 1960. Obsédé par sa découverte, Klein dépose la formule de son bleu à l’institut national de la propriété industrielle. Cet IKB, dont la formule exacte, bien qu’elle ait été imitée, n’a jamais été révélée ni commercialisée, Klein et le seul à avoir pu l’utiliser.

Monochrome bleu sans titre (IKB 100), 1956
Pigment pur et résine synthétique sur gaze montée sur panneau
78 x 56 cm

En 1960, Yves Klein bouleverse le monde de l’art avec ses Anthropométries. Les oeuvres de cette série sont réalisées d’une façon tout à fait inédite et originale. Le peintre choisit de se libérer du pinceau et de se placer en chef d’orchestre pour réaliser ses oeuvres. Il demande à ses modèles de plonger leur corps nu dans sa peinture bleue, l’IKB, puis à les appliquer sur de grandes toiles. De cette façon, l’artiste se met à distance de la peinture et utilise les corps d’autres personnes pour laisser son empreinte artistique. A l’époque, dans un climat encore loin de la libération sexuelle, les pinceaux vivants de Klein sont considérés comme une véritable provocation et ont l’effet d’un coup de poing dans le monde de l’art. Avec cette pratique, Yves Klein s’impose en précurseur de la performance artistique.

« La marque de l’immédiat. C’est ce qu’il me fallait ! »

Yves Klein, extrait de « Le vrai devient réalité », 1960
Anthropométrie de l’Époque Bleue (ANT 82), 1960
Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur toile
156.5 x 282.5 cm
Centre Georges Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris, France

Yves Klein a eut une véritable fascination pour le vide, en 1958, il réalise une exposition complètement vide, intitulée La spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée, mais plus connue sous le nom d’exposition du vide. Cette exposition n’est qu’une suite de salles vides aux murs peints en blanc. Malgré l’affluence, cette exposition fait scandale. Dans la continuité de son travail sur le vide, il va aussi réaliser un lâcher de 1001 ballons bleus place Saint-Germain-des-Prés, geste qu’il nomme Sculpture aérostatique. Puis un photomontage en 1960 appelé « Saut dans le vide »,  le représentant en train de plonger dans le vide peu importe les risques encourus. Yves Klein considère que l’espace est son domaine et qu’il peut s’y rendre par la seule force de l’esprit : « Je suis le peintre de l’espace. Je ne suis pas un peintre abstrait, mais au contraire un figuratif, et un réaliste. Soyons honnêtes, pour peindre l’espace, je me dois de me rendre sur place, dans cet espace même. » (Yves Klein, extrait de Dimanche 27 novembre 1960, Le journal d’un seul jour). Avec ces diverses explorations artistiques, Yves Klein, très en avance sur son temps, a franchit les limites vers l’art conceptuel.

« Je m’aperçois que les tableaux ne sont que les « cendres » de mon art. L’authentique qualité du tableau, son « être » même une fois créé, se trouve au-delà du visible, dans la sensibilité picturale à l’état matière première. »

Yves Klein, extrait de « Le dépassement de la problématique de l’art », 1959
Le Saut dans le vide, octobre 1960
Action artistique d’Yves Klein
5, rue Gentil-Bernard, Fontenay-aux-Roses, France
Photographie
Photo : © Harry Shunk and Janos Kender J.Paul Getty Trust. The Getty Research Institute, Los Angeles. (2014.R.20)

L’artiste sera profondément marqué par des photographies d’Hiroshima, sur lesquelles on devine les empreintes des corps des victimes. Il initie sa série Peinture de feu au début de l’année 1961 : il y cherche à imprimer les traces du feu sur divers supports. C’est au Centre d’essais de Gaz de France de la Plaine Saint-Denis, où on met à sa disposition un équipement industriel, qu’il apprend à maîtriser le feu et à effectuer des réglages précis pour en utiliser les différents degrés de puissance. Il réalise ainsi, encadré par des pompiers, des tableaux « peints » au lance-flamme. Après le corps féminin, c’est le feu qui lui sert de pinceau dans sa quête vers l’exploration de l’immatérialité.

« Le feu est pour moi l’avenir sans oublier le passé. Il est la mémoire de la nature. »

Yves Klein, extrait de « Conférence de la Sorbonne », 3 juin 1959
Peinture de Feu sans titre (F 13), 1961
Carton brûlé monté sur panneau
65 x 50 cm

En conclusion on peut affirmer que l’œuvre d’Yves Klein révèle une conception nouvelle de la fonction de l’artiste car selon lui, la beauté existe déjà, à l’état invisible. Sa tâche consiste à la saisir partout où elle est, dans l’air et dans la matière. Yves Klein a fait de sa vie tout entière une œuvre d’art : « L’art est partout où l’artiste arrive ». Il a conçu une œuvre qui traverse les frontières de l’art conceptuel, corporel et du happening. Il a été un initiateur de la performance artistique et pionnier de l’art conceptuel, le génie de Klein a influencé la création artistique de la seconde moitié du 20e siècle, et continue aujourd’hui d’inspirer les artistes contemporains.


Bibliographie