Marcel DUCHAMP, l’anartiste du DADA

®Yale University Art Gallery

Le Dada est beau comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table de dissection.”

Comte de Lautréamont

I. Le Dada, la liberté absolue de l’art

Étymologiquement parlant, le Dada n’a aucun sens, ne veut rien dire. C’est un mot choisi au hasard. À l’image du mouvement qu’il désigne, le dada est en fait un défaiseur de sens.

Arrivant au début du XXe siècle durant la première guerre mondiale, ce mouvement redéfinit l’artiste et le place comme révélateur d’une société enlaidie par le besoin de richesse et par la destruction massive, destruction que l’on retrouve dans les différentes œuvres.

Quelles sont les cibles du Dada ? Et bien ce sont toutes les valeurs du XIXe siècle : la culture bourgeoise et privilégiée -d’ailleurs mise en porte à faux lors de la première guerre mondiale- et le rationalisme.

Ce mouvement touche l’écriture (TZARA), le collage, le photomontage (HAUSMANN), la sculpture et « l’anti-peinture », il est donc pluridisciplinaire. Toutes les œuvres ont un esprit de contradiction à l’égard du traditionnel et du prévisible puisque le hasard est un des fondements du Dada. TZARA réalisait notamment des poèmes de manière aléatoire avec des articles de journaux.

« Il nous faut des œuvres fortes ; droites ; précises et à jamais incomprises. »

TZARA

C’est le début d’un genre d’artiste nouveau qui ne colle pas avec les attentes de la société puisque c’est en réalité le prolongement d’un cri social. En effet, hormis sa dimension artistique (discutable pour la plupart puisque très controversée), le Dada se veut aussi polémique et dénonciateur d’un mode de vie bourgeois et d’une société militariste. Les artistes ne peignent plus mais façonnent et construisent. La créativité est alors libérée de l’esclavage des sens, de la recherche perpétuelle de la beauté et d’une représentation parfaite de la réalité.

II. Marcel DUCHAMP, artiste iconoclaste

Se désignant lui-même comme étant anartiste, Marcel DUCHAMP définit son art comme un geste plutôt que comme une production singulière et non reproductible.

En revanche, il est difficile de l’inscrire dans un seul mouvement puisque tout au long de sa vie, Marcel DUCHAMP a participé à une multitude d’activités artistiques et engagées. Il reste cependant un symbole du Dada, lui qui considère, à la genèse du mouvement, que l’art est une escroquerie, un simple mirage.

Par la mutation d’objets, il cherche à faire une synthèse de la laideur sociale et tout particulièrement de son non-sens. C’est d’ailleurs en refusant de se soumettre au public pour estimer sa propre valeur artistique et esthétique qu’il va réaliser des ready-mades. Par définition,les ready-mades sont des objets visuels promus à la dignité d’objet d’art par simple choix de l’artiste. Tout comme la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, l’artistique est désormais dans l’œil de celui qui crée.

Fontaine, Marcel DUCHAMP, 1917, urinoir en porcelaine, ready-made, 63 x 48 x 35 cm

Fontaine, la plus connue de ses œuvres, en est l’exemple type puisque DUCHAMP décide de commander un urinoir dans le but de l’envoyer au comité de sélection d’une exposition qui s’engage à exposer toute œuvre dès lors qu’un nom d’auteur et qu’un titre est attribué. Il retourne alors l’urinoir, lui donne le nom de Fontaine et signe Richard MUTT. Il y a tout un contraste entre l’objet en lui-même et le titre qui lui est donné et qui est sensé le définir. C’est un réel symbole du Dada puisqu’il oppose la beauté à la laideur tout en les associant pour ne donner qu’une seule œuvre, nous assistons à l’esprit de contradiction du Dada.

Why not sneeze Rose Sélavy? ,Marcel DUCHAMP, 1921, 11,4 x 22 cm

Why not sneeze Rose Sélavy? (pourquoi ne pas éternuer?), un ready-made de 1921 est un assemblage d’objets qui n’ont aucun lien à savoir une cage d’oiseau, des bouts de marbre ressemblant à du sucre; d’un thermomètre et d’un os de seiche accompagné d’un titre interrogatif, un moyen d’aborder le spectateur, de l’interpeller.

LHOOQ, Marcel DUCHAMP, 1919, ready-made portrait, 19,7 x 12,4 cm

L.H.O.O.Q, pastiche de La Joconde de De Vinci de 1919 , est une reproduction du tableau.

Mais DUCHAMP, dans un vœu de provocation, ajoute un bouc et une moustache à Mona Lisa ainsi que ces 5 lettres au bas du tableau. Le titre fait partie intégrante du tableau puisque le lettres composent la phrase « Elle a chaud au cul ».

Sources

  • Centre Pompidou
  • France Culture
  • Linternaute
  • Kazoart