LE FUTURISME – Umberto Boccioni

Naissance du futurisme

Un mouvement naît avant tout par la rencontre de ses principaux créateurs. Ainsi, la préhistoire du mouvement commence à Rome en 1901, c’est en effet cette année qu’Umberto Boccioni et Gino Severini deviennent les élèves du peintre Giacomo Balla. C’est donc l’année de la rencontre entre les trois plus grandes figures du futurisme. D’autres amitiés picturales se noueront entre 1906 et 1909 : Carlo Carrà, Luigi Russolo, Romolo Romani, Aroldo Bonzagni et Marinetti.

Le 11 février 1910 paraît ce qu’on considère comme le Manifeste des peintres futuristes, c’est-à-dire la proclamation : Agli artisti giovani d’Italia. Tract à la forme agressive, elle est très représentative des caractéristiques du mouvement. Le 11 avril paraît La Peinture futuriste (manifeste technique) précisant les options thématiques et esthétiques du groupe.

S’il y a bien une chose que nous pouvons retenir de ce groupe, c’est leur assimilation à la guerre. Il faut dire qu’il naît dans un contexte où le climat politique et social est très tendu. Les nouvelles générations veulent tirer un trait sur le passé et changer le monde, allant en faveur de la machine et de la vitesse. Le mouvement futuriste est enragé, rapide, violent et ses artistes voient en la guerre une solution pour repartir sur de nouvelles bases (« la guerre, seule hygiène du monde »). Les artistes futuristes se délectent de « la volupté d’être sifflés » et y échangent « presque autant de coups de poing que d’idées ». Tout le monde les assimile à la révolution et à la guerre, plus tard « futurisme » va même rimer avec « fascisme ».

Ce mouvement a donc un fort engagement idéologique et devient petit à petit un art de vivre, plus qu’un simple mouvement artistique.

Principes théoriques et techniques

Rejet du passéisme

Le nom du mouvement sous-entend une caractéristique clef du futurisme : le rejet du passéisme. En faveur de la révolution et du renouveau, les futuristes rejettent complètement les choses du passé, aussi bien les hommes que les institutions, les modèles, les pratiques. Selon eux, les professeurs sont « ignorants », les archéologues « nécrophiles », les critiques « vendus », les peintres « impuissants » et les architectes « affairistes ». Ils semblent critiquer tout et tout le monde, même leur public qu’ils traitent de « canaille inconsciente qui applaudit ».

À travers leur art, ils veulent créer un monde nouveau, un monde moderne où la machine détient une place importante, notamment la machine de guerre, la machine « toute-puissante ».

Vitesse et dynamisme

De manière générale, le mouvement s’inscrit dans le prolongement du cubisme, on y voit parfois une géométrisation des formes bien qu’on note un désaccord avec son aspect statique. En effet, le mouvement et sa décomposition, le dynamisme et la vitesse sont des caractéristiques fondamentales du futurisme : « tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement ». Les futuristes mystifient donc les engins de transport rapide comme les trains, les bateaux mais surtout les automobiles.

Le mouvement

La perception est aussi importante, notamment la perception du corps bougeant dans l’espace. Ainsi, les avancées technologiques, notamment dans le domaine de la photographie et du cinéma vont permettre de rendre compte de la décomposition du mouvement précisément (c.f The Horse in Motion, Muybridge, chronophotographie).

Plusieurs artistes vont prendre ces recherches comme support afin de réaliser leur œuvre : Dynamisme d’un chien en laisse, Giacomo Balla (1912) voire même Marcel Duchamp avec son Nu descendant un escalier (1912), notons toutefois que ce dernier se rapproche des italiens uniquement d’un point de vue artistique, il ne partage pas leurs opinions politiques et idéologiques.

Umberto Boccioni (1882-1916)

« Il n’y a qu’une loi pour l’artiste, c’est la vie moderne et la sensibilité futuriste »

Né en 1882 à Reggio de Calabre, Boccioni est, avec le poète Marinetti, un des protagonistes les plus importants et complets du mouvement futuriste. Sorti diplômé de l’Institut technique de Catane il se rend à Rome où il rencontre Severini et Balla. Déjà, ses idéaux sont révolutionnaristes et il veut voir en son art une thématique sociale et urbaine : « Je sens que je veux peindre le neuf… il me semble aujourd’hui, tandis que l’analyse scientifique nous montre merveilleusement l’univers, que l’art doit se faire l’interprète de la renaissance vigoureuse et fatale d’un nouvel idéalisme positif ». À ce moment de l’histoire on ne parle point de « futurisme » chez Boccioni, mais de « divisionnisme » : une technique picturale consistant à peindre un tableau à partir de petites touches de couleur superposées et accolées.

En 1911, il signe le Manifeste de la peinture futuriste avec Balla, Severini, Carrà et Russolo. Il eut un rôle central et essentiel dans la genèse du mouvement. Ce fut lui qui élabora deux notions de base du mouvement, celle de « simultanéisme » et celle de « dynamisme ». La première notion veut rendre une image de « simultanéité des états d’âme », c’est-à-dire que le tableau doit être une synthèse de « ce dont on se souvient et de ce que l’on voit », il doit donc réunir différent points de l’espace et du temps. Exemple : si on veut représenter une personne sur un balcon comme les futuristes, on doit la représenter elle, ainsi que les sensations visuelles voire sensorielles qu’elle a éprouvées. La seconde notion veut toute simplement restituer une esthétique dynamique au tableau, dynamisme du corps humain et dynamisme spatial amenant Boccioni jusqu’aux limites de l’abstraction.

À partir de 1914, Boccioni suit l’influence du cubisme, son œuvre s’orientant vers des sujets plus statiques. Engagé volontaire, Boccioni meurt en 1915 d’une chute à cheval.

Les œuvres les plus emblématiques d’Umberto Boccioni

Dynamisme d’un cycliste, Umberto Boccioni, 1913, huile sur toile, 70cm x 95cm, collection Peggy Guggenheim, Venise.
La Charge des lanciers, Umberto Boccioni, 1915, tempera et collage sur carton, 32 x 50cm, collection privée (Jucker, Milan).
Formes uniques de continuité dans l’espace (ou l’Homme en mouvement), Umberto Boccioni, 1913, bronze, 111,2cm x 88,5cm x 40cm, Galleria d’Arte Moderna, Milan.

Sources :