Pauline Boty, pionnière du Pop Art britannique

Biographie

Née en 1938 à Croydon, dans la banlieue de Londres, Pauline Boty est élevée dans un environnement extrêmement conformiste. Sa mère est mère au foyer et son père, d’origine belge et persane, veut projeter l’image d’une famille anglaise traditionnelle.
À 16 ans, elle s’inscrit à l’école d’art Wimbledon Art College avec le soutien de sa mère malgré l’opposition de son père et de son frère. À 18 ans, elle rentre au Royal College of Art, où elle parvient à intégrer un groupe d’artistes malgré le sexisme ambiant.

Entre 1961 et 1966, elle travaille dans l’art visuel, mais aussi comme danseuse, actrice, animatrice radio et mannequin. Son style se développe et elle devient une des figures de proue du mouvement Pop Art britannique, et de la contre-culture en général.
À 28 ans, alors que Boty est enceinte, son médecin découvre qu’elle est atteinte de leucémie lors d’un examen de routine. Il lui conseille d’avorter pour pouvoir suivre une chimiothérapie. Elle refuse, et meurt cinq mois plus tard.

Son œuvre tombe dans l’obscurité jusqu’à ce que ses tableaux soient découverts dans la grange abandonnée de son frère par des universitaires en 1993.

Travail

Elle se spécialise d’abord dans le vitrail, puis s’oriente vers le collage et la peinture sur les conseils de son tuteur. Le style de ses œuvres emblématiques est la « peinture collage » : elle découpe des pages de journaux et de magazines et les repeint ; des formes abstraites de couleur vive servent d’arrière plan. Entre 1963 et 1965, son art devient plus féministe et politique : références à la guerre au Vietnam, le Mouvement des droits civiques aux États-Unis, la révolution cubaine, et l’affaire Profumo.

Le mouvement

Le Pop Art est un mouvement artistique qui se manifeste vers 1955 en Grande-Bretagne et un peu plus tard aux États-Unis. L’Independent Group, un cercle d’artistes britanniques, est désigné comme son précurseur.

Le terme Pop Art, abréviation de popular art, indique que le mouvement incorpore la culture populaire de son temps aux productions artistiques : publicité, emballages, comics, films hollywoodiens… Le point de vue de l’artiste est souvent critique, ironique, voire parodique, et émet un commentaire sur l’influence de la culture pop et de la publicité sur l’esprit et la vie des gens.

En plus de Pauline Boty, on retrouve dans le mouvement britannique les artistes Richard Hamilton, Eduardo Paolozzi et Peter Blake.

Œuvres

My Colouring Book (1963)

Huile sur toile – Muzeum Sztuki, Łódź, Pologne

Le tableau est divisé en six carrés de même taille. On y retrouve des éléments emblématiques des années 60 : lunettes rondes, arc-en-ciel et cœur (qui rappellent les hippies), collier de perles, « bad boy » fumant une cigarette. Les fragments de texte sont des paroles extraites de la chanson My Colouring Book, interprétée par Barbara Streisand en 1963. Chaque élément visuel illustre une idée du texte, comme si Boty avait suivi les consignes de la chanson : « Voici le cœur qui pensait qu’il resterait toujours fidèle / Colorie le en bleu ». Le tableau et la chanson donnent une représentation du chagrin d’une femme dont le cœur a été brisé par un homme. Cependant, Boty semble également critiquer la façon dont les médias s’adressent aux femmes : les couleurs vives et le dessin enfantin, ainsi que le fait d’avoir suivi les instructions d’une chanson comme un enfant suit celles de son instituteur, soulignent l’infantilisation et la condescendance que subissaient (et subissent toujours) les femmes.

Scandal ’63 (1963)

Huile sur toile – tableau perdu

On peut voir au centre de ce tableau une représentation de Christine Keeler, d’après une photo d’elle prise par Lewis Morley. Keeler était au centre de l’affaire Profumo, un scandale qui a fait beaucoup de bruit au Royaume-Uni dans les années 60 : elle avait deux amants, le secrétaire d’Etat John Profumo, et un capitaine de la marine soviétique. Pour beaucoup de jeunes gens, dont Boty, Keeler symbolisait la liberté sexuelle. On la voit ici nue, dans une pose suggestive, sur fond rouge, la couleur de la sensualité, du danger. Les fleurs ajoutent une touche sensuelle supplémentaire. Sur un bandeau bleu en haut du tableau, Boty a reproduit les visages des hommes impliqués dans le scandale. Ce sont des hommes importants, mais ici ils sont relégués au second plan par rapport à Keeler. C’est un moyen pour Boty de recentrer la conversation sur Keeler, de lui donner du pouvoir. On peut noter que les hommes sont au même niveau quelle que soit leur couleur de peau, ce qui est inhabituel pour l’époque.

It’s a Man’s World I et II (1965)

Huile sur toile avec collages – Whitford Fine Art, Londres, Royaume-Uni

Ces deux tableaux représentent respectivement des femmes et des hommes. Boty utilise ici sa technique de la peinture collage. Les femmes sont représentées nues, dans des poses qui mettent leur corps en valeur ; Boty a découpé les images dans des magazines pornographiques. Elles sont l’objet du regard des hommes. Les hommes, au contraire, sont représentés habillés, en portrait ou dans l’exercice de leur fonctions ; ils sont acteurs, alors que les femmes sont passives. Ce sont des hommes célèbres, connus pour avoir fait de grandes choses (Elvis Presley, Marcel Proust, Lénine, Einstein, etc) ; les femmes à gauche sont anonymes. On note également une différence dans le décor. Sur le tableau de gauche, on peut voir des arbres, de l’eau, de l’herbe ; la nature, à laquelle les femmes sont associées. Sur le tableau de droite, on voit un avion, des bâtiments, une voiture : des choses construites par l’homme, par la civilisation. Le décor naturel et la nudité des corps soulignent l’animalité associée aux femmes, tandis que l’homme pense, construit, crée. La juxtaposition des deux tableaux montre bien le contraste entre les représentations des hommes et des femmes dans l’art, les médias, la société.

Bibliographie

The Art Story. Pauline Boty [en ligne] https://www.theartstory.org/artist/boty-pauline/ (consulté le 02/12/2019)

Centre Pompidou. Dossiers pédagogiques : le Pop Art [en ligne] http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Pop_art/ENS-pop_art.htm (consulté le 02/12/2019)

Image Breakdown. It’s A Mans World I & II (1965) Pauline Boty, Collage, Photography, Paint on canvas [en ligne] https://imagebreakdown.wordpress.com/2016/11/09/its-a-mansworld-i-ii-1965-pauline-boty-collge-photography-paint/ (consulté le 02/12/2019)

The New York Times. Overlooked No More: Pauline Boty, Rebellious Pop Artist [en ligne] https://www.nytimes.com/2019/11/20/obituaries/pauline-boty-overlooked.html (consulté le 02/12/2019)

Tate. Art terms: Pop Art [en ligne] https://www.tate.org.uk/art/art-terms/p/pop-art (consulté le 02/12/2019)

The Telegraph. Pauline Boty: the only female founder of British pop art [en ligne] https:// www.telegraph.co.uk/women/life/pauline-boty-female-founder-british-pop-art/ (consulté le 02/12/2019)