Robert Smithson et le Land art

Biographie :

Né en Amérique, Robert Smithson étudie à la Art Students League of New York entre 1955 et 1956. Il commence par la peinture abstraite mais ses travaux sont largement influencés par d’autres mouvement culturels tels que la science-fiction, l’art catholique ou encore le pop’art. Il réalise notamment des collages mélangeant les trois genres. Il s’intéresse aussi à la poésie religieuse inspirée de la Divine Comédie.

En travaillant la sculpture, il recherche déjà à allier matériau et volume. Il s’intéresse par exemple au travail de l’auteur J.G Ballard, qui écrit des romans-catastrophe au début des années 60 dans lesquels la Terre est détruite par des phénomènes naturels.

Ses sculptures s’inscrivent aussi dans la veine du mouvement minimaliste. Il utilise les matériaux les plus simples du quotidien : plaques de verre, plastiques de néon, plaques d’acier, miroirs… Il s’intéresse également aux minéraux et aux sites miniers abandonnés, développant un intérêt tout particulier pour la géologie dans l’art.

Robert Smithson est l’un des chefs de file notables du mouvement land art, qu’il théorise. Cette tendance apparaît dès le développement de son travail dans les mines : il travaille les matériaux directement dans leur élément naturel.

Parmi les définitions du mouvement, on lui doit notamment une large réflexion sur les notions de « site » et de « non-site » : le site, c’est lorsque le contexte et l’environnement font partie de l’œuvre ; le non-site, c’est lorsque l’œuvre se suffit à elle-même, quel que soit le contexte ou le lieu dans lequel elle est exposée. « C’est l’art qui contient le site, et non le site qui sert de support à l’art. »

C’est dans cette logique qu’il considère que les meilleurs sites pour le land art sont ceux marqués par une rupture : industrialisation, urbanisation à outrance et catastrophes naturelles. Il s’intéresse également à la désintégration industrielle.

Sa pratique du land art se manifeste par des prises de vues aériennes dans lesquelles il agence des éléments naturels.

Il meurt le 10 juillet 1973 dans un accident d’avion, tandis qu’il prend l’une de ses œuvres en photo.

Œuvres :

Spiral Jetty

Réalisée à Salt Lake City, installée en 1970.

Une spirale de 457 mètres de long et 4,5 de large, s’enroule dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Elle est constituée de boue et de cristaux de sel, de roches, de basalte, de bois et d’eau, ce qui représente au total plus de 60 000 tonnes de matériaux.

Pourtant, l’œuvre est loin d’être figée et évolue constamment depuis sa création : elle est par exemple passée de noire sur fond rouge à blanche sur rose, à cause de l’incrustation de sels et du fait que le niveau du lac baisse.

Cette couleur originale est liée à la particularité physique du lieu. En effet, à cause des algues, l’eau est rouge à certains endroits, ce qui explique aussi le choix de l’emplacement de l’œuvre, illustrant parfaitement le concept de « site », si cher à Smithson. Il a notamment choisi ce lieu du fait de l’impact que l’activité humaine a eu dans sa détérioration. Il s’agit d’une « mer morte » dans un paysage dévasté par l’homme à cause des chercheurs d’or et de pétrole. La sculpture est donc une façon de revaloriser un site épuisé.

De plus, la forme choisit n’est pas non plus anodine, étant donné qu’elle a une symbolique forte et universelle. En effet, la spirale est un des symboles fondamentaux de la vie et des mécanismes de la croissance naturelle.

Ainsi, l’œuvre est destinée à changer au fil du temps et à disparaître ; c’est un anti-monument, le temps y agit comme une ruine. Aujourd’hui, elle n’est pleinement perceptible que de haut.

Broken Circle/Spiral Hill

Créée en 1971, à Emmen, aux Pays-Bas, au bord d’une carrière de sable désaffectée et remplie d’eau.

L’oeuvre se compose en deux parties : Broken Circle, sur la rive du lac occupant le centre de l’ancienne carrière, et Spiral Hill, légèrement au nord.

Comme pour Spiral Jetty, elle n’est entièrement visible que depuis le ciel.

Broken Circle : la première partie de l’oeuvre se compose d’une jetée en arc de cercle, s’enroulant dans le sens des aiguilles d’une montre et qui forme un peu moins d’un demi-cercle. Sur la rive, la tranchée dans le sable est symétrique. Le sable pénètre dans l’eau autant que l’eau pénètre dans le sable. Sur la presqu’île au milieu Smithson a placé énorme rocher d’environ 40 mètres de diamètre. Pour cette composition, il s’inspire des digues construites aux Pays-Bas afin de gagner du territoire sur la mer.

Spiral Hill : la seconde partie de cette œuvre est une colline de 23 mètres de diamètre, sur laquelle s’étend un chemin en spirale permettant d’accéder à son sommet afin d’observer Broken Circle. L’inspiration principale pour Spiral Hill est la tour de Babel.

C’est la seule œuvre de Smithson visible en Europe et elle répond à une commande pour une exposition temporaire. Pourtant, la population locale a demandé à ce que l’oeuvre demeure après l’exposition. Smithson accepte et rédige des recommandations pour favoriser au maximum sa préservation. Mais malgré ça, le temps en modifie quand même la structure : l’eau du lac monte et recouvre peu à peu la jetée et des plantes sauvages envahissent le sentier sur Spiral Hill.

Bibliographie :

  • Comment identifier les mouvements artistiques, Giorgina Bertolino
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Smithson
  • https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-smithson/