Francis Picabia – Dadaïsme

Le mouvement Dada, ou Dadaïsme est un courant artistique et littéraire qui naîtra après la Première Guerre mondiale, en 1916. Ce mouvement se voulait « contre tout », contre la politique en place, contre les idéologies, contre toutes les conventions du genre, en quelque sorte il représentait une remise en cause générale. Souvent associé au surréalisme, le dadaïsme verra naître des artistes connus comme André Breton, Man Ray, Marcel Duchamps et, l’homme qui nous intéresse aujourd’hui : Francis Picabia. Si le mouvement est de nos jours parfois perçu comme un regroupement d’œuvres fantasques à l’humour douteux, en 1963, Tristan Tzara rappelle que le mouvement Dada : « n’était pas seulement l’absurde, pas seulement une blague » mais que « dada était l’expression d’une très forte douleur des adolescents, née pendant la guerre de 1914. Ce que nous voulions c’était faire table rase des valeurs en cours, mais, au profit, justement des valeurs humaines les plus hautes. » C’est de ces valeurs que Francis Picabia fera naître des œuvres toutes plus différentes les unes que les autres.

La période Dada de Francis Picabia

Né en 1879 à Paris, où il fera ses études, Picabia sera un artiste qui peindra de multiples tableaux inspirés de l’univers expressionniste, c’est seulement après s’être rendu plusieurs fois à New York dans les années 1913 à 1915 qu’il participera aux mouvements d’avant garde puis, en 1916, il se ralliera au dadaïsme aux côtés de Tristan Tzara et Marcel Duchamps. Il sera alors très actif dans ce mouvement et réalisera plusieurs tableaux à l’humour provocateur et controversé. Parmi on pourra citer trois œuvres représentatives de la période Dada chez Picabia :

Danse de Saint-Guy (renommée Tabac – Rat en 1949 par l’artiste après une détérioration) 1919 – Ficelles, encre sur carton, assemblés dans un cadre en bois
104,4 x 84,7 cm

Cette œuvre est, d’après Picabia : « une peinture transparente, sans toile ni matière picturale, réduite au seul dispositif, absurde, d’un cadre avec ficelles et étiquettes: une peinture ainsi réduite à son emballage et à ses cartels ». On peut y voir plusieurs ficelles, représentant l’arrière d’une toile, agrémentée de plusieurs morceaux de carton sur lesquels sont inscrit les titres de l’oeuvre et le nom de l’artiste. Une description présente au Centre Georges Pompidou à Paris, précise que « Danse de Saint-Guy devait être, non pas accrochée au mur, mais suspendue au plafond, de manière à être mobile. Picabia avait même envisagé d’y disposer à l’arrière une roue actionnée par deux souris blanches », prouvant que l’artiste se jouait avec humour des règles académiques de l’art et de la peinture, montrant une fois de plus son appartenance au dadaïsme.

L’Oeil Cacodylate
1921 – Huile sur toile et collage de photographies, cartes postales, papiers divers découpés (148,6 x 117,4 cm)

Après avoir souffert d’un problème ophtalmologique (un zona situé sur l’oeil), Picabia créera cette œuvre, un assemblage de peinture (l’oeil), de cartes postales, de photographies, de collages en papier et d’écritures. Au commencement, cette œuvre était juste un œil, peint seul vers le bas droit de la toile, puis l’artiste invita toutes les personnes qui venaient chez lui à « signer » l’œuvre, à y déposer une phrase de leur choix, une signature, une trace quelconque. Il invite aussi plusieurs artistes tels que Man Ray qui écrira au sujet de l’œuvre : « Dans le salon, il y avait une grande toile couverte de phrases et de signatures laissées par les visiteurs. Des pots de peinture jonchaient le plancher. Il m’invita à signer ». On peut voir dans ce tableau une vision nihiliste de l’art qui verrait une œuvre en tant que telle seulement à partir du moment où elle serait signée par l’artiste. Ou juste un amour de Picabia pour le désordre visuel et l’absurdité du mouvement que crée toutes ces phrases misent bout à bout. Certaines sont d’ailleurs plus visibles que d’autres comme : « Pharamousse » (un nom qu’il se donnait quand il faisait des critiques d’art acerbes et sarcastique), « Tristan Tzaraz », « Deuil », « Soleil Russe » et la signature de l’artiste lui-même.

Chapeau de paille ?
1921 – Huile, ficelle et carton d’invitation collés, sur toile
92,3 x 73,5 cm

Cette oeuvre marque la fin de la période Dada pour Picabia, il reproche en effet aux autres membres de s’éloigner de ce qui faisait toute l’originalité de Dada et d’institutionnaliser un mouvement qui se voulait libre. Cette oeuvre est aussi un jeu, une provocation de l’artiste à l’égard de ses anciens partenaires, il s’inspire d’une pièce d’Eugène Labiche pour son titre et reprend la carte qui annonçait la soirée « cacodylate » vu plus haut. L’oeuvre provoque aussi un scandale, causé évidemment par la phrase « m…. pour celui qui le regarde ! » qui laisse peu place au doute.

Le dadaïsme pour Picabia sera donc un mouvement dans lequel il se retrouvera et dans lequel il pourra exprimer librement ses émotions, mais cela ne lui suffira pas pour autant car cet homme, qui avait déjà été membre de plusieurs courants artistiques auparavant, côtoiera par la suite d’autres styles artistiques, provoquant même le déclin du Dada aux côtés de André Breton en 1921. Il prononcera à ce propos, en 1947, l’une de ses phrases les plus connues : « J’ai inventé le dadaïsme ainsi qu’un homme met le feu autour de lui, au cours d’un incendie qui gagne, afin de ne pas être brûlé »

Sources :

Article dans La Critique Parisienne : http://www.lacritiqueparisienne.fr/75/picabia.pdf

Conférence Cinémix : « Introduction à l’histoire de l’art : films dadaïstes et surréalistes » de 2008

Le site du musée Centre Pompidou : https://www.centrepompidou.fr/fr