OTTO DIX (1891-1969)

« J’ai avant tout représenté les suites terrifiantes de la guerre. Je crois que personne d’autre n’a vu comme moi la réalité de cette guerre, les déchirements, les blessures, la douleur. »

Né en 1891, Otto Dix exerça une carrière de peintre et graveur allemand. Il est alors associé au mouvement de l’expressionnisme. Tout au long de sa vie il réalisa 600 œuvres, mais beaucoup ont cependant été perdues.

Issu d’un milieu ouvrier, il reçut une éducation artistique par sa mère qui s’intéressait à la musique et à la peinture. Après avoir suivi des cours de dessin, une bourse d’étude lui permit d’intégrer l’École des arts appliqués de Dresde où il resta de 1909 à 1914.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, il s’engagea dans l’artillerie de campagne allemande. Il reçut plus tard une formation de mitrailleur, et participa à de nombreuses campagnes. Il sortit vivant de tous ces combats, mais marqué à jamais. Les images de la guerre lui restèrent en tête, et c’est en peignant qu’il essaya d’oublier ce traumatisme. Il devint par la suite enseignant universitaire. En 1924, il réalisa Der Krieg (traduction : La Guerre), une série de cinquante eaux-fortes (gravures sur plaque métallique avec l’aide d’un acide) relatant des expériences traumatisantes de la guerre.

Lorsque Hitler devint chancelier en janvier 1933, il fut renvoyé de son poste. En effet, il fut considéré comme « bolchévique de la culture » par les nazis. Pour échapper à l’enfermement, il se réfugia dans le sud-ouest de l’Allemagne. Quelques années plus tard, ses œuvres furent qualifiées de « dégénérées » par les nazis. Nombre d’entre elles furent retirées des musées, et certaines furent brûlées. Une exposition d’œuvres du nom de Entartete Kunst (traduction : Art dégénéré) fut lancée par les nazis et certains de ses tableaux y figurèrent même. En 1938, il fut est arrêté par la Gestapo. Il dut ensuite s’engager contre son gré dans la Seconde Guerre mondiale, mais fut capturé par les Français.

Lorsque la guerre se termina, il reçut plusieurs prix et distinctions de la part de la République Fédérale Allemande (RFA), non seulement pour son œuvre mais aussi pour son mérite lors de cette guerre. Il décéda en 1969 à l’âge de 78 ans suite à un infarctus.

DIX Otto, Assaut sous le gaz (1924)
134,8 x 47,31 cm
Musée historique allemand, Berlin

Matériaux : peinture faite à l’eau forte, gravée sur une plaque de cuivre

Brève description : Cette œuvre est la douzième d’une série de cinquante gravures reprises dans Der Krieg (mentionné précédemment). La peinture représente des Allemands jetant des grenades entre des fils de barbelés et des racines. Leurs masques font d’eux des monstres, et effacent toutes traces de sentiments ce qui donne l’impression qu’ils ont perdu leur humanité. Le lieu est plutôt surréaliste (no man’s land de la tranchée). On sent que les militaires sont prêts à frapper de leurs grenades menaçantes.

DIX Otto, La Guerre (1929-1932)
204 × 204 cm pour le panneau central,

204 × 102 cm pour les panneaux latéraux et 60 × 204 cm pour le panneau inférieur
Stadtmuseum (Dresde)

Matériaux : technique de la tempera sur bois (une peinture à base d’émulsion d’œufs)

Brève description : Le tableau fait partie de la démarche artistique d’Otto Dix, qui retranscrit en peignant ses souvenirs de la Première Guerre mondiale. Il y exprime la mort et la destruction. Le triptyque montre tour à tour la montée au front, le champ de bataille et la mort, et enfin le retour du front. Le peintre utilise une palette de couleurs assez restreinte, très sombres, toutes associées à la mort et à la destruction. Le gris marque les soldats, leur casque, leurs vêtements, leurs armes. Le blanc présente le néant et la mort. Le rouge souligne l’horreur de la guerre, et le sang qu’elle fait couler.

DIX Otto, Joueurs de Skat (1920)
110 x 87 cm
Neue Nationalgalerie (Berlin)

Matériaux : huile et collages sur toile

Brève description : Trois anciens combattants mutilés de la Première Guerre mondiale (des gueules cassées) jouent à un jeu de cartes, le skat, très populaire en Allemagne. À la fin de la guerre, plus d’un millions de soldats allemands étaient mutilés, dont 800 000 amputés. Otto Dix avait aperçu trois mutilés de guerre jouant aux cartes dans l’arrière-salle d’un café de Dresde. Il en a fait aussitôt un dessin préparatoire et accentue le caractère horrifique de la scène.

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EXPRESSIONNISME

L’expressionnisme ne cherche pas à montrer le monde tel qu’il est, mais à l’exprimer. Cet aspect est principalement exploité à travers le thème du corps ou du portrait, dans lesquels les artistes n’hésitent pas à aller jusqu’à la distorsion des traits. Il touche donc plusieurs domaines artistiques comme la déformation de la réalité pour lui donner plus d’intensité. Les visions souvent pessimistes mettent en avant les souffrances de l’être humain. Ce courant exprime aussi les conflits et les ruptures d’un monde en crise.

L’EXPRESSIONNISME ALLEMAND ET « DIE BRÜCKE« 

Au début du siècle, l’Allemagne traverse une période de crise profonde dans un climat social tendu avec l’approche de la Première Guerre mondiale, même si le peuple s’affiche dans une insouciance factice. Les expressionnistes sentant venir la guerre expriment leurs sentiments visionnaires dans des images particulièrement torturées. C’est dans ce contexte que se forme le groupe « Die Brücke » à Dresde en 1905 autours des personnalités de Fritz Bleyl, Karl Schmidt-Rottluf, Erich Heckel et Ernst Ludwig Kirchner. Viendrons plus tard s’y ajouter des artistes tels que Emil Nolde, George Grosz, Otto Mueller, Max Pechstein et Otto Dix. Dans ce monde hostile, présageant moult inquiétudes, les expressionnistes allemands cherchent une peinture capable d’exprimer les problèmes humains. Leur peinture est comme un cri de désespoir lancé en réaction à cette société qui n’offre qu’angoisse et peur de l’avenir. La forme expressionniste est brute, nerveuse et la déformation est utilisée à volonté pour faire rejaillir le sentiment intérieur sur la réalité figurative.

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Peintres connus (ALLEMAGNE) : Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluf, Ernst Ludwig Kirchner, Max Pechstein, Emil Nolde, Otto Mueller, George Grosz, Wassily Kandinsky

Sources :