ANDY GOLDWORTHY ET LE LAND ART

Le Land Art, c’est l’idée qu’art et nature sont indissociables. Ce mouvement artistique regroupe les pratiques qui utilisent la nature à la fois comme un matériau et comme un site d’exposition. En général, elle est donc partie intégrante de l’œuvre mais est rarement au centre du projet-même.

                1968. Première exposition officielle d’œuvres appartenant au mouvement Land Art portant sur l’objet terre (Dawn Gallery de New York, Earthwork).  On a d’une part une ferme volonté de s’affranchir des carcans de l’académisme artistique et d’autre part, on a un fort aspect contestataire vis à vis du marché de l’art et du traditionalisme qui l’accompagne, ainsi que de la notion de « valeur marchande » des œuvres d’art.

La naissance du Land Art va de pair avec la prise de conscience de la menace que peuvent représenter les nouvelles technologies et la course à la croissance pour l’humanité et l’environnement, et donc du mouvement de retour à la nature et aux sources. Attention cependant, à ne pas associer systématiquement le Land Art à une pratique écologique, notamment parce que tous les artistes n’en ont pas la même vision. La plupart, comme Nancy Holt, cherchent à mettre la nature à l’honneur  et à promouvoir la connexion entre l’humain et la nature. Certains autres artistes prennent le paysage simplement comme une extension du lieu classique d’exposition et ont recours à des procédés « violents » et n’hésitent pas à abîmer les sites. On pense ici à Michael Hezier qui a, sans remords aucun, creusé un ravin en plein désert.

                D’abord, le Land Art s’approprie le paysage comme site d’exposition, voire comme un élément à part entière de l’œuvre. Il utilise des éléments bruts et naturels comme matériau. On parle d’objets aériens (plumes, …), terrestres (terre, bois, pierres…), ou aquatiques (coquillage, algues…), qui ne sont plus représentés dans une œuvre, mais qui sont œuvre à part entière. Enfin, le Land Art suppose une notion du temps artistique différente de celle qui est véhiculée par les institutions muséale (conservation ad vitam des œuvres en lieu « sûr »). On a alors d’un côté un aspect éphémère puisque l’œuvre est à la disposition de la nature ; et de l’autre un aspect intemporel puisque l’œuvre peut être elle-même (ou laisser) une trace dans l’environnement, qui pourrait survivre à l’Humanité… (modèle des architectures ou arts primitifs : Stonehenge, Carnac, civilisations Maya ou Aztèque, statues de Rapa Nui…).

Andy Goldworthy

Né en 1956 en Angleterre dans une famille modeste, Goldworthy commence par travailler les week-ends dans une ferme voisine pendant son adolescence. Ce premier travail l’aura clairement inspiré pour sa carrière et son art : à la ferme, il voit la beauté et l’intérêt des matériaux naturels, ainsi que des traces de l’homme sur ceux-ci. Il travaille généralement en plein air avec des matériaux naturels représentatifs des quatre éléments et recueillis sur place : glace, neige… (eau) ; branches, tiges, feuilles, fleurs, pommes de pin… (terre) ; plumes, … (air) ; charbon, pierres… (feu). Quant à ses outils, ils restent sommaires, voire primitifs : les œuvres sont façonnées à la main, les objets sont coupés, arrachés ou taillés avec les dents. Pour les assembler, il se débrouille avec l’eau et la terre par exemple. Seule subsiste l’utilisation occasionnelle d’un petit couteau opinel. Après avoir créé son œuvre, il la photographie en couleur et y ajoute un titre ou un court texte explicatif. Cela lui permet de conserver une trace de son travail dans le temps, et bien sûr, de le donner à voir au public.

Goldworthy a exposé, travaillé ou créé un peu partout : Angleterre, Pays-Bas, Japon, désert d’Australie, Canada du Nord, Pôle Nord, France (refuge d’art dans la Réserve Naturelle Géologique de Haute-Provence), Etats-Unis … Il a également composé des œuvres destinées à être exposées en intérieur, des œuvres artificielles, ou encore des œuvres permanentes pour lesquelles il a parfois fait appel à des professionnels et machines de gros œuvre.

Strangler Cairn, Conondale National Park, Australie
Ensemble de blocs de granite formant une structure ovoïdale dont le sommet est refermé autour d’une racine de figuier, qui devrait, avec le temps, s’épanouir dans et sur le cairn.  
Touching North, Fjord Grise, Nord du Canada, avril 1989 (Photographie de Julian Calder)
Ensemble de quatre arches rondes constituées de glace et de neige (3m de haut), et respectivement orientées vers les quatre points cardinaux. Le Pôle Nord ayant la particularité de ne connaître qu’une éternelle journée d’hiver, les quatre structures captent la lumière du soleil chacune leur tour, à la manière d’une horloge solaire.
Scaur Water, Penpont, octobre 1991
Feuilles jaunes d’orme appliquées sur un rocher mouillé par la rivière. Illusion d’une pépite d’or. Contraste entre le gris/noir/bleu de l’environnement et le jaune flamboyant de la pierre.

On a vu plus haut que le Land Art n’a en soi rien à voir avec l’écologie ou le naturalisme, mais ce qu’il faut retenir de cet artiste, c’est qu’il a une ferme volonté de travailler avec son environnement, et non de le travailler. Rien qu’en cela, on peut considérer que son art a une forte portée écologique et philosophique. On trouve dans une grande majorité de ses compositions un petit quelque chose de bucolique, de quasiment mystique. Les nids de branchage pourraient être habités par des fées, les cairns érigés par des créatures sylvestres, les œufs de pierre pourraient être le refuge de petits dragons… dans la forêt, il parvient à insuffler quelque chose de magique et d’extrêmement poétique à ses créations, toujours avec finesse et respect des éléments qui l’entourent, de ceux qui constituent son œuvre, ou de ceux qui causeront sa fin.

Sources

  • GOLDSWORTHY A., FRIEDMAN T., Le Temps, Arcueil, 4ème ed. Anthèse, 2008, 202 p.