L’art conceptuel : Ai Weiwei

L’ART CONCEPTUEL : « CE QUI PERMET À L’ART D’ÊTRE ART »

L’art conceptuel en tant qu’idée a été développé par des collectifs d’artistes. Il s’agit d’une démarche productive qui s’oppose à l’art dit traditionnel centré sur l’individu et son habileté technique. Il a pour projet d’analyser ce qui permet à l’art d’être art. On retrouve une recherche permanente de définir l’art, de répondre à la question « Qu’est-ce que l’art ? ». L’art conceptuel met en avant l’idée qui prime sur la réalisation elle-même. Il ne s’agit pas de faire du beau mais d’analyser l’art. En ce sens, le cheminement intellectuel du projet a plus de valeur que l’objet présenté. Cependant, même si l’on retrouve une grande remise en cause de l’objet et sa production, ce mouvement n’a jamais su se passer de réalisations qui matérialisent l’idée (photographie, édition, installations,…). La spécificité de l’Art conceptuel est parfois difficile à cerner tant par la diversité des démarches artistiques que par l’ampleur de son influence sur différentes tendances contemporaines.

En résumé, l’œuvre n’a pas besoin d’être produite pour exister, sa définition sémantique est l’objet premier de la réalisation : « Qu’est-ce que l’art ? »

AI WEIWEI : UN ARTISTE DISSIDENT

Artiste chinois né le 28 août 1957 à Pékin. Ai Weiwei est sculpteur, performer, photographe, architecte, commissaire d’exposition et blogueur. C’est un artiste majeur de la scène artistique indépendante chinoise : sa renommée est due à son art provocateur, politique et engagé. C’est un artiste dissident (qui se sépare du parti politique dont il était membre) qui ne reconnaît plus la légitimité de l’autorité à laquelle il devrait se soumettre en contestant de manière radicale le système politique chinois.

Le gouvernement chinois le voit réellement comme une menace et ne cesse de censurer sa parole. Par exemple, ils essayent d’empêcher toute tentative de l’artiste de commémorer le massacre de la place Tian’amen. Il décidera alors de publier un poème intitulé ironiquement Oublions. Les autorités fermeront tous ses comptes sur le net chinois, son blog et des hommes de main viendront piller son atelier de Shanghai et le passeront à tabac. Mais Ai Weiwei ne se laisse pas faire! Au contraire, il défie de plus en plus les autorités : son œuvre Study of Perspective, en plusieurs photographies, commence sur la place Tian’amen en Chine.

Study of Perspective, 1995-2003

Sous un titre ironique, il se révolte contre des symboles emblématiques de chaque pays (la place Tian’anmen en Chine, la Tour Eiffel en France et la Maison blanche aux États-Unis) en leur faisant un doigt d’honneur. Il s’adresse directement aux institutions en rejetant leurs emblèmes, mais aussi leurs valeurs par son geste obscène qui se trouve être avant tout un signe d’hostilité. Ces photos sont prises dans des lieux incarnant le pouvoir, mais aussi la culture des pays visés. Par ce geste mi-grossier mi-comique, Ai Weiwei dit son rejet des icônes et des valeurs établies.

Il ne s’agit pas de la seule œuvre dans laquelle nous pouvons voir toute l’insolence d’Ai Weiwei. Il décidera de se mettre en scène dans un triptyque de photographies en train de laisser négligemment s’écraser au sol un vase vieux de deux millénaires. En lâchant ce vase antique d’une prestigieuse dynastie de l’histoire chinoise, il se libère de son passé qui est une entrave à la créativité et à l’indépendance qu’il cherche à obtenir de la Chine.

Dropping an han dynasty urn, 1995

Han Jar Overpainted with Coca-Cola Logo, 1995

Il fera de même avec ce vase précieux où il apposera le logotype de la marque Coca-Cola. Il nous montre ici son mépris des conventions et des valeurs données arbitrairement aux objets en apposant une marque typique du capitalisme américain sur une antiquité à la valeur historique et financière. Il fait de cette urne un objet banal de consommation, vidé de toute valeur.

AI WEIWEI : UN ÉTERNEL ENGAGÉ

Le nid d’oiseau, 2005-2008

Entre 2005 et 2008, il construit avec les architectes Herzog et de Meuron le stade principal des jeux olympiques de Pékin, dit « le Nid d’oiseau » avant d’appeler au boycott des jeux de 2008 via son blog, car six mois avant l’ouverture des J.O. le pouvoir chinois muselle la presse et interdit toute contestation.

Suite au tremblement de terre de 2008 au Sischuan, où les malfaçons dans la construction sont aussi responsables de la mort de milliers d’enfants ensevelis sous les décombres de leur école, les autorités chinoises refusent de donner le nombre et les noms des victimes. Ai Weiwei réunit des bénévoles et collecte 5 000 noms qu’il diffusera sur son blog. Étant architecte et connaissant les normes parasismiques, il se révolte contre l’inaction du gouvernement et décide d’installer 9000 sacs à dos qui forment une phrase dite par une des mères en deuil « elle a vécu joyeusement pendant 7 ans sur cette terre » en mémoire des 5335 élèves disparus dans cette catastrophe naturelle.

Remembering, Haus der Kunst Museum, Munich, 2009
Exposition rétrospective Ai Weiwei, So sorry

Ai Weiwei utilise l’art pour faire entendre sa voix dans un pays qui ne cesse de vouloir le faire taire pour ne pas ébranler le pouvoir en place. Cependant, grâce aux soutiens et à la protection des différents autres pays et notamment d’Amnesty International dont il a été ambassadeur de la conscience en 2015, il peut continuer à dénoncer la Chine et ses pratiques.

Sources :
http://mediation.centrepompidou.fr/
https://www.aiweiwei.com/
https://www.beauxarts.com/ & https://www.moma.org/
Ai Weiwei et le répression chinoise : blog universitaire

Références :
Ai Weiwei : Never Sorry, film documentaire américain réalisé par Alison Klayman (2012) Writings, Interviews, and Digital Rants, 2006-2009 (édité par Lee Ambrozy)