 {"id":42,"date":"2020-02-28T16:57:33","date_gmt":"2020-02-28T15:57:33","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/latin-juridique\/?page_id=42"},"modified":"2020-11-25T17:40:32","modified_gmt":"2020-11-25T16:40:32","slug":"projet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/latin-juridique\/fr\/projet\/","title":{"rendered":"Projet"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>La langue latine et le droit romain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le droit romain et la langue juridique latine occupent une place pro\u00e9minente dans l\u2019histoire culturelle et intellectuelle romaine. En outre, l\u2019histoire du latin juridique coexiste avec l\u2019histoire du latin lui-m\u00eame&nbsp;: les extraits des Douze Tables et les inscriptions \u00e0 partir du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant n. \u00e8. mis \u00e0 part, le latin juridique est attest\u00e9 tout au long de la p\u00e9riode classique et il a exerc\u00e9 une influence sur la langue litt\u00e9raire (Powell 2011&nbsp;: 465). Bien que plusieurs \u00e9tudes y aient \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 (Daube 1956, Pascucci 1968, De Meo 2005 et Kalb 1888 pour le Digeste, parmi d&rsquo;autres), le latin juridique est un sujet qui m\u00e9rite toujours l\u2019attention&nbsp;: d\u2019une part, les moyens linguistiques charact\u00e9ristiques des textes juridiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s de mani\u00e8re syst\u00e9matique ; d\u2019autre part, l\u2019identification des citations ou des allusions au langage juridique dans les textes litt\u00e9raires permettrait d\u2019\u00e9valuer l\u2019influence du droit romain sur la litt\u00e9rature romaine. L\u2019objectif de cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude est d\u2019inviter des linguistes et des sp\u00e9cialistes du droit romain \u00e0 explorer en d\u00e9tail divers aspects de la langue utilis\u00e9e dans la l\u00e9gislation romaine. On trouve des \u00e9l\u00e9ments juridiques dans les com\u00e9dies de Plaute et de Terence, chez Cic\u00e9ron, Quintilien, Pline le Jeune, Horace, Ovide, P\u00e9trone &#8230; Par exemple, chez Plaute, il y a des t\u00e9moignages directs du langage juridique (telle la conclusion d&rsquo;un contrat en <em>Poen<\/em>. 1157) de m\u00eame que des allusions \u00e0 la l\u00e9gislation romaine (comme dans <em>Amph<\/em>. 64-74), surtout pour les effets comiques. Chez Cic\u00e9ron, outre le c\u00e9l\u00e8bre passage de la proposition de loi (<em>Leg<\/em>. 2.19-22 et 3.6-11), on trouve des citations des <em>rogationes<\/em> (propositions de loi, comme <em>Dom<\/em>. 44) ou d\u2019autres documents juridiques. Le discours judiciaire (<em>Rhetorica ad Herennium<\/em> 2 et Cic\u00e9ron, <em>De inventione<\/em> 2) est une source particuli\u00e8re, notamment pour les concepts et la terminologie juridiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. Le lexique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La langue juridique latine est une sorte de langue technique utilisant un registre sp\u00e9cial de la langue et une terminologie appropri\u00e9e. Outre les mots qui ont un sens lexical juridique (<em>verba iudicialia<\/em>), tels que <em>stipulor<\/em>&nbsp;\u2018engager\u2019, <em>spondeo<\/em> \u2018promettre\u2019, <em>accuso<\/em> \u2018accuser\u2019, le noyau de la terminologie juridique est constitu\u00e9 de mots ordinaires utilis\u00e9s dans un sens particulier (Powell 2011&nbsp;: 466). Par exemple, <em>manum inicere<\/em>, qui signifie \u2018poser la main sur\u2019 (Cic. <em>Q. Rosc<\/em>. 48), acquiert un sens technique sp\u00e9cial \u2018appeler devant un juge\u2019 (et aussi, \u2018prendre possession de\u2019, Liv. 3.44.6)&nbsp;; <em>manu mittere<\/em> \u2018lib\u00e9rer\u2019, dans le sens technique \u2018\u00e9manciper\u2019&nbsp;; <em>causam dicere<\/em> \u2018dire la raison\u2019, dans le sens technique \u2018se d\u00e9fendre\u2019 ; ou des expressions telles que <em>pater familias<\/em> \u2018p\u00e8re en tant que chef de famille\u2019 ou <em>patria potestas<\/em> \u2018pouvoir l\u00e9gal du p\u00e8re\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue juridique latine se caract\u00e9rise par un d\u00e9veloppement cumulatif : \u00e0 mesure que le droit \u00e9volue dans la pratique, de nouveaux concepts et de nouvelles distinctions apparaissent qui appellent une nouvelle terminologie. Dans l\u2019Antiquit\u00e9, les concepts juridiques, comme la responsabilit\u00e9 ou la validit\u00e9, n\u2019\u00e9taient pas encore clairement \u00e9labor\u00e9s, comme le souligne Fritz Schulz dans ses <em>Principes de droit romain<\/em> (Schulz 1936 : 40-41). En outre, il postule qu\u2019il n\u2019est gu\u00e8re possible de prouver que les Romains auraient formul\u00e9 de tels principes de droit au niveau d\u2019abstraction que nous pouvons observer aujourd\u2019hui. En cons\u00e9quence, les noms et les verbes utilis\u00e9s comme des termes permettent une large \u00e9chelle d\u2019interpr\u00e9tations (Gebhardt 2009&nbsp;: 19-20). Cet aspect de la terminologie juridique peut \u00e9galement constituer un domaine de recherche prometteur.<\/p>\n\n\n\n<p>En comparaison avec l&rsquo;\u00e9poque moderne, la pratique juridique latine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 professionnalis\u00e9e dans la m\u00eame mesure. La langue juridique latine n\u2019\u00e9tait pas seulement entre les mains des experts juridiques (<em>iuris experti<\/em>), mais elle \u00e9tait pratiqu\u00e9e aussi par des magistrats, des juges et des avocats de la cour, qui n\u2019\u00e9taient pas de leur rang (Powell 2011 : 465).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. Propri\u00e9t\u00e9s formelles des textes juridiques\nlatins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, les textes juridiques \u2013 tels que les lois ou les d\u00e9crets \u2013 repr\u00e9sentent un type de texte particulier qui se distingue par un registre formel et par un style impersonnel (Tiersma 1999&nbsp;: 55-69). Ils visent une pr\u00e9cision sans ambigu\u00eft\u00e9 et, en m\u00eame temps, une large applicabilit\u00e9 de la norme \u00e9tablie (cf. Mattiello 2010). Ces deux aspects sont \u00e9galement observables dans les textes juridiques latins ; ils sont en apparence contradictoires mais en r\u00e9alit\u00e9, ils sont compl\u00e9mentaires. Ils ont des cons\u00e9quences sur le choix des expressions linguistiques&nbsp;: d\u2019une part, les textes juridiques pr\u00e9sentent souvent la r\u00e9p\u00e9tition des verbes \u00e0 diff\u00e9rents temps (<em>fecit fecerit<\/em> \u2018il a fait ou ferait\u2019), la r\u00e9p\u00e9tition des noms dans les propositions relatives (<em>qui ager<\/em> \u2018quel champ\u2019), l\u2019accumulation de synonymes et l\u2019emploi des moyens r\u00e9somptifs. D\u2019autre part, on y rencontre des expressions ind\u00e9finies (<em>si quis<\/em> \u2018si quelqu\u2019un\u2019, <em>ne quis<\/em> \u2018que personne\u2019), de propositions relatives \u00e0 sens g\u00e9n\u00e9rique (<em>qui petit<\/em> \u2018l&rsquo;accusateur\u2019), la voix passive et la nominalisation. Outre ces deux caract\u00e9ristiques, le registre formel et le style impersonnel, les textes juridiques latins doivent faire autorit\u00e9. D\u2019o\u00f9 le conservatisme dans l\u2019utilisation des  archa\u00efsmes vari\u00e9s pour augmenter leur caract\u00e8re autoritaire (Crawford 1996&nbsp;: I.16-19)&nbsp;: les archa\u00efsmes typiques du latin archa\u00efque, tels que les diphtongues (<em>nei<\/em>) et l\u2019orthographe archa\u00efque ou archa\u00efsante (<em>pequnia<\/em>), ainsi que les archa\u00efsmes juridiques sp\u00e9cifiques (<em>siremps<\/em>) et la morphologie archa\u00efque (par exemple le nominatif pluriel sigmatique en &#8211;<em>es<\/em> ou &#8211;<em>eis<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. Identification des\n\u00e9l\u00e9ments juridiques <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les caract\u00e9ristiques du latin juridique ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises, en particulier en ce qui concerne les \u00ab&nbsp;correspondances&nbsp;\u00bb entre la langue parl\u00e9e et la langue juridique, notamment par Pascucci (1968) et par De Meo (2005&nbsp;: 87-118). Cependant, il est n\u00e9cessaire de distinguer les \u00e9l\u00e9ments juridiques des autres traits, en particulier des traits qui caract\u00e9risent le latin archa\u00efque en g\u00e9n\u00e9ral et le latin \u00ab&nbsp;de tous les jours&nbsp;\u00bb en particulier. Afin de traiter des \u00e9l\u00e9ments juridiques d\u2019une mani\u00e8re appropri\u00e9e, il est important d\u2019adopter une m\u00e9thodologie rigoureuse. L\u2019identification des \u00e9l\u00e9ments qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;traits des textes juridiques&nbsp;\u00bb pose des probl\u00e8mes similaires que l&rsquo;identification des \u00e9l\u00e9ments du latin dit \u00ab&nbsp;vulgaire&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;colloquial&nbsp;\u00bb. J. Adams (2013 : 331, 376-377 <em>et passim<\/em>) a d\u00e9velopp\u00e9 une m\u00e9thode claire pour traiter de tels \u00e9l\u00e9ments : si un \u00e9l\u00e9ment n\u2019appara\u00eet que dans les textes \u00e0 caract\u00e8re \u00ab&nbsp;colloquial&nbsp;\u00bb, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un trait du latin \u00ab&nbsp;colloquial&nbsp;\u00bb&nbsp;; si un \u00e9l\u00e9ment appara\u00eet \u00e9galement dans d\u2019autres types de textes, par exemple dans les textes litt\u00e9raires ou didactiques, il n\u2019y a aucune raison de le consid\u00e9rer comme tel (cf. \u00e9galement identification des traits r\u00e9gionaux par Adams 2007 : 378 sqq.). Une m\u00e9thode similaire pourrait \u00eatre utilis\u00e9e pour identifier les caract\u00e9ristiques du latin juridique :<\/p>\n\n\n\n<p>i) si un \u00e9l\u00e9ment se trouve uniquement dans les textes juridiques et ne se trouve pas dans d\u2019autres types de textes, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u2018\u00e9l\u00e9ment juridique\u2019&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>ii) les occurrences dans les textes litt\u00e9raires\ndoivent \u00eatre analys\u00e9es dans leur contexte&nbsp;; par exemple, une occurrence\ndans un passage de Plaute ou de T\u00e9rence concernant la l\u00e9gislation romaine peut\n\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00ab&nbsp;contexte juridique&nbsp;\u00bb et compter comme i).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exemple de <em>unde<\/em> dans un\ncontexte juridique o\u00f9 d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments juridiques sont pr\u00e9sents serait (Ter. <em>Eun<\/em>. 10)&nbsp;: <em>Thensauro scripsit causam dicere prius unde petitur, aurum qua re sit\nsuom, quam illum qui petit<\/em> &#8230; \u2018dans son Tr\u00e9sor, il a fait parler le\nd\u00e9fendeur en premier pour montrer pourquoi l\u2019argent \u00e9tait \u00e0 lui avant que le\ndemandeur ne fasse son discours &#8230;\u2019&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce passage, plusieurs \u00e9l\u00e9ments signalent un contexte juridique : <em>causam dicere<\/em>, <em>petit<\/em>\/<em>petitur<\/em>, <em>re<\/em>. <em>Unde<\/em> (au lieu de <em>quo<\/em>) peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme employ\u00e9 dans un contexte juridique.<\/p>\n\n\n\n<p>iii) si un \u00e9l\u00e9ment d\u2019un texte juridique n\u2019est pas limit\u00e9 \u00e0 ce type de texte, il peut \u00eatre un trait de la langue latine en g\u00e9n\u00e9ral, qui est fr\u00e9quent ou pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dans les textes juridiques (par exemple, la coordination asynd\u00e9tique).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Questions de recherche suppl\u00e9mentaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1) Typologie des \u00e9l\u00e9ments juridiques dans la litt\u00e9rature latine.<\/p>\n\n\n\n<p>2) Comment identifier les allusions et quels types de signes explicites\naident \u00e0 identifier les passages juridiques&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>3) Dans quelle mesure la structure des formules juridiques latines\naide-t-elle \u00e0 l\u2019identification des passages juridiques&nbsp;? Par exemple, existe-t-il\ndes constructions clairement reconnaissables comme telles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>4) Y a-t-il des degr\u00e9s de formalit\u00e9 dans les allusions ou dans les citations juridiques&nbsp;? Par exemple, on pourrait s\u2019attendre \u00e0 la langue juridique formelle dans les citations de documents officiels par Cic\u00e9ron, mais \u00e0 des expressions juridiques plus all\u00e9g\u00e9es et moins formelles dans les com\u00e9dies de Plaute.<\/p>\n\n\n\n<p>5) Quel genre d\u2019erreurs les philologues commettent-ils habituellement dans l\u2019interpr\u00e9tation ou dans la traduction des passages contenant des allusions ou des citations de la langue juridique ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La langue latine et le droit romain Le droit romain et la langue juridique latine occupent une place pro\u00e9minente dans l\u2019histoire culturelle et intellectuelle romaine. 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