 {"id":1389,"date":"2016-09-27T18:12:34","date_gmt":"2016-09-27T17:12:34","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=1389"},"modified":"2019-09-25T17:41:18","modified_gmt":"2019-09-25T16:41:18","slug":"a-la-croisee-des-chemins-la-representation-du-territoire-chez-les-artistes-marcheurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/09\/27\/a-la-croisee-des-chemins-la-representation-du-territoire-chez-les-artistes-marcheurs\/","title":{"rendered":"\u00c0 la crois\u00e9e des chemins : la repr\u00e9sentation du territoire chez les artistes marcheurs"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Bridget Sheridan<\/strong><br \/>\nDoctorante &#8211; Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, laboratoire LLA-Cr\u00e9atis<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Sheridan, Bridget, \u00ab \u00c0 la crois\u00e9e des chemins : la repr\u00e9sentation du territoire chez les artistes marcheurs. \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b07 \u00ab Territoire et interm\u00e9dialit\u00e9 \u00bb, automne 2016, mis en ligne en 2016, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2016\/09\/27\/a-la-croisee-des-chemins-la-representation-du-territoire-chez-les-artistes-marcheurs\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/la-ville-contemp\u2026ite-au-generique\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p>T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format PDF<\/p>\n<hr>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article nous analyserons la pratique des artistes marcheurs en regard de la notion de territoire. D\u00e8s lors que nous nous mettons \u00e0 marcher, la question du territoire se pose. Ainsi, nous pouvons constater que leur pratique questionne cette notion. Nous nous interrogerons \u00e9galement sur l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 de leurs \u0153uvres. Lorsque l\u2019artiste marcheur utilise plusieurs m\u00e9diums artistiques \u2013 la marche incluse \u2013 il semble qu\u2019il ouvre de nouveaux territoires. Si la cartographie est intimement li\u00e9e au territoire, peut-on en conclure que la pratique de ces artistes soul\u00e8ve irr\u00e9m\u00e9diablement la question de la cartographie&nbsp;? Et si oui, quelles formes prend-elle&nbsp;? Nous tenterons de d\u00e9montrer que cette cartographie r\u00e9sulte des traces des artistes marcheurs \u2013 des traces qui s\u2019articulent entre elles autour de charni\u00e8res. Aussi, en quoi ces pratiques interm\u00e9diales ouvrent-elles de nouveaux territoires qui permettent de repenser notre mobilit\u00e9 dans le monde contemporain&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots cl\u00e9s&nbsp;:<\/strong> marche &#8211; artiste marcheur &#8211; territoire &#8211; interm\u00e9dialit\u00e9 &#8211; cartographie -mobilit\u00e9<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Abstract<\/h3>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><span lang=\"en-GB\">In this article we shall consider walking artists in relation to the notion of territory. Walking and territory are closely linked. Hence, this is why walking art specifically raises the question of territory. We shall also acknowledge intermediality in their artwork. When simultaneously using several artistic mediums \u2013 including walking \u2013 they appear to create new territories. Could we conclude that walking art is bound to be linked to cartography, the latter being closely knit to the idea of territory? And if so, what kind of form does it take? We shall try to show how this cartography is the result of traces the walking artist leaves behind \u2013 traces, which articulate around <\/span><span lang=\"en-GB\"><i>charni\u00e8res<\/i><\/span><span lang=\"en-GB\"> (meaning \u201chinge\u201d or \u201cpivot\u201d). How do these intermedial art forms explore new territories, which enable us to reconsider our mobility in the contemporary world?<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify\"><strong>Keywords:<\/strong> walking artist &#8211; walking &#8211; territory &#8211; intermediality &#8211; photography &#8211; cartography &#8211; charni\u00e8re<\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Sommaire :<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect2\"> 1. Marche et territoire<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect3\"> 2. Marche et cartographie<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect4\"> 3. De nouveaux territoires<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect5\"> Notes<\/a><br \/>\n<a href=\"#sect6\"> Bibliographie s\u00e9lective<\/a><\/p>\n<blockquote><p>Car tel est, dans le domaine de l\u2019art, le destin de la d\u00e9ambulation : elle est capable de produire une attitude ou une forme, de conduire \u00e0 une r\u00e9alisation plastique \u00e0 partir du mouvement qu\u2019elle incarne, et cela en dehors ou en compl\u00e9ment de la pure et simple repr\u00e9sentation de la marche (iconographie du d\u00e9placement), ou bien elle est tout simplement elle-m\u00eame l\u2019attitude, la forme.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a>Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au cours du si\u00e8cle dernier, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que le simple fait de marcher peut \u00eatre per\u00e7u comme une pratique esth\u00e9tique en soi. Des fameux <em>Flux-Tours<\/em> en 1976 \u2013 promenades collectives dans la ville de New York \u00e0 l\u2019initiative de George Maciunas \u2013 \u00e0 la fameuse phrase d\u2019Hamish Fulton, \u00ab&nbsp;<em>No walk, no work&nbsp;<\/em>\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>, la marche est devenue une exp\u00e9rience. Au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la figure de l\u2019artiste en marche est encore pr\u00e9sente et l\u2019on doit reconna\u00eetre qu\u2019il existe peu d\u2019artistes contemporains qui n\u2019aient pas exp\u00e9riment\u00e9 une pratique d\u00e9ambulatoire \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de leur parcours artistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, il est rare que ces pratiques existent sans traces, sans document ou sans traduction quelconque. Ainsi, on trouvera chez les principaux artistes-marcheurs des dispositifs qui interrogent le concept d\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 en convoquant plusieurs m\u00e9diums \u00e0 la fois que ce soit la photographie, la vid\u00e9o, la cartographie, l\u2019\u00e9criture, etc. Chaque artiste tente de traduire son exp\u00e9rience pour ainsi donner au spectateur l\u2019impression de traverser le territoire en sa compagnie. Nous prendrons en consid\u00e9ration des travaux artistiques actuels qui se fondent avant tout sur l\u2019exp\u00e9rience de la marche. Ceci nous permettra de penser en quoi ces pratiques interm\u00e9diales soul\u00e8vent la question du territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agira tout d\u2019abord d\u2019\u00e9claircir en quoi la marche est li\u00e9e \u00e0 la notion de territoire. De Richard Long \u00e0 Tim Knowles, en passant par la th\u00e9orie de la d\u00e9rive de Guy Debord, nous nous int\u00e9resserons en particulier \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019artiste-marcheur dans un territoire donn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la cartographie est souvent rattach\u00e9e \u00e0 la question du territoire, peut-on \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle est omnipr\u00e9sente chez les artistes-marcheurs&nbsp;? Nous verrons que l\u2019utilisation de la carte n\u2019est pas le seul moyen d\u2019\u00e9voquer la cartographie. Retracer la marche par la photographie, l\u2019\u00e9criture ou la vid\u00e9o permet \u00e0 l\u2019artiste de recr\u00e9er le cheminement. Il est possible d\u2019envisager les dispositifs, parfois complexes, utilis\u00e9s par les artistes-marcheurs comme une forme de cartographie qui s\u2019ouvre dans la profondeur des <em>charni\u00e8res<\/em> qui s\u2019articulent entre elles dans les \u0153uvres interm\u00e9diales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le besoin de cartographier la marche, de rendre compte de son cheminement dans l\u2019espace nourrit-il notre envie de poss\u00e9der, de s\u2019approprier, de ma\u00eetriser le territoire qui \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique et de la mobilit\u00e9 exasp\u00e9r\u00e9e semble nous \u00e9chapper en permanence&nbsp;? Il est tout aussi l\u00e9gitime de soutenir que l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 permet aux artistes-marcheurs d\u2019inventer de nouveaux territoires en tissant des liens dans le temps et dans l\u2019espace gr\u00e2ce aux diff\u00e9rents dispositifs utilis\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect2\"><\/a>1. Marche et territoire<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant de nous immerger dans la pratique des artistes-marcheurs et de constater de quelle mani\u00e8re leur pratique est li\u00e9e au territoire, regardons la d\u00e9finition du territoire et essayons de comprendre en quoi cette notion s\u2019associe \u00e0 la marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il est couramment admis que le territoire se rattache \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019autorit\u00e9 et de d\u00e9limitation, il ne faut pas omettre que cette notion soul\u00e8ve d\u2019autre part la question de l\u2019usage. On peut noter que le territoire soit une \u00ab&nbsp;<em>\u00e9tendue de pays qui ressortit \u00e0 une autorit\u00e9, \u00e0 une juridiction quelconque&nbsp;\u00bb <\/em>ou bien qu\u2019elle soit une<em> \u00ab&nbsp;\u00e9tendue dont un individu ou une famille d&rsquo;animaux se r\u00e9serve l&rsquo;usage&nbsp;<\/em>\u00bb, mais encore, il s\u2019entend comme un \u00ab&nbsp;<em>espace relativement bien d\u00e9limit\u00e9 que quelqu&rsquo;un s&rsquo;attribue et sur lequel il veut garder toute son autorit\u00e9<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>. Si le territoire n\u00e9cessite un usage sp\u00e9cifique d\u2019un espace d\u00e9limit\u00e9 ou d\u2019une \u00e9tendue, il est alors possible d\u2019envisager que la pratique de la marche puisse participer \u00e0 d\u00e9finir celui-ci.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la marche permet d\u2019explorer ou de traverser des territoires, mais surtout de se mouvoir dans l\u2019espace. Depuis que l\u2019Homme s\u2019est dress\u00e9, il y a de cela des millions d\u2019ann\u00e9es, il n\u2019a fait qu\u2019\u00e9tendre l\u2019occupation de l\u2019espace qui s\u2019offre \u00e0 lui. Du berceau de l\u2019humanit\u00e9 en Afrique, il a conquis la plan\u00e8te enti\u00e8re. Alors que les voyages p\u00e9destres de nos anc\u00eatres se soient interrompu et que l\u2019Homme se soit s\u00e9dentaris\u00e9, nous continuons de marcher (mais en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup moins, nous le verrons plus loin) que ce soit pour le loisir, que nous y soyons contraints \u2013 c\u2019est le cas des migrants \u2013 ou que cela fasse partie de notre quotidien lorsque la marche reste notre principal moyen de nous d\u00e9placer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La marche est donc li\u00e9e au territoire et elle est un des principaux moyens qui permettent de l\u2019occuper, de <em>l\u2019habiter<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup> en quelque sorte. Ainsi, l\u2019artiste-marcheur qui se d\u00e9place dans un espace donn\u00e9 va faire usage du territoire. Depuis que Richard Long a trac\u00e9 sa ligne d\u2019herbe \u00e9cras\u00e9e dans sa fameuse \u0153uvre, <em>A<\/em> <em>Line made by Walking<\/em> (1967), o\u00f9 l\u2019artiste explore une parcelle d\u2019un champ par des va-et-vient jusqu\u2019\u00e0 ce que le soleil donne du relief \u00e0 la trace laiss\u00e9e par sa d\u00e9ambulation, de nombreux artistes-marcheurs ont questionn\u00e9 la travers\u00e9e d\u2019un territoire de fa\u00e7on similaire, qu\u2019elle soit minimale comme ce fut le cas avec Long ou qu\u2019elle soit une \u00e9preuve d\u2019endurance comme ce fut le cas avec Marina Abramovic et Ulay qui ont parcouru la Grande Muraille de Chine en quatre-vingt-dix jours en 1988 dans une performance intitul\u00e9e <em>The Lovers. <\/em>Quant \u00e0 Laurent Malone et Dennis Adams, ils ont r\u00e9alis\u00e9 ensemble une pi\u00e8ce intitul\u00e9e <em>JFK<\/em>, en 1997, o\u00f9 ils marchent sans effectuer d\u2019arr\u00eat depuis l\u2019intersection de Center Street et Kenmare Street \u00e0 Manhattan jusqu\u2019\u00e0 l\u2019a\u00e9roport JFK. Ces trois \u0153uvres qui ne se ressemblent pas dans la forme ont en commun la volont\u00e9 de traverser un territoire donn\u00e9, de s\u2019immiscer dans ce territoire, que ce soit une parcelle, une ville ou le long de la fronti\u00e8re d\u2019un immense pays.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour illustrer cette immersion volontaire dans un territoire donn\u00e9 regardons la performance <em>Kielder Forest Walk <\/em>de l\u2019artiste britannique Tim Knowles qui d\u00e9cide de suivre une ligne droite dans la for\u00eat en marchant pendant une dur\u00e9e de huit heures et en se servant d\u2019un compas comme outil de rep\u00e9rage. Knowles ne se contente pas uniquement de r\u00e9aliser une simple performance dans la for\u00eat de Kielder. Tout comme Richard Long le fit une quarantaine d\u2019ann\u00e9es auparavant, Knowles d\u00e9cide d\u2019utiliser l\u2019image pour rendre compte de son passage sur le territoire. Si Long a toujours \u00e9t\u00e9 ambigu \u00e0 propos de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;apr\u00e8s marche&nbsp;\u00bb et s\u2019il a toujours sem\u00e9 le doute autour des photographies prises pendant la marche (la photographie est-elle un document, une trace, la repr\u00e9sentation de la marche elle-m\u00eame&nbsp;?), Knowles va plus loin et filme la travers\u00e9e enti\u00e8re par une petite cam\u00e9ra. Lors de l\u2019exposition de cette performance \u00e0 la galerie de Kielder Castle, il a \u00e9t\u00e9 non seulement possible de suivre la travers\u00e9e int\u00e9grale de Knowles, mais aussi de contempler certains agrandissements des six mille images qu\u2019il a \u00e9galement glan\u00e9es pendant la marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Knowles, il est \u00e9vident que cette marche est une forme de d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 la Thoreau<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup>, une volont\u00e9 de ne pas suivre le chemin trac\u00e9, mais de partir \u00e0 la conqu\u00eate d\u2019un territoire dans lequel il trace de nouveaux chemins. En ce sens il rejoint le travail du collectif italien Stalker qui franchit murs et barri\u00e8res dans la ville de Rome afin de se d\u00e9placer et de cartographier une nouvelle ville faite de terrains vagues et de nouveaux espaces. Chez Knowles, il s\u2019agit aussi d\u2019ouvrir une voie inconnue et de se sentir pleinement acteur dans ce territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 l\u2019artiste inscrit son passage sur le sol en notant l\u2019heure de son passage et sa direction. Si ces indications se retrouvent dans la vid\u00e9o et dans les images fixes qui retracent le parcours de Knowles dans l\u2019espace, elles nous indiquent que cette marche est avant tout une progression sur une \u00e9tendue de terre donn\u00e9e et que l\u2019artiste s\u2019est fix\u00e9 comme but d\u2019en faire usage en marchant. Ces indications ne sont pas sans nous rappeler la cartographie. De plus, Knowles se sert de boussoles qui lui permettent de se localiser sur le territoire, un dispositif qui le rapproche de la cartographie. Il est aussi int\u00e9ressant de noter que dans d\u2019autres travaux artistiques de Knowles on retrouve des trac\u00e9s cartographiques gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9olocalisation (par GPS), ce qui confirme l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019artiste pour la cartographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est sans doute raisonn\u00e9 de soutenir qu\u2019aucun artiste-marcheur ne se lance \u00e0 l\u2019assaut d\u2019un territoire inconnu, c\u2019est-\u00e0-dire qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9 au pr\u00e9alable. M\u00eame lors des d\u00e9rives des situationnistes la marche a lieu dans un cadre bien pr\u00e9cis. Guy Debord d\u00e9clare dans sa th\u00e9orie de la d\u00e9rive que&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Une ou plusieurs personnes se livrant \u00e0 la d\u00e9rive renoncent, pour une dur\u00e9e plus ou moins longue, aux raisons de se d\u00e9placer et d\u2019agir qu\u2019elles se connaissent g\u00e9n\u00e9ralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il existe chez les adeptes de la d\u00e9rive un terrain ou ce que Debord appelle un \u00ab&nbsp;champ spatial&nbsp;\u00bb plus ou moins pr\u00e9cis selon ses mots,&nbsp; la pratique de la d\u00e9rive a \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 voir avec la carte et la cartographie.&nbsp; En effet, Debord soutient que&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019exploration d\u2019un champ spatial fix\u00e9 suppose donc l\u2019\u00e9tablissement de bases, et le calcul des directions de p\u00e9n\u00e9tration. C\u2019est ici qu\u2019intervient l\u2019\u00e9tude des cartes, tant courantes qu\u2019\u00e9cologiques ou psycho-g\u00e9ographiques, la rectification et l\u2019am\u00e9lioration de ces cartes.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que dit Guy Debord de mani\u00e8re tr\u00e8s claire est que l\u2019exploration d\u2019un territoire est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la cartographie. Nous allons donc nous interroger sur la cartographie et les artistes-marcheurs. Est-elle pr\u00e9sente dans toutes leurs \u0153uvres&nbsp;?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect3\"><\/a>2. Marche et cartographie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Larousse d\u00e9finit la carte comme une \u00ab&nbsp;<em>repr\u00e9sentation conventionnelle, g\u00e9n\u00e9ralement plane, de ph\u00e9nom\u00e8nes concrets ou m\u00eame abstraits, mais toujours localisables dans l&rsquo;espace<\/em>&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup>. De cette d\u00e9finition qui tend \u00e0 r\u00e9duire la carte \u00e0 une surface plane et qui ne satisfera nullement notre \u00e9tude, on peut retenir le fait que la carte est, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s (je pense aux cartes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle&nbsp;: 1\/1), une repr\u00e9sentation et qu\u2019elle est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la notion d\u2019espace. Dans les arts plastiques et notamment chez les artistes-marcheurs la carte va permettre de repr\u00e9senter les ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s \u00e0 la marche&nbsp;: le d\u00e9placement, le trajet, les perceptions, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La carte constitue souvent une entr\u00e9e dans l\u2019espace pour l\u2019artiste-marcheur. Il suffit de regarder les cartes de Richard Long qui se fixe, tout comme son ami Hamish Fulton, un parcours avant d\u2019entamer la marche. A plusieurs reprises Richard Long a trac\u00e9 le chemin \u00e0 suivre sur une carte. Ce trac\u00e9 est en g\u00e9n\u00e9ral suivi de mani\u00e8re rigoureuse, sauf si l\u2019artiste rencontre des obstacles. Vue de cet angle, la carte est une entr\u00e9e dans le territoire. Elle fait partie int\u00e9grante de la marche, tout comme la boussole de Tim Knowles et les annotations sur le sol qu\u2019il laisse sur son passage. En ce qui concerne Long, la carte est expos\u00e9e apr\u00e8s la marche avec un texte et une photographie comme dans sa pi\u00e8ce <em>One Hundred Mile Walk. <\/em>C\u2019est une \u0153uvre interm\u00e9diale dans laquelle photographie, texte et carte dialoguent ensemble pour former, selon Gilles A. Tiberghien, la marche elle-m\u00eame&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Les cartes de Long ne sont pas les m\u00e9taphores d\u2019un trajet ou d\u2019une marche&nbsp;; elles sont la marche elle-m\u00eame, mais dans un autre espace.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a donc changement d\u2019espace dans le travail expos\u00e9 \u2013 une transposition en quelque sorte. Long visualise son futur trajet dans l\u2019espace cartographique. Si ce rep\u00e9rage est avant tout virtuel, l\u2019artiste se projette d\u00e9j\u00e0 dans un territoire par le biais de la carte. Il faut ajouter que cette carte l\u2019accompagne pendant le d\u00e9placement, et qu\u2019il sera expos\u00e9 suite \u00e0 la marche. Elle joue un r\u00f4le de transition entre le trac\u00e9, le tra\u00e7age et la trace de la marche. Ainsi, elle est l\u2019articulation entre l\u2019avant, le pendant et l\u2019apr\u00e8s de la marche, et elle invite le spectateur \u00e0 parcourir le territoire. Si nous revenons au travail de Knowles et \u00e0 sa tentative d\u2019ouvrir un chemin dans l\u2019espace d\u2019exposition \u00e0 l\u2019aide de la photographie et de la vid\u00e9o, il est possible de consid\u00e9rer ce dispositif comme une cartographie. Certes, il ne s\u2019agirait plus d\u2019une cartographie plane, mais d\u2019une cartographie qui ouvre l\u2019espace d\u2019exposition, avec une certaine profondeur. Et cette profondeur se trouve justement dans cet espace charni\u00e8re entre la marche et l\u2019image, ou, pour d\u2019autres artistes-marcheurs, entre la marche et le texte, ou entre la marche et le livre d\u2019artiste, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une <em>charni\u00e8re <\/em>est, selon Daphn\u00e9 Le Sergent, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9cart qui se creuse entre les \u00e9l\u00e9ments du dispositif mais qui en m\u00eame temps les unit. Elle est ce qui relie l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et se constitue en mati\u00e8re du dispositif<\/em>.&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup> Elle s\u2019interroge sur ce qu\u2019elle pense \u00eatre le lieu d\u2019associations&nbsp;: la <em>charni\u00e8re,<\/em> qui vient du latin <em>cardo, <\/em>signifiant \u00ab&nbsp;gond&nbsp;\u00bb. Si cette <em>charni\u00e8re <\/em>existe dans les dispositifs o\u00f9 dialoguent ensemble plusieurs images ou plusieurs m\u00e9diums, il est possible d\u2019envisager qu\u2019elle soit perceptible entre la marche et le travail qui s\u2019en suit. Les dispositifs utilis\u00e9s par les artistes-marcheurs sont reli\u00e9s \u00e0 la marche par ce \u00ab&nbsp;gond&nbsp;\u00bb, par ce va-et-vient, qui permet de retranscrire la marche, de la cartographier en quelque sorte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui peut diff\u00e9rer entre des pratiques qui utilisent une cartographie plane et celles qui retracent le chemin par l\u2019image, c\u2019est l\u2019orientation du regard. La carte traditionnelle nous offre un point de vue vertical&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire que nous surplombons un territoire donn\u00e9, tandis que la photographie nous impose la plupart du temps un point de vue horizontal. N\u00e9anmoins, la photographie peut nous offrir un point de vue en plong\u00e9e lorsque l\u2019artiste photographie le chemin, comme c\u2019est le cas dans <em>Tracking Shots <\/em>(2013), une autre \u0153uvre de Tim Knowles. Il part \u00e0 la recherche &nbsp;du passage d\u2019un individu ayant travers\u00e9 le m\u00eame territoire que lui en relevant ses traces. Il en r\u00e9sulte une installation photographique de vingt-neuf prises \u00e9pingl\u00e9es au mur de la galerie. On peut suivre le d\u00e9placement de Knowles puisque notre regard emprunte chaque <em>charni\u00e8re<\/em> pour circuler d\u2019une photographie \u00e0 l\u2019autre, comme s\u2019il passait de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce. Knowles nous indique la direction \u00e0 suivre en installant ses photographies dans une ligne horizontale. Il est tout \u00e0 fait plausible d\u2019\u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que cette installation interroge la notion de cartographie. A ce propos et d\u2019un point de vue philosophique Christine Buci-Glucksman nous rappelle que la carte&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Comme tout index, tel le doigt point\u00e9, [\u2026] d\u00e9signe et institue un jeu de trac\u00e9s, de directions, organisant la place virtuelle du spectateur. Place toute prosa\u00efque du voyageur, place imp\u00e9riale ou royale du Pouvoir, ou place militaire des objectifs strat\u00e9giques.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 la direction et au trac\u00e9 puisqu\u2019elle soul\u00e8ve \u00e9galement l\u2019\u00e9cart instaur\u00e9 par l\u2019utilisation de la cartographie&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Mat\u00e9rielle ou num\u00e9rique, la carte est donc un artefact visuel et langagier qui engendre comme tout artefact des op\u00e9rations et des effets, puisqu\u2019il montre une cause absente ou partiellement pr\u00e9sente, le monde.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Buci-Glucksman permet de s\u2019interroger sur l\u2019\u00e9cart entre la marche et le travail qui en r\u00e9sulte. Certes, le monde s\u2019absente partiellement, mais c\u2019est \u00e9galement le marcheur qui se soustrait au regard. On n\u2019en per\u00e7oit que ses traces. De cette mani\u00e8re il dispara\u00eet au profit du spectateur. En abandonnant son territoire qu\u2019il a d\u00e9couvert par la marche, il en cr\u00e9e un nouveau par le biais de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect4\"><\/a>3. De nouveaux territoires<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Revenons un instant \u00e0 la cartographie qui est parfois consid\u00e9r\u00e9e comme un outil politique. A ce propos, Buci-Glucksman souligne que \u00ab <em>ce n\u2019est sans doute pas par hasard si le regard \u00e0 vol d\u2019oiseau est dit <\/em><em>\u201c<\/em><em>perspective cavali\u00e8re<\/em><em>\u201d<\/em><em> ou <\/em><em>\u201cp<\/em><em>erspective militaire<\/em><em>\u201d<\/em><em>&nbsp;<\/em>\u00bb.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup> Ce regard \u00ab&nbsp;icarien&nbsp;\u00bb que l\u2019on retrouve dans la pratique de certains artistes-marcheurs pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une volont\u00e9 de s\u2019approprier le territoire travers\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Augustin Berque qui s\u2019interroge sur le point de vue lorsqu\u2019on contemple le paysage \u00e9voque le \u00ab&nbsp;regard souverain&nbsp;\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019il engage une r\u00e9flexion sur le <em>kunimi <\/em>japonais qui est le fait de regarder le territoire depuis le sommet. De plus, cet acte, pratiqu\u00e9 par l\u2019empereur, prend la forme d\u2019un rite qui permettait de s\u2019approprier le territoire de mani\u00e8re symbolique. En cons\u00e9quence, le <em>kunimi <\/em>peut \u00eatre rapproch\u00e9 du mirador militaire ou de la simple table d\u2019orientation plac\u00e9e sur les hauteurs d\u2019une montagne ou surplombant une vall\u00e9e. Et \u00e0 Berque de pr\u00e9ciser que&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ma\u00eetriser le territoire par le regard semble \u00eatre une motivation beaucoup plus g\u00e9n\u00e9rale, ins\u00e9parable en fait de l\u2019habiter humain. Cette symbolique peut \u00eatre partiellement \u00e9clair\u00e9e, ici encore, par l\u2019\u00e9tymologie. Celle-ci en effet, du moins dans les langues d\u00e9riv\u00e9es du latin, apparente l\u2019id\u00e9e d\u2019habiter \u00e0 celle de poss\u00e9der, de s\u2019approprier&nbsp;: <em>habitare<\/em> est un fr\u00e9quentatif de <em>habere<\/em>.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Berque esquisse un parall\u00e8le entre l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;habiter&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;poss\u00e9der&nbsp;\u00bb. Ce rapprochement n\u2019est pas surprenant lorsque l\u2019on regarde le sens d\u2019<em>habere<\/em> qui signifie \u00ab&nbsp;tenir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;se tenir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;poss\u00e9der&nbsp;\u00bb ou m\u00eame \u00ab&nbsp;occuper&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/sup>. De surcro\u00eet, <em>occupare <\/em>en latin prend racine dans le latin <em>capere<\/em>, signifiant \u00ab&nbsp;prendre&nbsp;\u00bb et dont d\u00e9coule le terme \u00ab&nbsp;chasser&nbsp;\u00bb. <em>Occupare <\/em>d\u00e9signe \u00ab&nbsp;prendre avant les autres, le premier, d\u2019avance&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;pr\u00e9venir, devancer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;se rendre ma\u00eetre de&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019habiter humain semble r\u00e9duit \u00e0 la simple envie de ma\u00eetriser et d\u2019occuper le territoire, c\u2019est que nous vivons \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la mobilit\u00e9 exasp\u00e9r\u00e9e. C\u2019est-\u00e0-dire que nous ne sommes pas seulement amen\u00e9s \u00e0 nous d\u00e9placer par le biais de moyens de transport de plus en plus rapides et de plus en plus nombreux et sophistiqu\u00e9s, nous nous d\u00e9pla\u00e7ons aussi par le biais de la toile. Nos pens\u00e9es se trouvent instantan\u00e9ment \u00e0 l\u2019autre bout du monde en un simple clic. De surcro\u00eet, des applications telles que Google Earth ou des sites comme <a href=\"http:\/\/www.geoportail.gouv.fr\">geoportail.gouv.fr<\/a> nous permettent de survoler la terre de mani\u00e8re virtuelle, de nous rapprocher ou de nous \u00e9loigner de la surface de la terre en quelques mouvements de la main. Qui n\u2019a jamais r\u00eav\u00e9 de voler&nbsp;? Pour alimenter ce vieux r\u00eave on peut visiter le site de la NASA, il est d\u00e9sormais possible de voyager dans l\u2019espace en temps r\u00e9el. A l\u2019heure o\u00f9 Big Brother devient r\u00e9alit\u00e9, l\u2019homme contemporain se retrouve pris dans le filet du panoptique<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/sup>. Chaque homme assis derri\u00e8re son \u00e9cran d\u2019ordinateur, ou confortablement install\u00e9 dans son si\u00e8ge \u00e0 bord d\u2019un airbus ou d\u2019un TGV croit tout voir, tout ma\u00eetriser. La r\u00e9alit\u00e9 en est tout autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce titre l\u2019artiste-marcheur reste tout \u00e0 fait conscient de cette soci\u00e9t\u00e9 qui impose \u00ab&nbsp;<em>une conduite quelconque \u00e0 une multiplicit\u00e9 humaine quelconque<\/em>&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a><\/sup>. Nous avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 la d\u00e9sob\u00e9issance de Knowles et de Stalker qui empruntent des voies non accoutum\u00e9es. C\u2019est \u00e0 David Henry Thoreau de nous croquer le visage de la d\u00e9sob\u00e9issance lorsqu\u2019il nous conseille d\u2019aller nous perdre dans les bois tel le sauvage qui sommeille en chacun de nous&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Car tel est le secret d\u2019une promenade r\u00e9ussie. Celui qui demeure assis dans une maison tout le temps peut bien \u00eatre le plus grand des chemineaux, mais l\u2019authentique Promeneur n\u2019est pas plus vagabond que la rivi\u00e8re sinueuse qui ne cesse de chercher opini\u00e2trement le plus court chemin jusqu\u2019\u00e0 la mer.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\">19<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Et avec deux cents ans d\u2019avance, il ajoute&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais dire un mot de la Nature, de la Libert\u00e9 absolue et de la Vie sauvage, par opposition avec une Libert\u00e9 et une Culture simplement polic\u00e9es \u2013 afin de consid\u00e9rer l\u2019homme comme un habitant ou bien une partie int\u00e9grante de la Nature, plut\u00f4t que comme un membre de la soci\u00e9t\u00e9.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\">20<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Thoreau voit <em>l\u2019habiter<\/em> d\u2019une toute autre mani\u00e8re que Berque, puisque <em>habiter<\/em> pour cet insoumis consiste \u00e0 \u00eatre en harmonie avec l\u2019environnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si nous devions chercher un artiste qui entretienne une telle relation avec la nature qu\u2019il arpente quotidiennement depuis son enfance, ce serait l\u2019\u00e9crivain et photographe Jean-Loup Trassard. <em>Territoire&nbsp;: <\/em>tel est le nom de l\u2019ensemble de photographies noir et blanc qu\u2019il r\u00e9alise depuis les ann\u00e9es quatre-vingt. Le titre de la s\u00e9rie n\u2019est pas anodin et suppose une implication affective, une familiarit\u00e9 et une exp\u00e9rience qui permettent d\u2019<em>habiter<\/em> un territoire. La campagne qu\u2019il photographie dans cet ensemble de tirages est celle de la Mayenne \u2013 un territoire qui porte la trace des activit\u00e9s agricoles que l\u2019homme pratique depuis la nuit des temps. Jean-Loup Trassard arpente ce territoire, son appareil \u00e0 la main, \u00e0 la recherche des traces que l\u2019homme a laiss\u00e9es derri\u00e8re lui. Il a arpent\u00e9 les chemins de la Mayenne d\u00e8s ses premiers pas, il a parcouru chaque recoin de ces champs et de ces bois, et le sol porte autant l\u2019empreinte de ses pas que Jean-Loup Trassard porte l\u2019empreinte de ce territoire au fond de lui-m\u00eame. Si ces photographies nous semblent si vraies, si palpables et si proches, c\u2019est aussi parce qu\u2019il <em>habite <\/em>ce territoire&nbsp;<em>: <\/em>il avoue l\u2019arpenter comme un animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, pouvons-nous ajouter qu\u2019arpenter le territoire de cette mani\u00e8re, c\u2019est <em>l\u2019habiter<\/em> au sens heidegg\u00e9rien du terme. Selon le philosophe allemand, \u00ab&nbsp;la fa\u00e7on dont tu es et dont je suis, la mani\u00e8re dont nous autres hommes <em>sommes<\/em> sur terre est le <em>buan<\/em>, l\u2019habitation. \u00catre homme veut dire&nbsp;: \u00eatre sur terre comme mortel, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: habiter. \u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\">21<\/a><\/sup> Et si nous revenions \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie du terme <em>habere&nbsp;<\/em>? Si Berque s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 retenir le sens de \u00ab&nbsp;poss\u00e9der&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;ma\u00eetriser&nbsp;\u00bb, il est possible de s\u2019arr\u00eater sur celui de \u00ab&nbsp;tenir&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;<em>se<\/em> tenir&nbsp;\u00bb. Et si <em>habiter <\/em>le territoire \u00e9tait tout simplement se mouvoir, se d\u00e9placer, tisser les fils du maillage<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\">22<\/a><\/sup>&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il semble \u00e9vident que la marche soit un moyen d\u2019explorer de nouveaux territoires dans un monde o\u00f9 le corps humain devient de plus en plus s\u00e9dentaire, c\u2019est-\u00e0-dire que, pris dans le flux de la mobilit\u00e9 virtuelle, et habitu\u00e9 aux multiples modes de transport, nous ne posons que rarement notre pied sur le sol. De nouvelles portes s\u2019ouvrent via les <em>charni\u00e8res<\/em> des travaux des artistes-marcheurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jean-Christophe Norman, quant \u00e0 lui, tisse un maillage d\u2019\u00e9critures \u00e0 travers le monde, dans diff\u00e9rentes villes&nbsp; (Metz, Montevideo, Paris, New York, Istanbul) \u2013 un maillage qu\u2019il r\u00e9alise en marchant et que la critique nomme \u00ab&nbsp;dromographie&nbsp;\u00bb. Accroupi sur les voies, au plus pr\u00e8s du sol, l\u2019artiste fran\u00e7ais r\u00e9\u00e9crit l\u2019<em>Ulysse<\/em> de James Joyce en inscrivant le texte de l\u2019\u00e9crivain irlandais dans un nouveau territoire. Dans <em>Ulysses, A Long Way<\/em>, Norman inscrit son texte sur le bitume des villes \u2013 une r\u00e9\u00e9criture lente et fastidieuse, et sans aucun doute \u00e9prouvante pour un corps vo\u00fbt\u00e9 sur le trottoir. Les longues journ\u00e9es que passe l\u2019artiste \u00e0 recopier les errances de l\u2019esprit de Joyce sont ponctu\u00e9es d\u2019arr\u00eats, de lectures et de discussions, autant d\u2019actes qui inscrivent sa marche dans un maillage et qui permettent \u00e0 l\u2019artiste mais \u00e9galement aux passants d\u2019<em>habiter <\/em>le territoire de la ville d\u2019une autre mani\u00e8re. La <em>charni\u00e8re <\/em>entre marche, lectures, r\u00e9\u00e9critures ouvre un nouveau territoire que l\u2019artiste traverse en compagnie de ceux qu\u2019il croise au gr\u00e9 de ses \u00ab&nbsp;dromographies&nbsp;\u00bb \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les artistes marcheurs renversent les codes&nbsp;: ils photographient le sol, ils utilisent ce dernier pour \u00e9crire, ils d\u00e9coupent les cartes ou y inscrivent leurs parcours pour inverser le lissage de la surface cartographique et cr\u00e9er de la profondeur. Ils empruntent des voies inattendues en traversant des for\u00eats denses ou en franchissant les fronti\u00e8res banales de nos espaces urbains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, ces m\u00eames artistes nous apprennent qu\u2019il existe un moyen de s\u2019immiscer dans le monde&nbsp;o\u00f9 notre corps se suffit \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;: la marche. D\u2019une certaine mani\u00e8re, ils r\u00e9concilient la plante de nos pieds avec l\u2019esprit. C\u2019est qu\u2019il faut dire qu\u2019en ville nous oublions nos pieds tant notre esprit est pr\u00e9occup\u00e9 par la foule, les panneaux, les vitrines et les lumi\u00e8res qui nous \u00e9blouissent. De plus, devant nos \u00e9crans, nous voyageons sans avoir besoin de nous d\u00e9placer. Enfin, en avion, en train, en bateau et en voiture on nous transporte vers un ailleurs, mais sans avoir besoin de sentir le sol sous nos pieds. En revanche, les artistes-marcheurs d\u00e9montrent l\u2019importance de s\u2019ancrer dans le sol et dans le territoire par le mouvement d\u00e9ambulatoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Renouer le corps et l\u2019esprit&nbsp;: telle est leur priorit\u00e9. L\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 joue un r\u00f4le primordial dans la pratique de ces artistes de la d\u00e9ambulation&nbsp;: elle permet d\u2019inventer de nouveaux territoires que puisse parcourir notre esprit. Elle ouvre cet espace interstitiel, cette <em>charni\u00e8re<\/em> qui nous \u00e9loigne de la s\u00e9dentarit\u00e9 du monde contemporain et qui nous emporte dans les profondeurs de la \u00ab&nbsp;Libert\u00e9 absolue&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\">23<\/a><\/sup>.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify\"><\/h1>\n<hr>\n<p><a name=\"sect5\"><\/a><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Notes<\/h1>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> &#8211; T. Davila, <em>Marcher, cr\u00e9er, D\u00e9placements, fl\u00e2neries, d\u00e9rives dans l\u2019art de la fin du XXe si\u00e8cle, <\/em>Paris, \u00c9ditions du Regard, 2002, p15.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> &#8211; \u00ab&nbsp;<em>Pas de marche, pas de travail&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> &#8211; Le Larousse <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/territoire\/77470?q=territoire#76558\">en ligne<\/a>, consult\u00e9 le 29 septembre 2015.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> &#8211; Au sens heideggerien du terme. M. Heidegger, \u00ab&nbsp;B\u00e2tir, Habiter, Penser&nbsp;\u00bb, &nbsp;<em>Essais et conf\u00e9rences, <\/em>Paris, Gallimard, 1958, pp170-173.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> -Philosophe am\u00e9ricain du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, issu du mouvement transcendantaliste, Henry David Thoreau luttait contre les injustices sociales du gouvernement. Il pr\u00f4nait une forme de r\u00e9sistance passive. Ceci consistait \u00e0 faire ce qui lui semblait juste et de ne pas soutenir le gouvernement am\u00e9ricain (en refusant de payer ses imp\u00f4ts par exemple). Cette r\u00e9sistance a pris la forme d\u2019un retrait dans les bois, dans une cabane \u00e0 Walden. Cette vie avec un retour \u00e0 la nature et \u00e0 ce qu\u2019il appelle le sauvage se ponctue de marches journali\u00e8res.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> &#8211; G. Debord, \u00ab&nbsp;Th\u00e9orie de la d\u00e9rive&nbsp;\u00bb in <em>Internationale Situationniste<\/em> n\u00b0&nbsp;2, d\u00e9cembre 1958, p19.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211; <em>Idem<\/em>, pp21, 22.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/francais\/carte\/13456\">Larousse.fr<\/a>, consult\u00e9 le 29 septembre 2015.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> &#8211; G. A. Tiberghien, <em>Nature, Art, Paysage, <\/em>Arles, Actes Sud, 2001, p66.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> &#8211; D. Le Sergent, <em>L\u2019image-charni\u00e8re ou le r\u00e9cit d\u2019un regard, <\/em>Paris, L\u2019Harmattan, 2009, p24.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> &#8211; C. Buci-Glucksman, <em>L\u2019\u0153il cartographique de l\u2019art, <\/em>Paris, Editions Galil\u00e9e, 1996, p23.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>&nbsp;&#8211; <em>Idem<\/em>, p52.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> &#8211; C. Buci-Glucksman, <em>op. cit.<\/em>, p23.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> &#8211; A. Berque, <em>Les raisons du paysage,<\/em> Paris, Ed. Hazan, 1995, pp 44, 45.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> &#8211; J. Picoche, <em>Dictionnaire \u00e9tymologique du fran\u00e7ais, <\/em>Paris, Dictionnaires Le Robert, 2002, p33.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> &#8211; A. Rey, <em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise, Tome 2, <\/em>Paris, Le Robert, 2012, p2296.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> &#8211; Dans son ouvrage <em>Surveiller et punir, <\/em>Michel Foucault fait \u00e9tat du syst\u00e8me de contr\u00f4le qui r\u00e9git notre soci\u00e9t\u00e9. Il fait r\u00e9f\u00e9rence au panoptique de J\u00e9r\u00e9my Bentham, une prison circulaire qui permet au surveillant de voir chaque cellule sans jamais \u00eatre vu. Il \u00e9tend ce concept au reste de notre syst\u00e8me qui applique des m\u00e9thodes carc\u00e9rales aux \u00e9coles, aux casernes, aux pensionnats. Les m\u00e9thodes utilis\u00e9es sont de plus en plus strictes et rigides. Cette vision de Foucault fait \u00e9cho \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine dans laquelle la libert\u00e9 de se mouvoir dans l\u2019espace virtuel ou r\u00e9el est constamment grignot\u00e9e par un dispositif de contr\u00f4le extr\u00eame et puissant. M. Foucault,&nbsp; <em>Surveiller et punir&nbsp;: Naissance de la prison, <\/em>Paris, Gallimard, 1993.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> &#8211; G. Deleuze, <em>Foucault, <\/em>Paris, Ed. De Minuit, 2004, p41.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> &#8211; H. D. Thoreau, <em>De la marche, <\/em>Paris, Mille et une nuits, 2003, p8.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> &#8211; <em>Ibid<\/em>., p7.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> &#8211; M. Heidegger, \u00ab&nbsp;B\u00e2tir, Habiter, Penser&nbsp;\u00bb, in <em>Essais et conf\u00e9rences, <\/em>Paris, Gallimard, 1958, p173.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> &#8211; A ce propos et d\u2019un point de vue anthropologique, Tim Ingold per\u00e7oit notre mani\u00e8re d\u2019investir le monde comme un maillage fait de lignes qui s\u2019entrem\u00ealent. T. Ingold, <em>Une br\u00e8ve histoire des lignes, <\/em>Paris, Zones sensibles, 2013.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> &#8211; Expression emprunt\u00e9e \u00e0 H. D. Thoreau, <em>op. cit<\/em>. p7.<\/p>\n<hr>\n<p><a name=\"sect6\"><\/a><\/p>\n<h1>Bibliographie s\u00e9lective<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\">BERQUE Augustin. <em>Les raisons du paysage.<\/em> Paris : Ed. Hazan, 1995, 192p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BUCI-GLUCKSMAN Christine. <em>L\u2019\u0153il cartographique de l\u2019art. <\/em>Paris : \u00c9ditions Galil\u00e9e, 1996, 177p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DAVILA Thierry. <em>Marcher, cr\u00e9er, D\u00e9placements, fl\u00e2neries, d\u00e9rives dans l\u2019art de la fin du XXe si\u00e8cle. <\/em>Paris : \u00c9ditions du Regard, 2002, 200p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DEBORD Guy. \u00ab&nbsp;Th\u00e9orie de la d\u00e9rive&nbsp;\u00bb in <em>Internationale Situationniste,<\/em> n\u00b0&nbsp;2, d\u00e9cembre 1958.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DELEUZE Gilles. <em>Foucault. <\/em>Paris : Ed. De Minuit, 2004, 144p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FOUCAULT Michel. <em>Surveiller et punir&nbsp;: Naissance de la prison. <\/em>Paris : Gallimard, 1993, 424p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HEIDEGGER Martin. \u00ab&nbsp;B\u00e2tir, Habiter, Penser&nbsp;\u00bb,&nbsp; <em>Essais et conf\u00e9rences. <\/em>Paris : Gallimard, 1958, 378p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">INGLOD Tim. <em>Une br\u00e8ve histoire des lignes. <\/em>Paris : Zones sensibles, 2013, 256p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LE SERGENT Daphn\u00e9. <em>L\u2019image-charni\u00e8re ou le r\u00e9cit d\u2019un regard. <\/em>Paris : L\u2019Harmattan, 2009, 198p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">THOREAU Henry David. <em>De la marche. <\/em>Paris : Mille et une nuits, 2003, 79p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">TIBERGHIEN Gilles A. <em>Nature, Art, Paysage. <\/em>Arles : Actes Sud, 2001, 232p.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bridget Sheridan Doctorante &#8211; Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, laboratoire LLA-Cr\u00e9atis Pour citer cet article : Sheridan, Bridget, \u00ab \u00c0 la crois\u00e9e des chemins : la repr\u00e9sentation du territoire chez les artistes marcheurs. \u00bb, Litter@ Incognita [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b07 \u00ab Territoire et interm\u00e9dialit\u00e9 \u00bb, automne 2016, mis en ligne en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[46598,46559,46562,37720,679,46551,4704,375],"class_list":["post-1389","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-cartographie","tag-intermedialite","tag-intermediality","tag-marche","tag-mobilite","tag-n7","tag-photographie","tag-territoire","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1389","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1389"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1389\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4132,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1389\/revisions\/4132"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1389"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1389"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1389"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}