 {"id":2677,"date":"2017-09-24T14:36:55","date_gmt":"2017-09-24T13:36:55","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=2677"},"modified":"2019-10-03T08:38:32","modified_gmt":"2019-10-03T07:38:32","slug":"le-personnage-liminaire-une-notion-ethnocritique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2017\/09\/24\/le-personnage-liminaire-une-notion-ethnocritique\/","title":{"rendered":"Le \u00ab personnage liminaire \u00bb : une notion ethnocritique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sophie M\u00c9NARD<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Docteure et charg\u00e9e de cours au d\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires de l\u2019UQAM, Sophie M\u00e9nard s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la culture \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans diverses pratiques s\u00e9miotiques (roman, nouvelle, po\u00e9sie, art). Elle a fait para\u00eetre plusieurs articles en ethnocritique de la litt\u00e9rature et des arts, de m\u00eame que deux ouvrages sur \u00c9mile Zola.<\/p>\n<p>Pour citer cet article : M\u00e9nard, Sophie, \u00ab Le \u00ab personnage liminaire \u00bb : une notion ethnocritique&nbsp;\u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b08 \u00ab Entre-deux : Rupture, passage, alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb, automne 2017, mis en ligne le 19\/10\/2017, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2017\/09\/24\/le-personnage-liminaire-une-notion-ethnocritique\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2017\/09\/24\/le-personnage-liminaire-une-notion-ethnocritique\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2017\/09\/Le-\u00ab-personnage-liminaire-\u00bb-.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article au format PDF<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article expose l\u2019apport ethnocritique \u00e0 l\u2019\u00e9tude des chronotopes rituels o\u00f9 se noue et se d\u00e9noue l\u2019existence (seuils, opercules, passages); retrace le parcours th\u00e9orique menant \u00e0 la d\u00e9couverte heuristique de la notion de \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb (M. Scarpa); propose une lecture ethnocritique de Nicolas, personnage liminaire de <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re (1995); et enfin \u00e9taye et d\u00e9limite cette notion ethnocritique en pr\u00e9sentant quelques consid\u00e9rations d\u00e9finitoires.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : ethnocritique &#8211; personnage liminaire &#8211; rite &#8211; r\u00e9cit &#8211; Carr\u00e8re.<\/p>\n<h3>Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">This article exposes the ethnocritical contribution to the study of ritual chronotopes in which existence is established and unraveled (thresholds, seals, passages) ; retraces the theoretical path leading to the heuristic discovery of the notion of \u00ab&nbsp;liminal character&nbsp;\u00bb (M. Scarpa); proposes an ethnocritical reading of Nicolas, liminal character of <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re (1995); and finally, supports and delimits this ethnocritical notion by presenting some defining considerations.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Key-words<\/strong> : ethnocritic &#8211; liminal character &#8211; rite &#8211; story &#8211; Carr\u00e8re<\/p>\n<hr>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"fabrique\"><\/a><a href=\"#sect2\">La fabrique du \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb<\/a><br \/>\n<a name=\"rite\"><\/a><a href=\"#sect3\">&#8211; Rite et r\u00e9cit<br \/>\n<\/a><a name=\"vies\"><\/a><a href=\"#sect4\">&#8211; Les vies \u00e0 l\u2019envers<br \/>\n<\/a><a name=\"phase\"><\/a><a href=\"#sect6\">&#8211; De la phase de marge au PL<br \/>\n<\/a><a name=\"exemple\"><\/a><a href=\"#sect7\">Un exemple de PL : <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re<\/a><a href=\"#sect6\"><br \/>\n<\/a><a name=\"consid\u00e9rations\"><\/a><a href=\"#sect8\">Quelques consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur le PL<\/a><a href=\"#sect6\"><br \/>\n<\/a><a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect9\">Conclusion<\/a><a href=\"#sect6\"><br \/>\n<\/a><a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect10\">Notes<\/a><a href=\"#sect6\"><br \/>\n<\/a><a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect11\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3><a name=\"sect1\"><\/a><br \/>\n<a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethnocritique de la litt\u00e9rature et des arts r\u00e9fl\u00e9chit aux logiques culturelles et \u00e0 la structure polyphonique qui architecturent les \u0153uvres litt\u00e9raires et artistiques (y compris les plus contemporaines)&nbsp;: elle cherche \u00e0 y lire les signifiances et les m\u00e9tissages anthropologiques (culture orale, \u00e9crite, visuelle, folklorique, officielle, religieuse, profane, f\u00e9minine et masculine, etc.). Elle \u00e9tudie les multiples mani\u00e8res dont l\u2019\u0153uvre retraduit, dans sa langue et dans son syst\u00e8me propres, les us et coutumes, les cosmologies plurielles, les destins. Depuis quelques ann\u00e9es, elle s\u2019int\u00e9resse, d\u2019un point de vue formel, structurel, fonctionnel, existentiel et intertextuel, aux rapports qu\u2019entretiennent le rite et le r\u00e9cit. Outre le fait que cette homologie (rite et r\u00e9cit) informe \u2013 on le verra \u2013 la narrativit\u00e9 moderne et contemporaine, elle forme et, parfois, conforme la trajectoire du personnel romanesque. Je voudrais pr\u00e9senter ici l\u2019apport ethnocritique \u00e0 l\u2019\u00e9tude de ces chronotopes rituels o\u00f9 se noue et se d\u00e9noue l\u2019existence et o\u00f9 se joue les difficiles travers\u00e9es des fronti\u00e8res, mobiles, labiles, entre les grandes cat\u00e9gories anthropologiques (des morts et des vivants, du f\u00e9minin et du masculin, du sauvage et du civilis\u00e9). Un type singulier de personnages, qui se d\u00e9finit par ses rat\u00e9s et ratages dans l\u2019initiation et que l\u2019ethnocritique appelle le \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb, est pr\u00e9cis\u00e9ment incapable de quitter ces seuils singuliers.<\/p>\n<p><a name=\"sect2\"><\/a><\/p>\n<h2 align=\"justify\"><a href=\"#fabrique\">La fabrique du \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb<\/a><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un article fondateur, publi\u00e9 dans le num\u00e9ro \u00ab&nbsp;Ethnocritique de la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb de la revue <em>Romantisme<\/em> en 2009, Marie Scarpa invente la notion de \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb (d\u00e9sormais d\u00e9sign\u00e9 par PL) en reconfigurant en termes de po\u00e9tique litt\u00e9raire certaines des propositions et notions anthropologiques du folkloriste Arnold Van Gennep et de l\u2019anthropologue Victor Turner<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup>. Refaisons ici, bri\u00e8vement, le parcours th\u00e9orique menant \u00e0 la d\u00e9couverte heuristique du PL.<\/p>\n<p><a name=\"sect3\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#rite\">&#8211; Rite et r\u00e9cit<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion sur le PL repose sur la notion de rite de passage que Van Gennep a conceptualis\u00e9 selon une s\u00e9quence tripartite&nbsp;: phases de s\u00e9paration, de marge et d\u2019agr\u00e9gation. En d\u00e9tail, la phase de s\u00e9paration, o\u00f9 l\u2019individu est s\u00e9par\u00e9 de son groupe (par une r\u00e9clusion temporaire, un exil, un voyage, etc.), se caract\u00e9rise par des rites marquant la rupture d\u2019avec un \u00e9tat ant\u00e9rieur. Ensuite la phase de marge, o\u00f9 le sujet proprement liminaire change d\u2019\u00e9tat et fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, met en place des rites de transition (c\u2019est un espace-temps du passage). Enfin, la phase d\u2019agr\u00e9gation, o\u00f9 l\u2019initi\u00e9 est r\u00e9introduit dans sa communaut\u00e9 (ou dans une nouvelle communaut\u00e9, comme c\u2019est le cas lors d\u2019un mariage), pr\u00e9sente des rites d\u2019int\u00e9gration qui permettent aux initi\u00e9s \u00ab&nbsp;d\u2019acqu\u00e9rir d\u00e9finitivement un statut symbolique nouveau et de r\u00e9int\u00e9grer (ou non) l\u2019univers social apr\u00e8s avoir travers\u00e9 des \u00e9preuves qualifiantes (ou disqualifiantes)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Arnold Van Gennep souligne la fonction organisatrice du rite qui programme la vie sous la forme d\u2019une succession de passages&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La vie individuelle consiste en une succession d\u2019\u00e9tapes dont les fins et commencements forment des ensembles de m\u00eame ordre&nbsp;: naissance, pubert\u00e9 sociale, mariage, paternit\u00e9, progression de classe, sp\u00e9cialisation d\u2019occupation, mort. Et \u00e0 chacun de ces ensembles se rapportent des c\u00e9r\u00e9monies dont l\u2019objet est identique&nbsp;: faire passer l\u2019individu d\u2019une situation d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 une autre situation tout aussi d\u00e9termin\u00e9e<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour lui, la vie individuelle et sociale progresse par oscillations et par \u00e9tapes, par r\u00e9gressions et par progressions, par agr\u00e9gation et d\u00e9sagr\u00e9gation, par acquisition d\u2019une identit\u00e9 et d\u00e9pouillement d\u2019une autre&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les groupes comme pour les individus, vivre c\u2019est sans cesse se d\u00e9sagr\u00e9ger et se reconstituer, changer d\u2019\u00e9tat et de forme, mourir et rena\u00eetre [\u2026] Et toujours ce sont de nouveaux seuils \u00e0 franchir, seuils de l\u2019\u00e9t\u00e9 ou de l\u2019hiver, de la saison ou de l\u2019ann\u00e9e, du mois ou de la nuit; seuil de la naissance, de l\u2019adolescence ou de l\u2019\u00e2ge m\u00fbr; seuil de la vieillesse; seuil de la mort; et seuil de l\u2019autre vie \u2013 pour ceux qui y croient<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les rites facilitent et conditionnent le franchissement de ces seuils (temporels, biologiques, sociaux) qui sont des morts symboliques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 partir de cette id\u00e9e, Marie Scarpa propose de penser une homologie entre logiques ritiques et logiques narratives, entre la s\u00e9quentialisation du rite\/d\u2019une vie et la grammaire du r\u00e9cit<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup>, puisque, selon elle, le roman moderne et contemporain met toujours en place les processus d\u2019individuation et de singularisation des personnages, car la construction et la d\u00e9construction de l\u2019identit\u00e9, qui signalent l\u2019appartenance des individus \u00e0 une cosmologie, \u00e0 une communaut\u00e9, forment le point central du proc\u00e8s narratif<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup>. Avec elle, j\u2019affirme que la narrativit\u00e9 n\u2019est pas seulement, comme l\u2019\u00e9crivent Greimas et Court\u00e8s, \u00ab&nbsp;le passage d\u2019un \u00e9tat ant\u00e9rieur \u00e0 un \u00e9tat ult\u00e9rieur \u00e0 l\u2019aide d\u2019un faire<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, mais qu\u2019elle est \u2013 si on l\u2019\u00ab&nbsp;anthropologise&nbsp;\u00bb un peu \u2013 l\u2019instauration des diff\u00e9rences de sexe, d\u2019\u00e2ge et d\u2019\u00e9tat, comprises dans le strict sens anthropologique d\u2019une socialisation de l\u2019individu qui s\u2019inscrit dans une succession de passages, voire de rites de passage<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains romans se caract\u00e9risent par une structure narrative en homologie avec le rite de passage. Cette grammaire ritique r\u00e9unit les cinq traits fondamentaux suivants<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup>&nbsp;:<br \/>\n1. la s\u00e9quentialisation : le r\u00e9cit est structur\u00e9 par un encha\u00eenement des trois phases du rite (s\u00e9paration, marge, agr\u00e9gation). Pr\u00e9cisons toutefois que l\u2019extension de l\u2019\u00e9tape de marge est une constance textuelle qu\u2019on pourrait appeler la \u00ab&nbsp;liminarisation&nbsp;\u00bb, et la derni\u00e8re phase de l\u2019agr\u00e9gation est rarement atteinte dans le r\u00e9cit moderne et contemporain. D\u2019o\u00f9 la production et prolif\u00e9ration de PL.<br \/>\n2. la sp\u00e9cularisation : l\u2019emboitement de microrites met en abyme la s\u00e9quence tripartite du rite. Ajoutons, \u00e0 cet ench\u00e2ssement, la s\u00e9rialisation de \u00ab&nbsp;premi\u00e8res fois&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;entr\u00e9es&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;sorties&nbsp;\u00bb, qui agissent dans nos soci\u00e9t\u00e9s comme marqueurs des \u00ab&nbsp;rites invisibles&nbsp;\u00bb \u2013 ces corps diffus d\u2019usages et de pr\u00e9ceptes&nbsp;: premi\u00e8res menstruations, premi\u00e8res \u00e9jaculations, premi\u00e8res relations sexuelles ou entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole, retraite, etc.<br \/>\n3. la focalisation : le r\u00e9cit met l\u2019accent sur des traits culturels sp\u00e9cifiques et des conflits de cosmologies, et la langue du texte surd\u00e9termine les logiques initiatiques.<br \/>\n4. la socialisation : l\u2019enjeu principal du r\u00e9cit tout comme le rite est la socialisation de l\u2019individu qui peut se traduire, pour le roman contemporain, en une qu\u00eate de trouver sa (bonne) place dans le monde.<br \/>\n5. la mat\u00e9rialisation : la traduction concr\u00e8te du d\u00e9placement symbolique, soit la mat\u00e9rialisation du seuil et du passage, est pr\u00e9sente dans le r\u00e9cit, puisque le rite est identifi\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00e0 travers les diverses situations sociales au passage mat\u00e9riel, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans un village ou une maison, au passage d\u2019une chambre \u00e0 l\u2019autre, ou \u00e0 travers des rues et des places<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>. &nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus largement, l\u2019\u00e9tude des rites du r\u00e9cit aide \u00e0 penser une lecture anthropologique des genres litt\u00e9raires. L\u2019ethnocritique fait sienne cette \u00e9bauche des distinctions entre mythe, conte et roman r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019ethnologue Yvonne Verdier dans l\u2019essai, <em>Coutume et Destin<\/em>, qu\u2019elle a consacr\u00e9 au romancier Thomas Hardy&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle [Y. Verdier] remarque d\u2019abord que trois grandes formes narratives \u2013 le mythe, le conte, le roman \u2013 pr\u00e9servent une relation forte aux rites qui ordonnancent le temps collectif et lui rapportent le cours de chaque vie, mais cette relation change de nature d\u2019un genre \u00e0 l\u2019autre. Si l\u2019on retient, avec elle, que les rituels remplissent \u00ab&nbsp;une double fonction qui est, d\u2019une part, de repr\u00e9senter les termes et les conditions de l\u2019existence sociale et, d\u2019autre part, de les maintenir tels&nbsp;\u00bb, il appara\u00eet que le mythe entretient avec eux un \u00ab&nbsp;rapport fondateur&nbsp;\u00bb, de fa\u00e7on directe ou d\u00e9tourn\u00e9e il les instaure [\u2026]. Avec les contes le lien ne se distend pas, comme on l\u2019a souvent cru, il se transforme&nbsp;: il ne s\u2019agit plus de remonter \u00e0 la fondation, mais de donner \u00e0 entendre \u00ab&nbsp;tous les bienfaits que l\u2019on retire \u00e0 suivre ce que les rites \u00e9dictent &nbsp;\u00bb. [\u2026]. Et c\u2019est pour cela que les contes finissent bien. Avec le roman, tout change&nbsp;: la coutume et ses rites sont toujours l\u00e0, mais il nous raconte \u00ab&nbsp;ce qui se passe quand on s\u2019en \u00e9carte&nbsp;\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Si, \u00ab&nbsp;tend[ant] \u00e0 rendre compte des tensions \u2013 douloureuses \u2013 qui s\u2019instaurent entre [l\u2019individu] et la soci\u00e9t\u00e9<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup> &nbsp;\u00bb, le roman est souvent \u00ab&nbsp;une mise en r\u00e9cit d\u2019un ou plusieurs rite(s) de passage<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il met surtout l\u2019accent sur les rat\u00e9s de la coutume et de la transition rituelle. Ces destins, en rupture \u00ab&nbsp;avec l\u2019ordre des soci\u00e9t\u00e9s de la tradition et de la hi\u00e9rarchie o\u00f9 le sujet n\u2019est pas individualis\u00e9<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, incarnent, dans la majorit\u00e9 des cas, des vies \u00e0 l\u2019envers.<\/p>\n<p><a name=\"sect4\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#vies\">&#8211; Les vies \u00e0 l\u2019envers<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Bakhtine utilise l\u2019expression \u00ab&nbsp;vie \u00e0 l\u2019envers&nbsp;\u00bb pour d\u00e9finir l\u2019existence en carnaval, c\u2019est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont le groupe en f\u00eate m\u00e8ne \u00ab&nbsp;une <em>existence de carnaval<\/em>&nbsp;\u00bb qui pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab&nbsp;se situe en dehors des orni\u00e8res <em>habituelles<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Hors du temps quotidien et hors de la loi \u00e9crite, la vie \u00e0 l\u2019envers est une mani\u00e8re de faire pleinement l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 (sauvage, f\u00e9minin, hi\u00e9rarchique) par l\u2019accomplissement d\u2019une s\u00e9rie d\u2019actes carnavalesques, de conduites et de langages particuliers comme l\u2019abolition des clivages sociaux, l\u2019effervescence et l\u2019exub\u00e9rance sexuelle, l\u2019union des contraires, la monstration de corps d\u00e9guis\u00e9s et masqu\u00e9s. Or, ce \u00ab&nbsp;monde \u00e0 l\u2019envers&nbsp;\u00bb \u2013 temporaire, r\u00e9gl\u00e9 et codifi\u00e9 par le rite et le calendrier \u2013, s\u2019ach\u00e8ve toujours par une remise en ordre du d\u00e9sordre. Form\u00e9e par un ensemble d\u2019exigences et d\u2019obligations, la coutume fait na\u00eetre un ordre durable&nbsp;: les gar\u00e7ons et les filles, par exemple, des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, doivent se conformer \u00e0 un mod\u00e8le de vie dans lequel ils se marient, prennent charge une maison, deviennent parents. Mais qu\u2019en est-il de ceux qui ne passent pas? De ceux qui restent dans les marges territoriales (for\u00eats, bois), sociales (retards dans les r\u00f4les successifs que les jeunes gens doivent tenir), comportementales (ensauvagement, d\u00e9bauche)? Selon D. Fabre, \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9carter de cette trajectoire commune installe en soi non la folie temporaire du carnaval, mais celle, d\u00e9finitive, qui signifie aux yeux de tous qu\u2019une des limites de la jeunesse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 parcourue<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/sup>. &nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce complexe des vies \u00e0 l\u2019envers participe \u00e0 sa mani\u00e8re singuli\u00e8re des probl\u00e9matiques fondamentales du roman, \u00e0 savoir les porosit\u00e9s des fronti\u00e8res et des seuils entre les grandes cat\u00e9gories anthropologiques de la mort et de la vie, de l\u2019animalit\u00e9 et de l\u2019humain, du sauvage et du domestique, du f\u00e9minin et du masculin. La vie \u00e0 l\u2019envers est la matrice des d\u00e9sordres dans la sph\u00e8re du symbolique; elle synth\u00e9tise les anomalies culturelles qu\u2019archive le roman moderne<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/sup>. Tout se passe comme si le trouble, la limite, l\u2019exception \u00e0 la r\u00e8gle, constitutives du destin de certains personnages, composait le mat\u00e9riau privil\u00e9gi\u00e9 de la fiction. Ne s\u2019int\u00e9resse-t-elle pas \u00e0 ces moments o\u00f9 l\u2019individu traverse un gu\u00e9 dangereux et plus pr\u00e9cis\u00e9ment aux brisures du destin qui cr\u00e9e \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eatre de travers dans la coutume<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb? C\u2019est ce que Bakhtine appelle le \u00ab&nbsp;chronotope du seuil&nbsp;\u00bb qui est le \u00ab&nbsp;chronotope de la <em>crise<\/em>, du <em>tournant d\u2019une vie<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\">19<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme m\u00eame du \u00ab&nbsp;seuil&nbsp;\u00bb a d\u00e9j\u00e0 acquis, dans la vie du langage (en m\u00eame temps que son sens r\u00e9el) un sens m\u00e9taphorique; il a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 au moment de changement brusque, de crise, de d\u00e9cision modifiant le cours de l\u2019existence (ou d\u2019ind\u00e9cision, de crainte de \u00ab&nbsp;passer le seuil&nbsp;\u00bb). En litt\u00e9rature, le chronotope du seuil est toujours m\u00e9taphorique et symbolique, parfois sous une forme explicite, mais plus souvent implicite<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\">20<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant lui, mais dans un autre contexte, Van Gennep avait soulign\u00e9 l\u2019importance des seuils spatialis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les rites de passage&nbsp;: porte, fen\u00eatre, escalier, couloir, rue sont, par exemple, des lieux de transition et d\u2019entre-deux surd\u00e9terminant et iconisant les passages biologiques et sociaux qui modifient la trajectoire d\u2019une vie; passages qui eux-m\u00eames s\u2019inscrivent dans la langue&nbsp;: le seuil de la vie, \u00eatre au seuil d\u2019une nouvelle vie ou au seuil de la mort. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que certains personnages demeurent prisonniers d\u2019un \u00ab&nbsp;chronotope de la crise&nbsp;\u00bb qui correspond, dans les rites de passage, \u00e0 ce que les ethnologues appellent la \u00ab&nbsp;phase de marge&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p><a name=\"sect6\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#phase\">&#8211; De la phase de marge au PL<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a de plus en plus dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne et contemporaine une autonomisation de la phase de marge. D\u00e9j\u00e0 en 1909, Van Gennep souligne que certaines marges \u00ab&nbsp;acqui\u00e8rent comme une certaine autonomie&nbsp;: noviciat, fian\u00e7ailles<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\">21<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Les travaux de l\u2019ethnologue am\u00e9ricain Victor Turner vont conceptualiser cette phase qu\u2019il nomme \u00ab&nbsp;liminaire&nbsp;\u00bb (parfois \u00ab&nbsp;liminale&nbsp;\u00bb) et expliciter les caract\u00e9ristiques des individus en \u00ab&nbsp;situation liminaire&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les attributs de la liminarit\u00e9 ou des personnes en situation liminaire (\u00ab&nbsp;les gens du seuil&nbsp;\u00bb) sont n\u00e9cessairement ambigus, puisque cette situation et ces personnes \u00e9chappent ou passent au travers des classifications qui d\u00e9terminent les \u00e9tats et les positions dans l\u2019espace culturel. Les entit\u00e9s liminaires ne sont ni ici ni l\u00e0; elles sont dans l\u2019entre-deux, entre les positions assign\u00e9es et ordonn\u00e9es par la loi, la coutume, la convention et le c\u00e9r\u00e9monial. [\u2026] Ainsi, la liminarit\u00e9 est-elle fr\u00e9quemment assimil\u00e9e \u00e0 la mort, au fait d\u2019\u00eatre dans les entrailles, \u00e0 l\u2019invisibilit\u00e9, \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9, \u00e0 la bi-sexualit\u00e9, aux vastes \u00e9tendues d\u00e9sertiques et \u00e0 une \u00e9clipse du soleil ou de la lune<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\">22<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend que la litt\u00e9rature s\u2019int\u00e9resse davantage \u00e0 cette phase dont la raison d\u2019\u00eatre est, comme l\u2019\u00e9crit Elsbree, \u00ab&nbsp;the drama of emergent identity. From the story-teller\u2019s point of view (in film, plays or fiction), liminality is the phase during which values are tested, issues are clarified, choices begin to have consequences<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\">23<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Marie Scarpa rel\u00e8ve l\u2019importance de la phase de marge \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le texte litt\u00e9raire; \u00e9tape qu\u2019elle d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;une phase de maturation qui leur [aux individus] permet de devenir homme ou femme, au sens sexu\u00e9 et social du terme<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\">24<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Elle propose d\u2019appeler \u00ab&nbsp;personnage liminaire&nbsp;\u00bb cette cat\u00e9gorie particuli\u00e8re de \u00ab&nbsp;personnages arr\u00eat\u00e9s sur les seuils, rest\u00e9s dans la marge et plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore \u201cinachev\u00e9s\u201d du point de vue&nbsp;\u00bb de la socialisation des sexes et des \u00e2ges&nbsp;: \u00ab&nbsp;entreraient dans cette cat\u00e9gorie, par exemple, l\u2019idiot, l\u2019enfant\/homme sauvage, le fou, le criminel, l\u2019illumin\u00e9\u2026 et la jeune fille \u00e9ternelle [\u2026]<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\">25<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, l\u2019ermite, le saint, etc. Ces figures constituent une cristallisation des rat\u00e9s dans l\u2019ordre symbolique du langage et de la reproduction sociale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le personnage liminaire, qui ne revient pas de la phase d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et qui est, selon les circonstances et les contextes, un non ou mal initi\u00e9 et parfois un sur-initi\u00e9, se r\u00e9v\u00e8le donc particuli\u00e8rement \u201cprobl\u00e9matique\u201d<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\">26<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Ces personnages \u00ab&nbsp;arr\u00eat\u00e9s sur les seuils, rest\u00e9s dans la marge et plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore \u201cinachev\u00e9s\u201d du point de vue [de la socialisation]&nbsp;\u00bb s\u2019apparentent aux \u00ab&nbsp;personnages ambivalents&nbsp;\u00bb dont parle Pierre Bourdieu&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au nombre des protections magiques que l\u2019on met en \u0153uvre dans toutes les occasions o\u00f9 la reproduction de l\u2019ordre vital exige la transgression des limites qui sont au fondement m\u00eame de cet ordre, et en particulier toutes les fois qu\u2019il faut couper, tuer, bref interrompre le cours normal de la vie, il y a d\u2019abord les personnages ambivalents, tous \u00e9galement m\u00e9pris\u00e9s et redout\u00e9s, agents de la violence qui, comme les instruments de violence qu\u2019ils utilisent, le couteau, la faucille, etc., peuvent aussi \u00e9carter le mal et prot\u00e9ger contre la violence, noirs, forgerons, bouchers, mesureurs de grains, vieilles femmes qui, participant par nature des forces mal\u00e9fiques qu\u2019il s\u2019agit d\u2019affronter ou de neutraliser, sont pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 jouer le r\u00f4le d\u2019\u00e9crans magiques, en s\u2019interposant entre le groupe et les forces dangereuses qu\u2019engendrent la division (coupure) ou la r\u00e9union (croisement) contre-nature [\u2026]<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\">27<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mal initi\u00e9, sur-initi\u00e9, non-initi\u00e9, le PL, comme les \u00ab&nbsp;personnages ambivalents &nbsp;\u00bb, cumule des comp\u00e9tences li\u00e9es au seuil&nbsp;: m\u00e9diateur, protecteur, pr\u00e9pos\u00e9 aux passages, gardien des limites. Comme l\u2019\u00e9crit Marie Scarpa, \u00ab&nbsp;le personnage liminaire, sp\u00e9cialiste du cumul des d\u00e9cumuls, est en quelque sorte un personnage-t\u00e9moin, plac\u00e9 simplement sur le degr\u00e9 ultime d\u2019une \u00e9chelle, celle du ratage initiatique, qu\u2019emprunte \u00e0 des degr\u00e9s divers l\u2019ensemble du personnel romanesque<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\">28<\/a><\/sup> &nbsp;\u00bb; et les r\u00e9cits qui le mettent en sc\u00e8ne ne cessent de raconter son impossible agr\u00e9gation \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les PL commettent des entorses \u00e0 la coutume, soit par \u00e9mancipation d\u2019une conscience individuelle<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\">29<\/a><\/sup>, soit par ignorance des pratiques symboliques, soit par une forme de mal\u00e9diction (h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 familiale, malheur, mauvais sort). Parfois, ils ont \u00e0 subir les effets des d\u00e9faillances rituelles qui ont eu lieu \u00e0 leur \u00e9gard (le destin de l\u2019enfant qui devient idiot se dessine lors de son bapt\u00eame; le mort qui revient est motiv\u00e9 par un r\u00e8glement de comptes et d\u00e9nonce un d\u00e9ficit ritique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son destin posthume qui l\u2019immobilise dans un entre-deux-mondes). Inachev\u00e9es dans leur d\u00e9veloppement initiatique, biologique et\/ou mental, ces existences \u00e0 rebours mobilisent un ensemble de rat\u00e9s dans la socialisation des sexes et des \u00e2ges. Caract\u00e9ris\u00e9es souvent par des d\u00e9s\u00e9quilibres ambulatoires (le clochard, le boiteux), physiques (la femme \u00e0 barbe, l\u2019homme eff\u00e9min\u00e9 ou trop fort), psychologiques et comportementaux (l\u2019idiot, l\u2019hyst\u00e9rique, le sauvage), elles sont investies d\u2019un imaginaire culturel qui en fait des \u00eatres du seuil, des passeurs ou des \u00ab&nbsp;\u00e9trangers du dedans<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\">30<\/a><\/sup> &nbsp;\u00bb. Cr\u00e9ant un brouillage culturel, elles se d\u00e9finissent aussi par une fluctuation et une porosit\u00e9 des statuts ontologiques des identit\u00e9s. Si la dualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique constitue, pour Fran\u00e7oise H\u00e9ritier<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\">31<\/a><\/sup>, le fondement essentiel de l\u2019ordre social et hi\u00e9rarchis\u00e9, le PL, troublant les fronti\u00e8res, notamment entre le masculin et le f\u00e9minin (l\u2019homme enceint, l\u2019hommasse, la vieille fille virile, la femme \u00ab&nbsp;qui porte les culottes&nbsp;\u00bb, etc.), s\u2019\u00e9rige d\u00e8s lors comme une figure du d\u00e9sordre. Le texte joue, dans de nombreuses occasions, sur les (ambi)valences de ces personnages qui font coexister l\u2019envers et l\u2019endroit d\u2019un m\u00eame \u00e9tat. La destin\u00e9e excentrique se particularise aussi par ses d\u00e9mesures et ses lacunes dans chacune de ces cat\u00e9gories culturelles.<\/p>\n<p><a name=\"sect7\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un exemple de PL : <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans doute ces propos s\u2019\u00e9claireront-ils davantage avec quelques illustrations concr\u00e8tes que j\u2019\u00e9tayerai en \u00e9tudiant un roman,<em> La Classe de neige<\/em> d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re, publi\u00e9 en 1995, qui narre le voyage du petit Nicolas, \u00e2g\u00e9 de treize ans, sur lequel plane une menace qui se concr\u00e9tise \u00e0 la toute fin du r\u00e9cit lorsque son p\u00e8re kidnappe et assassine un petit gar\u00e7on<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\">32<\/a><\/sup>. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que le roman de Carr\u00e8re invente une trajectoire du personnage mod\u00e9lis\u00e9e sur une refonte et une conversion des matrices initiatiques. Il <em>raconte ce qui se passe quand on s\u2019\u00e9carte de la coutume et de la voie trac\u00e9e par les rites<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nicolas est bien, \u00e0 ce titre, un PL au sens o\u00f9 l\u2019entend Marie Scarpa. Il est fig\u00e9 dans un entre-deux constitutif, il ne franchit pas correctement les \u00e9tapes menant \u00e0 l\u2019apprentissage de la diff\u00e9rence des sexes et des \u00e2ges. Nicolas est un personnage qu\u2019on pourrait qualifier de mal-initi\u00e9&nbsp;: il occupe une place marginale au sein de la communaut\u00e9 enfantine, car il n\u2019a jamais r\u00e9ellement socialis\u00e9 avec les gar\u00e7ons de sa classe&nbsp;: \u00e0 l\u2019\u00e9cole, par exemple, il ne d\u00e9jeune pas \u00e0 la cantine, l\u00e0 o\u00f9 tous les \u00ab&nbsp;liens les plus forts entre ses camarades s\u2019\u00e9tablissaient&nbsp;\u00bb et o\u00f9 toutes les \u00ab&nbsp;choses [se] passaient<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\">33<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Il fait, par ailleurs, encore \u00e0 l\u2019\u00e2ge de treize ans pipi au lit, il est \u00ab&nbsp;craintif et trop couv\u00e9&nbsp;\u00bb, et enfin il est le \u00ab&nbsp;plus petit&nbsp;\u00bb du groupe (26). Il ne participe pas \u00e0 une sociabilit\u00e9 de l\u2019enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme c\u2019est souvent le cas dans la litt\u00e9rature contemporaine, le r\u00e9cit ne th\u00e9matise pas explicitement de rite de passage; il dramatise toutefois l\u2019exp\u00e9rience de la classe de neige comme un passage et met l\u2019accent sur des logiques du liminaire \u2013 soit de l\u2019entre-deux, du seuil, de <em>between and betwixt <\/em>(comme le d\u00e9finit V. Turner) \u2013 qui apparaissent dans les hypotextes qui mettent en sc\u00e8ne des \u00eatres inachev\u00e9s du point de vue de la socialisation (les contes merveilleux, les r\u00e9cits d\u2019horreur, les romans pour la jeunesse qui constituent la biblioth\u00e8que du jeune lecteur qu\u2019est Nicolas), mais aussi dans les espaces et temporalit\u00e9s textuels qui surd\u00e9terminent les difficiles transits. Le roman, pr\u00e9cis\u00e9ment, sc\u00e9narise des temps et des lieux qui v\u00e9hiculent cet imaginaire du passage. Il insiste en effet sur le cr\u00e9puscule (35), la \u00ab&nbsp;tomb\u00e9e de la nuit&nbsp;\u00bb (15), l\u2019aube, l\u2019hiver tout autant que sur les zones de transition spatiales que sont le \u00ab&nbsp;seuil&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;couloir&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;porte&nbsp;\u00bb. Ces passages mat\u00e9riels ponctuent les entr\u00e9es et sorties du personnage. L\u2019insistance sur l\u2019entre-deux, spatio-temporel et biographique, sugg\u00e8re que le texte probl\u00e9matise dans le grain de sa narration les traits de logiques \u00ab&nbsp;liminaires&nbsp;\u00bb. Cette dramatisation rituelle, on la constate \u00e9galement \u00e0 travers une sorte de formalisation structurelle des \u00e9tapes constituant la sc\u00e9naristique du rite de passage, tel que l\u2019a d\u00e9fini A. Van Gennep, \u00e0 savoir&nbsp;:<br \/>\n\u2022 la phase de s\u00e9paration, o\u00f9 le futur initi\u00e9 est s\u00e9par\u00e9 de son groupe, correspond pr\u00e9cis\u00e9ment au premier chapitre du roman de Carr\u00e8re retra\u00e7ant le trajet de 400&nbsp;km qui m\u00e8ne l\u2019enfant \u00e0 la classe de neige&nbsp;: celui-ci quitte pour la premi\u00e8re fois le nid maternel;<br \/>\n\u2022 ensuite, la phase de marge, dynamis\u00e9e par la m\u00e9tamorphose et par l\u2019exp\u00e9rimentation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, s\u2019accorde ici avec le chronotope de la classe de neige (chapitres 3 \u00e0 29);<br \/>\n\u2022 et enfin la phase d\u2019agr\u00e9gation, qui marque le moment de la r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019initi\u00e9 dans sa collectivit\u00e9, co\u00efncide, structuralement, avec le retour de Nicolas \u00e0 la maison familiale (dans les deux derniers chapitres du livre)&nbsp;: ce retour fait en sens inverse la route initiale<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\">34<\/a><\/sup>.<br \/>\nOn a donc une progression lin\u00e9aire de la narration o\u00f9 les trois grandes phases du rite sont construites chronologiquement&nbsp;: tout le r\u00e9cit est ainsi configur\u00e9 par l\u2019embo\u00eetement de s\u00e9quences de s\u00e9paration \u2013 marginalisation \u2013 agr\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On le comprend en effet, le roman propose une extension de la liminarit\u00e9 qui recouvre presque l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la narration puisque la classe de neige est cet espace-temps o\u00f9 se d\u00e9roulent toutes les actions du r\u00e9cit. Qu\u2019est-ce qu\u2019une classe de neige d\u2019un point de vue anthropologique? Il s\u2019agit d\u2019un espace clos (r)enfermant une communaut\u00e9 masculine (une classe d\u2019\u00e2ge et de sexe) o\u00f9 les jeunes font l\u2019exp\u00e9rimentation de leur virilit\u00e9, passage que Van Gennep appelle la \u00ab&nbsp;pubert\u00e9 sociale<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\">35<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. La classe de neige rel\u00e8ve d\u2019un script culturel scolaire du XXe si\u00e8cle organisant des s\u00e9quences d\u2019actions rituelles et mettant en place des sociabilit\u00e9s juv\u00e9niles. Elle reforme \u00e9galement une nouvelle communaut\u00e9, celle des enfants avec sa hi\u00e9rarchie (le chef et ses acolytes, les souffre-douleurs). Eu \u00e9gard \u00e0 ce qu\u2019elle est dans le roman de Carr\u00e8re, elle peut \u00eatre d\u00e9finie comme une <em>h\u00e9t\u00e9rotopie<\/em>, pour reprendre cette notion anthropologique propos\u00e9e en 1966 par Michel Foucault. Les <em>h\u00e9t\u00e9rotopies<\/em> sont ces \u00ab&nbsp;espaces autres&nbsp;\u00bb, ces \u00ab&nbsp;utopies localis\u00e9es&nbsp;\u00bb, hors de tous les lieux. Espaces de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, ce sont tous des lieux autres \u00ab&nbsp;par rapport aux espaces culturels ordinaires<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\">36<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. Et Foucault d\u2019\u00e9voquer, en fonction des types de soci\u00e9t\u00e9s ou d\u2019h\u00e9t\u00e9rotopies (de crise, de d\u00e9viance, etc.), la hutte initiatique, la cabane enfantine, le coll\u00e8ge, le service militaire, etc. Il pr\u00e9cise que l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie juxtapose \u00ab&nbsp;en un seul lieu r\u00e9el plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-m\u00eames incompatibles&nbsp;\u00bb, comme ici la classe de neige superpose \u00e0 la fois les aspects caract\u00e9ristiques de la maison (on y dort), de l\u2019\u00e9cole (on y apprend), de la for\u00eat (on explore la nature), de la montagne (on pratique des sports)&nbsp;: elle est en somme tout \u00e0 la fois classe, donc li\u00e9e \u00e0 la scolarisation, \u00e0 la r\u00e9glementation de l\u2019\u00e9crit et de l\u2019apprentissage (donc li\u00e9 au domaine de l\u2019esprit), mais en m\u00eame temps \u00ab&nbsp;neige&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire connotant un univers des vacances, de l\u2019activit\u00e9 sportive, de la libert\u00e9 du plein air et du loisir (ski, cin\u00e9ma) o\u00f9 le jeune fait l\u2019\u00e9preuve et l\u2019exp\u00e9rimentation du corps. C\u2019est aussi une colonie (ne dit-on pas des colonies de vacances?) o\u00f9 la vie quotidienne est hyper-r\u00e9gl\u00e9e&nbsp;: le r\u00e9veil et le coucher sont fix\u00e9s pour tous les enfants \u00e0 la m\u00eame heure, tous dorment dans les m\u00eames types de lits, mangent aux m\u00eames heures (sauf pr\u00e9cis\u00e9ment le petit Nicolas qui d\u00e9roge \u00e0 toutes les r\u00e8gles de cette h\u00e9t\u00e9rotopie). Comme l\u2019\u00ab&nbsp;h\u00e9t\u00e9rotopie de crise&nbsp;\u00bb, la classe de neige est un \u00ab&nbsp;chronotope du seuil&nbsp;\u00bb que Bakhtine appelle \u00e9galement le \u00ab&nbsp;chronotope de la <em>crise<\/em>, du <em>tournant d\u2019une vie<\/em>&nbsp;\u00bb dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\">37<\/a><\/sup>. Mobilisant des traits anthropologiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, la classe de neige est un espace-temps par d\u00e9finition transitoire et ambivalent&nbsp;: elle inclut le dedans et le dehors, le sauvage et le civilis\u00e9, le mort et le vivant, le monde de l\u2019enfance, de la pr\u00e9adolescence et de l\u2019adulte. Ce qui int\u00e9resse l\u2019ethnocritique, c\u2019est la dimension proprement \u00ab&nbsp;liminaire&nbsp;\u00bb qui se dessine en creux dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie. Il me semble que la classe de neige appara\u00eet comme une h\u00e9t\u00e9rotopie initiatique, comme un chronotope o\u00f9 s\u2019exp\u00e9rimente l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 identitaire. C\u2019est donc une grande phase liminaire qui architecture le r\u00e9cit de Carr\u00e8re. On y retrouve d\u2019ailleurs des p\u00e9rip\u00e9ties et des aventures qualifiantes que doit surmonter le n\u00e9ophyte&nbsp;: \u00ab&nbsp;la classe de neige allait \u00eatre une \u00e9preuve terrible&nbsp;\u00bb (20) pense Nicolas. Ces \u00e9preuves prennent ici la forme d\u2019une s\u00e9rie de premi\u00e8res fois : premi\u00e8re fois que l\u2019enfant est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de son voisinage; premier coucher en dehors de son lit; premi\u00e8re fois qu\u2019il peut s\u2019asseoir, comme un grand, sur le si\u00e8ge avant dans une voiture (47); premi\u00e8re \u00e9jaculation. Je mentionne que, pour Foucault, l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie de crise est pour les jeunes gar\u00e7ons ce lieu des \u00ab&nbsp;premi\u00e8res manifestations de la sexualit\u00e9 virile&nbsp;\u00bb qui devaient avoir lieu \u00ab&nbsp;pr\u00e9cis\u00e9ment \u201cailleurs\u201d que dans la famille.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau macro-narratif, on a donc un large segment organis\u00e9 sur une liminarisation progressive. Au niveau micro-narratif, on retrouve des processus sp\u00e9culaires qui embo\u00eetent des rites mettant en abyme une s\u00e9rialit\u00e9 de phases duales de s\u00e9paration et de liminarisation. Toute la trajectoire du petit Nicolas est constitu\u00e9e d\u2019une s\u00e9rie de mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart qui le s\u00e9parent du groupe et qui contribuent \u00e0 l\u2019ensauvager, \u00e0 le marginaliser, \u00e0 le liminariser. Un exemple parmi d\u2019autres suffira \u00e0 montrer le processus de sp\u00e9cularisation&nbsp;: Nicolas arrive au chalet \u00ab&nbsp;peu avant la tomb\u00e9e de la nuit&nbsp;\u00bb (temps d\u2019entre-deux) avec son p\u00e8re alors que les \u00ab&nbsp;autres [arriv\u00e9s la veille] avait pris le matin leur premi\u00e8re le\u00e7on de ski [\u2026].&nbsp;\u00bb D\u00e9j\u00e0, il y a d\u00e9calage dans la phase de s\u00e9paration puisque le jeune gar\u00e7on ne s\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de sa communaut\u00e9 familiale au m\u00eame moment et par la m\u00eame voie que les autres enfants (soit en prenant l\u2019autobus), son p\u00e8re ayant exig\u00e9 d\u2019aller le reconduire&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[O]n interrompit la projection pour accueillir les nouveaux venus. [\u2026] les enfants dans la salle se mirent \u00e0 chahuter. Nicolas, <em>sur le seuil<\/em>, les regardait sans oser les rejoindre. [\u2026] En franchissant le seuil derri\u00e8re [l\u2019institutrice], il ressentait les p\u00e9nibles impressions du nouveau \u00e0 qui rien n\u2019est familier, dont on va certainement se moquer. [\u2026] [E]lle annon\u00e7a sur un ton de plaisanterie que Nicolas, comme toujours dans la lune, avait oubli\u00e9 son sac. Qui voulait lui pr\u00eater un pyjama? (15-17. Je souligne.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre le fait que ce \u00ab&nbsp;chahut&nbsp;\u00bb fait d\u2019\u00ab&nbsp;hostilit\u00e9&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;railleries&nbsp;\u00bb et d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e9clat de rire g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb est une r\u00e9f\u00e9rence au c\u00e9l\u00e8bre incipit charivarique de <em>Madame Bovary<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\">38<\/a><\/sup>, le texte surd\u00e9termine le figement sur le seuil du nouveau venu, qui est par d\u00e9finition \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du groupe qu\u2019il <em>n\u2019ose rejoindre<\/em>. On peut affirmer que Nicolas pr\u00e9sente les traits sp\u00e9cifiques de l\u2019individu en position liminaire, \u00e0 savoir qu\u2019il est dans \u00ab&nbsp;une situation d\u2019entre-deux&nbsp;\u00bb et qu\u2019il se caract\u00e9rise par une \u00ab&nbsp;invisibilit\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb marqu\u00e9e, entre autres, \u00ab&nbsp;par l\u2019enl\u00e8vement [de ses] v\u00eatements, insignes et autres signes&nbsp;\u00bb de son statut pr\u00e9liminaire (il a oubli\u00e9 son sac de v\u00eatements)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote39sym\" name=\"sdfootnote39anc\">39<\/a><\/sup>. Son arriv\u00e9e tardive renforce sa place marginale au sein de cette communaut\u00e9 juv\u00e9nile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rite est formalis\u00e9 par le texte qui lui-m\u00eame th\u00e9matise un trajet initiatique discret et invisible. Le personnage principal fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et passe au travers des fronti\u00e8res entre sauvage et domestique, vivant et mort, masculin et f\u00e9minin n\u00e9cessaires \u00e0 son initiation<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote40sym\" name=\"sdfootnote40anc\">40<\/a><\/sup>. Il fait \u00e9galement \u00ab&nbsp;l\u2019apprentissage de la maraude, l\u2019\u00e9preuve de la nuit, de la violence, de la peur, le parcours de territoires inconnus [qui] sont le lot des jeunes gar\u00e7ons<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote41sym\" name=\"sdfootnote41anc\">41<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, mais il accomplit cette travers\u00e9e des gu\u00e9s dangereux du destin adolescent sur le mode de la r\u00eaverie, de la lecture. Nicolas ne s\u2019engage pas, comme se l\u2019imagine Hodkann, \u00ab&nbsp;\u00e0 la recherche de Ren\u00e9 sur le sentir du myst\u00e8re, [\u2026] [pour] d\u00e9couv[rir] avec lui des passages secrets, explorant des souterrains humides, jonch\u00e9s d\u2019ossements&nbsp;\u00bb (98) comme le font les jeunes gar\u00e7ons. La chasse au (m\u00e9chant) voleur d\u2019organes n\u2019a lieu qu\u2019imaginairement. L\u2019errance est ici mentale, mais elle demeure toutefois un moyen d\u2019ensauvagement&nbsp;: l\u2019exp\u00e9rience de la lecture transpose \u00ab&nbsp;dans d\u2019imaginaires aventures&nbsp;\u00bb les initiations qui sont habituellement tr\u00e8s concr\u00e8tes et qui conduisent \u00ab&nbsp;\u00e0 la ma\u00eetrise des marges foraines, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la peur, \u00e0 la subtile connaissance des chasseurs&nbsp;\u00bb et qui \u00ab&nbsp;fonde et dessine plus compl\u00e8tement encore l\u2019identit\u00e9 d\u2019homme<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote42sym\" name=\"sdfootnote42anc\">42<\/a><\/sup> &nbsp;\u00bb. Pourtant, Nicolas reste incomplet, car le ratage se situe sur le plan de la socialisation. Il franchit ces \u00e9tapes en solitaire, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du groupe, comme un h\u00e9ros de conte, et non pas comme les \u00ab&nbsp;vrais&nbsp;\u00bb jeunes gar\u00e7ons&nbsp;: en effet, les pratiques juv\u00e9niles de la culture fran\u00e7aise prescrivent un vivre-ensemble et une exp\u00e9rimentation collective de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Nicolas, lui, joue \u00e0 se faire peur tout seul. S\u2019il est mal-initi\u00e9 \u00e0 la sociabilit\u00e9 juv\u00e9nile, \u00e0 la distinction entre le r\u00e9el et la fiction, et si, \u00e0 la fin, l\u2019\u00e9chec de sa rencontre avec l\u2019autre sexe confirme l\u2019impossible entr\u00e9e dans l\u2019\u00e2ge adolescent (il ne quitte pas le monde de l\u2019enfance&nbsp;: la femme \u00e9tant toujours pour lui une \u00ab&nbsp;f\u00e9e&nbsp;\u00bb), son alt\u00e9rit\u00e9 l\u2019autorise d\u2019une comp\u00e9tence pour laquelle il est sur-initi\u00e9 : en effet, son aptitude \u00e0 la lecture, \u00e0 la fabulation, \u00e0 la fantaisie et au r\u00eave le met dans une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec l\u2019imaginaire, l\u2019invisible, l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le ratage initiatique de Nicolas est surtout le fait que la phase de marge s\u2019ouvre non pas sur une agr\u00e9gation, mais sur une liminarit\u00e9 constitutive. Contrairement au conte qui organise des s\u00e9quences d\u2019actions rituelles accomplies et r\u00e9ussies, et \u00e0 rebours du rite dont la finalit\u00e9 est l\u2019agr\u00e9gation \u00e0 la communaut\u00e9, le r\u00e9cit de Carr\u00e8re narre une succession de passages allant d\u2019un \u00e9tat liminaire \u00e0 un autre&nbsp;: Nicolas passe d\u2019une liminarit\u00e9 communautaire, institu\u00e9e, scolaris\u00e9e et ferm\u00e9e (celle de la classe de neige qui est programm\u00e9e pour agr\u00e9ger et civiliser) \u00e0 une liminarit\u00e9 publique et m\u00e9diatique (celle d\u2019\u00eatre le fils d\u2019un meurtrier p\u00e9dophile). Le roman raconte en somme la mise en marge d\u00e9finitive de l\u2019enfant&nbsp;: \u00ab&nbsp;on changerait encore de ville, on changerait peut-\u00eatre de nom&nbsp;\u00bb (146)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote43sym\" name=\"sdfootnote43anc\">43<\/a><\/sup>. L\u2019ensauvagement du p\u00e8re met le fils, d\u00e9j\u00e0 en marge, dans une classe \u00e0 part o\u00f9 la \u00ab&nbsp;honte&nbsp;\u00bb est d\u00e9sormais son \u00ab&nbsp;lot&nbsp;\u00bb. Tout \u00e0 la fois ici et l\u00e0-bas, mort et vivant, mobile et immobile, endormi et r\u00e9veill\u00e9, Nicolas cumule les signes d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 liminaire, qui est la marque de l\u2019inach\u00e8vement et d\u2019une trajectoire de vie arc-bout\u00e9e sur des rat\u00e9s initiatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais entre le liminaire initiatique qu\u2019est la classe de neige et le liminaire public et constitutif qu\u2019est l\u2019\u00e9tat de fils d\u2019assassin, on retrouve une zone de transition, une phase liminaire de r\u00e9sistance, qui est un temps matriciel de l\u2019ignorance (ce qui est l\u2019inverse de l\u2019initiation dont le propre est l\u2019acquisition d\u2019un savoir) et qui correspond ici \u00e0 une revendication de la liminarit\u00e9, une n\u00e9cessit\u00e9 et un appel \u00e0 l\u2019entre-deux&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il [Nicolas] aurait donn\u00e9 sa vie pour que cette minute dure \u00e9ternellement, pour que la chenille [le man\u00e8ge] ne s\u2019arr\u00eate plus. Ce qui venait de se passer, ce qui \u00e9tait en train de se passer en bas n\u2019existerait pas [c\u2019est-\u00e0-dire le petit fr\u00e8re en train de se faire kidnapper]. Ils ne l\u2019apprendraient jamais. Il n\u2019y aurait plus que cela dans la vie, la chenille qui tournait de plus en plus vite [\u2026]. (66)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Carr\u00e8re, le d\u00e9ni du r\u00e9el \u2013 qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement une liminarit\u00e9 par \u00e9tat<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote44sym\" name=\"sdfootnote44anc\">44<\/a><\/sup>, mais, dans certains cas, par choix ou d\u00e9sir (le dernier face au n\u00e9ant) \u2013 est r\u00e9current&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le bonheur, c\u2019est de se mettre hors d\u2019atteinte<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote45sym\" name=\"sdfootnote45anc\">45<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb La liminarit\u00e9 de r\u00e9sistance se trouverait chez certains sujets sociaux qui refusent, craignent, regimbent l\u2019irr\u00e9versible de la distinction qu\u2019impose le rite. Elle se voit aussi dans le refus de la transformation et de la m\u00e9tamorphose, qui correspond dans <em>La Classe de neige<\/em> au refus de passer \u00e0 l\u2019\u00e2ge adolescent et de quitter le monde enchant\u00e9 de l\u2019enfance<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote46sym\" name=\"sdfootnote46anc\">46<\/a><\/sup>. Comme Peter Pan, cet \u00ab&nbsp;enfant qui ne voulait pas grandir&nbsp;\u00bb, Nicolas veut rester dans cet entre-deux, avant \u00ab&nbsp;cet instant, cet endroit terribles o\u00f9 tout d\u2019un coup on basculait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb (64), ce \u00ab&nbsp;seuil du vide&nbsp;\u00bb (64), ce moment d\u2019avant la connaissance et d\u2019avant la confrontation au monde (violent, traumatisant) des adultes&nbsp;: il ne cesse de r\u00eaver qu\u2019il reste l\u00e0, fig\u00e9 dans l\u2019ambivalence : \u00ab&nbsp;La nuit n\u2019aurait pas de fin. Peut-\u00eatre qu\u2019ils ne sortiraient jamais&nbsp;\u00bb (40) esp\u00e8re-t-il, et ce, jusqu\u2019au retour \u00e0 la maison, o\u00f9 encore une fois il imagine que la cabine d\u2019ascenseur \u00ab&nbsp;s\u2019arr\u00eaterait entre deux \u00e9tages et qu\u2019ils y resteraient toujours&nbsp;\u00bb (147). Ne jamais sortir de ce \u00ab&nbsp;creux du mur&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;cet espace \u00e9troit, sombre, un vrai trou \u00e0 rats&nbsp;\u00bb (41), ne pas vouloir rentrer \u00e0 la maison, c\u2019est ne pas vouloir affronter la r\u00e9alit\u00e9 (ici du p\u00e8re meurtrier), mais pour le dire autrement, en termes anthropologiques, c\u2019est faire du lieu transitoire une forme de <em>domus<\/em> r\u00e9nov\u00e9e<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote47sym\" name=\"sdfootnote47anc\">47<\/a><\/sup>, c\u2019est tenter la domestication de la fronti\u00e8re, du seuil, du saltus. La marge devient un lieu de protection. Or, comme l\u2019\u00e9crit Marie Scarpa, \u00ab&nbsp;pour vivre il faut sortir un jour du ventre et affronter au grand jour la communaut\u00e9; \u00eatre initi\u00e9 c\u2019est quitter l\u2019indistinction et trouver sa place<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote48sym\" name=\"sdfootnote48anc\">48<\/a><\/sup>.&nbsp;\u00bb Parler de la marge en ces termes permet de penser un certain nombre de personnages qui habitent (et abritent en eux) la marge, qui la domestiquent, et pour qui elle est existentielle, d\u00e9finitoire de leur identit\u00e9 (sa spatialisation n\u2019est qu\u2019un de ses aspects qui sont aussi temporels, sociaux, culturels). Nicolas, comme le dit le texte, est \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 l\u2019\u00e9cart<\/em> des autres enfants, <em>d\u00e9finitivement<\/em> install\u00e9 [\u2026] dans le r\u00f4le du probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre.&nbsp;\u00bb (46) Il est bien dans une classe \u00e0 part.<\/p>\n<p><a name=\"sect8\"><\/a><\/p>\n<h2 align=\"justify\"><a href=\"#consid\u00e9rations\">Quelques consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur le PL<\/a><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Que le roman contemporain ne cesse de raconter des virtualisations, des d\u00e9mat\u00e9rialisations, des disparitions est un fait<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote49sym\" name=\"sdfootnote49anc\">49<\/a><\/sup>. Mais force est de constater que ces ph\u00e9nom\u00e8nes et processus, lorsque le d\u00e9sordre de la socialisation de l\u2019individu est au c\u0153ur de la narration, peuvent \u00eatre regroup\u00e9s \u00e0 l\u2019enseigne des liminarisations, tout en restreignant la notion de PL aux personnages qui vivent (mal) des moments fondateurs de l\u2019existence (souvent tributaires de passages rituels). Car si la litt\u00e9rature contemporaine voit une formidable extension et prolif\u00e9ration des seuils, limites, opercules, tous les passages rat\u00e9s et toutes les marges n\u2019engendrent pas un PL. Certaines conditions sont n\u00e9cessaires. Je voudrais ici en d\u00e9nombrer quelques-unes. Il faut que le \u00ab&nbsp;passage&nbsp;\u00bb dont il est question soit li\u00e9 \u00e0 une forme de ritualit\u00e9 (qui est, souvent, dans le r\u00e9cit contemporain, \u00e9clat\u00e9e, d\u00e9voy\u00e9e et\/ou invisible), bref que ce sch\u00e8me du passage soit organis\u00e9 autour du double sens du mot, \u00e0 la fois un <em>pas<\/em> compris comme une marche, une errance, un d\u00e9placement, et une transformation <em>d\u2019\u00e9tat<\/em>, d\u2019un statut, d\u2019une classe d\u2019\u00e2ge (et \u00e0 ce titre, j\u2019insiste surtout sur le second volet de la d\u00e9finition)<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote50sym\" name=\"sdfootnote50anc\">50<\/a><\/sup>. Le rite peut \u00eatre rat\u00e9\u2026 ou pas. Pr\u00e9cisons&nbsp;: le rite \u00ab&nbsp;mod\u00e8le&nbsp;\u00bb n\u2019existe pas, les circonstances l\u2019entourant varient avec le temps, l\u2019espace, les individus. \u00c0 ce titre, un l\u00e9ger dysfonctionnement est plut\u00f4t la preuve que le rite est vivant, dynamique, non folkloris\u00e9, d\u00e8s lors il ne produit pas n\u00e9cessairement un PL. Deuxi\u00e8me crit\u00e8re relatif au pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;: il faut que le processus de la socialisation entendu dans son sens anthropologique d\u2019acquisition des diff\u00e9rences de sexes, de statuts et d\u2019\u00e2ges soit au c\u0153ur de la trame narrative. Autre pr\u00e9cision&nbsp;: toute trajectoire biosociologique n\u2019est pas une ligne droite; et des \u00e9carts surviennent \u00e0 des moments ou \u00e0 d\u2019autres, d\u2019o\u00f9 le fait que \u2013 troisi\u00e8me n\u00e9cessit\u00e9 \u2013, mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart et \u00ab&nbsp;hors d\u2019atteinte<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote51sym\" name=\"sdfootnote51anc\">51<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, le PL doit avoir une incompl\u00e9tude constitutive, une marginalit\u00e9 durable et une invisibilit\u00e9 structurale<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote52sym\" name=\"sdfootnote52anc\">52<\/a><\/sup>. Ainsi, il est, pour reprendre autrement Lotman, incapable de \u00ab&nbsp;traverser les fronti\u00e8res structurelles de son espace culturel<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote53sym\" name=\"sdfootnote53anc\">53<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. N\u2019\u00e9tant plus class\u00e9 (ou \u00e9tant mal class\u00e9) dans une cat\u00e9gorie d\u2019\u00e2ge et\/ou de sexe, cumulant souvent les d\u00e9sordres et les exc\u00e8s, il a de la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir sa place \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me social qu\u2019il ne cesse de d\u00e9ranger, de d\u00e9sordonner. Mais, en contrepartie, l\u2019abolition de ses insignes qui font l\u2019identit\u00e9 peuvent lui permettre de refonder un ordre nouveau<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote54sym\" name=\"sdfootnote54anc\">54<\/a><\/sup>. En r\u00e9sum\u00e9, au PL correspondent des chronotopes (le seuil, la crise), des comp\u00e9tences (gardien du seuil, op\u00e9rateur de m\u00e9diations, cr\u00e9ateur de lien), des actions (le passage, la travers\u00e9e) et des buts (la socialisation, l\u2019initiation) particuliers.<\/p>\n<p><a name=\"sect9\"><\/a><\/p>\n<h2 align=\"justify\"><a href=\"#conclu\">Conclusion<\/a><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le roman contemporain voit le d\u00e9ploiement d\u2019une narrativit\u00e9 motiv\u00e9e par des cosmologies h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et par des sch\u00e8mes culturels. Ce sont bel et bien des ethno-logiques \u2013 celles de l\u2019invisible initiation, de la liminarisation, de l\u2019ensauvagement, de la socialisation \u2013 qui peuvent organiser les composantes textuelles que sont les intertextualit\u00e9s, la langue, la temporalit\u00e9, la spatialit\u00e9 et le personnage. Sans doute l\u2019int\u00e9r\u00eat de la notion du PL, outre le fait qu\u2019elle prolonge les analyses narratologiques et s\u00e9miotiques sur le personnage, est qu\u2019elle op\u00e8re une v\u00e9ritable res\u00e9mantisation socioculturelle des textes et qu\u2019elle prend en compte les mani\u00e8res anthropologiques de faire, de dire et de lire les trajectoires de vie.<\/p>\n<h1 class=\"western\" align=\"center\"><\/h1>\n<hr>\n<p><a name=\"sect10\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> &#8211; SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Le personnage liminaire&nbsp;\u00bb, <em>Romantisme<\/em>, n\u00b0 145, 2009, p. 25-35; VAN GENNEP Arnold, <em>Les Rites de passage,<\/em> Paris, Picard, 1988 [1909]; TURNER Victor, <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne rituel,<\/em> Paris, PUF, 1990 [1969].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> &#8211; PRIVAT Jean-Marie, \u00ab&nbsp;Une chose malpropre et inutile. Approche ethnocritique de <em>Boule de Suif<\/em>&nbsp;\u00bb, <em>L&rsquo;Autre en m\u00e9moire<\/em>, Actes du Colloque international de Winnipeg (Canada), LAPORTE D. (dir.), Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 2006, p.&nbsp;112.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> &#8211; VAN GENNEP Arnold, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;4.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;272.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> &#8211; SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille. Une ethnocritique du <\/em>R\u00eave<em> de Zola<\/em>, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2009, p.&nbsp;190.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;17.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211; GREIMAS Algirdas Julien et COURT\u00c9S Joseph, <em>S\u00e9miotique, dictionnaire raisonn\u00e9 de la th\u00e9orie du langage<\/em>, Paris, Hachette Universit\u00e9, 1979, p.&nbsp;307.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> &#8211; Si pour l\u2019instant du moins la majorit\u00e9 des travaux sur le PL porte sur le roman, force est de constater que sa dimension heuristique permet un \u00e9largissement \u00e0 d\u2019autres cadres g\u00e9n\u00e9riques. J\u2019en ai fait la d\u00e9monstration en \u00e9tudiant les <em>Tableaux parisiens<\/em> de Baudelaire qui offrent un personnel po\u00e9tique form\u00e9 de \u00ab&nbsp;sujets liminaires&nbsp;\u00bb comme le c\u00e9libataire, l\u2019endeuill\u00e9e, la veuve, l\u2019orphelin, la jeune fille, le revenant, etc. D\u2019o\u00f9 le fait que la po\u00e9sie baudelairienne investit s\u00e9mantiquement les chronotopes de la marge, que sont le \u00ab&nbsp;seuil&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;carrefour &nbsp;\u00bb. Ces espaces-temps liminaires o\u00f9 on perd pied disent la crois\u00e9e des chemins, qui est ce moment de bascule faisant le destin. Voir M\u00c9NARD Sophie, \u00ab&nbsp;Le Pied mal chauss\u00e9 de la mendiante rousse : une articulation dialogique entre conte et po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, mai, n\u00b0&nbsp;179, 2016, p.&nbsp;73-87; \u00ab&nbsp;Avec sa jambe de boiteuse. Lecture ethnocritique d\u2019<em>\u00c0 une passante<\/em> de Baudelaire&nbsp;\u00bb, <em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, t.&nbsp;XLIV, n\u00b0&nbsp;4, \u00ab&nbsp;Ethnologie(s) du litt\u00e9raire &nbsp;\u00bb, octobre 2014, p.&nbsp;629-636.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> &#8211; Je r\u00e9sume et \u00e9taye quelque peu les traits relev\u00e9s par Jean-Marie PRIVAT (\u00ab&nbsp;Une chose malpropre et inutile&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;111-124) et Marie SCARPA (<em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille, op. cit.<\/em>, p. 190-191). Voir aussi pour un autre exemple DELMOTTE-HALTER Alice, \u00ab&nbsp;L\u2019Amant, approche ethnocritique&nbsp;\u00bb, <em>La Revue des Ressources<\/em>, dossier \u00ab&nbsp;Marguerite Duras&nbsp;\u00bb, mis en ligne le 18 juin 2010 : <a href=\"http:\/\/www.larevuedesressources.org\/l-amant-approche-ethnocritique,1672.html\">http:\/\/www.larevuedesressources.org\/l-amant-approche-ethnocritique,1672.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> &#8211; VAN GENNEP Arnold, <em>op. cit.<\/em>, p. 275. Il poursuit : \u00ab&nbsp;C\u2019est pourquoi, si souvent, passer d\u2019un \u00e2ge, d\u2019une classe, etc., \u00e0 d\u2019autres, s\u2019exprime rituellement par le passage sous un portique ou par une ouverture des portes [\u2026] le passage id\u00e9al est proprement [\u2026] un passage mat\u00e9riel.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;275-276)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> &#8211; FABRE Daniel et FABRE-VASSAS Claudine, \u00ab&nbsp;Du rite au roman. Parcours d\u2019Yvonne Verdier&nbsp;\u00bb, dans VERDIER Yvonne, <em>Coutume et destin<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que des sciences humaines &nbsp;\u00bb, 1995, p.&nbsp;30.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> &#8211; SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille, op. cit.<\/em>, p.&nbsp;163.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> &#8211; FABRE Daniel, JAMIN Jean et MASSENZIO Marcello, \u00ab&nbsp;Jeu et enjeu ethnographiques de la biographie&nbsp;\u00bb, <em>L\u2019Homme<\/em>, n\u00b0 195-196, 2010, p.&nbsp;4.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> &#8211; BAKHTINE Mikha\u00efl, <em>L\u2019\u0152uvre de Fran\u00e7ois Rabelais et la culture populaire du Moyen \u00c2ge et sous la Renaissance<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Tel&nbsp;\u00bb, 1970, p.&nbsp;180. Sur le carnaval \u00e9tudi\u00e9 dans une perspective ethnocritique, voir l\u2019ouvrage de SCARPA Marie, <em>Le Carnaval des Halles. Une ethnocritique du <\/em>Ventre de Paris<em> de Zola<\/em>, Paris, CNRS \u00c9ditions, \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, 2000, p. 304 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> &#8211; FABRE Daniel, \u00ab&nbsp;Une culture paysanne&nbsp;\u00bb, dans BURGUI\u00c8RE A. et REVEL J. (dirs.), <em>Histoire de la France. H\u00e9ritages<\/em>, Seuil, \u00ab&nbsp;Points Histoire&nbsp;\u00bb, 2000 [1993], p.&nbsp;151-282.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> &#8211; LOTMAN Youri, <em>La S\u00e9miosph\u00e8re<\/em>, Presses universitaires de Limoges, coll.<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\">33<\/a><\/sup>\u00ab&nbsp;Nouveaux Actes S\u00e9miotiques&nbsp;\u00bb, 1999, p.&nbsp;73.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> &#8211; VERDIER Yvonne, <em>Coutume et destin, op. cit.<\/em>, p.&nbsp;162.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> &#8211; BAKHTINE Mikha\u00efl, \u00ab&nbsp;Formes du temps et du chronotope&nbsp;\u00bb, <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Tel&nbsp;\u00bb, 1978, p. 389.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> &#8211; <em> Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> &#8211; VAN GENNEP, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;275.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> &#8211; TURNER Victor W., <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;96.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> &#8211; ELSBREE Langdon,<em> Ritual Passages and Narratives Structures<\/em>, P. Lang, NY, 1991, p. 175, cit\u00e9 par SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille, op. cit.<\/em>, p.&nbsp;189.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a> &#8211; SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille, ibid.<\/em>, p.&nbsp;180.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a> &#8211; <em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;191-192. Elle a travaill\u00e9 sur plusieurs d\u2019entre eux : l\u2019idiot (Marjorin dans <em>Le Ventre de Paris<\/em> de Zola), la vieille fille (la Teuse dans <em>La Faute de l\u2019abb\u00e9 Mouret <\/em>de Zola et F\u00e9licit\u00e9 dans <em>Un c\u0153ur simple<\/em> de Flaubert), l\u2019\u00e9ternelle jeune fille (Ang\u00e9lique Rougon dans <em>Le R\u00eave<\/em> de Zola, Miette dans <em>La Fortune des Rougon<\/em> et L\u00e9one dans <em>Combat de n\u00e8gres et de chien<\/em> de Kolt\u00e8s), l\u2019\u00e9ternel jeune gar\u00e7on (Silv\u00e8re dans <em>La Fortune des Rougon<\/em>). Pour le d\u00e9tail des publications de Scarpa, voir le site <a href=\"http:\/\/ethnocritique.com\">ethnocritique.com<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a> &#8211; SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Figures du Sauvage &nbsp;\u00bb, dans LAVILLE B. et PELLEGRINI F. (dirs.), <em>La Fortune des Rougon. Lectures crois\u00e9es<\/em>, Bordeaux, Presses universitaires, 2015, p.&nbsp;205.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a> &#8211; BOURDIEU Pierre, <em>Le Sens pratique<\/em>, Paris, Minuit, \u00ab&nbsp;Le Sens commun&nbsp;\u00bb, 1980, p.&nbsp;351-352.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a> &#8211; SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Le personnage liminaire&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;34.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a> &#8211; VERDIER Yvonne, <em>Coutume et destin, op. cit.<\/em>, p.&nbsp;165.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a> &#8211; FABRE Daniel et BLANC Dominique, <em>Le Brigand de Cavanac. Le fait divers, le roman, l\u2019histoire<\/em>, Verdier, 1982, p.&nbsp;147.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a> &#8211; H\u00c9RITIER Fran\u00e7oise, <em>Masculin\/F\u00e9minin. La pens\u00e9e de la diff\u00e9rence<\/em>, Paris, Odile Jacob, 1996, p.&nbsp;21.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a> &#8211; Cette analyse, que j\u2019\u00e9taye et refonde, a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019une premi\u00e8re publication sous le titre : \u00ab&nbsp;Bricolages g\u00e9n\u00e9riques et culturels : <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re &nbsp;\u00bb, dans \u00ab&nbsp;Repenser le r\u00e9alisme &nbsp;\u00bb, <em>Cahiers ReMix<\/em> (UQAM), \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a> &#8211; CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>La Classe de neige<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio &nbsp;\u00bb, 1995, p.&nbsp;21. Toutes nos r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cette \u0153uvre seront d\u00e9sormais dans le corps du texte plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a> &#8211; Le dernier chapitre est construit comme un double compl\u00e9mentaire du premier : on voit Nicolas dans la voiture, non plus du p\u00e8re, mais de Patrick, faire la route en sens inverse et revenir chez lui. Toutefois, si structurellement ce retour correspond \u00e0 une phase d\u2019agr\u00e9gation, il est di\u00e9g\u00e9tiquement construit comme un r\u00e9-ensauvagement, une autre phase de marge. Deux signes surd\u00e9terminent le ratage initiatique : Nicolas devient muet comme la Petite Sir\u00e8ne qu\u2019il aime tant, et il comprend qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 \u00ab&nbsp;la porte allait s\u2019ouvrir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;sa vie commencerait et que dans cette vie, pour lui, il n\u2019y aurait pas de pardon&nbsp;\u00bb (148). Cette derni\u00e8re phrase du roman est une r\u00e9f\u00e9rence implicite \u00e0 la finale de Pinocchio qui, rappelons-le, devient un gar\u00e7on (passage du pantin \u00e0 l\u2019humain) lorsqu\u2019il a appris \u00e0 pardonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote35anc\" name=\"sdfootnote35sym\">35<\/a> &#8211; VAN GENNEP Arnold, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;93.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote36anc\" name=\"sdfootnote36sym\">36<\/a> &#8211; FOUCAULT Michel, \u00ab&nbsp;Des espaces autres, H\u00e9t\u00e9rotopies&nbsp;\u00bb, <em>Dits et \u00e9crits<\/em>, t.&nbsp;IV, Paris, Gallimard, 1994 [1967], p.&nbsp;46-49.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote37anc\" name=\"sdfootnote37sym\">37<\/a> &#8211; BAKHTINE Mikha\u00efl, \u00ab&nbsp;Formes du temps et du chronotope&nbsp;\u00bb,<em> op. cit.<\/em>, p.&nbsp;389.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\">38<\/a> &#8211; Sur ce sujet fondateur de l\u2019ethnocritique, voir PRIVAT Jean-Marie, <em>Bovary\/Charivari. Essai d\u2019ethnocritique<\/em>, Paris, CNRS, \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature &nbsp;\u00bb, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote39anc\" name=\"sdfootnote39sym\">39<\/a> &#8211; SEGALEN Martine, <em>Rites et rituels contemporains<\/em>, Nathan Universit\u00e9, 1998, p.&nbsp;36.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote40anc\" name=\"sdfootnote40sym\">40<\/a> &#8211; \u00ab&nbsp;[C]omme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 perdu dans une for\u00eat&nbsp;\u00bb (79), Nicolas erre en pleine nuit et s\u2019endort, comme la belle au bois dormant, dans la temp\u00eate hivernale : \u00ab&nbsp;c\u2019\u00e9tait donc cela mourir&nbsp;\u00bb (77), pense-t-il. Apr\u00e8s ce qu\u2019il faut bien appeler sa \u00ab&nbsp;mort temporaire &nbsp;\u00bb, autre s\u00e9quence liminaire-type du rite de passage, Nicolas se croit \u00ab&nbsp;devenu invisible&nbsp;\u00bb (91).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote41anc\" name=\"sdfootnote41sym\">41<\/a> &#8211; FABRE Daniel et BLANC Dominique, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;129.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote42anc\" name=\"sdfootnote42sym\">42<\/a> &#8211; FABRE Daniel, \u00ab&nbsp;La folie de Pierre Rivi\u00e8re&nbsp;\u00bb, <em>Le D\u00e9bat<\/em>, vol.&nbsp;4, n\u00b0&nbsp;66, 1991, p.&nbsp;105.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote43anc\" name=\"sdfootnote43sym\">43<\/a> &#8211; Le retour implique de revenir \u00e0 l\u2019espace-temps familial qui est d\u00e9sormais \u00e9clat\u00e9 et d\u00e9racin\u00e9. Il n\u2019y a pas de possibilit\u00e9 de r\u00e9tablir une continuit\u00e9 rompue non plus temporairement par le s\u00e9jour en classe de neige, mais d\u00e9finitivement par le meurtre accompli par le p\u00e8re qui d\u00e9mant\u00e8le l\u2019organisation familiale et g\u00e9n\u00e8re de la discontinuit\u00e9. Le monde quotidien se renverse et devient liminaire. Et le r\u00e9cit concr\u00e9tise les sc\u00e9narios de l\u2019\u00e9chec et du malheur qui sont en ad\u00e9quation avec l\u2019imaginaire contemporain. Ainsi, le personnage principal est \u00e0 la fin doublement marginalis\u00e9&nbsp;: le drame familial, outre le fait qu\u2019il l\u2019exclut litt\u00e9ralement de sa communaut\u00e9 scolaire, le place dans une situation de liminarit\u00e9 intime inf\u00e9od\u00e9e \u00e0 un exc\u00e8s de s\u00e9paration. Le fait qu\u2019il devienne muet et qu\u2019il ferme son corps aux vivants sugg\u00e8re une non-agr\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote44anc\" name=\"sdfootnote44sym\">44<\/a> &#8211; SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille, op. cit.<\/em>, p.&nbsp;200. Notons que la liminarisation de r\u00e9sistance et de revendication n\u2019est bien \u00e9videmment pas propre \u00e0 la litt\u00e9rature contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote45anc\" name=\"sdfootnote45sym\">45<\/a> &#8211; CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>Le Royaume<\/em>, Paris, P.O.L., 2014, p.&nbsp;223.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote46anc\" name=\"sdfootnote46sym\">46<\/a> &#8211; Et \u00e0 ce titre, <em>L\u2019Adversaire<\/em> de Carr\u00e8re (2000) pr\u00e9sente \u00e9galement un personnage liminaire de r\u00e9sistance : Jean-Claude Romand, mari\u00e9 et p\u00e8re de famille, refuse d\u2019acc\u00e9der au monde adulte et \u00e0 ses responsabilit\u00e9s. D\u2019ailleurs, il passe ses journ\u00e9es \u00e0 errer litt\u00e9ralement dans la for\u00eat de son enfance. Il est donc construit par le texte comme un PL, m\u00eame s\u2019il est officiellement et rituellement agr\u00e9g\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 des adultes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote47anc\" name=\"sdfootnote47sym\">47<\/a> &#8211; L\u2019ethnocritique actualise la chronotopie tripartite domus\/campus\/saltus que les g\u00e9ographes et historiens ont d\u2019abord r\u00e9serv\u00e9e au paysage de l\u2019Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine puis \u00e0 celui de la France rurale en l\u2019appliquant aux espaces modernes y compris les plus urbains (BRAUDEL F., <em>L\u2019Identit\u00e9 de la France<\/em>, Paris, Arthaud, 1986). La domus (l\u2019espace du domestique, de la reproduction), le campus (l\u2019espace du travail, de la production), le saltus (l\u2019espace du non domestique et du non \u00ab&nbsp;travaill\u00e9&nbsp;\u00bb : la marge, l\u2019in-cultiv\u00e9, l\u2019invisible, etc.) ont des traits d\u00e9finitoires propres, mais qui, en fonction des moments et des contextes, s\u2019entrecroisent, s\u2019hybrident, se \u00ab&nbsp;dialogisent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote48anc\" name=\"sdfootnote48sym\">48<\/a> &#8211; Voir SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Le vert paradis des amours enfantines&nbsp;\u00bb, dans MITTERAND H. et PITON-FOUCAULT E. (dirs.), <em>Lectures de Zola<\/em>, Rennes, Presses Universitaires, 2015, p.&nbsp;117-128. Ici l\u2019indistinction, le ventre, l\u2019abri, ce n\u2019est pas la domus, la maison, le monde domestique, car il y a litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;p\u00e9ril en la demeure&nbsp;\u00bb (CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>La Moustache<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1987, p.&nbsp;102). La domus est envahie par le saltus (le sauvage, l\u2019ensauvagement) : c\u2019est le cas dans <em>La Classe de neige<\/em> et dans <em>L\u2019Adversaire<\/em> o\u00f9 le p\u00e8re ensauvage l\u2019espace domestique par son alt\u00e9rit\u00e9 meurtri\u00e8re et mensong\u00e8re, c\u2019est le cas dans <em>La Moustache<\/em> o\u00f9 la fronti\u00e8re entre le r\u00e9el et le cauchemar est poreuse et o\u00f9 la folie envahit la vie quotidienne. Le seuil, cet espace-temps de la transition, acquiert, tout en les r\u00e9novant, les propri\u00e9t\u00e9s du domestique (cet espace de l\u2019habitation).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote49anc\" name=\"sdfootnote49sym\">49<\/a> -Voir sur ce sujet RABAT\u00c9 Dominique, <em>D\u00e9sir de dispara\u00eetre. Une travers\u00e9e du roman fran\u00e7ais contemporain<\/em>, Rimouski et Trois-Rivi\u00e8ves, Tangence \u00e9diteur, \u00ab&nbsp;Confluences&nbsp;\u00bb, 2016, 93&nbsp;p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote50anc\" name=\"sdfootnote50sym\">50<\/a> &#8211; Voir aussi sur cette id\u00e9e BONNIN Philippe, \u00ab&nbsp;Dispositifs et rituels du seuil&nbsp;\u00bb, <em>Communications<\/em>, n\u00b0&nbsp;1, vol. 70, 2000, p.&nbsp;65-92.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote51anc\" name=\"sdfootnote51sym\">51<\/a> &#8211; Pour reprendre le titre du roman de Carr\u00e8re, <em>Hors d\u2019atteinte<\/em> (1988); expression qui revient dans plusieurs de ses romans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote52anc\" name=\"sdfootnote52sym\">52<\/a> &#8211; Comme l\u2019\u00e9crit Turner \u00e0 propos des individus liminaires : \u00ab&nbsp;Their structural \u201cinvisibility\u201d may be marked not only by seclusion \u201cfrom men\u2019s eyes\u201d but also by the loss of their preliminal names, by the removal of clothes, insignia and other indicators of preliminal status; they may be required to speak in whispers, if at all.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Variations on a th\u00e8me of liminality&nbsp;\u00bb, dans FALK MOORE Sally et MYERHOFF Barbara G. (dirs.), <em>Secular ritual<\/em>, Amsterdam, Van Gorcum, 1977, p.&nbsp;37.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote53anc\" name=\"sdfootnote53sym\">53<\/a> &#8211; LOTMAN Youri,<em> op. cit.<\/em>, p.&nbsp;55.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote54anc\" name=\"sdfootnote54sym\">54<\/a> &#8211; Marie Scarpa \u00e9crit : \u00ab&nbsp;ce personnage de \u201cnon initi\u00e9 sur-initi\u00e9\u201d [peut \u00eatre] le fondateur d\u2019un ordre nouveau.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Le personnage liminaire&nbsp;\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;34).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote73\">\n<hr>\n<\/div>\n<p><a name=\"sect11\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">BAKHTINE Mikha\u00efl, <em>L\u2019\u0152uvre de Fran\u00e7ois Rabelais et la culture populaire du Moyen \u00c2ge et sous la Renaissance<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Tel&nbsp;\u00bb, 1970.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BAKHTINE Mikha\u00efl, \u00ab&nbsp;Formes du temps et du chronotope&nbsp;\u00bb, <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Tel&nbsp;\u00bb, 1978.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BONNIN Philippe, \u00ab&nbsp;Dispositifs et rituels du seuil&nbsp;\u00bb, <em>Communications<\/em>, n\u00b0&nbsp;1, vol.&nbsp;70, 2000, p.&nbsp;65-92.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BOURDIEU Pierre, <em>Le Sens pratique<\/em>, Paris, Minuit, \u00ab&nbsp;Le Sens commun&nbsp;\u00bb, 1980.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BRAUDEL F., <em>L\u2019Identit\u00e9 de la France<\/em>, Paris, Arthaud, 1986.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>La Moustache<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>La Classe de neige<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Folio&nbsp;\u00bb, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CARR\u00c8RE Emmanuel, <em>Le Royaume<\/em>, Paris, P.O.L., 2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DELMOTTE-HALTER Alice, \u00ab&nbsp;L\u2019Amant, approche ethnocritique&nbsp;\u00bb, <em>La Revue des Ressources<\/em>, dossier \u00ab&nbsp;Marguerite Duras&nbsp;\u00bb, [en ligne], 18 juin 2010 : <a href=\"http:\/\/www.larevuedesressources.org\/l-amant-approche-ethnocritique,1672.html\">http:\/\/www.larevuedesressources.org\/l-amant-approche-ethnocritique,1672.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ELSBREE Langdon,<em> Ritual Passages and Narratives Structures<\/em>, NY, P. Lang, 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FABRE Daniel et BLANC Dominique, <em>Le Brigand de Cavanac. Le fait divers, le roman, l\u2019histoire<\/em>, Verdier, 1982.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FABRE Daniel, \u00ab&nbsp;La folie de Pierre Rivi\u00e8re&nbsp;\u00bb, <em>Le D\u00e9bat<\/em>, vol.&nbsp;4, n\u00b0 66, 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FABRE Daniel, \u00ab&nbsp;Une culture paysanne &nbsp;\u00bb, dans BURGUI\u00c8RE A. et REVEL J. (dirs.), <em>Histoire de la France. H\u00e9ritages<\/em>, Seuil, \u00ab&nbsp;Points Histoire&nbsp;\u00bb, 2000 [1993], p.&nbsp;151-282.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FABRE Daniel et FABRE-VASSAS Claudine, \u00ab&nbsp;Du rite au roman. Parcours d\u2019Yvonne Verdier&nbsp;\u00bb, dans VERDIER Yvonne, <em>Coutume et destin<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que des sciences humaines&nbsp;\u00bb, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FABRE Daniel, JAMIN Jean et MASSENZIO Marcello, \u00ab&nbsp;Jeu et enjeu ethnographiques de la biographie&nbsp;\u00bb, <em>L\u2019Homme<\/em>, n\u00b0&nbsp;195-196, 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FOUCAULT Michel, \u00ab&nbsp;Des espaces autres, H\u00e9t\u00e9rotopies&nbsp;\u00bb, <em>Dits et \u00e9crits<\/em>, t.&nbsp;IV, Paris, Gallimard, 1994 [1967].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GREIMAS Algirdas Julien et COURT\u00c9S Joseph, <em>S\u00e9miotique, dictionnaire raisonn\u00e9 de la th\u00e9orie du langage<\/em>, Paris, Hachette Universit\u00e9, 1979.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">H\u00c9RITIER Fran\u00e7oise, <em>Masculin\/F\u00e9minin. La pens\u00e9e de la diff\u00e9rence<\/em>, Paris, Odile Jacob, 1996.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LOTMAN Youri, <em>La S\u00e9miosph\u00e8re<\/em>, Presses universitaires de Limoges, coll. \u00ab&nbsp;Nouveaux Actes S\u00e9miotiques&nbsp;\u00bb, 1999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00c9NARD SOPHIE, \u00ab&nbsp;Avec sa jambe de boiteuse. Lecture ethnocritique d\u2019<em>\u00c0 une passante<\/em> de Baudelaire&nbsp;\u00bb, <em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, t.&nbsp;XLIV, n\u00b0&nbsp;4, \u00ab&nbsp;Ethnologie(s) du litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb, octobre 2014, p.&nbsp;629 636.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00c9NARD Sophie, \u00ab&nbsp;Le Pied mal chauss\u00e9 de la mendiante rousse : une articulation dialogique entre conte et po\u00e9sie&nbsp;\u00bb, <em>Po\u00e9tique<\/em>, mai, n\u00b0&nbsp;179, 2016, p.&nbsp;73-87.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00c9NARD Sophie, \u00ab&nbsp;Bricolages g\u00e9n\u00e9riques et culturels : <em>La Classe de neige<\/em> de Carr\u00e8re &nbsp;\u00bb, dans \u00ab&nbsp;Repenser le r\u00e9alisme &nbsp;\u00bb, <em>Cahiers ReMix<\/em> (UQAM), \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">PRIVAT Jean-Marie, <em>Bovary\/Charivari. Essai d\u2019ethnocritique<\/em>, Paris, CNRS, \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">PRIVAT Jean-Marie, \u00ab&nbsp;Une chose malpropre et inutile. Approche ethnocritique de <em>Boule de Suif<\/em>&nbsp;\u00bb, <em>L&rsquo;Autre en m\u00e9moire<\/em>, Actes du Colloque international de Winnipeg (Canada), LAPORTE D. (dir.), Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">RABAT\u00c9 Dominique, <em>D\u00e9sir de dispara\u00eetre. Une travers\u00e9e du roman fran\u00e7ais contemporain<\/em>, Rimouski et Trois-Rivi\u00e8ves, Tangence \u00e9diteur, \u00ab&nbsp;Confluences&nbsp;\u00bb, 2016, 93&nbsp;p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCARPA Marie, <em>Le Carnaval des Halles. Une ethnocritique du <\/em>Ventre de Paris<em> de Zola<\/em>, Paris, CNRS \u00c9ditions, \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, 2000, 304&nbsp;p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCARPA Marie, <em>L\u2019\u00c9ternelle jeune fille. Une ethnocritique du <\/em>R\u00eave<em> de Zola<\/em>, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Le personnage liminaire&nbsp;\u00bb, <em>Romantisme<\/em>, n\u00b0&nbsp;145, 2009, p.&nbsp;25-35.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Figures du Sauvage&nbsp;\u00bb, dans LAVILLE B. et PELLEGRINI F. (dirs.), <em>La Fortune des Rougon. Lectures crois\u00e9es<\/em>, Bordeaux, Presses universitaires, 2015.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SCARPA Marie, \u00ab&nbsp;Le vert paradis des amours enfantines&nbsp;\u00bb, dans MITTERAND H. et PITON-FOUCAULT E. (dirs.), <em>Lectures de Zola<\/em>, Rennes, Presses Universitaires, 2015, p.&nbsp;117-128.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SEGALEN Martine, <em>Rites et rituels contemporains<\/em>, Nathan Universit\u00e9, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">TURNER Victor, <em>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne rituel,<\/em> Paris, PUF, 1990 [1969].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">TURNER Victor, \u00ab&nbsp;Variations on a th\u00e8me of liminality&nbsp;\u00bb, dans FALK MOORE Sally et MYERHOFF Barbara G. (dirs.), <em>Secular ritual<\/em>, Amsterdam, Van Gorcum, 1977.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">VAN GENNEP Arnold, <em>Les Rites de passage,<\/em> Paris, Picard, 1988 [1909].<\/p>\n<p align=\"justify\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sophie M\u00c9NARD Docteure et charg\u00e9e de cours au d\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires de l\u2019UQAM, Sophie M\u00e9nard s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la culture \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans diverses pratiques s\u00e9miotiques (roman, nouvelle, po\u00e9sie, art). Elle a fait para\u00eetre plusieurs articles en ethnocritique de la litt\u00e9rature et des arts, de m\u00eame que deux ouvrages sur \u00c9mile Zola. Pour citer cet article [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[102340],"class_list":["post-2677","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-n8","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2677"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2677\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4162,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2677\/revisions\/4162"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}