 {"id":3135,"date":"2018-01-09T19:58:06","date_gmt":"2018-01-09T18:58:06","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=3135"},"modified":"2019-10-03T08:37:47","modified_gmt":"2019-10-03T07:37:47","slug":"un-fantome-au-plumard-pour-dejouer-la-pesanteur-sextraire-des-limites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/un-fantome-au-plumard-pour-dejouer-la-pesanteur-sextraire-des-limites\/","title":{"rendered":"Un fant\u00f4me au plumard pour\u2026 d\u00e9jouer la pesanteur, s\u2019extraire des limites"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>C\u00e9line Cadaureille<\/strong><br \/>\nC\u00e9line Cadaureille est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en arts plastiques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Jean Monnet de Saint-Etienne, elle est engag\u00e9e dans des recherches plastiques et th\u00e9oriques, \u00e9tant \u00e9galement artiste. Rattach\u00e9e au laboratoire CIEREC, ses sujets d\u2019\u00e9tudes portent essentiellement sur les repr\u00e9sentations des d\u00e9sirs et des peurs \u00e0 travers la sculpture, l\u2019installation et la performance.<\/p>\n<p><a href=\"mailto:celine.cadaureille@univ-st- etienne.fr\">celine.cadaureille@univ-st- etienne.fr<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Cadaureille, C\u00e9line, \u00ab Un fant\u00f4me au plumard pour\u2026 d\u00e9jouer la pesanteur, s\u2019extraire des limites \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b09 \u00ab Lieux et non-lieux : liens au corps \u00bb, printemps 2018, mis en ligne le 28\/03\/2018, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/un-fantome-au-pl\u2026aire-des-limites\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/un-fantome-au-pl\u2026aire-des-limites\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/03\/article-C\u00e9line.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format PDF<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u00e9tude propose une approche en recherche cr\u00e9ation dans laquelle l\u2019auteur pr\u00e9sente les r\u00e9flexions qui ont accompagn\u00e9 ses cr\u00e9ations intitul\u00e9es <em>Fant\u00f4me<\/em> et <em>Plumard<\/em>. Des sculptures qui semblent se r\u00e9pondre dans l\u2019espace en \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e au sol pour l\u2019une et suspendue dans les airs pour l\u2019autre. Dans cet ensemble, le corps n\u2019est qu\u2019un fragment qui prend place dans la densit\u00e9 des mati\u00e8res qui l\u2019entourent. La question du lieu et non lieu est abord\u00e9e \u00e0 travers la notion de pesanteur afin de voir comment il semble possible de s\u2019extraire de cette condition physique pour tenter de s\u2019\u00e9lever un moment hors de soi. Cette \u00e9tude se concentre sur le texte <em>Corpus <\/em>(1992) de Jean-Luc Nancy mais aussi sur les textes de Michel Foucault <em>Le corps utopique<\/em> et&nbsp;<em>Les H\u00e9t\u00e9rotopies <\/em>(1966).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : Sculpture &#8211; corps &#8211; lieu &#8211; limite &#8211; densit\u00e9 &#8211; pesanteur &#8211; utopie &#8211; \u00e9vasion &#8211; mort &#8211; shibari.<\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">This study, through a \u201cresearch creation\u201d approach, presents the thoughts of the author while creating the works Fant\u00f4me and Plumard. These sculptures seem to answer each other in the space, as one is displayed on the floor and the other one is suspended in the air. In this association, the body is only a fragment taking place in the thickness of the surrounding matters. The question of the place is addressed trough the notion of heaviness, in order to see how it is possible to escape one\u2019s body condition and rise above oneself. This study focuses on the text <em>Corpus<\/em> (1992) by Jean-Luc Nancy and on other writings by Michel Foucault : <em>Le corps utopique<\/em> and <em>Les H\u00e9t\u00e9rotopies<\/em> (1966).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Keywords<\/strong>: Sculpture &#8211; body &#8211; place &#8211; limit &#8211; thickness &#8211; heaviness &#8211; utopia &#8211; escape &#8211; death &#8211; shibari.<\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Sommaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Le seul lieu que l\u2019on occupe serait le corps <\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect5\">2. Le corps mort, le cadavre <\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect6\">3. Au \u00ab Plumard \u00bb : une nouvelle tentative d\u2019\u00e9vasion <\/a><br \/>\n<a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect8\">Conclusion<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect9\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect10\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Je me concentrerai sur mon travail artistique en \u00e9tudiant deux sculptures<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>1<\/sup><\/a><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><\/a> qui me semblent \u00eatre attach\u00e9es \u00e0 un lieu, ancr\u00e9es \u00e0 un corps. La premi\u00e8re, <em>Fant\u00f4me,<\/em> a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 2012 pour le Prix de la Jeune Cr\u00e9ation<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>2<\/sup><\/a> au Moulin des Arts de St R\u00e9my&nbsp;; la seconde, <em>Plumard,<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e durant la r\u00e9sidence de Dompierre sur Besbre pour l\u2019exposition <em>La douceur des utopies<\/em> en 2013. Ces deux sculptures repr\u00e9sentent des corps qui semblent se r\u00e9pondre dans l\u2019espace&nbsp;: pr\u00e9sent\u00e9e au sol pour l\u2019une et suspendue dans les airs pour l\u2019autre. Mais le corps n\u2019est pas enti\u00e8rement l\u00e0, on le devine dans cet amas de lambeaux de cuir ou encore parmi des \u00e9l\u00e9ments de literie, des accessoires divers et vari\u00e9s. Le corps n\u2019est qu\u2019un fragment, qu\u2019un d\u00e9tail dans l\u2019ensemble&nbsp;: un moulage de pieds qui nous indique la position d\u2019une silhouette \u00e0 travers la mati\u00e8re et les objets qui semblent l\u2019ensevelir. Bien que ces deux \u0153uvres n\u2019aient encore jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es conjointement<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>3<\/sup><\/a>, je reconnais qu\u2019elles forment pourtant un ensemble qui me permet de penser ma relation au corps en tant que sculpteur, de comprendre ce qui fait masse et volume pour exister. Elles prennent place dans l\u2019espace, elles se confrontent \u00e0 mon corps mais aussi \u00e0 celui du spectateur en nous laissant entrevoir une \u00e9ventuelle \u00e9vasion \u00e0 travers ce que pourrait \u00eatre ces hors-corps que l\u2019on consid\u00e9rera ici comme des non-lieux<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>4<\/sup><\/a>. Dans cette \u00e9tude nous poserons la question du lieu et du non-lieu par rapport au corps et \u00e0 travers la notion de pesanteur afin de voir comment il semble possible de s\u2019extraire de nos conditions physiques, de la gravit\u00e9 du sujet pour tenter de s\u2019\u00e9lever un moment hors de soi. Flotter dans un \u00ab&nbsp;corps utopique&nbsp;\u00bb pour reprendre le titre d\u2019une conf\u00e9rence de Michel Foucault ou encore toucher l\u2019ar\u00e9alit\u00e9 des corps pour nous approcher de Jean-Luc Nancy. Leurs textes respectifs que sont <em>Le Corps utopique<\/em> (1966) et <em>Corpus<\/em> (1992) viendront baliser nos r\u00e9flexions sur le sujet dans une lecture crois\u00e9e qui forme ici une sorte de chemin de fer pour notre pens\u00e9e.<a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#1\">1. Le seul lieu que l\u2019on occupe serait le corps<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous sommes, pour ainsi dire, contraints par nos limites corporelles&nbsp;: il ne s\u2019agit pas de consid\u00e9rer les insuffisances de notre corps mais plut\u00f4t de voir en quoi sa masse, son organicit\u00e9, sa perception, son enveloppe peau nous imposent d\u2019\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 il se trouve, dans un lieu limitatif. C\u2019est sur ce constat que Michel Foucault ouvre sa conf\u00e9rence de 1966 concernant le corps utopique. Il annonce d\u00e8s la premi\u00e8re phrase que \u00ab&nbsp;ce lieu l\u00e0, d\u00e8s que j\u2019ai les yeux ouverts, je ne peux plus y \u00e9chapper<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>5<\/sup><\/a>\u00bb. D\u2019apr\u00e8s Foucault, le corps appara\u00eet comme \u00ab&nbsp;le lieu absolu<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>6<\/sup><\/a> \u00bb, il utilise \u00e9galement les termes de \u00ab&nbsp;topie impitoyable<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>7<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb qui insiste sur le fait que nous ne pouvons pas \u00e9chapper \u00e0 cette condition physique et localisable. Le corps appara\u00eet comme un carcan, une enveloppe qui nous limite et nous condamne \u00e0 \u00ab&nbsp;croupir&nbsp;\u00bb sous cette peau\u2026 On remarque que le champ lexical utilis\u00e9, \u00e0 la fois par Michel Foucault mais aussi par Jean-Luc Nancy, \u00e9voque l\u2019univers carc\u00e9ral. Au sujet du corps, Foucault parle de vilaine coquille mais aussi de cage et il explique qu\u2019il faudra&nbsp;bien : \u00ab&nbsp;\u00e0 travers cette grille, [\u2026] parler, regarder, \u00eatre regard\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>8<\/sup><\/a> \u00bb. On retrouve ce genre de lexique quelques ann\u00e9es plus tard dans le texte <em>Corpus<\/em> (1992) de Jean-Luc Nancy lorsqu\u2019il d\u00e9crit le corps par exemple \u00e0 travers \u00ab&nbsp;son \u00e9paisseur de mur de prison, [\u2026] sa masse de terre tass\u00e9e dans le tombeau, [\u2026] sa lourdeur poisseuse de d\u00e9froque<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>9<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que l\u2019on puisse bouger avec ce corps, le mettre en mouvement et se d\u00e9placer, nous restons malgr\u00e9 tout attach\u00e9s \u00e0 cette coquille \u00e0 travers laquelle nous percevons le monde. Ce corps nous fige et nous contraint par sa nature, ses besoins, son poids, sa finalit\u00e9, sa d\u00e9cr\u00e9pitude. La formule de Michel Foucault indiquant que&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e8s que j\u2019ai les yeux ouverts, je ne peux plus y \u00e9chapper<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>10<\/sup><\/a> \u00bb, soit qu\u2019il est impossible de s\u2019extraire du corps que nous habitons, nous laisse tout de m\u00eame entendre qu\u2019une issue est peut-\u00eatre envisageable lorsque les yeux restent clos&nbsp;! C\u2019est du moins ce que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 exposer \u00e0 travers mon travail de sculpture, me donnant ainsi la possibilit\u00e9 d\u2019imaginer l\u2019\u00e9vasion de cet espace-corps que j\u2019occupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il se trouve qu\u2019en fermant les yeux, quand je dors, quand je r\u00eave, j\u2019imagine \u00eatre ailleurs tout en \u00e9tant <em>l\u00e0<\/em>&nbsp;: ici et maintenant. Les corps, pour reprendre les termes de Jean-Luc Nancy, sont dans cette extension du <em>l\u00e0<\/em>, il \u00e9crit&nbsp;ceci : \u00ab&nbsp;Les corps sont des lieux d\u2019existence, et il n\u2019y a pas d\u2019existence sans lieu, sans <em>l\u00e0<\/em> [\u2026]<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>11<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. La cr\u00e9ation nous offre la possibilit\u00e9 d\u2019envisager un ailleurs, de croire que l\u2019on peut tenter une \u00e9vasion vers d\u2019autres espaces, vers d\u2019autres corps&nbsp;que l\u2019on nommerait des corps utopiques. On ferme les yeux quand on dort, quand on r\u00eave, mais aussi de mani\u00e8re d\u00e9finitive quand on meurt&nbsp;! Or, la mort est cet espace que l\u2019on ne peut habiter, que l\u2019on ne peut conna\u00eetre car <em>a priori<\/em> nous ne pouvons pas faire l\u2019exp\u00e9rience de la mort et en t\u00e9moigner. Pour reprendre les termes de Michel Foucault, la mort nous appara\u00eet comme \u00ab&nbsp;un espace inaccessible<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>12<\/sup><\/a> \u00bb, il explique que la mort est ainsi \u00ab&nbsp;[\u2026] une utopie qui est faite pour effacer les corps&nbsp;[\u2026] C\u2019est l\u2019utopie du corps ni\u00e9 et transfigur\u00e9<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>13<\/sup><\/a> \u00bb. On ne peut qu\u2019imaginer et donner forme \u00e0 ces images. La cr\u00e9ation nous permet d\u2019engendrer des formes pour ces autres corps transfigur\u00e9s, de penser ces non-lieux qui s\u2019ouvrent comme des \u00e9chappatoires et nous offrent des moments o\u00f9 l\u2019on peut chercher \u00e0 \u00eatre hors de son corps (sans pour autant faire l\u2019exp\u00e9rience de la mort).<a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#2\">2. Le corps mort, le cadavre<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce lieu que nous habitons sera celui de notre propre cadavre, en d\u2019autres termes nous occupons l\u2019espace de notre future d\u00e9pouille. Jean-Luc Nancy pr\u00e9sente les choses ainsi en \u00e9crivant&nbsp;: \u00ab Toute sa vie, le corps est aussi un corps mort, le corps d\u2019un mort, de ce mort que je suis vivant. Mort ou vif, ni mort, ni vif, je <em>suis<\/em> l\u2019ouverture, la tombe ou la bouche, l\u2019une dans l\u2019autre<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>14<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et si nous voulions \u00e9chapper \u00e0 cette d\u00e9pouille, nous \u00e9vader de nous-m\u00eame, de cette tombe qui, avec le temps ou la maladie, se referme sur nous&nbsp;? Cette image qui m\u00eale le corps et la tombe peut s\u2019entrapercevoir dans le travail de sculpture mortuaire r\u00e9alis\u00e9e pour le tombeau des gardes nationaux du cimeti\u00e8re du Ladhof de Colmar<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>15<\/sup><\/a>. Ce tombeau effectu\u00e9 en 1872 par Auguste Bartholdi pr\u00e9sente un fragment de corps, un bras qui est pris entre les deux dalles de la tombe. La configuration de cet ensemble peut nous laisser penser que le tombeau s\u2019est violemment referm\u00e9 sur ce corps comme si la mort s\u2019\u00e9tait abattue sur le garde durant son service, l\u2019obligeant \u00e0 l\u00e2cher son \u00e9p\u00e9e dans sa chute. Mais la faille qui existe entre les deux dalles nous laisse aussi imaginer que ce fragment corporel est encore en vie, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un bras de mort-vivant pr\u00eat \u00e0 reprendre les armes&nbsp;! On est alors dans un entre deux&nbsp;: ni mort, ni vif. Une confusion se cr\u00e9e entre la pierre tombale et le fragment corporel, une faille s\u2019ouvre entre ces deux \u00e9l\u00e9ments et laisse appara\u00eetre une ombre nous conduisant vers les corps des morts, vers \u00ab&nbsp;une utopie qui est faite pour effacer les corps<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup>16<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019image du tombeau a accompagn\u00e9 ma r\u00e9flexion lors de la cr\u00e9ation de <em>Fant\u00f4me<\/em> bien que le fragment corporel ne soit pas un bras mais deux pieds qui se d\u00e9gagent de cette masse que forment les lambeaux de cuir<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\"><sup>17<\/sup><\/a>. Pour certains, cet ensemble peut rappeler nos jeux d\u2019enfants \u00e0 la plage, lorsqu\u2019on s\u2019amusait \u00e0 s\u2019enterrer vivant\u2026 mais les mati\u00e8res et les couleurs de cette installation r\u00e9v\u00e8lent rapidement la morbidit\u00e9 et la fausse na\u00efvet\u00e9 de ce jeu estival. Ici, on ne voit pas de t\u00eate ni de bras mais seulement deux pieds l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9form\u00e9s par l\u2019\u00e2ge qui semblent au repos. Il s\u2019agit de pieds moul\u00e9s sur nature et peints en noir pour venir se confondre \u00e0 la masse de cuir qui, en s\u00e9chant, laisse appara\u00eetre diff\u00e9rents niveaux de gris. C&rsquo;est-\u00e0-dire que ces lambeaux de cuir sont bien noirs tant qu\u2019ils sont humides mais deviennent assez rapidement gris en surface, cr\u00e9ant une impression de poussi\u00e8re et de cendres. Il s\u2019agit essentiellement de cuir de vache mais \u00e0 travers ces peaux animales il y avait pour moi l\u2019id\u00e9e d\u2019enveloppes, de d\u00e9froques qui se d\u00e9composent en formant cette ombre imposante, ce tertre fun\u00e9raire. En conservant un moment cette masse au sein de mon atelier pour que le cuir transpire et s\u00e8che, je ressentais fortement ce monticule fait de ces peaux \u00e9lim\u00e9es. J\u2019ai voulu rendre cette pr\u00e9sence visible en ajoutant deux pieds afin de d\u00e9montrer que le corps peut s\u2019envisager dans la masse d\u2019un tertre fun\u00e9raire et devenir son propre tombeau&nbsp;! Jean-Luc Nancy d\u00e9crit dans son livre <em>Corpus<\/em> ce concept de masse en \u00e9crivant que : \u00ab&nbsp;Les masses qui se distribuent, qui zonent l\u2019\u00e9tendue des corps, de mani\u00e8re toujours modifiable, sont des lieux de densit\u00e9, non de concentration<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><sup>18<\/sup><\/a> \u00bb. \u00c0 travers la sculpture intitul\u00e9e <em>Fant\u00f4me<\/em>, je voulais en quelque sorte rendre compte de cette masse dense et pesante qui vient nous ensevelir et nous clouer au sol. Percevoir la fin du corps dans toute sa densit\u00e9, dans toute \u00ab&nbsp;sa lourdeur poisseuse de d\u00e9froque<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>19<\/sup><\/a> \u00bb&nbsp;; donner \u00e0 voir cette ombre mena\u00e7ante qui plane au-dessus de nous et qui se serait abattue sur ce corps \u00e0 l\u2019instar des dalles du monument aux gardes nationaux.<\/p>\n<div id=\"attachment_3264\" style=\"width: 1210px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/1-Fantome-2012-cuir-bois-et-pieds-moul\u00e9s-175-x-110x-85-cm-ensemble.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3264\" class=\"size-full wp-image-3264\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/1-Fantome-2012-cuir-bois-et-pieds-moul\u00e9s-175-x-110x-85-cm-ensemble.jpg\" alt=\"C\u00e9line Cadaureille, Fant\u00f4me, 2012, cuir, bois et pieds moul\u00e9s. 175 x 110 x 85 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille\" width=\"1200\" height=\"798\"><\/a><p id=\"caption-attachment-3264\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Cadaureille, <em>Fant\u00f4me<\/em>, 2012, cuir, bois et pieds moul\u00e9s. 175 x 110 x 85 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour la sculpture <em>Fant\u00f4me<\/em>, le tas de cuir se devait d\u2019\u00eatre imposant pour affirmer le poids de ce qui fait masse et qui p\u00e8se en nous sans que nous nous en apercevions. Jean-Luc Nancy exprime cette force qui mat\u00e9rialise les corps en d\u00e9clarant que : \u00ab Le corps <em>est<\/em> la pesanteur. Les lois de la gravitation concernent les corps dans l\u2019espace. Mais tout d\u2019abord, le corps p\u00e8se en lui-m\u00eame&nbsp;: il est descendu en lui-m\u00eame, sous la loi de cette gravit\u00e9 propre qui l\u2019a pouss\u00e9 jusqu\u2019en ce point o\u00f9 il se confond avec sa charge<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><sup>20<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u0153uvre intitul\u00e9e <em>Fant\u00f4me<\/em>, nous pouvons apercevoir \u00e0 travers cette masse sombre ces fragments de corps, ces pieds qui r\u00e9sistent et qui viennent se confondre \u00e0 cette charge dense de peaux d\u00e9lit\u00e9es. Ces pieds moul\u00e9s semblent n\u2019\u00eatre que des ombres, des restes d\u2019un corps qui peuvent s\u2019envisager comme l\u2019expression d\u2019une r\u00e9sistance formelle. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils peuvent nous apparaitre en tant que survivance de notre corpor\u00e9it\u00e9, en \u00e9tant des restes que l\u2019on ne peut effacer compl\u00e8tement et cherchent ainsi \u00e0 nier notre propre d\u00e9cr\u00e9pitude. Mais est-ce la r\u00e9sistance du corps ou bien plut\u00f4t celle de l\u2019\u00e2me que j\u2019\u00e9voque avec ce titre&nbsp;<em>Fant\u00f4me<\/em>&nbsp;? On peut en effet se demander si le concept de l\u2019\u00e2me s\u00e9par\u00e9e du corps n\u2019est pas un effet de r\u00e9silience, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression d\u2019un corps qui r\u00e9siste malgr\u00e9 tout et perdure au-del\u00e0 de la mort. Le fant\u00f4me est pens\u00e9 comme la persistance de l\u2019\u00e2me dans l\u2019espace des vivants, il r\u00e9pond ainsi \u00e0 ce fantasme d\u2019infini face \u00e0 notre finitude. Michel Foucault exprime ce d\u00e9sir de r\u00e9sistance en parlant de la sorte de son \u00e2me&nbsp;: \u00ab Elle est belle, mon \u00e2me, elle est pure, elle est blanche [\u2026] Elle durera longtemps, mon \u00e2me, et plus que longtemps, quand mon vieux corps ira pourrir. Vive mon \u00e2me<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\"><sup>21<\/sup><\/a> ! \u00bb.&nbsp; <strong><em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela peut para\u00eetre rassurant, en effet, de penser que quelque chose persiste malgr\u00e9 tout. De croire \u00e0 une possibilit\u00e9 autre dans un non-lieu qui ne soit pas celui de la mort, dans cet espace fait de cendres, de tourbes ou de poussi\u00e8res. On souhaite au contraire approcher un corps c\u00e9leste, lumineux qui p\u00e8se l\u00e9g\u00e8rement\u2026 On dit d\u2019ailleurs que l\u2019\u00e2me ne p\u00e8se que vingt et un grammes, comme l\u2019indique le titre du film Alejandro Gonz\u00e1lez I\u00f1\u00e1rritu<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>22<\/sup><\/a> qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la th\u00e9orie de la masse de l\u2019\u00e2me d\u00e9fendue par le m\u00e9decin Duncan MacDougall en 1907. Cette hypoth\u00e8se se fonde sur des exp\u00e9riences au cours desquelles des mourants ont pu \u00eatre pes\u00e9s avant et apr\u00e8s leurs d\u00e9c\u00e8s afin de d\u00e9terminer cet \u00e9cart r\u00e9gulier. Mais pour revenir \u00e0 nos auteurs, si Michel Foucault parle d\u2019\u00e2me dans <em>Le Corps utopique<\/em>, Jean-Luc Nancy va pr\u00e9f\u00e9rer parler de pens\u00e9e et il indique avec une certaine po\u00e9sie le poids de cette pens\u00e9e en pr\u00e9cisant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un gramme de pens\u00e9e&nbsp;: pens\u00e9e minime, poids d\u2019une petite pierre, [\u2026]<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup>23<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Cette dichotomie du corps et de l\u2019esprit qui occupe la philosophie depuis son origine, sugg\u00e8re que l\u2019\u00e2me ou la pens\u00e9e serait l\u00e9g\u00e8re compar\u00e9e \u00e0 la lourdeur du corps qui fait masse. On serait donc tent\u00e9s de s\u2019\u00e9vader, de d\u00e9tourner les lois de la pesanteur en embrassant la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des \u00e2mes et des pens\u00e9es qui nous habitent. On vient \u00e0 r\u00eaver de n\u2019\u00eatre que pens\u00e9es en fermant les yeux et en oubliant un moment son corps pour imaginer \u00e0 quoi peut ressembler cette grande \u00e9vasion\u2026 Aussi, en contre-point au corps pesant et mort, il y a ce corps qui dort confortablement install\u00e9 dans son lit, dans ce vaisseau qui nous emporte hors du lieu que nous occupons.<\/p>\n<div id=\"attachment_3265\" style=\"width: 1212px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/2-d\u00e9tail-pied-fant\u00f4me.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3265\" class=\"size-full wp-image-3265\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/2-d\u00e9tail-pied-fant\u00f4me.jpg\" alt=\"C\u00e9line Cadaureille, Fant\u00f4me, 2012, cuir, bois et pieds moul\u00e9s. 175 x 110 x 85 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille\" width=\"1202\" height=\"800\"><\/a><p id=\"caption-attachment-3265\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Cadaureille, <em>Fant\u00f4me<\/em>, 2012, cuir, bois et pieds moul\u00e9s. 175 x 110 x 85 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><a name=\"sect6\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#3\">3. Au \u00ab&nbsp;Plumard&nbsp;\u00bb&nbsp;: une nouvelle tentative d\u2019\u00e9vasion<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9ponse \u00e0 la sculpture <em>Fant\u00f4me<\/em>, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 lors de ma r\u00e9sidence \u00e0 Dompierre sur Besbre en 2013 une suspension intitul\u00e9e <em>Plumard<\/em>. Des \u00e9l\u00e9ments de literie, des oreillers, des traversins, des dentelles sont regroup\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 former un agglom\u00e9rat blanc \u00e0 travers lequel nous pouvons deviner la silhouette d\u2019un corps qui se d\u00e9bat. On trouve \u00e9galement dans cet ensemble des pieds moul\u00e9s sur nature avec un tirage en pl\u00e2tre rest\u00e9 brut de mani\u00e8re \u00e0 se confondre \u00e0 cet ensemble de tissus et de dentelles blanches. Ces pieds, contrairement \u00e0 <em>Fant\u00f4me<\/em>, ne sont pas au repos. Au contraire, ils sont tendus, point\u00e9s et semblent mimer un battement de jambes comme s\u2019ils se trouvaient dans un milieu aqueux. On peut \u00e9galement penser qu\u2019ils se d\u00e9battent pour s\u2019extraire de cet amas d\u2019objets, ou encore qu\u2019ils cherchent \u00e0 s\u2019envoler avec eux. En faisant le choix des oreillers et des traversins, je cherchais \u00e0 pr\u00e9senter l\u2019indolence de la chair, \u00e0 confondre nos corps endormis \u00e0 ce qui les entoure et les soutient dans le confort et la mollesse. Ainsi ligot\u00e9s, les polochons forment des protub\u00e9rances qui par analogies formelles peuvent se confondre avec des seins ou encore avec des fesses. La tension des cordages de la suspension accentue l\u2019effet de mise en mouvement de l\u2019ensemble et r\u00e9v\u00e8le peut-\u00eatre la sensation que nous pouvons avoir lorsque nous sommes sur le point de nous endormir. C\u2019est-\u00e0-dire cette impression de flottement qui nous transporte et nous soul\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement du lieu de notre couche, de notre corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais au plumard, nous ne faisons pas que dormir\u2026 L\u2019\u00e9vasion que propose l\u2019\u0153uvre intitul\u00e9e <em>Plumard<\/em> n\u2019est pas seulement dans le sommeil, l\u2019espace du lit peut \u00e9galement accueillir nos \u00e9bats, nos d\u00e9sirs de contacts, de caresses et de plaisirs charnels. Dans l\u2019intimit\u00e9 de la jouissance des corps, on peut en effet envisager de s\u2019\u00e9vader de cette prison de chair car, lorsque le corps exulte, il para\u00eet alors un peu moins pesant et sort de sa coquille. Dans cet \u00e9tat d\u2019intensit\u00e9 extr\u00eame, il se trouve \u00e0 la fois hors-soi et profond\u00e9ment l\u00e0. Si Michel Foucault a pu ouvrir sa conf\u00e9rence concernant le corps utopique en expliquant en quoi le corps peut nous appara\u00eetre comme une prison, il est int\u00e9ressant d\u2019observer qu\u2019il termine sa communication en parlant de nos rapports intimes et amoureux. Il annonce ainsi&nbsp;: \u00ab Peut-\u00eatre faudrait-il dire aussi que faire l\u2019amour, c\u2019est sentir son corps se refermer sur soi, c\u2019est enfin exister hors de toute utopie, avec sa densit\u00e9, entre les mains de l\u2019autre<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\"><sup>24<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On retrouve ici le terme de \u00ab&nbsp;densit\u00e9&nbsp;\u00bb utilis\u00e9 \u00e9galement par Jean-Luc Nancy. Bien que le corps semble se soulever de sa condition de d\u00e9froque au moment de la jouissance, on remarque qu\u2019il se d\u00e9gage \u00e0 peine de cette densit\u00e9 pesante. Malgr\u00e9 cette impression d\u2019impesanteur que provoque la jouissance, le corps est encore l\u00e0 \u00e0 engager toute sa densit\u00e9 au contact de l\u2019autre. Il y a l\u00e0 un paradoxe qui retient notre attention, une contradiction qui appara\u00eet dans cette crispation des corps qui jouissent et d\u00e9bordent alors qu\u2019ils restent, malgr\u00e9 tout, toujours li\u00e9s au monde de la gravit\u00e9. Jean-Luc Nancy explique cela dans ces termes&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Un corps toujours p\u00e8se, ou se laisse peser, soupeser. Ar\u00e9alit\u00e9 dense, zones de masses. [\u2026] Notre monde h\u00e9rite du monde de la gravit\u00e9&nbsp;: tous les corps p\u00e8sent les uns sur les autres et les uns contre les autres, les corps c\u00e9lestes et les corps calleux, les corps vitr\u00e9s et corpuscules.&nbsp; Mais la m\u00e9canique gravitationnelle est ici seulement corrig\u00e9e de ce point&nbsp;: les corps p\u00e8sent l\u00e9g\u00e8rement<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\"><sup>25<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On reconna\u00eet cette contradiction dans la formule de \u00ab&nbsp;ar\u00e9alit\u00e9 dense&nbsp;\u00bb ou encore dans cet oxymore qui annonce que \u00ab&nbsp;les corps p\u00e8sent l\u00e9g\u00e8rement&nbsp;\u00bb. Les contrastes et les oppositions sont souvent source d\u2019inspiration dans mon travail de cr\u00e9ation et le projet qui sous-tend <em>Plumard<\/em> s\u2019est manifest\u00e9 dans cette contradiction des corps mais aussi \u00e0 travers les plaisirs qui font mal. Car, comme on peut le remarquer par la pr\u00e9sence de certains accessoires, <em>Plumard<\/em> ne pr\u00e9sente pas un corps qui s\u2019\u00e9bat dans une relation amoureuse dite \u00ab&nbsp;traditionnelle&nbsp;\u00bb. C\u2019est en effet \u00e0 travers le sadomasochisme que j\u2019ai pu percevoir cette contradiction des corps et apercevoir simultan\u00e9ment \u00ab&nbsp;les corps c\u00e9lestes et les corps calleux<strong><em>&nbsp;\u00bb <\/em><\/strong>qu\u2019\u00e9voquent Jean-Luc Nancy. Lors de ma r\u00e9sidence \u00e0 la Cit\u00e9 internationale des arts de Paris en 2012, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 apprendre les bases du <em>Shibari<\/em><a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\"><sup>26<\/sup><\/a>, cette technique de bondage japonais qui permet d\u2019immobiliser un corps pour des jeux \u00e9rotiques et sadomasochistes. Durant cette p\u00e9riode d\u2019exp\u00e9rimentation et d\u2019observation, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9e par les s\u00e9ances de semi-suspensions et de suspensions compl\u00e8tes. Le rapport \u00e0 la pesanteur me semblait compl\u00e8tement transform\u00e9 dans ces suspensions o\u00f9 le corps (bien souvent f\u00e9minin) se trouvait ligot\u00e9 en position debout. Ce travail de nouage commence en effet par le buste et les bras pour ensuite attacher les jambes l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. Ainsi on commence \u00e0 hisser une jambe pour mettre le partenaire qui subit (en japonais on parle d\u2019<em>Uke<\/em><a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup>27<\/sup><\/a>) sur un seul appui. Il s\u2019agit alors d\u2019une demi-suspension, puis on peut continuer en attachant la deuxi\u00e8me jambe afin de hisser le corps enti\u00e8rement dans une suspension compl\u00e8te. Le moment qui m\u2019int\u00e9ressait particuli\u00e8rement est l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on retire le dernier appui du partenaire se trouvant sur une seule jambe. Il y a l\u00e0 un rapport de force entre le ligoteur (en japonais on parle de <em>Tori<\/em>) et la pesanteur, une r\u00e9sistance rugueuse du corps qui se tord dans cette inconfortable position. Toute la densit\u00e9 du corps p\u00e8se sur cette jambe unique qui g\u00e9n\u00e9ralement tremble et vacille au niveau de la cheville. Le poids de ce \u00ab&nbsp;corps calleux&nbsp;\u00bb se fait ressentir jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019on arrache ce dernier appui&nbsp;; puis aussit\u00f4t, le balancement de la suspension compl\u00e8te nous fait appr\u00e9hender diff\u00e9remment le corps, il devient c\u00e9leste et lib\u00e9r\u00e9 de toute pesanteur&nbsp;!<\/p>\n<div id=\"attachment_3266\" style=\"width: 2602px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/3-Le-plumard-2013-oreillers-traversins-accessoires-cordages-et-pieds-moul\u00e9s-170x107x70-cm.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3266\" class=\"size-full wp-image-3266\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/3-Le-plumard-2013-oreillers-traversins-accessoires-cordages-et-pieds-moul\u00e9s-170x107x70-cm.jpg\" alt=\"C\u00e9line Cadaureille, Plumard, 2013, bois, oreillers, traversins, accessoires, cordages et pieds moul\u00e9s. 170 x 107 x 70 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille.\" width=\"2592\" height=\"1944\"><\/a><p id=\"caption-attachment-3266\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Cadaureille, <em>Plumard<\/em>, 2013, bois, oreillers, traversins, accessoires, cordages et pieds moul\u00e9s.<br \/>170 x 107 x 70 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">A ce moment-l\u00e0, \u00ab&nbsp;les corps p\u00e8sent l\u00e9g\u00e8rement<strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\"><sup>28<\/sup><\/a> <strong><em>\u00bb, <\/em><\/strong>ils flottent avec \u00e9l\u00e9gance et semblent \u00eatre dans une autre dimension, dans un lieu o\u00f9 la jouissance est discordante, discr\u00e8te et int\u00e9rieure. On observe qu\u2019ainsi&nbsp;entrav\u00e9 par les liens, le corps est interdit de mouvement et devient inanim\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne peut plus bouger et devient en quelque sorte un corps-objet. Un corps qui peut se confondre avec les objets et les coussins pr\u00e9sents dans l\u2019ensemble <em>Plumard<\/em>. Cette sculpture propose en effet de rendre visible ce transfert entre le corps et les objets qui l\u2019accompagnent et l\u2019entourent \u00e0 la fois dans le sommeil et la jouissance. Il y a d\u2019ailleurs dans la culture japonaise une appr\u00e9hension des accessoires de literie qui est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re. L\u2019anthropologue Agn\u00e8s Giard nous apprend dans son texte intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Etreindre les \u00eatres du r\u00eave&nbsp;\u00bb que l\u2019oreiller peut s\u2019appr\u00e9hender comme un corps. Elle explique que : \u00ab [\u2026] l\u2019oreiller est consid\u00e9r\u00e9 comme le double subtil de la personne&nbsp;: il pr\u00e9side \u00e0 ce mouvement qui pousse le dormeur, durant la phase du sommeil paradoxal, \u00e0 se dissocier de son corps pour basculer dans un monde onirique<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><sup>29<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Japon, les oreillers deviennent \u00e9galement des partenaires sexuels sur lesquels des accessoires, tels que des godemichets<em>,<\/em> peuvent \u00eatre fix\u00e9s pour multiplier \u00e0 l\u2019envie les jeux \u00e9rotiques. La confusion entre le corps et l\u2019objet est rep\u00e9rable jusqu\u2019au lexique utilis\u00e9 par les sites de vente japonais qui annoncent de la m\u00eame mani\u00e8re les <em>sextoys<\/em> reproduisant l\u2019anatomie humaine et les accessoires de literie (destin\u00e9s au plaisir) en utilisant le terme \u00ab&nbsp;corps&nbsp;\u00bb. La sculpture <em>Plumard<\/em> joue de cette confusion et de ces renversements possibles puisque les oreillers sont trait\u00e9s comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un corps, ils sont ligot\u00e9s comme s\u2019ils pouvaient ressentir du plaisir ou de la douleur. Bien que cette forme humaine soit interdite de mouvement, elle nous permet de projeter l\u2019image d\u2019une \u00e9vasion, telle une \u00e9chapp\u00e9e immobile suspendue \u00e0 un imaginaire \u00e9rotique qui nous conduit vers ce non-lieu onirique, ce hors-corps extatique. L\u2019id\u00e9e qui sous-tend la r\u00e9alisation de <em>Plumard<\/em> est donc librement inspir\u00e9e de la culture japonaise \u00e0 travers les pratiques du <em>Shibari<\/em>, mais j\u2019avais \u00e9galement en t\u00eate les toutes premi\u00e8res performances de l\u2019artiste australien Stelarc lorsque j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 cette sculpture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses suspensions, Stelarc ne cherchait pas \u00e0 mettre en avant la douleur mais plut\u00f4t \u00e0 explorer ses limites corporelles, \u00e0 faire sa propre exp\u00e9rience du corps, de son poids, de son enveloppe suspendue. Les premi\u00e8res performances de l\u2019artiste sont ses suspensions qu\u2019il nomme <em>Body-suspensions<\/em> et qu\u2019il r\u00e9alise entre 1976 et 1980 d\u2019abord avec des cordes et des harnais, puis en introduisant directement dans sa peau des crochets. Ses premi\u00e8res performances, qui rappellent les pratiques des fakirs, ont eu lieu dans diff\u00e9rents espaces, dans des galeries mais aussi en ext\u00e9rieur dans la rue ou face \u00e0 la mer. Elles \u00e9taient pour Stelarc un point de d\u00e9part, une exp\u00e9rimentation des limites li\u00e9es \u00e0 sa masse pond\u00e9rale. Il touchait l\u00e0 les limites de la peau pour l\u2019\u00e9tirer, la transformer en structure et en soutien. \u00c0 travers ses performances, Stelarc cherchait \u00e9galement \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une envol\u00e9e afin de prendre des libert\u00e9s par rapport aux lois physiques de la pesanteur qui maintiennent nos corps au sol. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il souhaitait vivre ses premi\u00e8res performances comme un astronaute qui \u00e9volue \u00e0 Z\u00e9ro G, c\u2019est-\u00e0-dire qui flotte dans les airs et sans gravit\u00e9. L\u2019artiste exprime ainsi ce d\u00e9sir de s\u2019extraire de sa condition afin d\u2019\u00e9chapper aux forces d\u2019attraction terrestre qui vissent son corps au sol. Mais c\u2019est oublier la formule intransigeante de Jean-Luc Nancy qui d\u00e9clare que&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le corps <em>est<\/em> la pesanteur<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\"><sup>30<\/sup><\/a> \u00bb. Le corps int\u00e9grerait cette pesanteur non pas comme une force venant de l\u2019ext\u00e9rieur mais comme une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que du corps.<\/p>\n<div id=\"attachment_3267\" style=\"width: 3466px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3267\" class=\"wp-image-3267 size-full\" src=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard.jpg\" alt=\"C\u00e9line Cadaureille, Plumard, d\u00e9tail, 2013, bois, oreillers, traversins, accessoires, cordages et pieds moul\u00e9s. 170 x 107 x 70 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille.\" width=\"3456\" height=\"5184\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard.jpg 3456w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard-200x300.jpg 200w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard-768x1152.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard-683x1024.jpg 683w, https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/01\/4detail-Le-plumard-676x1014.jpg 676w\" sizes=\"auto, (max-width: 3456px) 100vw, 3456px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3267\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Cadaureille, <em>Plumard<\/em>, d\u00e9tail, 2013, bois, oreillers, traversins, accessoires, cordages et pieds moul\u00e9s. 170 x 107 x 70 cm \u00a9 C\u00e9line Cadaureille.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela serait donc une utopie de croire que l\u2019on peut s\u2019extraire compl\u00e8tement de nos conditions physiques, d\u2019\u00e9chapper aux lois qui r\u00e9gissent le lieu que l\u2019on habite, d\u2019estimer que l\u2019on touche un moment \u00e0 ce corps incorporel, \u00e0 l\u2019ar\u00e9alit\u00e9 des corps. En jouant avec la pesanteur on peut seulement imaginer que l\u2019on d\u00e9joue, que l\u2019on d\u00e9tourne ces lois afin de d\u00e9placer nos propres limites dans des non-lieux, des utopies incarn\u00e9es.<a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect8\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#conclu\">Conclusion<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour revenir \u00e0 mon travail artistique et conclure, les \u0153uvres que sont <em>Fant\u00f4me<\/em> et <em>Plumard<\/em> offrent la possibilit\u00e9 de penser les contradictions qui d\u00e9limitent notre corpor\u00e9it\u00e9. En les envisageant en tant qu\u2019ensemble, on peut alors percevoir des corps qui se r\u00e9pondent en \u00e9tant \u00ab&nbsp;ni mort, ni vif&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\"><sup>31<\/sup><\/a>&nbsp;: ni vraiment ici, ni vraiment ailleurs. Tel un pendant qui entre en r\u00e9sonance dans ces tensions contradictoires et compl\u00e9mentaires, dans cette faille qui se trouve entre deux lieux, entre deux corps. Dans cet entre-deux on se rapproche peut-\u00eatre de ce que Jean-Luc Nancy annonce comme \u00e9tant la v\u00e9rit\u00e9 des corps. Il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab Le corps \u2013 sa v\u00e9rit\u00e9 \u2013 aura toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019entre-deux de deux sens \u2013 dont l\u2019entre-deux de la droite et la gauche, du haut et du bas, de l\u2019avant et de l\u2019arri\u00e8re, du phalle et du c\u00e9phale, du m\u00e2le et du femelle, du dedans et du dehors, du sens sensible et du sens intelligible, ne font que s\u2019entre\u2019exprimer les uns aux autres<sup><a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">32<\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je pourrai poursuivre en annon\u00e7ant, apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude de <em>Fant\u00f4me<\/em> et de <em>Plumard<\/em>, que l\u2019on se trouve \u00e9galement dans cet entre-deux en \u00e9tant ici entre le noir et blanc, l\u2019ombre et la lumi\u00e8re, le corps mort et le corps jouissant. Ces deux \u0153uvres se r\u00e9pondent tel un Yin Yang en cherchant \u00e0 pr\u00e9senter notre dualit\u00e9, \u00e0 la fois contradictoire et compl\u00e9mentaire. Car, comme l\u2019indique ce symbole chinois, dans tout ce qui est noir il y a du blanc et inversement. Les limites ne sont donc pas si franches, elles semblent se d\u00e9placer et dans ce l\u00e9ger d\u00e9placement elles nous transportent vers ces espaces autres que l\u2019on appelle, finalement de mani\u00e8re confondue, lieu ou non-lieu. Enfin, nous pourrions consid\u00e9rer le texte qui g\u00e9n\u00e9ralement accompagne <em>Le corps utopique<\/em> et pr\u00e9sente les espaces utopiques appel\u00e9s <em>Les h\u00e9t\u00e9rotopies<\/em><a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\"><sup>33<\/sup><\/a>. Car avec le recul que j\u2019ai pu prendre gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tude de ces deux sculptures, j\u2019ai remarqu\u00e9 que les espaces qui ont inspir\u00e9 ce travail, c\u2019est-\u00e0-dire le cimeti\u00e8re et le salon SM o\u00f9 l\u2019on pratiquait le <em>Shibari<\/em>, sont justement des espaces autres que l\u2019on pourrait nommer des h\u00e9t\u00e9rotopies. Il s\u2019agit en effet de lieux bien particuliers, d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la mort et au plaisir que l\u2019on isole des autres espaces afin de nous permettre de penser nos corps autrement. Des lieux sacr\u00e9s et secrets o\u00f9 l\u2019on a envie de croire qu\u2019il est possible de s\u2019\u00e9vader, de s\u2019extraire des lois physiques et de nos propres limites\u2026 Il semblerait alors que le lien au corps se d\u00e9lite dans ces lieux utopiques, dans ces espaces o\u00f9 l\u2019on admet qu\u2019un hors soi est possible, qu\u2019un non-corps est concevable.<a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect9\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\" style=\"text-align: justify\">\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">1 &#8211; <\/a>Au sujet de ces deux sculptures, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9crire un article o\u00f9 j\u2019observais les angoisses et les peurs qui peuvent se dissimuler dans ce genre de formes et d\u2019amassements. CADAUREILLE, C\u00e9line. \u00ab&nbsp;Boucher les trous, combler les fissures&nbsp;: du vide au surplus&nbsp;\u00bb, in <em>Motdit<\/em> n\u00b08, revue de cr\u00e9ation et de critique litt\u00e9raire de Carleton University, Ottawa, Canada, 2016, pp. 48 \u00e0 54.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">2 &#8211; <\/a> Cette \u0153uvre a d\u2019ailleurs re\u00e7u le prix du public lors de l\u2019\u00e9dition 2012, jeune cr\u00e9ation, Moulin des arts.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">3 &#8211;<\/a><em>Fant\u00f4me<\/em> a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 St R\u00e9my pour le Prix de la jeune cr\u00e9ation en 2012, puis en 2015 au Parcours de l\u2019art \u00e0 Avignon. <em>Plumard<\/em> \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 durant son ann\u00e9e de cr\u00e9ation pour l\u2019exposition personnelle <em>La douceur des utopies<\/em> mais \u00e9galement pour l\u2019exposition collective au CNAC de Grenoble, puis pour la Biennale off de Lyon, aux Limbes en 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">4 &#8211;<\/a>J\u2019utilise le terme \u00ab&nbsp;non-lieux&nbsp;\u00bb par rapport au corps, je ne souhaite donc pas faire r\u00e9f\u00e9rence au concept de l\u2019anthropologue Marc Aug\u00e9 car nous nous concentrons ici plus sur le lieu du corps.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">5 &#8211;<\/a>FOUCAULT, Michel. <em>Le corps utopique, Les h\u00e9t\u00e9rotopies<\/em>, Paris, lignes, 2009, p.9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">6 &#8211;<\/a><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><\/a><em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">7 &#8211;<\/a><em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">8 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>, p.10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">9 &#8211;<\/a> NANCY, Jean-Luc. <em>Corpus<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 1992, p.10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">10 &#8211;<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">11 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">12 &#8211;<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">13 &#8211;<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.11.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">14 &#8211;<\/a><em> Ibid.<\/em>, p.17.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">15 &#8211;<\/a> Voir des images de ce tombeau sur le site de \u00ab&nbsp;Fonte et de Bronze dans l\u2019espace public&nbsp;\u00bb : https:\/\/e-monumen.net\/patrimoine-monumental\/tombeau-des-gardes-nationaux-ou-monument-a-voulminot-linck-et-wagner-colmar\/ (consult\u00e9 le 27 octobre 2017).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">16 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">17 &#8211;<\/a> Suite \u00e0 une collaboration avec l\u2019entreprise Alran SAS (tanneur m\u00e9gissier, Mazamet France), j\u2019ai pu r\u00e9aliser cette \u0153uvre faite en lambeaux r\u00e2p\u00e9s de cuir noir issus de leurs productions.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">18 &#8211;<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.75.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">19 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">20 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">21 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">22 &#8211;<\/a> INARRITU, Alejandro Gonz\u00e1lez. <em>21 grammes<\/em>, couleurs, 2003, 2h04.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">23 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>, p. 101.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">24 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>, p.19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">25 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>, p.82.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">26 &#8211;<\/a> Lors de diff\u00e9rents stages \u00e0 l\u2019Ecole des cordes, Paris. Voir les photographies des s\u00e9ances de suspensions pr\u00e9sent\u00e9es sur leur site http:\/\/www.ecoledescordes.com\/<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">27 &#8211;<\/a> Le couple Tori et Uke sont les termes japonais qui annoncent celui qui fait l\u2019action (Tori) et celui qui la subit (Uke).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">28 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">29 &#8211;<\/a> GIARD, Agn\u00e8s. \u00ab&nbsp;Etreindre les \u00eatres du r\u00eave&nbsp;\u00bb in <em>Jouir<\/em>, revue Terrain n\u00b067, Paris, 2017, p.78.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">30 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">31 &#8211;<\/a> NANCY, <em>Ibid<\/em>, p.17.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">32 &#8211;<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.58<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">33 &#8211;<\/a> FOUCAULT, Michel. <em>Le corps utopique, Les h\u00e9t\u00e9rotopies<\/em>, Paris, lignes, 2009.<\/p>\n<\/div>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect10\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">BRUAIRE, Claude. <em>Philosophie du corps<\/em>, Paris, Seuil, 1968.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FOUCAULT, Michel. <em>Le corps utopique, Les h\u00e9t\u00e9rotopies<\/em>, Paris, Lignes, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LE BRETON, David. <em>Antropologie du corps et modernit\u00e9<\/em>, Paris, Puf, 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">NANCY, Jean-Luc. <em>Corpus<\/em>, Paris, M\u00e9taili\u00e9, 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">PASTOUREAU, Michel. <em>Noir Histoire d\u2019une couleur<\/em>, Paris, \u00e9Seuil, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Jouir<\/em>, revue Terrain n\u00b067, Paris, 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Motdit<\/em> n\u00b08, revue de cr\u00e9ation et de critique litt\u00e9raire de Carleton University, Ottawa, Canada, 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9line Cadaureille C\u00e9line Cadaureille est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en arts plastiques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Jean Monnet de Saint-Etienne, elle est engag\u00e9e dans des recherches plastiques et th\u00e9oriques, \u00e9tant \u00e9galement artiste. Rattach\u00e9e au laboratoire CIEREC, ses sujets d\u2019\u00e9tudes portent essentiellement sur les repr\u00e9sentations des d\u00e9sirs et des peurs \u00e0 travers la sculpture, l\u2019installation et la performance. celine.cadaureille@univ-st- [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[102342],"class_list":["post-3135","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-n9","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3135"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4158,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135\/revisions\/4158"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}