 {"id":3154,"date":"2018-01-09T20:09:37","date_gmt":"2018-01-09T19:09:37","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=3154"},"modified":"2019-10-03T08:36:54","modified_gmt":"2019-10-03T07:36:54","slug":"tous-les-chemins-menent-a-ambre-traduire-une-traversee-par-un-dispositif-intermedial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/tous-les-chemins-menent-a-ambre-traduire-une-traversee-par-un-dispositif-intermedial\/","title":{"rendered":"Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre \u2014 traduire une travers\u00e9e par un dispositif interm\u00e9dial"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ir\u00e8ne DUNYACH<\/strong><br \/>\nIr\u00e8ne Dunyach est docteure en design graphique. Sa th\u00e8se, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les espaces graphiques de la transition \u2014 repenser le design \u00e9ditorial pour concevoir de nouvelles exp\u00e9riences de lecture\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 soutenue le 16 mars 2017 et d\u00e9fend une approche artistique et exp\u00e9rimentale du design graphique \u00e9ditorial. Dans cette m\u00eame lign\u00e9e, elle a cr\u00e9\u00e9 en 2016 une maison d&rsquo;\u00e9dition, Les Presses Fant\u00f4mes, en collaboration avec \u00c9dith Mercier, pour r\u00e9\u00e9diter des textes pass\u00e9s dans le domaine publique et leur donner des formes livresque originales, en accord avec leurs contenus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Carole NOSELLA<\/strong><br \/>\nCarole Nosella est docteure et agr\u00e9g\u00e9e en arts plastiques, elle vient de prendre les fonctions de maitre de conf\u00e9rences en arts plastiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Jean Monnet \u00e0 Saint-Etienne \u00e0 la rentr\u00e9e 2017. Sa th\u00e8se intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Exp\u00e9rimenter les dispositifs \u00e9craniques, une esth\u00e9tique du d\u00e9placement\u00a0\u00bb soutenue en d\u00e9cembre 2016 sous la direction de Christine Buignet, a re\u00e7u le prix Rescam 2017. Artiste-chercheuse, son travail se concentre sur les exp\u00e9riences filmiques et urbaines. Elle est membre du CIEREC et membre associ\u00e9e de LLA CREATIS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Nosella, Carole, et Dunyach, Ir\u00e8ne, \u00ab Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre \u2014 traduire une travers\u00e9e par un dispositif interm\u00e9dial \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b09 \u00ab Lieux et non-lieux : liens au corps \u00bb, printemps 2018, mis en ligne le 28\/03\/2018, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/tous-les-chemins-menent-a-ambre-traduire-une-traversee-par-un-dispositif-intermedial\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/01\/09\/tous-les-chemins-menent-a-ambre-traduire-une-traversee-par-un-dispositif-intermedial<\/a>\/&gt;. \u200e<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2018\/03\/Dunyach-Nosella-Tous-les-chemins-m\u00e8nent-\u00e0-Ambre-\u2014-traduire-une-travers\u00e9e-par-un-dispositif-interm\u00e9dial.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger le texte au format PDF<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><i>Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre<\/i> est une installation articulant vid\u00e9o et graphisme r\u00e9alis\u00e9e par Ir\u00e8ne Dunyach et Carole Nosella en 2017, \u00e0 l&rsquo;occasion de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes <i>Lieux non-lieux : liens aux corps<\/i>. Elle se base sur une portion d\u2019un texte de fiction, <i>Nine Princes in Amber <\/i>de Roger Zelazny, dans lequel deux personnages effectuent un trajet en voiture \u00e0 travers des couches d\u2019univers parall\u00e8les. Cet article retrace la gen\u00e8se du projet, issu d&rsquo;une analyse du r\u00e9cit visant \u00e0 aboutir \u00e0 des choix de transpositions visuelles. Il met en lumi\u00e8re comment, en croisant leurs pratiques et recherches respectives, les deux autrices ont mis en place un protocole de cr\u00e9ation, faisant se rencontrer graphisme et images en mouvement. Mettant en \u0153uvre des processus de transition, de travers\u00e9e, ce dispositif interm\u00e9dial, m\u00eale fresque typographique et projections vid\u00e9os, afin de faire exp\u00e9rimenter l&rsquo;entre-deux, dans une esth\u00e9tique du trouble et de l&rsquo;instabilit\u00e9. Visiteurs et visiteuses de la salle d&rsquo;exposition entrent dans un espace fluctuant, qui leur propose de faire l&rsquo;exp\u00e9rience du r\u00e9cit de mani\u00e8re mouvante, les ins\u00e9rant dans un parcours en \u00e9cho avec celui des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : Art &#8211; Vid\u00e9o &#8211; Design graphique &#8211; Installation &#8211; Interm\u00e9dialit\u00e9 &#8211; \u00c9cran &#8211; Glitch &#8211; Transition &#8211; Trouble<\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><i>All roads lead to Amber <\/i>is a videographic artistic installation by Carole Nosella and Ir\u00e8ne Dunyach that articulates graphic design and video. Il was created in 2017 for the conference <i>Lieux non-lieux : liens aux corps.<\/i> It is based on a small portion of the novel <i>Nine Princes in Amber<\/i> written by Roger Zelazny, in which two characters in a car drive through layers of parallel universes. This project started with an analysis of the story in order to determine visual adaptations of its principles. This article shows how the authors, by crossing their research and practices, managed to set up a creation protocol, merging graphic design and moving images. Combining transitional processes, the intermedial art piece mixes a typographic mural with projected videos to let the notion of in-between emerge, in a general aesthetics of both confusion and instability. Visitors of this installation enter a troubled and fluctuating space which allows them to expercience the story by moving through it, in a path echoing that of the characters.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Keywords<\/strong>: Art &#8211; Video &#8211; Graphic design &#8211; Installation &#8211; Intermediality &#8211; Screen &#8211; Glitch &#8211; Transition &#8211; Confusion<\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Sommaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Le point de d\u00e9part : la travers\u00e9e vers Ambre<\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect3\">2. Des pratiques crois\u00e9es<\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect4\">3. Un dispositif interm\u00e9dial<\/a><br \/>\n<a name=\"4\"><\/a><a href=\"#sect5\">4. L\u2019\u00e9cran, entre surface r\u00e9v\u00e9latrice et zone d\u2019effacement<\/a><br \/>\n<a name=\"5\"><\/a><a href=\"#sect6\">5. Vers une esth\u00e9tique du trouble<\/a><br \/>\n<a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect8\">Conclusion : non-lieux et parcours des corps<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect9\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect10\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<p>Pour voir <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2018\/03\/26\/tous-les-chemins-menent-a-ambre-installation-irene-dunyach-et-carole-nosella\/\"><em>Tous les Chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre<\/em><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><\/a><\/sup><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><i>Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre <\/i>est une installation video\/graphique <i>in situ <\/i>r\u00e9alis\u00e9e en avril 2017 par Carole Nosella et Ir\u00e8ne Dunyach. Elle a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e dans la Maison de la Recherche de l\u2019universit\u00e9 de Toulouse 2 &#8211; Jean Jaur\u00e8s pendant la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude \u00ab Lieux et Non-lieux, le lien au corps \u00bb. L\u2019installation comprend une fresque murale en noir et blanc, avec des bribes textuelles qui se d\u00e9ploient sur deux murs blancs ; une vid\u00e9o est projet\u00e9e en boucle sur cette fresque, de mani\u00e8re \u00e0 la recouvrir totalement. Sur le mur oppos\u00e9, une autre vid\u00e9o plus petite est projet\u00e9e, avec une bande sonore qui l\u2019accompagne. Les visiteurs\u00b7ses sont invit\u00e9s\u00b7es \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la pi\u00e8ce et \u00e0 masquer partiellement par leurs ombres les projections pendant qu\u2019ils\u00b7elles arpentent l\u2019installation et d\u00e9chiffrent la fresque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Tout comme l\u2019\u0153uvre sur laquelle il porte, ce texte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 quatre mains<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>. <i>Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre<\/i> est un projet collaboratif n\u00e9 de l\u2019envie de m\u00ealer les pratiques des deux auteures \u2013 l\u2019installation vid\u00e9o et le design graphique \u2013 autour de la th\u00e9matique de la transition. Cet int\u00e9r\u00eat pour l\u2019entre-deux les avait d\u00e9j\u00e0 rapproch\u00e9es et elles avaient organis\u00e9 en 2015 une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude portant sur l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 dans les processus narratifs contemporains<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. Durant leurs doctorats, elles ont parall\u00e8lement interrog\u00e9 la notion de trouble, pour tirer des conclusions similaires dans leurs champ d\u2019\u00e9tudes respectifs ; elles ont en particulier d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la d\u00e9rive et le d\u00e9placement peuvent \u00eatre des moyens d\u2019exp\u00e9rimenter une \u0153uvre ou un contenu fictionnel, et que le sens peut \u00e9merger dans le doute et l\u2019errance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Au-del\u00e0 des croisements de leurs th\u00e9matiques de recherches<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a> sur le plan th\u00e9orique, elles ont par ce projet voulu exp\u00e9rimenter autour d\u2019une rencontre artistique pour questionner ensemble les processus de recherche en cr\u00e9ation. Bien que ne se pla\u00e7ant pas dans la m\u00eame discipline, l\u2019une en arts plastiques et l\u2019autre en arts appliqu\u00e9s, plusieurs de leurs th\u00e8mes trouvent \u00e9cho les uns dans les autres : le d\u00e9placement, le trouble, la superposition et la projection. Elles ont approch\u00e9 leur conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude \u2013 et \u00e0 sa suite, ce pr\u00e9sent texte \u2013 en tant que praticiennes et chercheuses, \u00e0 l\u2019embranchement entre la th\u00e9orie et la cr\u00e9ation, en revendiquant leurs postures d\u2019artiste-chercheuse et graphiste-chercheuse. S\u2019il est \u00e9vident que ces deux aspects, production et r\u00e9flexion, vont souvent de pair dans leurs deux domaines, il est important de pr\u00e9ciser qu\u2019elles ont ici avant tout souhait\u00e9 expliquer leur processus, pour tenter ensuite d\u2019analyser les enjeux soulev\u00e9s par leur projet. L\u2019\u0153uvre r\u00e9alis\u00e9e, sous la forme d\u2019une installation avec fresque murale et projections vid\u00e9o, est le r\u00e9sultat d\u2019exp\u00e9rimentations \u00e0 partir de l\u2019envie de cr\u00e9er un trajet spectatoriel. Elles ont choisi, comme mati\u00e8re premi\u00e8re, un extrait du premier tome de la s\u00e9rie \u00ab Les Princes d\u2019Ambre \u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> de Roger Zelazny.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s une rapide description de l\u2019extrait choisi, nous verrons comment les pratiques respectives des auteures se sont crois\u00e9es dans le projet pour faire \u00e9merger un dialogue entre graphisme typographique et image en mouvement, et comment le protocole mis en place a pris la forme d\u2019un dispositif interm\u00e9dial. Il sera ensuite question d\u2019interroger la notion d\u2019entre-deux au prisme de l\u2019\u00e9cran, vu \u00e0 la fois comme un r\u00e9v\u00e9lateur et comme un dissimulateur, pour terminer sur une analyse de l\u2019esth\u00e9tique trouble qui \u00e9mane de l\u2019\u0153uvre, et conclure sur les diff\u00e9rents parcours que cette installation met en jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#1\">1. Le point de d\u00e9part : la travers\u00e9e vers Ambre<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><i><b>Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Ambre :<\/b><\/i> car Ambre est la ville originelle, \u00e0 partir de laquelle se d\u00e9ploient des reflets successifs, appel\u00e9s ombres dans l\u2019histoire. Tous les mondes qui existent \u2013 le n\u00f4tre, et une infinit\u00e9 d\u2019univers parall\u00e8les \u2013 sont des ombres d\u2019Ambre ; plus une ombre est \u00e9loign\u00e9e de son point de d\u00e9part, plus elle est \u00e9tir\u00e9e, et donc, \u00e9trange et d\u00e9form\u00e9e. Dans l\u2019histoire, les princes\u00b7sses d\u2019Ambre sont les seuls\u00b7es capables de traverser les ombres pour rejoindre leur ville natale ; ils\u00b7elles poss\u00e8dent le pouvoir de manipuler leur environnement jusqu\u2019\u00e0 le faire \u00eatre Ambre. Mais au sein d\u2019Ambre, la famille royale se dispute sans cesse le pouvoir ; les fr\u00e8res et s\u0153urs, depuis la disparition de leur p\u00e8re, revendiquent la couronne, forment des alliances et complotent en secret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9but du premier tome, Corwin, le protagoniste de cette s\u00e9rie de romans, se r\u00e9veille dans un institut hospitalier, totalement amn\u00e9sique. Rapidement conscient qu\u2019il est maintenu dans un \u00e9tat m\u00e9dicamenteux forc\u00e9, il parvient \u00e0 s\u2019enfuir en r\u00e9cup\u00e9rant l\u2019adresse de la personne qui s\u2019occupe de payer ses soins ; arriv\u00e9 \u00e0 cette adresse, il reconna\u00eet sa s\u0153ur, mais ne parvient pas \u00e0 se souvenir de quoi que ce soit d\u2019autre. Il parvient \u00e0 manipuler le fil des conversations de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter de r\u00e9v\u00e9ler son amn\u00e9sie ; un lieu revient encore et toujours dans les dialogues : Ambre. Il sent pour ce nom une attirance consid\u00e9rable, comprenant que cette ville est d\u2019une importance capitale. Peu de temps apr\u00e8s, son fr\u00e8re Random arrive et lui demande sa protection. En cachant toujours qu\u2019il ne se souvient de rien, Corwin accepte et lui propose, lors d\u2019un trajet en voiture, de se rendre \u00e0 Ambre : c\u2019est le r\u00e9cit de ce trajet que nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 comme base pour notre projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">R\u00e9ussissant \u00e0 convaincre Random pour que celui-ci soit son guide \u2013arguant qu\u2019il a lui-m\u00eame du mal \u00e0 se rappeler le chemin \u2013 Corwin entame avec lui un voyage de plus en plus fantastique, traversant des lieux improbables, comme des villes enti\u00e8rement translucides, des plaines peupl\u00e9es de dinosaures, des paysages au ciel orange, ce qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 s\u2019expliquer. C\u2019est sur cette portion de l\u2019histoire que porte le projet ; il s\u2019agit d\u2019un fragment de quelques pages pendant lequel Corwin et Random ne sortent pas du v\u00e9hicule et, tout en discutant, transitent au travers d\u2019univers changeants ; Corwin, le narrateur, d\u00e9crit ce qui l\u2019environne et fait tout pour que son fr\u00e8re ne d\u00e9couvre pas que lui-m\u00eame ne peut plus se rendre \u00e0 Ambre, puisqu\u2019il n\u2019en a pas le souvenir \u2013 le souvenir d\u2019Ambre \u00e9tant ce qui sert de guide pour ceux qui naviguent entre les ombres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect3\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#2\">2. Des pratiques crois\u00e9es<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ce fragment de r\u00e9cit a jou\u00e9 le r\u00f4le de d\u00e9clencheur pour mettre \u0153uvre la rencontre entre deux d\u00e9marches plastiques \u00e0 priori assez \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La pratique d\u2019Ir\u00e8ne Dunyach se situe dans le champ du design graphique \u00e9ditorial ; sa th\u00e8se portant sur les moyens de fa\u00e7onner le contact du\u00b7de la lecteur\u00b7trice avec les contenus fictionnels, elle s\u2019int\u00e9resse fortement aux notions de passage, de trajet, de transition. En ce sens, le texte de Roger Zelazny a permis de soulever plusieurs enjeux li\u00e9s \u00e0 la lecture et la mise en forme d\u2019une narration et a dict\u00e9 certains choix artistiques, comme celui de pr\u00e9senter une portion qui n\u2019a pas de fin : en effet, l\u2019extrait s\u00e9lectionn\u00e9 ne comprend pas le moment o\u00f9 le voyage se termine ; dans l\u2019\u0153uvre, Corwin et Random sont dans une voiture et passent au travers de plusieurs ombres successives sans aboutir nulle part. Ce texte a \u00e9galement mis en lumi\u00e8re la notion de superposition. L\u2019extrait choisi est avant tout une suite de descriptions de paysages qui se transforment sous les yeux du narrateur et de l\u00e0 \u00e9merge une vision pellicul\u00e9e de l\u2019environnement, avec des portions qui se substituent \u00e0 d\u2019autres, qui s\u2019ajoutent et se retirent, jusqu\u2019\u00e0 venir former Ambre. Ainsi, dans l\u2019extrait, Random d\u00e9clare : \u00ab <i>Now that I\u2019ve got the sky, I\u2019m going to try for the terrain<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> \u00bb. Cette perception du paysage qui se construit par le souvenir a guid\u00e9 un souhait d\u2019interroger diff\u00e9rentes mani\u00e8res de lui donner corps graphiquement. De plus, le\u00b7la lecteur\u00b7trice est apparent\u00e9 au narrateur, qui s\u2019embarque dans un voyage qu\u2019il ne comprend pas enti\u00e8rement ; il\u00b7elle r\u00e9alise, avec Corwin, que si Random parvient \u00e0 modifier leur environnement par la pens\u00e9e, c\u2019est gr\u00e2ce au souvenir d\u2019Ambre bien pr\u00e9sent dans sa m\u00e9moire. Se rappeler d\u2019Ambre est donc la condition indispensable pour pouvoir un jour y revenir. Dans le passage choisi, le\u00b7la lecteur\u00b7trice a acc\u00e8s aux pens\u00e9es de Corwin qui s\u2019interroge, qui observe sans comprendre, qui en arrive \u00e0 des d\u00e9ductions : en cela, l\u2019exp\u00e9rience du\u00b7de la lecteur\u00b7trice et celle de ce personnage sont en r\u00e9sonance, et il est facile de s\u2019identifier \u00e0 Corwin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Carole Nosella quant \u00e0 elle est artiste vid\u00e9aste. Elle travaille l\u2019image en mouvement comme une mati\u00e8re mall\u00e9able, plastique, qui peut se transformer au gr\u00e8s de l\u2019\u00e9coulement temporel et au contact des lieux et espaces dans lesquels elle transite. En utilisant des proc\u00e9dures de compression accident\u00e9es et un protocole de reprojection mobile, Carole Nosella produit des images en dehors des sentiers battus de l\u2019audiovisuel. Elle a ainsi r\u00e9dig\u00e9 une th\u00e8se en arts plastiques dans laquelle elle propose d\u2019envisager le d\u00e9placement comme posture cr\u00e9atrice dans l\u2019exp\u00e9rimentation des dispositifs \u00e9craniques. Face aux \u00e9crans et aux appareils de captation et de diffusion d\u2019images, elle cherche \u00e0 d\u00e9vier la relation en m\u00eame temps que l\u2019attention, afin de faire prendre conscience de la double exp\u00e9rience que constitue le visionnage filmique aujourd\u2019hui : \u00e0 la fois immersion dans le contenu et contr\u00f4le de la diffusion. Sa d\u00e9marche s\u2019ancre \u00e9galement dans une certaine appr\u00e9hension de l\u2019espace, du d\u00e9placement, du voyage ; dans ses travers\u00e9es, elle explique avoir tendance \u00e0 voir le monde comme d\u00e9j\u00e0 dans un \u00e9cran\u2026 Exp\u00e9rience et repr\u00e9sentation s\u2019entrem\u00ealent ainsi constamment. Le texte de Roger Zelazny l\u2019a particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9e dans le sens o\u00f9 le pare-brise de la voiture semble appara\u00eetre comme une v\u00e9ritable table de montage cin\u00e9matographique \u00e0 travers laquelle les personnages visionnent les changements que Random effectue mentalement sur le paysage. Le dispositif associant v\u00e9hicule et manipulation psychique du visible fait ici fortement \u00e9cho \u00e0 ses pr\u00e9occupations artistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ce projet a suivi un processus collaboratif qui s\u2019est effectu\u00e9 en trois temps : Ir\u00e8ne Dunyach a produit une fresque typographique avec des fragments textuels organis\u00e9s dans l\u2019espace pour g\u00e9n\u00e9rer un trajet de lecture et Carole Nosella a produit des vid\u00e9os qu\u2019elle a ensuite projet\u00e9es sur la fresque, puis elle a film\u00e9 en suivant le trajet de lecture du texte sur lequel se superposait la projection et r\u00e9alis\u00e9 un montage articulant ces images et des fragments de la version audio du livre de Zelazny, ainsi que d\u2019autres sources. Cette vid\u00e9o est diffus\u00e9e sur le mur oppos\u00e9 \u00e0 la fresque. Il s\u2019est agit de mettre en place un protocole de cr\u00e9ation qui fait \u00e9cho au processus que met en \u0153uvre Random. Celui-ci transforme son environnement par la pens\u00e9e en retirant ou ajoutant des couches successives d\u2019univers pour aboutir \u00e0 la strate originelle d\u2019Ambre. La pratique de Carole Nosella, qui fait se superposer diff\u00e9rentes vid\u00e9os et temporalit\u00e9s de captations, est en ad\u00e9quation avec ce qui se passe dans le r\u00e9cit, de m\u00eame que le trajet textuel de la fresque fait \u00e9cho au trajet des deux personnages, qui errent au volant de leur voiture pour se rapprocher d\u2019Ambre et symbolise \u00e9galement le flux des pens\u00e9es de Corwin qui d\u00e9rivent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Si leur pratique est diff\u00e9rente, les auteures ont en commun de mettre en \u0153uvre, dans leur champ respectif, une approche r\u00e9flexive des m\u00e9dias en interrogeant leurs composantes : la typographie, les logiciels de montage, les supports, etc., Pour elles, ceux-ci ne sont pas neutres et apparaissent comme des syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation. Carole Nosella et Ir\u00e8ne Dunyach, dans leurs recherches et leurs pratiques, cherchent \u00e0 sortir de la transparence des m\u00e9dias, des outils, des composants, pour les consid\u00e9rer comme des mat\u00e9riaux \u00e0 d\u00e9tourner. Dans cette cr\u00e9ation, l\u2019image en mouvement et le texte deviennent des \u00e9l\u00e9ments manipulables, des mati\u00e8res plastiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Le texte d\u2019un point de vue typographique est ici un \u00e9l\u00e9ment central. Il est celui qui v\u00e9hicule le r\u00e9cit et en cela, il est ce qui donne une pr\u00e9sence visuelle \u00e0 l\u2019histoire fictionnelle et ce qui la d\u00e9ploie dans l\u2019espace. Dans la fresque, le texte est en \u00e9quilibre entre un signifiant et un signifi\u00e9 : il est porteur d\u2019un sens, celui du r\u00e9cit, mais porte \u00e9galement en lui un sens qui \u00e9mane de sa forme, de sa position dans l\u2019espace \u2013 en somme, de sa pr\u00e9sence visuelle qui d\u00e9coule des choix typographiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La vid\u00e9o vient pointer ce \u201cfaire paysage\u201d du texte en en faisant vaciller la perception : tant\u00f4t celui-ci est lisible, tant\u00f4t, par des effets de flous, de d\u00e9faut de mise au point, il redevient pure forme graphique dont la lisibilit\u00e9 est impossible : la projection met le texte en mouvement et lui donne une dimension changeante et \u00e9volutive.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#3\">3. Un dispositif interm\u00e9dial<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La fresque a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour \u00eatre une sorte de reflet du paysage qui se transforme autour des personnages ; au fil du trajet du\u00b7de la lecteur\u00b7trice dans l\u2019espace, elle invite \u00e0 se pencher, se reculer, s\u2019approcher, d\u00e9chiffrer des passages presque illisibles\u2026 Elle s\u2019inscrit dans une volont\u00e9 de questionner le statut du texte et le trajet du\u00b7de la lecteur\u00b7trice au sein de contenus litt\u00e9raires, pour faire \u00e9merger des paysages graphiques qui donnent corps \u00e0 la fiction de mani\u00e8re inhabituelle. Il s\u2019agit ici de comprendre le texte comme une surface \u00e0 arpenter, comme un territoire \u00e0 parcourir, comme un lieu renvoyant aux non-lieux, ces mondes imaginaires vers lesquels il ouvre des passages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Le travail d\u2019addition ou de soustraction op\u00e9r\u00e9 par Random renvoie au photo ou vid\u00e9o-montage, mais l\u2019originalit\u00e9 du dispositif que d\u00e9crit l\u2019auteur des \u00ab Neuf Princes d\u2019Ambre \u00bb r\u00e9side en ce que ce changement s\u2019op\u00e8re dans la travers\u00e9e, le mouvement. Pour traduire ces m\u00e9tamorphoses dans le trajet, Carole Nosella a choisi d\u2019utiliser la technique du <i>datamoshing<\/i>. Associ\u00e9e au <i>glitch art<\/i>, cette technique consiste \u00e0 accidenter la compression d\u2019un fichier vid\u00e9o en supprimant ces images cl\u00e9s \u2013 ces images plac\u00e9es \u00e0 intervalle r\u00e9gulier qui constituent des rep\u00e8res permettant de supprimer des donn\u00e9es interm\u00e9diaires tout en conservant une qualit\u00e9 convenable. Sans ces rep\u00e8res, les passages d\u2019un plan \u00e0 un autre deviennent le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un brouillage intense, les pixels des plans successifs se m\u00e9langent, s\u2019additionnent et se soustraient de fa\u00e7on al\u00e9atoire. Ce montage, ou mixage<i>,<\/i> s\u2019op\u00e8re dans la temporalit\u00e9 : Carole Nosella a ainsi favoris\u00e9 la pr\u00e9sence de plans film\u00e9s en voiture ou en transports en commun, pour combiner d\u00e9placement spatial et \u00e9coulement temporel. Ces vid\u00e9os projet\u00e9es sur la fresque, fusionn\u00e9es et mall\u00e9ables au gr\u00e8s de la travers\u00e9e, sont comme la mati\u00e8re d\u2019Ambre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ces images ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme un premier filtre pour rendre poreuse la s\u00e9paration entre l\u2019immersion fictionnelle par le texte et celle que produit une image. C\u2019\u00e9tait aussi un moyen de rejouer d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9cal\u00e9e le protocole de re-projection mobile que Carole Nosella utilise dans plusieurs de ses r\u00e9alisations. Celui-ci consiste \u00e0 projeter des images dans l\u2019espace et \u00e0 filmer cette projection en se d\u00e9pla\u00e7ant. Ici, c\u2019est dans l\u2019\u00e9cran m\u00eame que constitue la fresque qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e et qu\u2019elle a film\u00e9, \u00e0 ras du mur, les mots mis en espace par Ir\u00e8ne Dunyach. Dans le montage ensuite effectu\u00e9 \u00e0 partir de la captation de la fresque, de nouvelles transformations plastiques sont produites par la confrontation du texte \u2013 spatialis\u00e9 et parasit\u00e9 par les projections \u2013 aux limites de l\u2019appareil de captation. Celui-ci ne parvient pas \u00e0 retranscrire la vision humaine, qui, elle, peut s\u2019adapter aux transformations successives du mat\u00e9riau textuel par la projection qui s\u2019y superpose. La vid\u00e9o montre le vacillement constant de la mise au point, les d\u00e9formations que provoque la spatialisation, et ces effets sont int\u00e9ressants tant d\u2019un point de vue technique et th\u00e9orique \u2013 ils permettent d\u2019interroger la sp\u00e9cificit\u00e9 des m\u00e9diums et leur possible fusionnement \u2013 que d\u2019un point de vue s\u00e9mantique, car ils font \u00e9cho \u00e0 ce que vit le narrateur dans le texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ensemble, la fresque et les vid\u00e9os viennent se combiner pour former des embo\u00eetements visuels. Le but \u00e9tait de faire se superposer plusieurs strates de contenus di\u00e9g\u00e9tiques : le texte changeant, les vid\u00e9os de trajets comme appui au r\u00e9cit, et la voix de l\u2019auteur, Roger Zelazny, qui lit son propre texte et qui hante la salle o\u00f9 l\u2019\u0153uvre est expos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La notion d\u2019entre-deux est omnipr\u00e9sente dans cette \u0153uvre et se retrouve particuli\u00e8rement dans le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un dispositif interm\u00e9dial. L\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme une approche th\u00e9orique qui consiste \u00e0 \u00e9tudier les relations entre les diff\u00e9rents m\u00e9dias mobilis\u00e9s dans une production, en prenant en compte la mat\u00e9rialit\u00e9 de celle-ci. En tant que plasticienne et graphiste, les auteures l\u2019envisagent comme un processus de cr\u00e9ation. Les dynamiques de transfert, de copr\u00e9sence, d\u2019\u00e9mergence et de milieu, pour reprendre les cat\u00e9gories qu\u2019\u00e9nonce R\u00e9my Besson dans son article \u00ab <i>Prol\u00e9gom\u00e8nes pour une d\u00e9finition de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a> \u00bb, se retrouvent clairement dans ce projet : il y a d\u2019abord transfert d\u2019un extrait de roman \u00e0 un espace textuel tel que la fresque, puis copr\u00e9sence par l\u2019impr\u00e9gnation de ce texte des projections vid\u00e9os et par l\u2019ajout d\u2019une bande sonore qui apporte une nouvelle couche sensorielle de compr\u00e9hension, enfin \u00e9mergence car l\u2019ensemble propose un nouveau rapport m\u00e9diatique : un texte anim\u00e9 \u00e0 sa surface et spatialis\u00e9, rapport qui est explor\u00e9 dans la vid\u00e9o qui fusionne les couches de m\u00e9dias. Pour finir, l\u2019ensemble constitue un milieu, dans le sens o\u00f9 se tissent des relations entre les diff\u00e9rents m\u00e9dias. L\u2019espace de l\u2019installation peut \u00eatre qualifi\u00e9 de <i>zone interm\u00e9diale<\/i> o\u00f9 se m\u00ealent et s\u2019embo\u00eetent plusieurs strates de contenus et o\u00f9 les diff\u00e9rents sens qui \u00e9manent de ces contenus se superposent pour former un environnement sensible de compr\u00e9hension partielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Le dispositif met en \u0153uvre des zones de fuites, des espaces qui s\u2019\u00e9chappent, des silences et des manques : la pr\u00e9sence du blanc dans la fresque et les zones d\u2019effacement du texte, l\u2019esth\u00e9tique glitch\u00e9e des vid\u00e9os qui reconfigurent des paysages par le brouillage de certains de leurs \u00e9l\u00e9ments, mais aussi les portions sonores qui sont parfois manquantes pour des parties \u00e9crites au mur, et qui parfois au contraire font entendre des fragments du r\u00e9cit qui ne sont pas contenus dans la fresque. Il y a ainsi des zones creuses, des perc\u00e9es, des compl\u00e9mentarit\u00e9s entre les strates, des fuites les unes entre les autres.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#4\">4. L\u2019\u00e9cran, entre surface r\u00e9v\u00e9latrice et zone d\u2019effacement<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">La th\u00e9matique de l\u2019\u00e9cran est apparue centrale dans ce texte : l\u2019\u00e9cran r\u00e9v\u00e9lateur, avec le pare-brise de la voiture qui permet \u00e0 Corwin d\u2019observer les changements d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre, et l\u2019\u00e9cran dissimulateur, avec l\u2019amn\u00e9sie de Corwin qui forme comme un voile dans son esprit, rendant ses souvenirs inaccessibles. Entre la fresque et les projections, plusieurs \u00e9crans s\u2019articulent et se m\u00e9langent. Ce proc\u00e9d\u00e9 en pelliculage est, dans ce cas, un r\u00e9v\u00e9lateur de contenus en m\u00eame temps qu\u2019il est un proc\u00e9d\u00e9 qui parasite la lisibilit\u00e9 et donc, l\u2019acc\u00e8s au sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Cette double dynamique dans le r\u00e9cit, entre cach\u00e9 et d\u00e9voil\u00e9, a guid\u00e9 le choix de produire une installation qui place le\u00b7la visiteur\u00b7euse \/ lecteur\u00b7trice dans un espace trouble et changeant, dont il\u00b7elle ne peut jamais enti\u00e8rement saisir le sens. Les vid\u00e9os viennent parfois r\u00e9v\u00e9ler le texte mais aussi le masquer, celui-ci est illisible par endroits ; la voix qui lit le r\u00e9cit se rajoute \u00e0 tout cela pour parfois souligner le sens ou le parasiter ; enfin, la musique grandissante, qui rappelle la vibration lointaine d\u2019Ambre qui attire les deux personnages qui s\u2019en rapprochent, finit d\u2019installer le\u00b7la visiteur\u00b7euse dans une ambiance flottante, dans un entre-deux en \u00e9quilibre entre plusieurs univers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Par ailleurs, certaines parties de la fresque jouent sur une esth\u00e9tique de l\u2019effacement : faire dispara\u00eetre une partie des contenus litt\u00e9raires peut faire \u00e9cho \u00e0 la pratique du palimpseste, qui consiste \u00e0 effacer par grattage un parchemin manuscrit pour y substituer un autre par-dessus. Par le recouvrement, des portions se cumulent \u00e0 d\u2019autres et en bloquent l\u2019acc\u00e8s. En d\u00e9calage par rapport \u00e0 l\u2019id\u00e9e du palimpseste, la chercheuse et graphiste Catherine Guiral parle d\u2019un <i>par-dessus<\/i> :<\/p>\n<blockquote>\n<p align=\"justify\">Ne se substituant ni au repenti ni au palimpseste, le par-dessus est cet effacement partiel ou total d\u2019une forme par une autre. L\u2019absence fabriqu\u00e9e se signifie par cette nouvelle pr\u00e9sence qui reste, \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s, tributaire du \u00ab\u00a0fant\u00f4me\u00a0\u00bb de la forme disparue. Le par-dessus est donc aussi un recouvrement et plus que ce geste d\u2019effacement commun\u00e9ment attribu\u00e9 au repentir et au palimpseste, il vient non pas gratter mais napper, recouvrir, comme le font les draps sur les meubles des maisons endormies. Disparaissant sous un linceul blanc, les contours des meubles se devinent alors, sugg\u00e9rant leur nouveau statut de spectres dissimul\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Envisager ainsi le recouvrement comme mise en spectre est un moyen de modifier le statut de certaines informations, une fois qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 partiellement masqu\u00e9es. La fresque, recouverte des vid\u00e9os con\u00e7ues par couches et embo\u00eetements, devient elle-m\u00eame spectrale : le dispositif semble alors se d\u00e9finir comme une zone de trouble , \u00e0 l\u2019image de Corwin qui est \u201cdans le flou\u201d tout au long du trajet.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#5\">5. Vers une esth\u00e9tique du trouble<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Toute l\u2019installation vid\u00e9ographique met en jeu une esth\u00e9tique du trouble qui se construit \u00e0 partir de celui du narrateur. Ce trouble vient ajouter au r\u00e9cit de Zelazny des passages absents : ceux qui d\u00e9crivent la transition d\u2019une ombre \u00e0 l\u2019autre. Corwin d\u00e9crit successivement les lieux par lesquels lui et son fr\u00e8re transitent, mais ne d\u00e9crit pas les instants o\u00f9 les lieux se m\u00e9langent, deviennent autres, se reconfigurent : en somme, il ne d\u00e9crit pas les phases transitoires. Ce sont donc celles-ci qu\u2019il s\u2019est agit de mettre en lumi\u00e8re par ce dispositif artistique, qui se focalise sur le flou, sur l\u2019entre-deux et sur le trouble qui \u00e9merge dans la transformation. Ainsi, la vid\u00e9o projet\u00e9e en face de la fresque pr\u00e9sente des moments de nettet\u00e9 qui alternent avec des moments brouill\u00e9s, la typographie est par intermittence rendue lisible puis compl\u00e8tement effac\u00e9e, avant d\u2019\u00eatre de nouveau reconstruite et rendue accessible aux visiteurs\u00b7trices. Ceux\u00b7celles-ci sont en permanence en train de courir apr\u00e8s le sens, de se raccrocher aux bribes qu\u2019ils\u00b7elles parviennent \u00e0 d\u00e9chiffrer dans les vid\u00e9os et dans la fresque, ou qu\u2019ils\u00b7elles entendent dans la bande sonore. Leur exp\u00e9rience se rapproche de celle du narrateur, qui, \u00e9tant amn\u00e9sique mais ne voulant pas le d\u00e9voiler, passe son temps \u00e0 analyser ce qu\u2019il voit et entend et tente d\u2019en faire sens malgr\u00e9 ses lacunes et son incompr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale de son environnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Le choix de la langue participe \u00e9galement de ce trouble : outre le fait que part les traductions en fran\u00e7ais ne font pas honneur \u00e0 la qualit\u00e9 du texte original, projeter les visiteurs dans un espace au langage \u00e9tranger ajoute \u00e0 la sensation de trouble g\u00e9n\u00e9ral, une autre perte de rep\u00e8res. D\u00e9chiffrant un texte fuyant, dans une autre langue que la sienne, le\u00b7la spectateur\u00b7trice s\u2019immerge dans une dynamique de traduction continue et donc dans une zone intervallaire.<\/p>\n<p><a name=\"sect8\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#conclu\"> Conclusion : non-lieux et parcours des corps<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ce dispositif interm\u00e9dial est n\u00e9 du d\u00e9sir de g\u00e9n\u00e9rer un trajet trouble, qui tend \u00e0 se concevoir comme un suspens et explore la notion de non-lieu en ce qu\u2019il figure des espaces transitoires, des lieux inexistants mais qui pourtant s\u2019exp\u00e9rimentent. Si les non-lieux que d\u00e9crit Marc Aug\u00e9 sont ces espaces d\u2019attente, ceux dans lesquels on transite \u00e0 l\u2019occasion de voyages ou de d\u00e9placements quotidiens, on peut \u00e9galement appeler non-lieux ces zones de reconfigurations instables entre les dimensions parall\u00e8les du roman de Zelazny. Le non-lieu est alors l\u2019espace permanent de la transition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Les personnages \u00e9voluent en marge de lieux d\u00e9finis, et avec eux, le\u00b7la spectateur\u00b7trice est plac\u00e9\u00b7e dans des zones flottantes, qui ne se donnent jamais enti\u00e8rement \u00e0 voir ou \u00e0 lire. Pour faire ressortir les phases de transition non d\u00e9crites dans le texte mais sous-entendues par les \u00e9v\u00e9nements qui y sont racont\u00e9s, plusieurs choix ont \u00e9t\u00e9 faits : celui de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9, celui de la superposition, celui du brouillage ; enfin, celui de m\u00ealer toutes ces approches dans une installation qui invite le\u00b7la spectateur\u00b7trice \u00e0 entrer et d\u00e9couvrir par le d\u00e9placement. Le corps du\u00b7de la visiteur\u00b7euse peut interagir avec les diff\u00e9rentes zones de l\u2019\u0153uvre, par exemple lorsqu\u2019il\u00b7elle masque partiellement la grande projection en s\u2019approchant de la fresque pour y lire les textes qui ne peuvent \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9s de loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, entre lieu (de l\u2019exposition) et non lieux (de la transition), le lien se fait par le corps : c\u2019est par le d\u00e9placement du\u00b7de la spectateur\u00b7trice que s\u2019active ce dispositif stratifi\u00e9, qui lui-m\u00eame se fait l\u2019\u00e9cho de corps qui transitent : ceux des personnages en partance pour Ambre, ceux des voyageurs\u00b7euses qui ont film\u00e9 les captations glitch\u00e9es, et enfin ceux des auteures : celui d\u2019Ir\u00e8ne Dunyach qui a compos\u00e9 dans l\u2019espace, \u00e9crit sur les murs, et celui de Carole Nosella, qui a d\u00e9riv\u00e9, cam\u00e9ra \u00e0 la main, sur ce paysage typographique.<\/p>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect9\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\" style=\"text-align: justify\">\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> &#8211; Pour une meilleure facilit\u00e9 de lecture et pour \u00e9viter les confusions, les deux auteures de ce texte ont choisi de ne pas \u00e9crire <i>nous<\/i> ou <i>je<\/i> et d\u2019adopter un positionnement externe par l\u2019emploi de la troisi\u00e8me personne du singulier et du pluriel.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> &#8211; <i>\u00ab Design, Art et Narration : l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 dans les processus narratifs contemporains \u00bb<\/i>, journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude, Laboratoire LLA-CREATIS, Universit\u00e9 de Toulouse 2 &#8211; Jean Jaur\u00e8s, organis\u00e9e par Carole Nosella et Ir\u00e8ne Dunyach sous la direction de Fabienne Denoual, 9 avril 2015.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> &#8211; La th\u00e8se de Carole Nosella, intitul\u00e9e <i>\u00ab Exp\u00e9rimenter les dispositifs \u00e9craniques, une esth\u00e9tique du d\u00e9placement \u00bb<\/i>, soutenue le 9 d\u00e9cembre 2016, traite de la relation aux \u00e9crans \u00e0 l\u2019\u00e8re de leur mobilit\u00e9, de leur interactivit\u00e9 et de leur prolif\u00e9ration telle qu\u2019elle est interrog\u00e9e par les artistes contemporains. La th\u00e8se de Ir\u00e8ne Dunyach, intitul\u00e9e <i>\u00ab Les espaces graphiques de la transition <\/i>\u2013 <i>repenser le design \u00e9ditorial pour concevoir de nouvelles exp\u00e9riences de lecture \u00bb<\/i>, soutenue le 16 mars 2017, porte sur le fa\u00e7onnage par le design graphique de la transition du\u00b7de la lecteur\u00b7trice vers les r\u00e9cits de fiction.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> &#8211; Zelazny, Roger. <i>\u00ab Nine Princes in Amber \u00bb<\/i>, G.K. Hall, 1998 [1970].<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> &#8211; Zelazny, Roger. <i>Nine Princes in Amber<\/i>, Thorndike : G.K. Hall, 1998 [1970], p. 77. \u00ab Maintenant que j\u2019ai le bon ciel, je vais essayer d\u2019avoir le terrain \u00bb, traduction des auteures.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> &#8211; R\u00e9my Besson. \u201cProl\u00e9gom\u00e8nes pour une d\u00e9finition de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine\u201d. 2014 [en ligne] <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01012325v1\/document\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01012325v1\/document<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> &#8211; Guiral, Catherine. <i>Le par-dessus r\u00e9v\u00e9lateur. <\/i>16 juillet 2012 [en ligne] <a href=\"http:\/\/www.t-o-m-b-o-l-o.eu\/meta\/le-par-dessus-revelateur\/\">http:\/\/www.t-o-m-b-o-l-o.eu\/meta\/le-par-dessus-revelateur\/<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect10\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Besson R\u00e9my, \u201cProl\u00e9gom\u00e8nes pour une d\u00e9finition de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine\u201d, 2014 [en ligne] <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01012325v1\/document\"><u>https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01012325v1\/document<\/u><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dunyach Ir\u00e8ne, <i>Les espaces graphiques de la transition \u2013 repenser le design \u00e9ditorial pour concevoir de nouvelles exp\u00e9riences de lecture,<\/i> th\u00e8se sous la direction de Fabienne Denoual et Christine Buignet, Universit\u00e9 Toulouse 2, Toulouse, 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Guiral Catherine, <i>Le par-dessus r\u00e9v\u00e9lateur. <\/i>16 juillet 2012 [en ligne] <a href=\"http:\/\/www.t-o-m-b-o-l-o.eu\/meta\/le-par-dessus-revelateur\/\"><u>http:\/\/www.t-o-m-b-o-l-o.eu\/meta\/le-par-dessus-revelateur\/<\/u><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\">Nosella Carole, <i>Exp\u00e9rimenter les dispositifs \u00e9craniques, une esth\u00e9tique du d\u00e9placement<\/i>, th\u00e8se sous la direction de Christine Buignet, Universit\u00e9 Toulouse 2, Toulouse, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Zelazny Roger,<i> Nine Princes in Amber<\/i>, Thorndike : G.K. Hall, 1998 [1970].<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ir\u00e8ne DUNYACH Ir\u00e8ne Dunyach est docteure en design graphique. Sa th\u00e8se, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les espaces graphiques de la transition \u2014 repenser le design \u00e9ditorial pour concevoir de nouvelles exp\u00e9riences de lecture\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 soutenue le 16 mars 2017 et d\u00e9fend une approche artistique et exp\u00e9rimentale du design graphique \u00e9ditorial. 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