 {"id":3590,"date":"2019-05-21T12:20:35","date_gmt":"2019-05-21T11:20:35","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=3590"},"modified":"2019-10-14T12:41:12","modified_gmt":"2019-10-14T11:41:12","slug":"series-sexualite-feminine-et-traduction-une-impossible-reconquete-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/series-sexualite-feminine-et-traduction-une-impossible-reconquete-du-pouvoir\/","title":{"rendered":"S\u00e9ries, sexualit\u00e9 f\u00e9minine et traduction : une impossible reconqu\u00eate du pouvoir ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sophie CHADELLE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En septembre 2019, Sophie Chadelle a entrepris une th\u00e8se, en CDU au DEMA, intitul\u00e9e \u00ab Voix de femmes, voix de fans, voix institutionnelles : La traduction du genre dans les s\u00e9ries contemporaines \u00bb, au CAS, sous la direction de Nathalie Vincent-Arnaud (UT2J) et de David Roche (UT2J). Ses recherches portent notamment sur les \u00e9tudes sur le genre, sur la traductologie et sur les \u00e9tudes audiovisuelles.<\/p>\n<p>&#x73;&#x6f;&#x70;&#x63;&#x68;&#x61;&#100;&#64;yahoo&#46;&#x66;&#x72;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Chadelle, Sophie, \u00ab S\u00e9ries, sexualit\u00e9 f\u00e9minine et traduction : une impossible reconqu\u00eate du pouvoir ? \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b010 \u00ab Repr\u00e9sentations du d\u00e9sir f\u00e9minin : entre texte et image \u00bb, \u00e9t\u00e9 2019, mis en ligne le 01\/07\/2019, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/series-sexualite-feminine-et-traduction-une-impossible-reconquete-du-pouvoir\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/series-sexualite-feminine-et-traduction-une-impossible-reconquete-du-pouvoir\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2019\/05\/Sophie-Chadelle.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format PDF<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9ries <em>Sex and the City<\/em>(Star, HBO, 1999) et <em>Ugly Betty&nbsp;<\/em>(Horta, ABC, 2004) mettent en sc\u00e8ne des figures f\u00e9minines fortes et ind\u00e9pendantes assumant pleinement leurs corps et leurs sexualit\u00e9s. Ces portraits f\u00e9minins semblent se d\u00e9tacher des repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et sexistes du personnage f\u00e9minin du cin\u00e9ma classique, souvent \u00e9rotis\u00e9 et objectifi\u00e9 pour le plaisir du regard masculin. Or, ces s\u00e9ries sont produites en anglais et une \u00e9tude de la traduction audiovisuelle (TAV) fran\u00e7aise, le sous-titrage et le doublage, montre dans quelle mesure la TAV r\u00e9introduit, par le biais de certains d\u00e9calages entre le texte de la V.F. et celui de la V.O., une vision patriarcale et norm\u00e9e du corps de la femme, de sa sexualit\u00e9 et de son identit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> :&nbsp;S\u00e9ries nord-am\u00e9ricaines &#8211;&nbsp;F\u00e9minisme &#8211;&nbsp;Traduction &#8211;&nbsp;Langue &#8211;&nbsp;Politique culturelle<\/p>\n<h3 class=\"western\">Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">The&nbsp;two series under study, <em>Sex and the City<\/em> and <em>Ugly Betty&nbsp;<\/em>stage a number of female characters who are both strong and independent, openly accepting their bodies. The portrayal of these feminine characters seems to go beyond&nbsp;stereotyped, sexist representations traditionally&nbsp;seen in feminine characters in the cinema where they are often objectified, eroticized for the mere pleasure of the male gaze.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Now these series were originally made in English and studies carried out of the French translation, both subtitling and dubbing, show just how far the TAV,&nbsp;through the existence of a number of discrepancies between the original text and the French translation, reintroduces a somewhat patriarchal vision of the sexuality and the female body and her identity.<\/p>\n<p><strong>Keywords&nbsp;<\/strong>:&nbsp;North American series &#8211;&nbsp;Women studies &#8211;&nbsp;Translation Studies &#8211;&nbsp;Linguistics &#8211;&nbsp;Cultural Studies<\/p>\n<hr>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"point1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Le rejet d\u2019une vision patriarcale et objectifiante du corps de la femme<\/a><br \/>\n<a name=\"point2\"><\/a><a href=\"#sect3\">2. La sexualit\u00e9 et la corporalit\u00e9 f\u00e9minine comme prise de pouvoir des h\u00e9ro\u00efnes <\/a><br \/>\n<a name=\"point3\"><\/a><a href=\"#sect4\">3. Red\u00e9finition du plaisir f\u00e9minin : de la corporalit\u00e9 au pouvoir intellectuel<\/a><br \/>\n<a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect5\">Conclusion<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect6\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect7\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3><a name=\"sect1\"><\/a><br \/>\n<a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est difficile de remettre en question le langage visuel, les images mentales, clich\u00e9s d\u2019un cin\u00e9ma fait par les hommes selon leurs visions, leurs fantasmes, leurs d\u00e9sirs et leurs normes.&nbsp;[\u2026] Le cin\u00e9ma des femmes, la cr\u00e9ativit\u00e9 des femmes, la vie des femmes\u2026 tout est \u00e0 r\u00e9inventer<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ce que souligne Agn\u00e8s Varda dans <em>La Cr\u00e9ation \u00e9touff\u00e9e<\/em>, confirmant ainsi ce que les chercheurs en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques et audiovisuelles des ann\u00e9es 1970 et 1980, comme Laura Mulvey, Kaja Silverman<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup> ou encore Teresa De Lauretis<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>, d\u00e9noncent&nbsp;: le milieu du cin\u00e9ma, comme celui de la cr\u00e9ation audiovisuelle, jouerait un r\u00f4le important dans la perp\u00e9tration d\u2019une repr\u00e9sentation de la f\u00e9minit\u00e9 st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et limit\u00e9e. Selon elles, l\u2019identit\u00e9 de la femme, de son corps et de sa sexualit\u00e9 dans le cin\u00e9ma classique seraient le reflet du d\u00e9sir masculin et de la norme dominante. Dans son article \u00ab&nbsp;Visual Pleasure and Narrative Cinema<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb, Laura Mulvey d\u00e9nonce une forme d\u2019asym\u00e9trie dans le cin\u00e9ma hollywoodien entre le personnage masculin dou\u00e9 d\u2019agentivit\u00e9 et le personnage f\u00e9minin qui devient objet de plaisir f\u00e9tichiste et voyeuriste. En se r\u00e9f\u00e9rant au concept freudien de scopophillie, Mulvey affirme que la femme est alors repr\u00e9sent\u00e9e comme une image objectifi\u00e9e, \u00e9rotis\u00e9e et passive. Ce regard masculin \u00e0 trois dimensions, celui du personnage masculin, celui de la cam\u00e9ra et enfin celui du spectateur, limite ainsi le personnage f\u00e9minin \u00e0 un r\u00f4le passif dans la di\u00e9g\u00e8se, dans la narration et dans la r\u00e9ception. Kaja Silverman dans son ouvrage <em>The Acoustic Mirror&nbsp;<\/em>va plus loin en abordant la question de la voix de la femme. Il existerait une diff\u00e9rence nette entre la voix cin\u00e9matographique f\u00e9minine et la voix cin\u00e9matographique masculine. La voix de la femme serait isol\u00e9e de toute forme de productivit\u00e9 et de cr\u00e9ation car elle serait repr\u00e9sent\u00e9e dans de nombreux films du cin\u00e9ma classique comme \u00ab&nbsp;dict\u00e9e&nbsp;\u00bb, comme d\u00e9pourvue d\u2019agentivit\u00e9 et surtout comme limit\u00e9e au domaine du di\u00e9g\u00e9tique. Or, depuis les ann\u00e9es 1970, les luttes pour les droits civiques et m\u00eame la th\u00e9orie f\u00e9ministe et <em>queer&nbsp;<\/em>ont largement influenc\u00e9 les fictions populaires contemporaines, selon les travaux de Laurie Ouelette<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/sup> et Joanne Hollows<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup>. En particulier, certaines s\u00e9ries s\u2019efforcent de repr\u00e9senter la femme comme active dans sa qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 et de sexualit\u00e9, s\u2019\u00e9loignant ainsi de la repr\u00e9sentation passive et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la femme comme simple objet de d\u00e9sir. De nombreuses \u0153uvres audiovisuelles ont \u00e0 c\u0153ur de mettre en sc\u00e8ne une v\u00e9ritable discussion dialectique de voix f\u00e9minines contradictoires et de ne pas seulement montrer l\u2019image d\u2019une femme ind\u00e9pendante. Iris Brey, dans son ouvrage <em>Sex and the Series,<\/em> souligne l\u2019importance de mettre en mot la sexualit\u00e9 f\u00e9minine&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9ries ont beau montrer la sexualit\u00e9 des femmes, ce n\u2019est pas pour autant qu\u2019elles en parlent facilement. L\u2019orgasme f\u00e9minin, l\u2019anatomie, du clitoris, la localisation du point G [\u2026] \u2026 la repr\u00e9sentation de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine a \u00e9t\u00e9 presque inexistante dans les m\u00e9dias. [\u2026] Or&nbsp;certaines s\u00e9ries se sont empar\u00e9es de la sexualit\u00e9 et inventent une nouvelle langue, \u00e9crite ou visuelle, pour mettre enfin des mots sur l\u2019un des plus grands myst\u00e8res de la modernit\u00e9. Le sexe f\u00e9minin est prot\u00e9g\u00e9 par des l\u00e8vres, pas \u00e9tonnant, donc, que la sexualit\u00e9 f\u00e9minine soit d\u2019abord une question de langage<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La parole et la mise en discours seraient donc des \u00e9l\u00e9ments centraux dans le processus d\u2019\u00e9mancipation. Cette prise de parole de la femme est d\u2019autant plus active et lib\u00e9r\u00e9e qu\u2019il y a de plus en plus de cr\u00e9atrices et de productrices de s\u00e9ries, comme Jenji Kohan (<em>Weeds<\/em>, <em>Orange is the New Black<\/em>), Jane Campion (<em>Top of the Lake<\/em>) ou Shonda Rhimes (<em>Grey\u2019s Anatomy<\/em>, <em>Scandal<\/em>, <em>Murder<\/em>) qui sont reconnues autant par les critiques que par les audiences gr\u00e2ce \u00e0 leurs \u0153uvres t\u00e9l\u00e9visuelles qui mettent en sc\u00e8ne des figures de femmes assumant et revendiquant leur identit\u00e9 et leur sexualit\u00e9. La voix de la femme se lib\u00e8rerait, selon Brey, du cadre du di\u00e9g\u00e9tique et du regard masculin et deviendrait source de cr\u00e9ation, r\u00e9pondant, donc, \u00e0 l\u2019appel lanc\u00e9 par Cixous exigeant que \u00ab&nbsp;la femme s\u2019\u00e9crive<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9ries <em>Sex and the City&nbsp;<\/em>(Star, HBO, 1999) et <em>Ugly Betty&nbsp;<\/em>(Horta, ABC, 2004) sont des com\u00e9dies qui jouent avec humour sur certains st\u00e9r\u00e9otypes patriarcaux. Ce jeu sur les st\u00e9r\u00e9otypes sexistes permet l\u2019expression, par les images et par les mots, d\u2019une sexualit\u00e9 et d\u2019une corporalit\u00e9 f\u00e9minine \u00e9mancip\u00e9e et \u00e9mancipante. <em>Ugly Betty<\/em>, relatant l\u2019\u00e9volution professionnelle au sein d\u2019un magazine de mode d\u2019une jeune fille latine au physique jug\u00e9 disgracieux, met en sc\u00e8ne avec humour les st\u00e9r\u00e9otypes visuels et linguistiques d\u2019une repr\u00e9sentation normative de la beaut\u00e9 et du corps f\u00e9minin afin d\u2019en proposer une vision transgressive. Cette s\u00e9rie se joue \u00e0 la fois des images mais \u00e9galement des discours habituellement associ\u00e9s \u00e0 la beaut\u00e9 f\u00e9minine. La s\u00e9rie <em>Sex and the City<\/em>, retra\u00e7ant la vie sexuelle et amoureuse de quatre amies \u00e0 Manhattan, met en images et en mots la sexualit\u00e9 et le d\u00e9sir de ces quatre jeunes femmes. Selon Kim Akass<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup>et Iris Brey<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>, <em>Sex and the City<\/em> est une des premi\u00e8res s\u00e9ries qui ne se limite pas seulement \u00e0 montrer la sexualit\u00e9 f\u00e9minine mais s\u2019efforce de la nommer explicitement lui donnant donc une existence. Il s\u2019agit d\u2019une s\u00e9rie chorale puisque les quatre protagonistes principales ne cessent de d\u00e9battre de certains aspects de leur sexualit\u00e9 et ce d\u00e9bat constant entre les quatre h\u00e9ro\u00efnes permet d\u2019installer une relation dialogique lib\u00e9ratrice de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine. Dans ces deux s\u00e9ries, la repr\u00e9sentation du corps de la femme et de sa sexualit\u00e9 est plac\u00e9e au c\u0153ur de la narration. Pour autant, les personnages f\u00e9minins ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s comme la source passive du plaisir voyeuriste observ\u00e9 par le \u00ab&nbsp;male gaze&nbsp;\u00bb d\u00e9crit par Mulvey. Au contraire, elles sont d\u00e9peintes comme assumant leur sexualit\u00e9 et leur corporalit\u00e9, ce qui leur permet de reconqu\u00e9rir leur force d\u2019action et leur identit\u00e9. Cette reconqu\u00eate s\u2019effectue en plusieurs \u00e9tapes&nbsp;: le rejet (explicite ou de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e par l\u2019ironie et l\u2019humour) de la vision patriarcale du corps et de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine, l\u2019affirmation de la sexualit\u00e9 et du corps de la femme comme nouvelle arme de pouvoir et enfin la red\u00e9finition du plaisir f\u00e9minin&nbsp;comme \u00e9tant l\u2019association d\u2019une corporalit\u00e9 f\u00e9minine et d\u2019un pouvoir intellectuel \u00e9mancipant. Dans ces deux s\u00e9ries, l\u2019association de la corporalit\u00e9 de la femme \u00e0 ses mots et \u00e0 son pouvoir d\u2019\u00e9criture devient une force \u00e9mancipatrice. En effet, les deux h\u00e9ro\u00efnes de ces s\u00e9ries sont toutes deux des figures d\u2019auteures. Carrie Bradshaw, dans <em>Sex and the City<\/em>, est journaliste et ce sont les chroniques qu\u2019elle \u00e9crit dans chaque \u00e9pisode qui sont les moteurs de la narration. Betty Suarez est, dans <em>Ugly Betty<\/em>, secr\u00e9taire dont le seul but est de devenir \u00e9crivain. Betty doit accepter son corps et Carrie doit assumer sa sexualit\u00e9 afin que toutes deux puissent trouver l\u2019\u00e9criture et ainsi compl\u00e9ter leur qu\u00eate identitaire. Les mots ne sont donc pas seulement utilis\u00e9s pour exprimer une sexualit\u00e9 f\u00e9minine lib\u00e9r\u00e9e des carcans cin\u00e9matographiques et audiovisuels patriarcaux mais sont \u00e9galement la source d\u2019une nouvelle forme de pouvoir&nbsp;pour les personnages f\u00e9minins&nbsp;: le pouvoir cr\u00e9atif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, les deux s\u00e9ries \u00e9tudi\u00e9es ici sont produites en langue anglaise. La r\u00e9ception de ces deux s\u00e9ries et de leur discours sur l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine, pour un public non-anglophone, d\u00e9pend donc de leur adaptation linguistique, \u00e0 savoir de leur traduction audiovisuelle (TAV)&nbsp;: le sous-titrage et le doublage. Les chercheuses en traductologie, Louise Von Flotow et Sherry Simon, dans leur ouvrage <em>Translation and Gender&nbsp;: Translating in the Era of Feminism<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/sup>, ont mis en avant la dimension politique de la traduction et le lien entre traduction et perp\u00e9tration d\u2019une politique patriarcale institutionnalis\u00e9e. Ces deux traductologues mettent en avant le fait que la traduction ne doit plus \u00eatre envisag\u00e9e comme un simple transfert linguistique mais bel et bien comme une forme de pouvoir intellectuel. Elles mettent en avant le concept de \u00ab&nbsp;Cultural Turn&nbsp;\u00bb, concept traductologique qui r\u00e9volutionne la vision de la m\u00e9thodologie de la traduction. La traduction doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans un contexte et doit prendre en compte des concepts tels que la culture, l\u2019identit\u00e9, le genre, concepts complexes et difficilement d\u00e9finissables. L\u2019acte de traduire ne doit plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la simple reproduction d\u2019un original, une simple transposition linguistique, mais comme une v\u00e9ritable production culturelle. Il s\u2019agit alors d\u2019envisager les cons\u00e9quences de l\u2019acte de traduire et ainsi d\u2019en comprendre sa dimension politique. La traduction devient le reflet, au m\u00eame titre que l\u2019acte d\u2019\u00e9criture, des luttes de pouvoirs entre les violences normatives d\u2019une culture ou d\u2019une id\u00e9ologie dominante et les voix marginalis\u00e9es. La traduction peut alors \u00eatre envisag\u00e9e comme un acte d\u2019\u00e9mancipation&nbsp;mais \u00e9galement comme une forme de manipulation. Pour Christina Zwarg, la traduction devient le reflet des crises id\u00e9ologiques que traversent nos soci\u00e9t\u00e9s et nos civilisations&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;translation has increasingly become the vehicle through which history, meaning and language come to crisis<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb&nbsp;. C\u2019est dans cette perspective que, dans leur ouvrage, Von Flotow et Simon affirment que la traduction, au m\u00eame titre que la langue, joue un r\u00f4le essentiel dans la repr\u00e9sentation de la femme dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Elles illustrent cette th\u00e9orie en donnant de nombreux exemples d\u2019ouvrages dont les th\u00e8ses f\u00e9ministes ont \u00e9t\u00e9 trahies dans le processus de traduction. Un de ces exemples est la traduction en anglais am\u00e9ricain du<em> Deuxi\u00e8me sexe<\/em>&nbsp;de Simone de Beauvoir. C\u2019est en 1952 que la maison d\u2019\u00e9dition BantamBooks publie la version en langue anglaise de cette \u0153uvre, sous le titre <em>The Second Sex<\/em>, traduite par Howard Parshley, \u0153uvre qui conna\u00eet un succ\u00e8s important d\u00e8s sa parution. Les r\u00e9\u00e9ditions ont \u00e9t\u00e9 nombreuses au cours des d\u00e9cennies suivantes mais l\u2019\u0153uvre ne sera jamais retraduite et c\u2019est la traduction de 1952 de Parshley qui reste la version am\u00e9ricaine officielle. Or, certains chercheurs f\u00e9ministes, comme Margaret Simons<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/sup>, se sont aper\u00e7us que la traduction de Parshley est par moment tr\u00e8s libre et change ou m\u00eame passe sous silence certains passages. Ainsi, dans la version am\u00e9ricaine du <em>Deuxi\u00e8me sexe<\/em>, plus de dix pourcent du texte original a \u00e9t\u00e9 omis sans que cela n\u2019ait \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 ni par le traducteur, ni par la maison d\u2019\u00e9dition. Les passages qui ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s concernent essentiellement l\u2019historiographie f\u00e9minine (le nom de soixante-dix-huit femmes a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9&nbsp;: des femmes politiques, des chefs militaires, des courtisanes, des saintes, des artistes et des po\u00e8tes), certains \u00e9v\u00e9nements historiques qui remettent en questions certains clich\u00e9s sur l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine, comme l\u2019existence, dans la Renaissance de femmes nobles \u00e0 la t\u00eate d\u2019arm\u00e9es, la plupart des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des tabous culturels telles que les relations homosexuelles f\u00e9minines etc. Simons, qui a compar\u00e9 les deux versions du <em>Deuxi\u00e8me sexe<\/em>, affirme&nbsp;ainsi&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>He [Parshley] didn&rsquo;t care to have discussions of women&rsquo;s oppression belaboured, although he was quite content to let Beauvoir go on at length about the superior advantages of man&rsquo;s situation and achievements<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/sup>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction d\u00e9fectueuse de cette \u0153uvre de r\u00e9f\u00e9rence f\u00e9ministe, selon Von Flotow et Simon, pourrait expliquer en partie quelques critiques am\u00e9ricaines \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Beauvoir qui estiment que cette derni\u00e8re reste trop mod\u00e9r\u00e9e en ce qui concerne la revendication d\u2019une sexualit\u00e9 f\u00e9minine lib\u00e9r\u00e9e. Ainsi, Barbara Klaw affirme que Beauvoir reproduit m\u00eame certains st\u00e9r\u00e9otypes patriarcaux en ce domaine&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>[Beauvoir is] perpetuating patriarchal stereotypes of female sexuality<\/em><sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/sup>&nbsp;\u00bb. L\u2019exemple de la traduction du <em>Deuxi\u00e8me sexe&nbsp;<\/em>met en lumi\u00e8re un lien qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u2019\u00e9tait que peu connu&nbsp;: le genre, l\u2019\u00e9criture et la traduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple de la traduction de Beauvoir nous am\u00e8ne donc \u00e0 nous demander si la TAV des s\u00e9ries \u00e9tudi\u00e9es ici n\u2019impacte pas les discours d\u2019\u00e9mancipation \u00e0 propos de l\u2019identit\u00e9 de la femme. N\u2019existe-t-il pas des d\u00e9calages ou m\u00eame des omissions qui ne rel\u00e8veraient pas de la simple faute linguistique ou d\u2019orthographe mais qui poss\u00e8deraient une r\u00e9elle dimension politique en termes de genre&nbsp;? Dans quelle mesure ces d\u00e9calages auraient-ils un impact sur notre compr\u00e9hension de la repr\u00e9sentation, dans ces deux s\u00e9ries, du corps et de la sexualit\u00e9 de la femme&nbsp;? Le mot et le discours sont au c\u0153ur de l\u2019\u00e9mancipation identitaire des personnages f\u00e9minins, il semble donc vital de se pencher sur l\u2019adaptation des termes originaux dans une autre langue. Les \u00e9ventuelles diff\u00e9rences entre les deux m\u00e9diums (l\u2019\u00e9cran et la TAV) par lesquels passe le discours, cr\u00e9eraient ainsi un gouffre passant sous silence certains aspects de la reconqu\u00eate du pouvoir par les personnages f\u00e9minins de ces deux s\u00e9ries. La TAV pourrait-elle \u00eatre alors consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9clinaison de la langue patriarcale d\u00e9nonc\u00e9e par de nombreuses f\u00e9ministes, comme Cixous, Irigaray et Kristeva, et du langage patriarcal cin\u00e9matographique d\u00e9nonc\u00e9 par Varda (\u00ab&nbsp;le langage visuel, les images mentales, clich\u00e9s d\u2019un cin\u00e9ma fait par les hommes selon leurs visions&nbsp;\u00bb)&nbsp;? Pour y r\u00e9pondre, il s\u2019agira donc de consid\u00e9rer, dans l\u2019analyse de la TAV de ces deux s\u00e9ries, les passages portant sur les diff\u00e9rences \u00e9tapes de reconqu\u00eate du pouvoir (le rejet de la vision patriarcale du corps et de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine, l\u2019affirmation de la sexualit\u00e9 et du corps de la femme comme nouvelle arme de pouvoir et enfin la red\u00e9finition du plaisir f\u00e9minin&nbsp;comme \u00e9tant l\u2019association d\u2019une corporalit\u00e9 f\u00e9minine et d\u2019un pouvoir intellectuel \u00e9mancipant).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cas des adaptations fran\u00e7aises de ces s\u00e9ries, que cela soit le sous-titrage ou le doublage, comme dans tout acte de traduction en g\u00e9n\u00e9ral, il existe une double situation de communication. L\u2019\u00e9nonciateur est double puisqu\u2019il y a l\u2019\u00e9nonciateur de la version source et l\u2019\u00e9nonciateur-traducteur de la version cible. L\u2019interlocuteur est \u00e9galement double puisqu\u2019il existe le public de la version originale, ici le public anglophone, et le public de la version adapt\u00e9e, le public francophone. Cela suppose que la situation d\u2019\u00e9nonciation soit \u00e9galement d\u00e9doubl\u00e9e, entra\u00eenant ainsi la superposition de deux r\u00e9alit\u00e9s culturelles bien distinctes. Enfin, le signifiant et le signifi\u00e9 en anglais sont associ\u00e9s \u00e0 un signifiant et un signifi\u00e9 fran\u00e7ais. Le message d\u00e9livr\u00e9 est donc complexe, cr\u00e9ant un n\u00e9cessaire d\u00e9calage dans l\u2019acte de communication. C\u2019est dans ce d\u00e9calage que r\u00e9side la dimension politique qui nous int\u00e9resse&nbsp;: la r\u00e9installation de certains st\u00e9r\u00e9otypes patriarcaux par le biais de la TAV. Comme le sugg\u00e8re le concept de \u00ab&nbsp;<em>Cutural Turn&nbsp;<\/em>\u00bb, il est vital d\u2019interroger le contexte dans lequel s\u2019op\u00e8re la traduction. Il s\u2019agit tout d\u2019abord de mesurer le contexte de production de la TAV. La TAV est une forme de traduction tr\u00e8s technique puisqu\u2019il s\u2019agit de respecter un certain nombre de contraintes pour permettre au spectateur de suivre au mieux l\u2019\u0153uvre cin\u00e9matographique ou audiovisuelle. Le doublage doit respecter des contraintes de temps et doit correspondre aux mouvements des l\u00e8vres des acteurs. Les sous-titres doivent \u00e9galement respecter les contraintes de temps mais doivent aussi condenser les dialogues car un sous-titre ne peut d\u00e9passer trente-trois caract\u00e8res. Ces contraintes techniques ont \u00e9videmment un impact sur le choix du traducteur et donc sur sa dimension politique mais elles ne sont pas les seules raisons expliquant certains d\u00e9calages entre la version source et la version cible. Si l\u2019on cherche \u00e0 \u00e9tudier la dimension genr\u00e9e de la TAV, il s\u2019agit alors de se d\u00e9tacher de ces aspects techniques afin de se concentrer davantage sur d\u2019autres d\u00e9calages, davantage culturels et politiques que linguistiques ou techniques. En effet, selon Jorge Diaz Cintas dans son article \u00ab Clearing the Smoke to See the Screen : Ideological Manipulation in Audiovisual Translation<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16 <\/a><\/sup>\u00bb, il est important de comprendre que la TAV s\u2019inscrit dans un contexte \u00e9conomique&nbsp;: celui du march\u00e9 de la culture, de ses luttes de forces et de sa hi\u00e9rarchie. Selon Diaz Cintas, avec le d\u00e9veloppement du genre s\u00e9riel et de ses moyens de diffusion, la consommation de s\u00e9ries en t\u00e9l\u00e9chargement ill\u00e9gal ou en streaming a boulevers\u00e9 la production norm\u00e9e de la TAV. Le discours issu de la production officielle de la TAV est depuis une d\u00e9cennie soumis aux normes du march\u00e9 lib\u00e9ral et de la production de masse de la culture ainsi qu\u2019\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adapter le discours s\u00e9riel au plus grand nombre. Le but commercial est \u00e9videmment de faire le plus d\u2019audience possible. C\u2019est justement par le biais de cette politique de l\u2019adaptation commerciale que la TAV r\u00e9v\u00e8lerait, toujours selon Diaz Cintas, certaines luttes de pouvoir id\u00e9ologiques comme la question du genre. La question de la repr\u00e9sentation francophone de l\u2019identit\u00e9 de la femme d\u00e9passe donc le cadre de la cr\u00e9ation textuelle ou de l\u2019image puisqu\u2019elle s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche culturelle commerciale. Il s\u2019agit \u00e9galement de la faire correspondre \u00e0 une politique de r\u00e9ception et de lecture t\u00e9l\u00e9visuelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette analyse, les exemples de la TAV des dvds fran\u00e7ais des deux s\u00e9ries \u00e0 l\u2019\u00e9tude (DVD Company Buena Vista Home) ont \u00e9t\u00e9 class\u00e9s selon les \u00e9tapes de la reconqu\u00eate du pouvoir (d\u00e9finis et cit\u00e9s au pr\u00e9alable) par les personnages f\u00e9minins des \u0153uvres \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Ces \u00e9l\u00e9ments de la TAV pris individuellement n\u2019ont que peu d\u2019impact en termes de politique genr\u00e9e. Mais en les comparant et en les mettant en relation les uns avec les autres, nous avons constat\u00e9 que des sch\u00e9mas se mettent en place, d\u00e9truisant ainsi, pour certains passages, la vision \u00e9mancip\u00e9e du corps de la femme et de sa sexualit\u00e9. C\u2019est une analyse qui s\u2019appuie sur les travaux d\u2019Anne-Lise Feral <sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/sup>sur la s\u00e9rie <em>Sex and the City <\/em>et sur mes propres analyses de la TAV d\u2019<em>Ugly Betty<\/em>. Le principe \u00e9tait le suivant&nbsp;: relever tous les d\u00e9calages entre la V.O. et la V.F. n\u2019ayant aucun rapport avec des erreurs linguistiques ou des choix techniques. Il s\u2019agissait de relever des d\u00e9calages entre la V.O. et la V.F. sur des expressions&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#8211; rejetant une vision patriarcale du corps de la femme&nbsp;;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#8211; revendiquant la prise de pouvoir des femmes par leur sexualit\u00e9, leur corps et leur f\u00e9minit\u00e9&nbsp;;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#8211; red\u00e9finissant le vrai plaisir f\u00e9minin comme l\u2019association de la corporalit\u00e9 de la femme et de son pouvoir intellectuel, et notamment de sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains exemples de d\u00e9calages entre la V.O. et la TAV sur ces th\u00e8mes d\u00e9montrent la dimension politique de certaines parties de la TAV, alt\u00e9rant ainsi la mise en sc\u00e8ne \u00e9mancipatrice du corps et de la sexualit\u00e9 de la femme dans ces deux \u0153uvres t\u00e9l\u00e9visuelles. En voici quelques exemples.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#point1\">1. Le rejet d&rsquo;une vision patriarcale et objectifiante du corps de la femme<\/a><\/h3>\n<p><strong>Item 1&nbsp;: <em>Sex and the City <\/em>(E01, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"354\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"184\">Original<\/td>\n<td width=\"170\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"184\">\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Miranda<\/strong>: <em>The advantages given to models and to beautiful women in general <u>are so unfair<\/u>, <u>it makes me want to puke!<\/u> . . . We should just admit that we live in a culture that <u>promotes impossible standards of beauty<\/u>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Carrie<\/strong>: <em>Yeah, <u>except men think they\u2019re possible.<\/u><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Miranda<\/strong>: <em>Yeah<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\"><strong>DOUBLAGE (D)&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Miranda<\/strong>: Les avantages qui sont donn\u00e9s aux mannequins et aussi aux belles femmes <u>me d\u00e9passent tellement<\/u> que <u>je voudrais tout de suite \u00eatre encore plus b\u00eate et plus moche!<\/u> . . . Nous devrions juste admettre que nous vivons dans un monde <u>o\u00f9 personne ne peut instaurer un nouveau standard de beaut\u00e9<\/u>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Carrie<\/strong>: Oui, <u>nous n\u2019avons pas \u00e0 nous juger les unes les autres<\/u>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Miranda<\/strong>: Oui.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Lors de cette discussion, les quatre h\u00e9ro\u00efnes discutent des normes de beaut\u00e9 impos\u00e9es par les magazines de mode. Le premier d\u00e9calage soulign\u00e9 met en avant le fait que la V.O. d\u00e9nonce l\u2019injustice d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui accorde des privil\u00e8ges aux belles femmes tandis que la V.F. introduit une remarque sur le physique et l\u2019intelligence de Miranda. Non seulement la notion d\u2019injustice (\u00e0 propos de l\u2019existence d\u2019une beaut\u00e9 norm\u00e9e) dispara\u00eet dans la V.F., mais la TAV sous-entend \u00e9galement que Miranda est compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e alors que celle-ci revendique une forme de prise de pouvoir en rejetant ce fait (\u00ab&nbsp;me d\u00e9passent&nbsp;\u00bb). Nous passons donc d\u2019une forme d\u2019agentivit\u00e9 de la femme (par son refus) \u00e0 une forme de passivit\u00e9 dans la V.F. De plus, la notion de d\u00e9go\u00fbt (\u00ab&nbsp;<em>puke<\/em>&nbsp;\u00bb veut dire vomir) pour ces normes de beaut\u00e9 a disparu dans la V.F. Enfin, la traduction de la r\u00e9plique de Carrie efface la r\u00e9volte du personnage envers le comportement des hommes qui justement permet l\u2019installation de ces normes de beaut\u00e9. La V.F. sugg\u00e8re que ce sont les femmes qui se jugent les unes les autres et qui sont donc les responsables. Cet item met donc bien en valeur que la repr\u00e9sentation les femmes rejetant les normes de beaut\u00e9 est remise en question dans la version fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 2&nbsp;: <em>Sex and the City<\/em>(E01, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"404\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"213\">Original<\/td>\n<td width=\"191\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"213\"><strong>Miranda&nbsp;<\/strong>:<em> I find it fascinating that four <u>beautiful flesh and blood women<\/u> could be intimidated by some <u>unreal fantasy<\/u>. I mean, look at this [she shows an issue of Glamour]. Is this really intimidating for any of you?<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Voice over : <\/strong><em>Suddenly I was interested. If models could cause otherwise <u>rational individuals <\/u>to crumble in their presence, exactly how powerful was beauty ?<\/em><\/td>\n<td width=\"191\"><strong>DOUBLAGE (D)&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p><strong>Miranda&nbsp;<\/strong>: Je trouve \u00e7a fascinant que <u>quatre merveilleuses filles <\/u>soient attir\u00e9es voire intimid\u00e9es par <u>ces filles plastifi\u00e9es de partout<\/u>. \u00c7a doit \u00eatre plut\u00f4t d\u00e9sagr\u00e9able. Regardez-\u00e7a. Est-ce que \u00e7a vous fascine vraiment&nbsp;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Voice over&nbsp;: <\/strong>Soudain je me suis sentie int\u00e9ress\u00e9e. Si les mannequins pouvaient changer le comportement <u>d\u2019une femme<\/u>, du moins l\u2019influencer, quel \u00e9tait donc le pouvoir r\u00e9el de la beaut\u00e9&nbsp;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"191\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet item, le premier d\u00e9calage rep\u00e9r\u00e9 est la traduction de l\u2019expression \u00ab&nbsp;<em>beautiful flesh and blood women<\/em>&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;quatre merveilleuses filles&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit de la m\u00eame discussion que pour l\u2019item pr\u00e9c\u00e9dent. Miranda fait alors l\u2019apologie de la beaut\u00e9 \u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb de ses amies. Cette revendication dispara\u00eet dans la V.F. puisque l\u2019allusion \u00e0 la beaut\u00e9 des quatre amies dispara\u00eet. La dimension charnelle des personnages est donc ni\u00e9e par la disparition de l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;chair&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;sang&nbsp;\u00bb. Notons \u00e9galement que le terme \u00ab&nbsp;<em>women&nbsp;<\/em>\u00bb est traduit par le terme \u00ab&nbsp;filles&nbsp;\u00bb alors qu\u2019il aurait d\u00fb \u00eatre traduit, dans un souci de fid\u00e9lit\u00e9, par \u00ab&nbsp;femmes&nbsp;\u00bb puisque \u00ab&nbsp;fille&nbsp;\u00bb est l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais du terme anglais \u00ab&nbsp;girls&nbsp;\u00bb. Le terme \u00ab&nbsp;femme&nbsp;\u00bb sugg\u00e8re davantage de maturit\u00e9 et sa d\u00e9gradation au rang de \u00ab&nbsp;fille&nbsp;\u00bb est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une certaine diminution du pouvoir f\u00e9minin. Le deuxi\u00e8me d\u00e9calage relev\u00e9 ici est la traduction de l\u2019expression \u00ab&nbsp;<em>unreal fantasy&nbsp;<\/em>\u00bb par \u00ab&nbsp;ces filles plastifi\u00e9es de partout&nbsp;\u00bb. Le doublage supprime l\u2019id\u00e9e que ces normes de beaut\u00e9 ne sont pas r\u00e9elles, ce qui constitue l\u2019argument principal de la critique de Miranda de ces normes de beaut\u00e9. L\u2019expression fran\u00e7aise suppose qu\u2019il s\u2019agit de quelque chose qui n\u2019est pas naturel. Enfin, le dernier d\u00e9calage int\u00e9ressant \u00e0 analyser concerne la traduction fran\u00e7aise de l\u2019expression \u00ab&nbsp;<em>rational individuals&nbsp;<\/em>\u00bb. La V.F. donne un genre aux personnes d\u00e9sign\u00e9es par Miranda alors que cette derni\u00e8re tente justement de ne pas f\u00e9miniser les personnes concern\u00e9es par ce ph\u00e9nom\u00e8ne de fascination puisqu\u2019elle sous-entend un peu plus loin dans le dialogue que les hommes en sont \u00e9galement victimes. La V.F f\u00e9minise le processus. De plus, le terme \u00ab&nbsp;<em>rational&nbsp;<\/em>\u00bb est omis dans la V.F., ce qui diminue justement les capacit\u00e9s intellectuelles de ces femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse de la TAV de ces deux items souligne donc dans quelle mesure certains choix de traduction remettent en question la volont\u00e9 des personnages f\u00e9minins de cette s\u00e9rie de d\u00e9noncer une vision patriarcale et norm\u00e9e de leurs corps et de la beaut\u00e9 f\u00e9minine en g\u00e9n\u00e9ral. Il ne s\u2019agit pas de contre-sens mais de quelques omissions et d\u2019adaptations qui att\u00e9nuent fortement la d\u00e9marche militante de Miranda. Ces d\u00e9calages contribuent ainsi \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture du discours de la s\u00e9rie et inscrit donc la TAV de cette \u0153uvre dans une dimension politique genr\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><a name=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#point2\">2. La sexualit\u00e9 et la corporalit\u00e9 f\u00e9minine comme prise de pouvoir des h\u00e9ro\u00efnes<\/a><\/h3>\n<p><strong>Item 3&nbsp;: <em>Sex and the City <\/em>(E03, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"319\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"149\">Original<\/td>\n<td width=\"170\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"149\">\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Samantha&nbsp;<\/strong>: <em>Plus the sense of power is such a turn on, maybe you\u2019re on your knees, but you\u2019ve got him by the balls.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Charlotte&nbsp;<\/strong>: <em>Now, you see, that is the reason I don\u2019t want to <u>go down this road.<\/u><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"170\">\n<p style=\"text-align: justify\">D :<strong> Samantha&nbsp;<\/strong><em>: <\/em>Et en plus, tu as un pouvoir sur eux tr\u00e8s excitant. Tu es peut-\u00eatre \u00e0 genoux mais tu les tiens par les couilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Charlotte&nbsp;<\/strong><em>: <\/em><u>Je ne suis pas f\u00e9ministe<\/u> et je n\u2019ai aucune envie de faire ce que vous dites, aucune!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"170\">\n<p style=\"text-align: justify\">SOUS-TITRAGE (S) :<strong> Samantha<\/strong><em>: <\/em>Et le sentiment de pouvoir est excitant. T\u2019es \u00e0 genoux mais tu le tiens par les couilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Charlotte&nbsp;<\/strong><em>: <\/em>C\u2019est la raison pour laquelle je ne veux pas m\u2019y aventurer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9pisode, Samantha revendique une sexualit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e et argumente que la fellation repr\u00e9sente une forme de prise de pouvoir pour la femme. Charlotte, en revanche, dans le doublage estime que cet acte sexuel est d\u00e9gradant pour la femme. Et pourtant la raison avanc\u00e9e est qu\u2019elle n\u2019est pas f\u00e9ministe. Le terme f\u00e9ministe, surtout dans une s\u00e9rie comme <em>Sex and the City<\/em>, n\u2019est pas utilis\u00e9 \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. La s\u00e9rie repr\u00e9sente justement les nombreuses facettes des divers f\u00e9minismes, qui sont associ\u00e9es \u00e0 l\u2019id\u00e9e de pouvoir. Le doublage, lui, oppose sexualit\u00e9 et f\u00e9minisme et sugg\u00e8re que le f\u00e9minisme est l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un acte d\u00e9gradant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 4&nbsp;: <em>Ugly Betty <\/em>(E02, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"319\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"149\">Original<\/td>\n<td width=\"170\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"149\">\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Journalist&nbsp;<\/strong>: <em>Someone should tell to that woman, <u>wearing a young man on your arm<\/u> doesn\u2019t always cover the jiggle parts.<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"170\">\n<p style=\"text-align: justify\">D&nbsp;: Il serait temps d\u2019expliquer \u00e0 cette femme que <u>se montrer au bras d\u2019un jeune homme<\/u> fait para\u00eetre ses rides plus flagrantes<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"170\">\n<p style=\"text-align: justify\">S : Quelqu\u2019un devrait expliquer \u00e0 cette femme que porter un jeune homme \u00e0 son bras ne cache pas les chairs molles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9pisode, une journaliste se moque d\u2019une des personnages f\u00e9minins de la s\u00e9rie, Wilhelmina, la directrice artistique du magazine pour lequel travaille Betty. Wilhelmina est d\u00e9peinte comme mangeuse d\u2019hommes et revendique une sexualit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e et dominatrice, comme le sugg\u00e8re la journaliste. En effet, selon cette derni\u00e8re, Wilhelmina porte sa nouvelle conqu\u00eate comme un v\u00eatement ou un bijou. Dans cet item, un changement de point de vue s\u2019op\u00e8re en partie dans le doublage par un chass\u00e9-crois\u00e9 r\u00e9organisant les \u00e9l\u00e9ments de la phrase anglaise. Le r\u00e9sultat de ce chass\u00e9-crois\u00e9 implique que Wilhelmina n\u2019est plus celle qui domine dans la relation puisqu\u2019elle ne porte plus l\u2019homme mais se retrouve \u00e0 son bras. Elle passe d\u2019une figure active et dominatrice qui objectifie l\u2019homme avec qui elle sort \u00e0 une figure passive et ornementale. Dans ce cas, nous avons encore une att\u00e9nuation du discours original revendiquant la sexualit\u00e9 f\u00e9minine comme une forme de prise de pouvoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 5: <em>Ugly Betty <\/em>(E02, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"370\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"122\">Original<\/td>\n<td width=\"248\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"122\"><strong>Betty&nbsp;<\/strong>: <em>I work in an office full of <u>Glamazone&nbsp;<\/u>women<\/em><\/td>\n<td width=\"248\">\n<table width=\"245\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"245\">\n<p style=\"text-align: justify\">D&nbsp;: Je travaille dans un bureau rempli de filles qui sont toutes des glamazones parfaitement \u00e9pil\u00e9es<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"248\">\n<p style=\"text-align: justify\">S : Je travaille dans un bureau plein de femmes <u>sophistiqu\u00e9es<\/u> qui font toutes 1m80 et sont parfaitement \u00e9pil\u00e9es<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la V.O., Betty proc\u00e8de \u00e0 un n\u00e9ologisme qui associe \u00e0 la fois l\u2019\u00e9l\u00e9gance physique des femmes avec qui elle travaille et l\u2019image de guerri\u00e8re. Elle utilise cette expression lors d\u2019une conversation avec son p\u00e8re au cours de laquelle elle \u00e9voque son admiration pour ces femmes qui cumulent beaut\u00e9, pouvoir et f\u00e9rocit\u00e9. Ici, la notion de beaut\u00e9 est associ\u00e9e \u00e0 celle de guerri\u00e8re et donc de pouvoir, association illustrant le discours de la s\u00e9rie qui tente de red\u00e9finir la notion de beaut\u00e9 f\u00e9minine et d\u2019\u00e9chapper au carcan patriarcal alliant beaut\u00e9 f\u00e9minine et fragilit\u00e9. Or, le sous-titrage fait dispara\u00eetre la dimension guerri\u00e8re, changeant ainsi la port\u00e9e f\u00e9ministe du n\u00e9ologisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces trois items mettent en valeur les d\u00e9calages entre la V.O. et la V.F. qui att\u00e9nuent fortement la dimension de pouvoir de la corporalit\u00e9 et de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine. La prise de pouvoir des personnages f\u00e9minins de ces deux s\u00e9ries par leur sexualit\u00e9 ou leurs corps est donc, dans ces exemples, fortement remise en question.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#point3\">3. Red\u00e9finition du plaisir f\u00e9minin : de la corporalit\u00e9 au pouvoir intellectuel<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux s\u00e9ries mettent en avant le fait que leurs personnages f\u00e9minins doivent apprendre \u00e0 accepter leurs corps hors norme (dans le cas de Betty) et \u00e0 vivre une sexualit\u00e9 \u00e9mancip\u00e9e et lib\u00e9r\u00e9e (dans le cas des protagonistes de <em>Sex and the City<\/em>) afin de poursuivre une qu\u00eate identitaire les menant vers le vrai plaisir \u00e9mancipateur&nbsp;: le pouvoir intellectuel et surtout l\u2019\u00e9criture. Les deux h\u00e9ro\u00efnes des deux s\u00e9ries sont des auteures et les r\u00e9f\u00e9rences aux figures f\u00e9minines intellectuelles ou des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des personnalit\u00e9s f\u00e9minines qui \u00e9crivent sont nombreuses dans la s\u00e9rie. Pourtant, la TAV propose parfois une traduction inad\u00e9quate, att\u00e9nuant voire supprimant ces r\u00e9f\u00e9rences et leur pouvoir d\u2019\u00e9vocation et d\u2019inspiration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 6: <em>Ugly Betty <\/em>(E07, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"387\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"125\">Original<\/td>\n<td width=\"262\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"125\">\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Candace Bushnell wants to pitch a story on <u>power women<\/u> in Manhattan.<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">S&nbsp;: CB veut \u00e9crire sur <u>les femmes influentes de Manhattan<\/u><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">D&nbsp;: CB veut te parler de son prochain livre sur <u>les femmes \u00e0 Manhattan<\/u><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet exemple Sofia Reyes, journaliste f\u00e9ministe s\u2019adresse \u00e0 son \u00e9quipe de r\u00e9daction, enti\u00e8rement constitu\u00e9e de journalistes femmes et leur pr\u00e9sente un nouveau projet pour leur magazine f\u00e9ministe. Ce qui nous int\u00e9resse ici est la traduction de l\u2019expression \u00ab&nbsp;<em>power women<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans le doublage, l\u2019id\u00e9e de pouvoir <em>(\u201cpower\u201d)<\/em> dispara\u00eet compl\u00e8tement. Il ne s\u2019agit plus que d\u2019un livre sur les femmes \u00e0 Manhattan. L\u2019omission de l\u2019id\u00e9e de pouvoir peut passer inaper\u00e7ue ou anodine et pourtant cela contribue \u00e0 diminuer les capacit\u00e9s intellectuelles associ\u00e9es aux femmes fortes ou aux figures f\u00e9ministes. L\u2019exemple n\u2019est pas isol\u00e9 et c\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition de ce genre de d\u00e9calages et d\u2019omissions qui contribue au changement de perspective par rapport au discours f\u00e9ministe de la s\u00e9rie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 7: <em>Ugly Betty <\/em>(E07, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"387\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"125\">Original<\/td>\n<td width=\"262\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"125\">\n<p style=\"text-align: justify\"><em>5 years ago he wrote for an airline magazine, now he\u2019s <u>Katie Couric<\/u><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">S&nbsp;: Il y a cinq ans il \u00e9crivait pour une ligne a\u00e9rienne et il se prend pour <u>Katie Couric <\/u><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">D&nbsp;: Formidable, il y a cinq ans il \u00e9crivait dans la revue d\u2019une compagnie a\u00e9rienne et aujourd\u2019hui c\u2019est <u>Mr Pullizer <\/u><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9pisode, Daniel, le r\u00e9dacteur en chef de <em>Mode<\/em>et patron de Betty, lui parle d\u2019un photographe c\u00e9l\u00e8bre. Le nom de Katie Couric, premi\u00e8re femme journaliste am\u00e9ricaine de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 devenir tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre est remplac\u00e9, dans le doublage, par \u00ab&nbsp;<em>Mr<\/em> Pullizer&nbsp;\u00bb. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette figure intellectuelle de femme est masculinis\u00e9e par le doublage alors que l\u2019on aurait pu penser \u00e0 un \u00e9quivalent fran\u00e7ais, comme \u00ab&nbsp;Claire Chazal&nbsp;\u00bb par exemple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Item 8: <em>Ugly Betty <\/em>(E07, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"387\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"125\">Original<\/td>\n<td width=\"262\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"125\"><em>Seems like <span style=\"text-decoration: underline\">generic chick lit<\/span> to me<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">S&nbsp;: \u00c7a semble de la <span style=\"text-decoration: underline\">litt\u00e9rature de nana<\/span><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"262\">\n<p style=\"text-align: justify\">D&nbsp;: Je pensais que c\u2019\u00e9tait des trucs sans int\u00e9r\u00eat, <span style=\"text-decoration: underline\">des trucs de nana<\/span><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9pisode, Daniel fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un genre litt\u00e9raire consid\u00e9r\u00e9 comme f\u00e9minin. Si la V.O. sugg\u00e8re un certain m\u00e9pris pour ce genre, le doublage, lui, supprime compl\u00e8tement la dimension litt\u00e9raire et associe le \u00ab&nbsp;truc sans int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb \u00e0 la notion de f\u00e9minit\u00e9 alors que la V.O. associe, malgr\u00e9 l\u2019aspect p\u00e9joratif, l\u2019image de la femme \u00e0 la litt\u00e9rature (\u00ab&nbsp;<em>litt&nbsp;<\/em>\u00bb) et \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Item 9: <em>Sex and the City <\/em>(E01, S01)<\/strong><\/p>\n<table width=\"387\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"125\">Original<\/td>\n<td width=\"262\">TAV<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"125\">Tina Brown<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Diana Sawyer<\/td>\n<td width=\"262\">S&nbsp;: Tina Brown<\/p>\n<p>Diana Sawyer<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"262\">D&nbsp;: Tina Turner<\/p>\n<p>Naomi Campbell<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9pisode, Carrie fait r\u00e9f\u00e9rences aux figures f\u00e9minines intellectuelles influentes de Manhattan. \u00c9tant, journaliste elle-m\u00eame, elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 deux grandes figures f\u00e9minines du journalisme am\u00e9ricain. Tina Brown \u00e9tait la r\u00e9dactrice en chef du <em>New Yorker&nbsp;<\/em>en 1998. Diana Sawyer, elle, \u00e9tait une grande journaliste t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e des ann\u00e9es 1980 et 1990. Or, le doublage fran\u00e7ais adapte ces r\u00e9f\u00e9rences par les noms d\u2019une chanteuse et d\u2019un mannequin, certes des personnalit\u00e9s publiques artistiques fortes mais tout de m\u00eame diff\u00e9rentes des femmes journalistes et auteures \u00e9voqu\u00e9es (une est d\u2019ailleurs un mannequin, incarnation de la beaut\u00e9 norm\u00e9e d\u00e9nonc\u00e9e par Miranda dans le m\u00eame \u00e9pisode). La figure f\u00e9minine auctoriale dispara\u00eet donc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces quatre items illustrent dans quelle mesure la TAV dissocie, dans certains cas, la figure f\u00e9minine de la figure auctoriale. Pourtant, l\u2019acte d\u2019\u00e9crire est pr\u00e9sent\u00e9 dans <em>Ugly Betty&nbsp;<\/em>et dans <em>Sex and the City<\/em>, comme la vraie source d\u2019\u00e9mancipation des deux h\u00e9ro\u00efnes. Leurs sexualit\u00e9s et leurs corps de femmes, associ\u00e9s \u00e0 leurs \u00e9critures et leurs capacit\u00e9s intellectuelles deviennent la cl\u00e9 de leurs qu\u00eates identitaires. Or, \u00e0 de nombreuses reprises, la TAV incompl\u00e8te, inexacte ou trop libre, remet en question cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les quelques exemples donn\u00e9s ici montrent dans quelle mesure la traduction audiovisuelle des discours originaux de ces deux \u0153uvres audiovisuelles peut acqu\u00e9rir, dans certains cas, une dimension politique en ce qui concerne le genre. Les d\u00e9calages entre la V.O. et la V.F. ne sont ici pas dus \u00e0 des erreurs purement linguistiques ni \u00e0 des contraintes techniques. Il s\u2019agit bel et bien d\u2019un choix de traduction. Ces exemples soulignent \u00e9galement une diff\u00e9rence entre le sous-titrage et le doublage. La traduction du doublage sugg\u00e8re davantage de prise de distance par rapport au texte source tandis que le sous-titrage, sans doute \u00e0 cause de la contrainte d\u2019espace, propose une traduction plus litt\u00e9rale. Il s\u2019agit de la traditionnelle diff\u00e9rence traductologique entre la traduction dite \u00ab&nbsp;directe&nbsp;\u00bb et la traduction \u00ab&nbsp;oblique<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a><\/sup>\u00bb. Le concept de \u00ab&nbsp;traduction directe&nbsp;\u00bb, selon Hardin et Picot, sugg\u00e8re que la traduction n\u2019est utilis\u00e9e que comme un simple outil dans le processus de communication. En revanche, la \u00ab&nbsp;traduction oblique&nbsp;\u00bb, dont le doublage se rapproche le plus, devient une forme de cr\u00e9ation et place au centre du processus de communication le choix du traducteur. La prise de distance du doublage, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, sugg\u00e8re qu\u2019il s\u2019agit davantage d\u2019une adaptation que d\u2019une simple transposition linguistique. Le but est \u00e0 la fois de traduire le texte source, de respecter les contraintes techniques et d\u2019adapter ce qui est dit ainsi que les r\u00e9f\u00e9rences culturelles afin que le public cible puisse s\u2019approprier le mieux possible le texte source. Dans le cas du sous-titrage, de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences culturelles ne sont pas adapt\u00e9es mais traduites litt\u00e9ralement. Ainsi, des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des figures culturelles et influentes comme Katie Couric et Candace Bushnell, dans <em>Ugly Betty<\/em>, ou Tina Brown et Diana Sawyer, dans <em>Sex and the City<\/em>, certes sont gard\u00e9es, mais ne sont pas forc\u00e9ment reconnues par un public francophone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une forme de censure ou simplement d\u2019une question de non-compr\u00e9hension culturelle, la repr\u00e9sentation de l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine dans ces deux s\u00e9ries est double et un d\u00e9calage est ainsi cr\u00e9\u00e9, dans certains cas, entre sa repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019\u00e9cran et sa repr\u00e9sentation dans la traduction fran\u00e7aise. Jorge Diaz Cintaz dans \u00ab&nbsp;Clearing the Smoke to See the Screen : Ideological Manipulation in Audiovisual Translation&nbsp;\u00bb souligne la difficult\u00e9 de traduire certains th\u00e8mes&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Audiovisual media and its translation play a special role in the articulation of cultural concepts such as femininity, masculinity, race and Otherness, among others. It can contribute greatly to perpetuating certain racial stereotypes, framing ethnic and gender prejudices and presenting viewers with out-dated role models and concepts of good and bad<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\">19<\/a><\/sup>.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, que cela soit la repr\u00e9sentation du f\u00e9minin ou des r\u00e9alit\u00e9s intellectuelles et culturelles d\u2019une autre civilisation, reste difficile \u00e0 adapter d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre. La traduction peut devenir une forme de ventriloquisme culturel ou m\u00eame une forme de censure de la voix f\u00e9minine. Au-del\u00e0 de la question de la repr\u00e9sentation, il s\u2019agit de questionner la phase de r\u00e9ception, comme le rappelle Francesca Billiani&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Communication media in general, and above all mass media, address a rather large and socially diverse audience, which, more so than in the case of literary texts, needs to be kept under control and organized in its tastes and opinions by a visible, and invisible, censorial power<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\">20<\/a><\/sup>.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La traduction semble refl\u00e9ter, dans les cas \u00e9tudi\u00e9s, cette relativit\u00e9 et la difficult\u00e9 d\u2019adapter et de comprendre ces questions identitaires. Mais il ne faut pas non plus n\u00e9gliger la dimension commerciale du march\u00e9 des s\u00e9ries, comme le sugg\u00e8re Diaz Cintas dans son article \u00ab&nbsp;Clearing the Smoke to See the Screen : Ideological Manipulation in Audiovisual Translation&nbsp;\u00bb. Ainsi, l\u2019adaptation linguistique pourrait \u00e9galement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une arme commerciale dont le but serait de rentabiliser l\u2019adaptation de ces s\u00e9ries. La question de la rentabilit\u00e9 est donc essentielle dans la cr\u00e9ation de ces \u0153uvres et \u00e9videmment dans leur adaptation. Il est pourtant difficile d\u2019\u00e9tablir un lien direct entre la politique genr\u00e9e de certains \u00e9l\u00e9ments de la TAV et les exigences de rentabilit\u00e9 du march\u00e9 lib\u00e9ral de la culture. Une chose est certaine&nbsp;: la repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019\u00e9cran de la sexualit\u00e9 et du corps de la femme, utilis\u00e9e comme arme de reconqu\u00eate du pouvoir identitaire vers une \u00e9mancipation intellectuelle, reste donc th\u00e9orique et de l\u2019ordre de la fiction puisque sa mise en pratique par le biais de la TAV reste encore lacunaire, du moins en partie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#conclu\">Conclusion<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour pallier cette difficult\u00e9 \u00e0 mettre en pratique les discours f\u00e9ministes de certaines \u0153uvres artistiques lorsqu\u2019il s\u2019agit de les adapter \u00e0 des publics \u00e9trangers, Louise Von Flotow, dans la conclusion de son ouvrage <em>Translating in the Era of Feminism, <\/em>rappelle l\u2019importance vitale d\u2019envisager toute forme de traduction comme une production culturelle et politique s\u2019inscrivant dans un contexte au sein duquel des luttes id\u00e9ologiques sont en jeu. L\u2019aspect militant de l\u2019acte de traduire ne doit pas quitter la conscience du traducteur, selon elle. La vigilance doit \u00eatre de mise. Il nous semble tout m\u00eame juste de rappeler l\u2019importance vitale qu\u2019a eue, et continue de jouer, la traduction dans la compr\u00e9hension de th\u00e9matiques f\u00e9ministes am\u00e9ricaines, anglophones ou issues d\u2019autres cultures, et dans l\u2019acquisition d\u2019une conscience et d\u2019une compr\u00e9hension commune et internationale des combats en termes de genre. La traduction a permis la diffusion plus large des voix f\u00e9minines, que cela soit par les textes ou par les images, leur permettant ainsi de s\u2019affranchir des fronti\u00e8res culturelles et de s\u2019\u00e9manciper \u00e0 une plus large \u00e9chelle. La TAV n\u2019est pas en reste dans ce processus d\u2019\u00e9mancipation puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un moyen de communication de plus en plus utilis\u00e9 dans la sph\u00e8re m\u00e9diatique, et permettant une meilleure compr\u00e9hension de l\u2019Autre (longtemps associ\u00e9 \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9), mais \u00e9galement de la notion de relativit\u00e9 et de pluralit\u00e9 culturelle, comme le souligne Rubi Rich&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Subtitling allows us to hear other people\u2019s voices intact and gives us full access to their subjectivity. Subtitles acknowledge that our language, the language of this place in which we are watching this film, is only one of many languages in the world, and that at that very moment, elsewhere they are watching movies in which characters speak in English while other languages spell out their thoughts and emotions across the bottom of the frame for other audiences. It gives me hope . . . Subtitles, I\u2019d like to think, are a token of peace<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\">21<\/a><\/sup>.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<hr>\n<h3><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> HORER, Suzanne et Jeanne SOCQUET. <em>La Cr\u00e9ation \u00e9touff\u00e9e<\/em>. Paris&nbsp;: \u00e9dition Pierre Horay, 1973.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> SILVERMAN, Kaja. <em>The Acoustic Mirror<\/em>. Bloomington and Indianapolis : Indiana University Press, 1988.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> DE LAURETIS, Teresa. <em>Technologies of Gender<\/em>. Bloomington: Indiana University Press, 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> MULVEY, Laura.&nbsp;Visual Pleasure and Narrative Cinema. <em>Film Theory and Criticism&nbsp;: Introductory Readings<\/em>. &nbsp;New York : Eds. Leo Braudy and Marshall Cohen, Oxford UP, 1999, p. 833-844.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> OUELETTE, Laurie. Victims No More : Television, Postfeminism and Ally McBeal<em>. The Communication Review<\/em>. Vol. 5, N\u00b0 4, 2002, p. 312-323.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> HOLLOWS, Joanne. <em>Feminism, Femininity and Popular Culture<\/em>. Oxford : Manchester University Press, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> BREY, Iris. <em>Sex and the Series<\/em>. Mionnay : Libellus Editions, 2016, &nbsp;p. 36.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> CIXOUS, H\u00e9l\u00e8ne. <em>Le Rire de la m\u00e9duse<\/em>. Paris : Galil\u00e9e, \u00ab\u00a0Lignes fictives\u00a0\u00bb, 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> AKASS, Kim et Janet MCCABE. <em>Reading Sex and the City<\/em>. Londres : IB Tauris, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> BREY, Iris. <em>Sex and the Series<\/em>. 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> VON FLOTOW, Louise. <em>Translation and Gender : Translating in the Era of Feminism<\/em>. Ottawa : University of Ottawa Press, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> ZWARG, Christina. Feminism in Translation : Margaret Fuller&rsquo;s Tasso. <em>Studies in Romanticism. <\/em>Boston : Boston University, 1990<em>,&nbsp;<\/em>p. 463-90.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> SIMONS, Margaret. The Silencing of Simone de Beauvoir. Guess What\u2019s Missing from the Second Sex,&nbsp;<em>Women\u2019s Studies International Forum. V<\/em>ol. 6,&nbsp;1983, p. 559-564.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> SIMONS, Margaret. The Silencing of Simone de Beauvoir. 1983, p. 562.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> VON FLOTOW, Louise. <em>Translation and Gender.&nbsp;<\/em>1997, p. 193.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> DIAZ CINTAS, Jorge. Clearing the Smoke to See the Screen : Ideological Manipulation in Audiovisual Translation. <em>Meta. <\/em>Vol. 57, n\u00b0 2, 2012, p. 279-293.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> FERAL, Anne-Lise. Gender in Audiovisual Translation : Naturalizing Feminine Voices in the French Sex and the City. <em>European Journal of Women Studies<\/em>. 2011, Vol. 18,&nbsp; p. 391-407.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> HARDIN, G\u00e9rard et PICOT, Cynthia. <em>Translate : Initiation \u00e0 la pratique de la traduction. <\/em>Paris : Dunot, 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> DIAZ CINTAS, Jorge. <em>Clearing the Smoke to See the Screen<\/em>. 2012, p. 282.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> BILLIANI<strong>, <\/strong>Francesca. Assessing boundaries &#8211; Censorship and Translation. An Introduction. <em>Modes of Censorship and Translation. <\/em>Manchester : Ed. Francesca Billiani, 2007, p. 5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> RICH, B. Ruby. To Read or Not to Read: Subtitles, Trailers, and Monolingualism. <em>Subtitles : On the Foreignness of Film.<\/em><em>&nbsp;<\/em>Montreal : Alphabetic City, 2004, p. 153.<\/p>\n<\/div>\n<hr>\n<h3><a name=\"sect7\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">AKASS, Kim et Janet MCCABE. <em>Reading Sex and the City<\/em>. Londres: IB Tauris, 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BILLIANI, Francesca. Assessing boundaries &#8211; Censorship and Translation. An Introduction. <em>Modes of Censorship and Translation. <\/em>Manchester : Ed .Francesca Billiani, 2007.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BREY, Iris. <em>Sex and the Series<\/em>. Mionnay : Libellus Editions, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">BUTLER, Judith. <em>Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity<\/em>. New York : Routledge, 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">CHAMBERLAIN, Lori. Metaphorics of Translation. In VENUTI, Lawrence (ed.). <em>Rethinking Translation<\/em>. London : Routledge, 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DE LAURETIS, Teresa. <em>Technologies of Gender<\/em>. Bloomington : Indiana University Press, 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DE MARCO, Marcella. Audiovisual Translation Through a Gender Lens. <em>Approach to Translation Studies.&nbsp;<\/em>Amsterdam-New York, Vol. 37, 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DIAZ CINTAS, Jorge. Clearing the Smoke to See the Screen : Ideological Manipulation in Audiovisual Translation. <em>Meta.&nbsp;<\/em>Vol. 57, n\u00b0 2,&nbsp;2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FERAL, Anne-Lise. Gender in Audiovisual Translation: Naturalizing Feminine Voices in the French Sex and the City. <em>European Journal of Women Studies<\/em>. 2011,Vol 18,&nbsp; p.391-407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1350506811415199\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1350506811415199<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">FOUCAULT, Michel. <em>Histoire de la sexualit\u00e9<\/em>. Paris : Gallimard, 1984.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HARDIN, G\u00e9rard et PICOT, Cynthia. <em>Translate : Initiation \u00e0 la pratique de la traduction. <\/em>Paris : Dunot, 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HOLLOWS, Joanne. <em>Feminism, Femininity and Popular Culture<\/em>. Oxford : Manchester University Press, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">HORER, Suzanne et SOCQUET,&nbsp;Jeanne. <em>La Cr\u00e9ation \u00e9touff\u00e9e<\/em>. Paris&nbsp;: \u00e9dition Pierre Horay, 1973.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MULVEY, Laura. Visual Pleasure and Narrative Cinema. <em>Film Theory and Criticism : Introductory Readings<\/em>. New York : Eds. Leo Braudy and Marshall Cohen, Oxford UP, 1999, p. 833-844.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">OUELETTE, Laurie. Victims No More: Television, Postfeminism and Ally McBeal<em>. The Communication Review<\/em>. &nbsp;Vol. 5, N\u00b0. 4,&nbsp;2002, p 312-323.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">RICH, B. Ruby. To Read or Not to Read : Subtitles, Trailers, and Monolingualism. <em>Subtitles : On the Foreignness of Film. <\/em>BAETANS, Jans<em>. <\/em>Montreal : Alphabetic City, 2004, p. 153-69.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SILVERMAN, Kaja. <em>The Acoustic Mirror<\/em>. Indianapolis : Indiana University Press, 1988.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON, Sherry. <em>Gender in Translation : Cultural Identity and the politics of transmission<\/em>. London-New York : Routledge, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMONS, Margaret. The Silencing of Simone de Beauvoir. Guess What\u2019s Missing from the Second Sex. <em>Women\u2019s Studies International Forum.<\/em>&nbsp;Vol. 6, 1983, p.559\u2013564<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">VON FLOTOW, Louise. <em>Translation and Gender : Translating in the Era of Feminism<\/em>. Ottawa : University of Ottawa Press, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">ZWARG, Christina. Feminism in Translation : Margaret Fuller&rsquo;s Tasso. <em>Studies in Romanticism. <\/em>Boston : Boston University, 1990<em>,&nbsp;<\/em>p. 463-90.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sophie CHADELLE En septembre 2019, Sophie Chadelle a entrepris une th\u00e8se, en CDU au DEMA, intitul\u00e9e \u00ab Voix de femmes, voix de fans, voix institutionnelles : La traduction du genre dans les s\u00e9ries contemporaines \u00bb, au CAS, sous la direction de Nathalie Vincent-Arnaud (UT2J) et de David Roche (UT2J). Ses recherches portent notamment sur les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[102343],"class_list":["post-3590","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-n10","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3590","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3590"}],"version-history":[{"count":41,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3590\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4220,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3590\/revisions\/4220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3590"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3590"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3590"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}