 {"id":3595,"date":"2019-05-21T12:23:02","date_gmt":"2019-05-21T11:23:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=3595"},"modified":"2019-10-03T08:34:33","modified_gmt":"2019-10-03T07:34:33","slug":"le-desir-asymptote-dans-sur-le-champ-dannie-le-brun-et-toyen-le-lieu-des-rendez-vous-manques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/le-desir-asymptote-dans-sur-le-champ-dannie-le-brun-et-toyen-le-lieu-des-rendez-vous-manques\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9sir-asymptote dans Sur le champ d\u2019Annie Le Brun et Toyen : Le lieu des rendez-vous manqu\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Caroline HOGUE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Caroline Hogue est candidate au doctorat \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, o\u00f9 elle a \u00e9galement compl\u00e9t\u00e9 ses \u00e9tudes de ma\u00eetrise. Ses recherches portent sur la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle, plus particuli\u00e8rement sur la question du sacrifice. Elle est coordinatrice du centre de recherche Figura \u2013 UdeM et collabore \u00e0 un projet de recherche sur le roman de genre au f\u00e9minin.<br \/>\n<a href=\"mailto:caroli&#110;&#101;&#46;&#104;&#111;&#x67;&#x75;&#x65;&#x40;&#x75;&#x6d;&#x6f;&#x6e;&#x74;&#x72;&#x65;&#x61;&#x6c;&#x2e;&#x63;a\">ca&#114;&#x6f;&#x6c;&#x69;ne&#46;&#104;&#x6f;&#x67;&#x75;e&#64;&#117;&#109;&#x6f;&#x6e;&#x74;re&#97;&#x6c;&#x2e;&#x63;a<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Hogue, Caroline, \u00ab Le d\u00e9sir-asymptote dans Sur le champ d\u2019Annie Le Brun et Toyen : Le lieu des rendez-vous manqu\u00e9s\u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b010 \u00ab Repr\u00e9sentations du d\u00e9sir f\u00e9minin : entre texte et image \u00bb, \u00e9t\u00e9 2019, mis en ligne le 1er juillet 2019, disponible sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/le-desir-asymptote-dans-sur-le-champ-dannie-le-brun-et-toyen-le-lieu-des-rendez-vous-manques\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/le-desir-asymptote-dans-sur-le-champ-dannie-le-brun-et-toyen-le-lieu-des-rendez-vous-manques\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2019\/05\/C.-Hogue-Le-d%C3%A9sir-asymptote-dans-Sur-le-champ-d%E2%80%99Annie-Le-Brun-et-Toyen.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format PDF<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">Dans <em>Sur le champ<\/em>, Annie Le Brun et l\u2019artiste visuelle Toyen revisitent le th\u00e8me surr\u00e9aliste de l\u2019amour fou pour le r\u00e9orienter vers la question du d\u00e9sir f\u00e9minin, toujours transgressif. Le texte et les images mettent en jeu un d\u00e9sir intarissable, alors que le point de rencontre semble impossible \u00e0 atteindre. La figure de l\u2019asymptote permet de probl\u00e9matiser les tensions qui (d\u00e9s)unissent \u00e0 la fois le texte \u00e0 l\u2019image et la femme d\u00e9sirante \u00e0 l\u2019objet de son d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : Annie Le Brun &#8211; Toyen &#8211; Surr\u00e9alisme &#8211; D\u00e9sir f\u00e9minin &#8211; Litt\u00e9rature fran\u00e7aise du XXe si\u00e8cle &#8211; Rapports texte\/image &#8211; Transgression<\/p>\n<h3 class=\"western\" style=\"text-align: justify\">Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">In<em> Sur le champ<\/em>, Annie Le Brun and the visual artist Toyen rethink the surrealist theme of love. The book presents a new idea of the feminine desire, which is always transgressive and violent. Both the text and the images express an infinite desire, in which the encounter is impossible to reach. The asymptote problematizes the tensions between the textual and the visual and between a desirous woman and the object of her desire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><strong>Keywords<\/strong>: Annie Le Brun &#8211; Toyen &#8211; Surrealism &#8211; Desire &#8211; French XXth century literature &#8211; Text\/image relationship &#8211; Transgression<\/p>\n<hr>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Sommaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1.Transgresser doucement<br \/>\n<\/a><a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect5\">2. Penser l\u2019asymptote comme dispositif texte\/image<br \/>\n<\/a><a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect6\">3. Tendre vers l\u2019Autre pour effleurer l\u2019infini<br \/>\n<\/a><a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect8\">Conclusion<\/a><a href=\"#sect2\"><br \/>\n<\/a><a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect9\">Notes<\/a><a href=\"#sect2\"><br \/>\n<\/a><a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect10\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">Avec la publication de <em>L\u2019Amour Fou <\/em>en 1937, Andr\u00e9 Breton rapatrie la plus vieille th\u00e9matique de l\u2019histoire culturelle au c\u0153ur du nouveau territoire artistique et litt\u00e9raire surr\u00e9aliste. Sous couvert d\u2019un r\u00e9cit autobiographique accueillant photographies et peintures, Breton d\u00e9crit et prescrit l\u2019une des valeurs surr\u00e9alistes par excellence&nbsp;: l\u2019amour. Fou, l\u2019amour bretonien contourne les usages de la morale. D\u00e9lirant, l\u2019amour surr\u00e9aliste implique une communication fusionnelle des corps et des c\u0153urs, propulsant les sujets \u2013 les amoureux sont toujours deux, bien que la voix f\u00e9minine reste silencieuse \u2013 vers une autre dimension, souvent onirique. Le d\u00e9sir devient le portail presque magique qui \u00e9l\u00e8ve les amoureux, r\u00e9unis, vers un ailleurs myst\u00e9rieux et magn\u00e9tique. Pour le patriarche des surr\u00e9alistes, l\u2019amour promet un terreau fertile o\u00f9 il est possible de cultiver la beaut\u00e9 authentique&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est l\u00e0, tout au fond du creuset humain, en cette r\u00e9gion paradoxale o\u00f9 la fusion de deux \u00eatres qui se sont r\u00e9ellement choisis restitue \u00e0 toutes choses les couleurs perdues du temps des anciens soleils [\u2026] qu\u2019il y a des ann\u00e9es [il a] demand\u00e9 qu\u2019on all\u00e2t chercher la beaut\u00e9 nouvelle<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019essence de la beaut\u00e9, ou la beaut\u00e9 essentielle, serait contenue dans l\u2019\u00e9tincelle qui jaillit de cette \u00ab&nbsp;fusion&nbsp;\u00bb entre <em>deux <\/em>\u00eatres. Trente ans plus tard, Annie Le Brun et Toyen<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>&nbsp;\u2013&nbsp;deux artistes qui revendiquent leur h\u00e9ritage surr\u00e9aliste et qui assument pleinement leur filiation avec Andr\u00e9 Breton&nbsp;\u2013&nbsp;collaborent pour cr\u00e9er <em>Sur le champ<\/em>, un recueil de po\u00e9sie en prose divis\u00e9 en douze parties, appel\u00e9es \u00ab&nbsp;cernes&nbsp;\u00bb par l\u2019auteure, cernes qui se succ\u00e8dent comme autant de courbes superpos\u00e9es les unes aux autres, dont six sont accompagn\u00e9s d\u2019un collage<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>. Si l\u2019amour y brille par son absence, Annie Le Brun et Toyen d\u00e9clinent un d\u00e9sir insatiable, sans cesse renouvel\u00e9, qui informe la structure, le dispositif texte\/image et les modalit\u00e9s de lecture dans <em>Sur le champ<\/em>. Le d\u00e9sir \u00e9tait, d\u00e9j\u00e0, une valeur cardinale pour les surr\u00e9alistes des ann\u00e9es 1930, toujours associ\u00e9 au motif de la rencontre amoureuse. Andr\u00e9 Breton en appelle aux manifestations hasardeuses parce qu\u2019elles alimentent, continuellement, une soif essentielle \u00e0 la cr\u00e9ation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui me s\u00e9duit dans une telle mani\u00e8re de voir, c\u2019est qu\u2019\u00e0 perte de vue elle est recr\u00e9atrice de d\u00e9sir.<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb Annie Le Brun et Toyen rejouent cette id\u00e9e d\u2019un d\u00e9sir intarissable&nbsp;\u2013&nbsp;le d\u00e9sir existe tant et aussi longtemps qu\u2019il n\u2019est pas combl\u00e9&nbsp;\u2013&nbsp;la d\u00e9pla\u00e7ant dans de nouveaux espaces que sont la f\u00e9minit\u00e9, la corpor\u00e9it\u00e9 et la transgression. Selon Isabelle Boisclair, la figure de la femme d\u00e9sirante s\u2019est trop souvent tue, parce qu\u2019\u00ab&nbsp;en ce domaine du d\u00e9sir, elle est, peut-\u00eatre l\u00e0 plus qu&rsquo;ailleurs, le deuxi\u00e8me sexe.<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Sur le champ<\/em>, le d\u00e9sir fonctionne comme une asymptote, autant dans le texte, dans les images que dans les rapports texte-image. La v\u00e9ritable fusion entre le sujet f\u00e9minin d\u00e9sirant et l&rsquo;objet d\u00e9sir\u00e9 est impossible, bien qu&rsquo;ils tendent, infiniment, l&rsquo;un vers l&rsquo;autre. L\u2019asymptote&nbsp;\u2013&nbsp;issu du mot grec <em>a-symptotis<\/em>, signifiant \u00ab&nbsp;non-rencontre&nbsp;\u00bb \u2013 proph\u00e9tise le d\u00e9phasage qui caract\u00e9rise les rendez-vous pr\u00e9vus par le d\u00e9sir&nbsp;: dans <em>Sur le champ<\/em>, ils sont toujours manqu\u00e9s. Ce d\u00e9phasage semble trahir le programme trac\u00e9 par le titre du recueil, qui semble porter la promesse d\u2019une r\u00e9solution imm\u00e9diate. Les limites entre le moral et l\u2019immoral brouill\u00e9es par une \u00e9criture de la transgression (faite de mots et d\u2019images), tout fonctionne comme si la seule fronti\u00e8re encore intacte marquait l\u2019espace imperceptible qui s\u00e9pare pourtant toujours le sujet d\u00e9sirant et l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9. Les rapports texte\/image participent de ce dispositif asymptotique&nbsp;: le textuel et le visuel conservent leur espace respectif, bien qu\u2019ils ob\u00e9issent \u00e0 une dynamique de tentation vers l\u2019Autre de la double-page. Finalement, les textes d\u2019Annie Le Brun et les collages de Toyen th\u00e9matisent et mettent en sc\u00e8ne un mouvement, une trajectoire ou une tendance vers l\u2019Autre. Tel que pr\u00e9vu par la figure de l\u2019asymptote, le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb f\u00e9minin&nbsp;\u2013&nbsp;\u00e0 la fois lyrique et narrant&nbsp;\u2013&nbsp;reste seul, bien que m\u00fb par l\u2019\u00e9nergie de la rencontre.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#1\">1.Transgresser doucement<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pens\u00e9e complexe de Georges Bataille, toujours en dialogue avec les pr\u00e9occupations surr\u00e9alistes, la transgression constitue une pierre de touche. Son \u0153uvre, autant essayistique que romanesque, montre que \u00ab&nbsp;les interdits, sur lesquels repose le monde de la raison, ne sont pas, pour autant, rationnels.<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00bb La raison comme r\u00e9f\u00e9rence absolue est mise \u00e0 mal, entra\u00eenant dans sa chute la morale, \u00e9rig\u00e9e sur un r\u00e9seau d\u2019interdits aux fondations tremblantes. Du moins, Georges Bataille fait chanceler, un \u00e0 un, les interdits qui balisent les contours de <em>la <\/em>morale. Dans \u00ab&nbsp;L\u2019Apr\u00e8s-coup de <em>l\u2019Amour Fou&nbsp;<\/em>: Joyce Mansour et Annie Le Brun&nbsp;\u00bb, Ren\u00e9e Riese Hubert remarque l\u2019instinct transgressif des femmes surr\u00e9alistes de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais ces voix f\u00e9minines s\u2019\u00e9lancent vers bien d\u2019autres transgressions encore plus inqui\u00e9tantes, comme il se doit, que celles de l\u2019entre-deux-guerres.<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb En effet, le langage po\u00e9tique d\u2019Annie Le Brun, dans la foul\u00e9e de Georges Bataille et plus encore dans celle de Sade, refuse de se contraindre aux lois de la logique, et encore moins \u00e0 celles de la bonne morale. Au fil des \u00ab&nbsp;cernes&nbsp;\u00bb successives, le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique noie de gris les fronti\u00e8res noires qui marquent le cadastre de la moralit\u00e9. Doucement, si faire se peut, Annie Le Brun et Toyen donnent \u00e0 lire et \u00e0 voir (mais surtout \u00e0 lire) davantage une dissolution graduelle qu\u2019une infraction des interdits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019<em>incipit<\/em> de <em>Sur le champ<\/em> fait entendre le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique qui s\u2019auto-cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand j\u2019ai dit&nbsp;\u201cje perverse\u201d (jeu-cl\u00e9 qui a pour but de fermer les portes ouvertes), on m\u2019a r\u00e9pondu qu\u2019il y avait l\u00e0 comme une recherche de langage.<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>&nbsp;\u00bb Le ludisme d\u00e9borde du langage lorsque la m\u00eame voix propose \u00ab&nbsp;un jeu de soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s simple<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a> \u00bb, dont les r\u00e8gles sont d\u00e9voil\u00e9es dans une deuxi\u00e8me autocitation&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201cViolez les m\u00e8res de familles, les vierges \u00e0 la rigueur.\u201d<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a> \u00bb Le premier syntagme plac\u00e9 entre guillemets \u2013 \u00ab&nbsp;Je perverse&nbsp;\u00bb \u2013 quitte le plan inoffensif du mot d\u2019esprit lorsqu\u2019il est mis en relation avec l\u2019ordre inqui\u00e9tant contenu dans la deuxi\u00e8me autocitation, exigeant \u00e0 la fois le viol, l\u2019inceste et la profanation. L\u2019expression \u00ab&nbsp;je perverse&nbsp;\u00bb, gonfl\u00e9 par l\u2019ampleur de sa forme verbale intransitive, annonce le projet transgressif du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb joueur dans <em>Sur le champ<\/em>. Un peu plus tard, la femme se pr\u00e9sente comme \u00e9ternellement perverse et multiple&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201c<em>Je serai toujours perverse polymorphe.<\/em>\u201d<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>&nbsp;\u00bb Cette fois, en plus d\u2019\u00eatre plac\u00e9e entre chevrons, la citation est en italique, marquant le caract\u00e8re \u00e9crit de la d\u00e9claration. Ce serait \u00ab&nbsp;la fianc\u00e9e du pirate&nbsp;\u00bb, personnage cin\u00e9matographique surr\u00e9aliste associ\u00e9 \u00e0 la figure d\u2019Antigone, qui consignerait dans \u00ab&nbsp;des cahiers d\u2019\u00e9coliers&nbsp;\u00bb cette phrase unique \u00ab&nbsp;pour le plaisir.<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a>&nbsp;\u00bb Isol\u00e9e dans l\u2019espace de la page, soulign\u00e9e par l\u2019italique<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a> et enchevronn\u00e9e, la phrase, attestant la nature transgressive du sujet po\u00e9tique, se grave sur la r\u00e9tine sensible du lecteur-spectateur. \u00c0 la fin du livre, dans le \u00ab&nbsp;Onzi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, la voix po\u00e9tique s\u2019adresse \u00e0 ses \u00ab&nbsp;curieuses s\u0153urs<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a>&nbsp;\u00bb lorsqu\u2019elle \u00e9voque une perversit\u00e9 devenue collective&nbsp;: \u00ab&nbsp;Notre perversit\u00e9, si redoutablement polymorphe, ne tend qu\u2019\u00e0 corriger les mythes biologiques si notre d\u00e9sir se fond sous la cambrure d\u2019un m\u00eame homme.<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>&nbsp;\u00bb R\u00e9it\u00e9rant la formule employ\u00e9e dans le texte liminaire, cette perversit\u00e9 va jusqu\u2019\u00e0 contaminer une communaut\u00e9 de femmes. Le plaisir de faire mal, inh\u00e9rent au \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique, prolif\u00e8re. S\u2019adressant, cette fois-ci, \u00e0 un homme qui est \u00e0 la fois son fr\u00e8re et son amant, la voix po\u00e9tique planifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour vous br\u00fbler, je me d\u00e9shabillerai, non pour vous blesser, mais pour vous pervertir loin de ce qui n\u2019est pas vous.<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>&nbsp;\u00bb La perversion intransitive de l\u2019<em>incipit<\/em> se voit orient\u00e9e vers l\u2019autre, dans une logique de contagion lib\u00e9ratrice des m\u0153urs. Ainsi, la femme \u00ab&nbsp;perverse&nbsp;\u00bb, <em>est<\/em> perverse, elle perverse l\u2019autre et sa perversion se multiplie jusqu\u2019\u00e0 rassembler une communaut\u00e9 de femmes. Cette d\u00e9clinaison po\u00e9tique accumule les diverses formes que peuvent rev\u00eatir le plaisir sadique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Sur le champ<\/em>, les r\u00e9f\u00e9rences implicites au Marquis de Sade moulent une \u00e9criture de la transgression qui ne se livre pas directement. Selon Olivier Delers, la pens\u00e9e de Sade ne peut \u00eatre pleinement cern\u00e9e que dans un rapport oblique, dialogique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le passage du mythe au dialogue cr\u00e9e \u00e9galement un mouvement d\u2019un Sade-concept \u00e0 un Sade-praxis.<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9criture d\u2019Annie Le Brun \u00e9pouse une telle <em>pratique<\/em> de Sade. Dans le \u00ab&nbsp;Troisi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, le sujet po\u00e9tique imbrique sexualit\u00e9 et philosophie, par le biais du texte et du pictogramme qui en remplace le point&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un doigt perpendiculairement enfoui dans mon sexe, il m\u2019apprend la transe en danse. Ma t\u00eate est prompte \u00e0 s\u2019\u00e9chauffer, je deviens philosophe [*]<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>&nbsp;\u00bb Le signe de ponctuation est remplac\u00e9 par un dessin qui repr\u00e9sente un doigt brandi vers le ciel. L\u2019esprit est habilement rapatri\u00e9 dans l\u2019espace du corps \u2013 du \u00ab&nbsp;sexe&nbsp;\u00bb, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 alors que le mot <em>transcendance <\/em>est outrageusement hach\u00e9, comme le boucher avec la viande, en une \u00ab&nbsp;transe en danse&nbsp;\u00bb. Cette parent\u00e9 id\u00e9ologique avec Sade, qui promeut une logique du corps, est scell\u00e9e lorsque le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique annonce que sa \u00ab&nbsp;t\u00eate est prompte \u00e0 s\u2019\u00e9chauffer&nbsp;\u00bb, citant presque textuellement la Juliette sadienne, dont la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e est prompte \u00e0 s\u2019\u00e9chauffer.<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>&nbsp;\u00bbDe plus, le mot \u00ab&nbsp;philosophe&nbsp;\u00bb, employ\u00e9 par Le Brun, n\u2019est pas sans rappeler le lexique sadien&nbsp;: <em>La Philosophie dans le boudoir<\/em> du Marquis de Sade caract\u00e9rise la figure du philosophe libertin. La fronti\u00e8re hi\u00e9rarchique entre corps et esprit est formellement r\u00e9voqu\u00e9e par l\u2019utilisation du minuscule pictogramme. En effet, le dessin repr\u00e9sente \u00e0 la fois le doigt enfoui dans le sexe de la femme et le signe heuristique par excellence, associ\u00e9 au savoir du philosophe. La transgression des limites du corps et de l\u2019esprit donne lieu, comme le propose Sade, \u00e0 un savoir nourri par les pulsions charnelles. Dans le \u00ab&nbsp;Quatri\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, Annie Le Brun salue, \u00e0 l\u2019instar de Sade, celles qui ont \u00ab&nbsp;des ventres pour \u00e9couter&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;des fesses pour inviter \u00e0 penser.<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Sur le champ<\/em>, la violence se d\u00e9ploie comme un dynamisme sans borne, qu\u2019il serait vain d\u2019essayer de contenir. Georges Bataille, dans <em>L\u2019\u00c9rotisme<\/em>, constate l\u2019\u00e9chec de l\u2019homme, qui tente d\u2019endiguer les flots d\u2019une violence inou\u00efe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Limitant en lui-m\u00eame le mouvement de la violence, il pensa le limiter en m\u00eame temps dans l\u2019ordre r\u00e9el.<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>&nbsp;\u00bb Ces limites factices ne sont d\u2019aucun ressort contre une violence inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine. Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique d\u2019Annie Le Brun accueille et perp\u00e9tue la violence, allant jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9sirer son propre viol&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon amant, vous aussi, vous ne me violez que parce que je suis passionn\u00e9ment consentante<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\">[22]<\/a>&nbsp;\u00bb. Cette violence violeuse appara\u00eet dans le collage du \u00ab&nbsp;Douzi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, alors que l\u2019aile pointue d\u2019une chauve-souris traverse l\u2019entrejambe d\u2019une femme cambr\u00e9e dans une position de jouissance. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tous les collages du livre mettent en sc\u00e8ne la violence d\u2019un choc entre un \u00e9l\u00e9ment dur et un \u00e9l\u00e9ment mou, entre autorit\u00e9 et soumission, entre bourreau et victime. \u00c0 moins que la victime soit le v\u00e9ritable bourreau&nbsp;? Annie Le Brun et Toyen jouent avec le concept traditionnel de \u00ab&nbsp;limites&nbsp;\u00bb, les dissolvant par le pouvoir caustique du texte et de l\u2019image. Dans le \u00ab&nbsp;Douzi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, le sujet po\u00e9tique affirme que \u00ab&nbsp;les tabous n\u2019existent pas pour \u00eatre transgress\u00e9s mais pour \u00eatre DISSOUTS \u00e0 un point de combustion extr\u00eame et unique<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\">[23]<\/a>&nbsp;\u00bb. <em>Sur le champ<\/em> s\u2019ouvre comme un laboratoire textuel et pictural o\u00f9 Le Brun et Toyen exp\u00e9rimentent \u00ab&nbsp;les lois d\u2019une combustion nouvelle<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\">[24]<\/a>&nbsp;\u00bb, qui serait assez redoutable pour consumer interdits et tabous. Georges Bataille \u00e9crit que \u00ab&nbsp;seule une violence, une violence insens\u00e9e, brisant les limites d\u2019un monde r\u00e9ductible \u00e0 la raison, nous ouvre \u00e0 la continuit\u00e9!<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\">[25]<\/a>&nbsp;\u00bb Une fois les limites tomb\u00e9es, la perversion, la violence et le corps sont r\u00e9habilit\u00e9s dans l\u2019univers livresque amoral d\u2019Annie Le Brun et Toyen. Il ne reste qu\u2019une limite qui tienne&nbsp;: l\u2019asymptote qui s\u00e9pare le sujet d\u00e9sirant de l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9. C\u2019est dans le sillon infini de cette trajectoire d\u00e9sirante que <em>Sur le champ<\/em> aborde ce que Bataille nomme, lui, la continuit\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#2\">2.Penser l\u2019asymptote comme dispositif texte\/image<\/a><\/h3>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li style=\"list-style-type: none\">\n<h3 align=\"justify\"><\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Yves Peyr\u00e9 utilise \u00ab&nbsp;l\u2019inframince&nbsp;\u00bb pour probl\u00e9matiser l\u2019oscillation imperceptible qui unit le texte et l\u2019image&nbsp;; pour Liliane Louvel, le \u00ab&nbsp;tiers pictural&nbsp;\u00bb d\u00e9signe le lieu o\u00f9 le pictural se niche au creux du textuel, au moment de la lecture; Aron Kibedi Varga parle de \u00ab&nbsp;co\u00efncidence&nbsp;\u00bb lorsque le texte et l\u2019image habitent, simultan\u00e9ment, un m\u00eame espace. La critique n\u2019a pas fini de s\u2019interroger sur la nature (les natures, plut\u00f4t) des rapports qu\u2019entretiennent le texte et l\u2019image. Dans <em>Sur le champ<\/em>, la relation qui unit les textes et les six collages de Toyen d\u00e9passe largement le domaine de l\u2019illustration. Les collages ne montrent pas ce que disent les textes, bien qu\u2019ils r\u00e9cup\u00e8rent (rejouant la technique m\u00eame du collage), de mani\u00e8re d\u00e9cal\u00e9e, quelques \u00e9clats du texte. Par exemple, le collage du \u00ab&nbsp;Neuvi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb \u00e9voque le \u00ab&nbsp;vague sourire [\u2026] sur les l\u00e8vres du monde<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\">[26]<\/a>&nbsp;\u00bb qu\u2019apercevait le sujet po\u00e9tique au \u00ab&nbsp;Deuxi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb. Plusieurs pages plus loin, le collage \u00e9claire le sens du texte&nbsp;; \u00ab&nbsp;les l\u00e8vres du monde&nbsp;\u00bb, \u00e0 la lumi\u00e8re des fragments juxtapos\u00e9s dans l\u2019image, devient la m\u00e9taphore visuelle et textuelle du sexe f\u00e9minin. Dans le \u00ab&nbsp;Sixi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, le texte informe notre mani\u00e8re de voir le collage qui l\u2019accompagne. Flaque de peinture, gomme \u00e0 m\u00e2cher ou latex, rien dans l\u2019image ne confirme l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9l\u00e9ment visqueux. Lorsque le texte convoque un \u00ab&nbsp;\u0153uf&nbsp;<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\">[27]<\/a> \u00bb dont le jaune et le blanc sont s\u00e9par\u00e9s, \u00e0 la page suivante, notre perception du collage est corrig\u00e9e, <em>a posteriori<\/em>. Que l\u2019image influence le texte ou inversement, la lecture-spectature, dans <em>Sur le champ<\/em>, ne peut fonctionner de mani\u00e8re lin\u00e9aire. Dans \u00ab Le triangle du d\u00e9sir dans les livres d&rsquo;Ivsic-Toyen-Le Brun \u00bb, Virginie Pouzet-Duzer propose une lecture conjointe de <em>Sur le champ<\/em> et <em>Le puits dans la tour<\/em> de Radovan Ivsic: \u00ab&nbsp;Entre textes et images, po\u00e9sie, prose et collages, on montrera que c&rsquo;est une lecture \u201cen spirale\u201d [&#8230;] qui s&rsquo;accorderait le mieux avec de tels recueils, perp\u00e9tuellement sur la br\u00e8che du <em>litt\u00e9ral<\/em> et du <em>figuratif.<\/em><a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\">[28]<\/a><em>&nbsp;<\/em>\u00bb Retenons l\u2019id\u00e9e d\u2019une lecture en spirale, qui permet de combler les \u00e9cueils \u2013 les br\u00e8ches \u2013 d\u2019une lecture lin\u00e9aire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019espace de la double-page, le textuel et le visuel ne se rencontrent jamais, bien qu\u2019ils s\u2019effleurent. L\u2019asymptote probl\u00e9matise cette tension vers l\u2019autre m\u00e9dium, cette fusion sans cesse diff\u00e9r\u00e9e par des points de r\u00e9sistance. Dans \u00ab&nbsp;Le livre comme creuset&nbsp;\u00bb, Yves Peyr\u00e9 \u00e9crit que \u00ab&nbsp;le pli est le maintien d&rsquo;une distance, il pr\u00f4ne une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 dans la r\u00e9partition: de part et d&rsquo;autre d&rsquo;un fleuve deux mondes se font face, se d\u00e9sirent, fig\u00e9s par la ligne invisible d&rsquo;un papier retourn\u00e9 sur soi-m\u00eame.<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\">[29]<\/a>&nbsp;\u00bb Le dispositif texte\/image \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>Sur le champ<\/em> respecte l\u2019autorit\u00e9 du pli de la page: chaque m\u00e9dium respecte les bornes de son espace et se plie aux lois de son territoire. Fleuve ou droite asymptote, dans les deux cas, ni le texte ni l\u2019image n\u2019envahissent la page de l\u2019Autre. La disposition des collages \u2013 ils flottent au milieu du vide de la page rose \u2013 contribue \u00e0 creuser la distance qui s\u00e9pare le texte et l\u2019image, alimentant le myst\u00e8re, nourriture du d\u00e9sir. Les marges autour des collages, dispos\u00e9s sur la page de gauche, isolent le pictural, comme si le \u00ab&nbsp;fleuve&nbsp;\u00bb du pli de la page d\u00e9bordait de son lit sur la page de droite. Cette distance visuelle marque une r\u00e9sistance quant \u00e0 l\u2019assimilation des deux univers, gardiens jaloux de leur espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Sur le champ<\/em>, l\u2019univers po\u00e9tique des textes reste distinct de l\u2019univers pictural. Peut-\u00eatre avons-nous affaire \u00e0 deux mondes parall\u00e8les, qui manifestent leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019Autre par quelques indices \u00e9pars&nbsp;? Les rythmes des deux espaces discordent, r\u00e9it\u00e9rant le hiatus impos\u00e9 par l\u2019asymptote. La po\u00e9sie d\u2019Annie Le Brun carbure \u00e0 la vitesse excessive et aux trajectoires acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es. Le lexique de <em>Sur le champ<\/em> regorge de mots associ\u00e9s aux d\u00e9placements&nbsp;: \u00ab&nbsp;taxi-faune<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\">[30]<\/a>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;promenades<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\">[31]<\/a>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mouvements<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\">[32]<\/a>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;vitesse<a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\">[33]<\/a>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;cheminements<a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\">[34]<\/a>&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;trajectoire<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\">[35]<\/a>&nbsp;\u00bb. En contrepartie, les collages montrent toujours des tableaux ou des objets immobiles. M\u00eame les \u00eatres anim\u00e9s (un mollusque, une chauve-souris ou un morceau de corps f\u00e9minin) semblent fig\u00e9s, comme autant de cr\u00e9atures empaill\u00e9es devenues objets. Par exemple, tout porte \u00e0 croire que la chevelure dans le collage du \u00ab&nbsp;Huiti\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb est, en r\u00e9alit\u00e9, une perruque. D\u00e9sincarn\u00e9e, la chevelure reste parfaitement coiff\u00e9e et ne d\u00e9voile aucune parcelle du corps f\u00e9minin. Cette inanit\u00e9 de l\u2019image contraste avec le corps f\u00e9minin agressif d\u00e9crit dans le texte. Malgr\u00e9 l\u2019arythmie qui d\u00e9saccouple texte et image, il y a quand m\u00eame d\u00e9sir, tentation d\u2019une fusion qui n\u2019advient jamais. Dans le \u00ab&nbsp;Huiti\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la force centrifuge de [la] crini\u00e8re<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\">[36]<\/a>&nbsp;\u00bb du lion est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, cette fois d\u00e9construite, dans le collage. Le corps du mollusque s\u2019enroule autour d\u2019un point de rotation, sorte de foyer de la \u00ab&nbsp;force centrifuge&nbsp;\u00bb, et la chevelure de femme fait \u00e9cho \u00e0 la \u00ab&nbsp;crini\u00e8re&nbsp;\u00bb du lion. Les points de contact entre le po\u00e8me et le collage naissent, paradoxalement, de l\u2019\u00e9cart qui les s\u00e9pare. L\u2019un d\u00e9crit la crini\u00e8re du lion, l\u2019autre montre l\u2019\u00e9tonnante collision entre une chevelure et un mollusque&nbsp;; dans la diff\u00e9rence germe l\u2019intuition de l\u2019Autre. Le lecteur-spectateur assiste, au fil du livre, \u00e0 ces rendez-vous manqu\u00e9s du texte et de l\u2019image. Un langage appelle l\u2019autre, mais, ob\u00e9issant au d\u00e9sir-asymptote, ils ne sont jamais au m\u00eame endroit au m\u00eame moment.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#3\">3.Tendre vers l\u2019Autre pour effleurer l\u2019infini<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Surrealism, Desire Unbound, <\/em>Annie Le Brun \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019il y a une chose telle que la r\u00e9volution surr\u00e9aliste, elle est ins\u00e9parable de l\u2019affirmation du d\u00e9sir en tant qu\u2019intuition physique de l\u2019infini.<a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\">[37]<\/a>&nbsp;\u00bb <em>Sur le champ<\/em> s\u2019inscrit dans cette qu\u00eate sensible de l\u2019infini, d\u2019abord par l\u2019\u00e9largissement des bornes qui d\u00e9limitent le livre. Annie Le Brun et Toyen tentent de faire d\u00e9border leur \u0153uvre collaborative de l\u2019espace livresque. En effet, selon Virginie Pouzet-Duzer, l\u2019\u00e9lan po\u00e9tique entam\u00e9 dans <em>Sur le champ <\/em>se multiplierait dans le recueil de Radovan Ivsic, aussi illustr\u00e9 par Toyen. Participant \u00e0 cette volont\u00e9 de poursuivre l\u2019\u0153uvre au-del\u00e0 des pages, le texte liminaire \u00ab&nbsp;De la cave des yeux&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue surr\u00e9aliste <em>L\u2019Archibras 2<\/em><a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\">[38]<\/a>. C\u2019est dans l\u2019article de la revue qu\u2019Annie Le Brun signale son texte comme pr\u00e9face de <em>Sur le champ<\/em>. En amont du livre, donc, l\u2019espace de l\u2019\u0153uvre s\u2019\u00e9largit par l\u2019investissement d\u2019un autre lieu de publication. En aval, l\u2019<em>excipit <\/em>de <em>Sur le champ<\/em> contribue \u00e0 reconduire, infiniment, son point final. Le \u00ab&nbsp;Douzi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb se termine sur deux dates qui devraient indiquer, logiquement, la p\u00e9riode d\u2019\u00e9criture du livre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Paris, le 4 d\u00e9cembre 1966 \u2013 le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1967<\/em>.<a href=\"#_edn39\" name=\"_ednref39\">[39]<\/a>&nbsp;\u00bb Or, une d\u00e9claration en lettres majuscules \u00e9chappe \u00e0 cet intervalle temporel, plac\u00e9 au bas de la derni\u00e8re page. Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique, dans un cri de r\u00e9volt\u00e9e, d\u00e9fie la finitude impos\u00e9e \u00e0 l\u2019objet-livre&nbsp;: \u00ab&nbsp;MES CERNES N\u2019ONT PAS FINI DE S\u2019AGRANDIR&nbsp;: C\u2019EST AVEC LES YEUX QUE JE D\u00c9VORE LE NOIR DU MONDE.<a href=\"#_edn40\" name=\"_ednref40\">[40]<\/a>&nbsp;\u00bb Outre ces perc\u00e9es \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du livre, dans<em> Sur le <\/em>champ, l\u2019infinitude se d\u00e9voile de mani\u00e8re singuli\u00e8re par la mise en sc\u00e8ne d\u2019un d\u00e9sir asymptotique. La femme se meut dans un mouvement continuel et vital vers l\u2019Autre. Comme pour Bataille, la rencontre fusionnelle signerait son arr\u00eat de mort&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu\u2019il est doux de rester dans le d\u00e9sir d\u2019exc\u00e9der, sans aller jusqu&rsquo;au bout, sans faire le pas. Qu\u2019il est doux de rester longuement devant l\u2019objet de ce d\u00e9sir, de nous maintenir en vie dans le d\u00e9sir, au lieu de mourir en allant jusqu\u2019au bout. [\u2026] De deux choses l\u2019une, le d\u00e9sir nous consumera, ou son objet cessera de nous br\u00fbler.<a href=\"#_edn41\" name=\"_ednref41\">[41]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Annie Le Brun, le d\u00e9sir fonctionne aussi comme un feu de braise qu\u2019il ne faut surtout pas cesser d\u2019attiser. Si Andr\u00e9 Breton, dans <em>L\u2019Amour Fou<\/em>, compare la beaut\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;la neige&nbsp;\u00bb qui \u00ab&nbsp;demeure sous la cendre<a href=\"#_edn42\" name=\"_ednref42\">[42]<\/a>&nbsp;\u00bb, Le Brun s\u2019incline plut\u00f4t devant \u00ab&nbsp;le feu&nbsp;\u00bb qui \u00ab&nbsp;couvait sous la cendre<a href=\"#_edn43\" name=\"_ednref43\">[43]<\/a>&nbsp;\u00bb. Le texte et l\u2019image, dans <em>Sur le champ<\/em>, rendent compte de cette combustion \u00e9ternelle du sujet d\u00e9sirant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s le texte liminaire du livre, la question du d\u00e9sir f\u00e9minin appara\u00eet&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette ann\u00e9e, les femmes sont encore belles, mais jamais assez farouchement voulantes au fond de la for\u00eat, jamais assez lointaines au bord des l\u00e8vres, jamais assez souveraines au creux du lit.<a href=\"#_edn44\" name=\"_ednref44\">[44]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019origine du d\u00e9sir, rapidement, se condense dans le corps du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique en m\u00eame temps qu\u2019il gagne en amplitude au fil de l\u2019\u00e9largissement des cernes. Un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb voulant se situe toujours par rapport \u00e0 un \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb ou \u00e0 un \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb, objet de d\u00e9sir camoufl\u00e9 derri\u00e8re quelque pronom. Cette sym\u00e9trie entre deux corps devient embl\u00e9matique de la relation entre \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;l\u2019Autre&nbsp;\u00bb. Dans <em>Sur le champ<\/em>, le sujet est toujours capt\u00e9 dans le mouvement de son \u00e9lan vers l\u2019Autre. Ren\u00e9e Riese Hubert constate l\u2019isolement du sujet po\u00e9tique, bien que \u00ab&nbsp;subsistent cependant chez Le Brun certains \u00e9lans vers l&rsquo;autre m\u00eame si les possibilit\u00e9s d&rsquo;un rem\u00e8de ou d&rsquo;une lib\u00e9ration restent en fin de compte exclues.<a href=\"#_edn45\" name=\"_ednref45\">[45]<\/a>&nbsp;\u00bb Fuyant, l\u2019instant de la rencontre n\u2019est jamais fix\u00e9, et le sujet po\u00e9tique, infatigable, s\u2019\u00e9lance vers un prochain rendez-vous impossible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par exemple, le \u00ab&nbsp;Deuxi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb commence par \u00ab&nbsp;Vous vous cachiez&nbsp;\u00bb et se termine par \u00ab&nbsp;Je vous quittai<a href=\"#_edn46\" name=\"_ednref46\">[46]<\/a>&nbsp;\u00bb. Le d\u00e9calage des corps, confin\u00e9s de part et d\u2019autre de l\u2019asymptote, retarde le rendez-vous pourtant pr\u00e9vu par le d\u00e9sir. Cette discordance est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e dans le \u00ab&nbsp;Troisi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour sans orgasme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous part\u00eemes, sans un mot, chacun de notre c\u00f4t\u00e9.<a href=\"#_edn47\" name=\"_ednref47\">[47]<\/a>&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9loignement des corps remplace la fusion attendue et d\u00e9sir\u00e9e. Dans le \u00ab&nbsp;Septi\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, la femme, \u00ab&nbsp;\u00e0 la recherche du feu<a href=\"#_edn48\" name=\"_ednref48\">[48]<\/a>&nbsp;\u00bb, s\u2019adonne \u00e0 des \u00e9bats sexuels avec un homme arm\u00e9 d\u2019une cravache. L\u2019orgasme \u2013 point final du d\u00e9sir \u2013 est encore une fois contourn\u00e9 par l\u2019usage du conditionnel&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci aurait pu \u00eatre votre plus bel orgasme (les sp\u00e9cialistes ne me contrediront pas) si vous n\u2019aviez confus\u00e9ment pressenti que j\u2019\u00e9tais de celles qui refuseront toujours le moindre regard de victime.<a href=\"#_edn49\" name=\"_ednref49\">[49]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9sir transgressif de la femme reste inassouvi&nbsp;: les regards des deux amants, rejouant la victime et le bourreau, ne se fondent pas l\u2019un dans l\u2019autre, \u00e9loign\u00e9s par un \u00e9cart irr\u00e9conciliable. Finalement, le \u00ab&nbsp;Huiti\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb met en sc\u00e8ne la relation violente et \u00e9rotique entre la femme et \u00ab&nbsp;un jeune lion puissant et tranquille<a href=\"#_edn50\" name=\"_ednref50\">[50]<\/a>&nbsp;\u00bb, tous deux \u00ab&nbsp;insolents et nus<a href=\"#_edn51\" name=\"_ednref51\">[51]<\/a>&nbsp;\u00bb. Plus voulante que jamais, peut-\u00eatre m\u00eame aveugl\u00e9e par la \u00ab&nbsp;maladie blanche<a href=\"#_edn52\" name=\"_ednref52\">[52]<\/a>&nbsp;\u00bb de l\u2019amour, la femme laisse pourtant partir l\u2019animal&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand le lion voulut retourner vers sa jungle, je lui souris&nbsp;: aujourd\u2019hui encore, il est impensable que j\u2019aurais seulement pu rugir \u00e0 l\u2019id\u00e9e de son d\u00e9part.<a href=\"#_edn53\" name=\"_ednref53\">[53]<\/a>&nbsp;\u00bb Le mouvement de la rencontre se solde toujours par une fission qui s\u00e9pare les amants. Annie Le Brun c\u00e9l\u00e8bre le divorce des deux amoureux d\u2019Andr\u00e9 Breton&nbsp;: la femme, maintenant seule et souveraine, appr\u00e9hende son propre d\u00e9sir comme un moteur puissant. Une fois le lion parti, la femme peut embrasser l\u2019\u00e9nergie illimit\u00e9e qui se d\u00e9gage de son envie de poss\u00e9der le monde&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, impatiente, assoiff\u00e9e, je prenais le premier taxi venu, lui ordonnant une course folle et, pour une seule fois (bien parce que je n\u2019avais rien dans les mains, ni dans les poches) mena\u00e7ant de fouetter si l\u2019on ne me conduisait pas, sans attendre, \u00e0 la vitesse n\u00e9cessaire mais jamais suffisante, au point d\u2019intersection de mon d\u00e9sir avec le monde.<a href=\"#_edn54\" name=\"_ednref54\">[54]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La fin du \u00ab&nbsp;Huiti\u00e8me&nbsp;cerne&nbsp;\u00bb raconte cette courbe asymptotique que dessine la trajectoire voulante du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique. L\u2019\u00e9cart spatial qui s\u00e9pare le sujet du monde se resserre au rythme de la course en taxi, mais jamais suffisamment pour combler l\u2019interstice irr\u00e9ductible du d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Yves Peyr\u00e9, la technique du collage \u00ab&nbsp;pose, \u00e0 travers une \u0153uvre, la question de la continuit\u00e9 et de la discontinuit\u00e9, de l\u2019ajointement et de la s\u00e9paration, de la construction et de la d\u00e9construction.<a href=\"#_edn55\" name=\"_ednref55\">[55]<\/a>&nbsp;\u00bb Dans <em>Sur le champ<\/em>, ces enjeux picturaux apparaissent dans leur plus simple expression (bien que les questions qu\u2019ils posent demeurent complexes!) parce que Toyen exprime la technique du collage r\u00e9duite \u00e0 son geste premier&nbsp;: l\u2019assemblage de <em>deux<\/em> mat\u00e9riaux h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. En effet, les images naissent toutes de la collision entre deux fragments picturaux (probablement photographiques), qui conservent leur unicit\u00e9 dans l&rsquo;image&nbsp;: une chauve-souris et un corps f\u00e9minin, des bouches et des cuisses, une chevelure et un corps de mollusque. M\u00eame si la nature des images est parfois impossible \u00e0 d\u00e9terminer, les collages de Toyen montrent des sc\u00e8nes de confrontation entre deux \u00e9l\u00e9ments distinctifs et distinguables bien plus que des fusions illusoires. La question de la discontinuit\u00e9 se situe sur la ligne \u2013 on peut imaginer une infime br\u00e8che \u2013 o\u00f9 s\u2019ajointent les images. Dans le collage du \u00ab&nbsp;Huiti\u00e8me cerne&nbsp;\u00bb, le joint entre la chevelure et le mollusque dessine une ligne presque verticale qu\u2019il serait possible de tracer. Les deux fragments d\u2019image se c\u00f4toient mais ne se fusionnent pas, \u00e0 l\u2019instar de la droite asymptote. La technique du collage telle que travaill\u00e9e par Toyen exhibe l\u2019Autre de l\u2019image. Les deux \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qui cr\u00e9ent l\u2019image, loin de se fondre l\u2019un dans l\u2019autre, restent l\u2019un <em>et <\/em>l\u2019autre. Selon Robert J. Belon, \u00ab&nbsp;s\u2019il n\u2019y avait pas une structure profond\u00e9ment enfouie qui tend \u00e0 d\u00e9familiariser le monde pour le reconstruire selon l\u2019image du d\u00e9sir, le collage n\u2019aurait pas ce pouvoir si attrayant pour les surr\u00e9alistes.<a href=\"#_edn56\" name=\"_ednref56\">[56]<\/a>&nbsp;\u00bb La nature m\u00eame de la technique du collage serait li\u00e9e \u00e0 l\u2019expression du d\u00e9sir, au c\u0153ur de la mission surr\u00e9aliste. Les collages de Toyen d\u00e9voilent l\u2019essence de cette tension entre les parcelles de l\u2019image, r\u00e9duites au nombre de deux. Juxtapos\u00e9es, les morceaux d\u2019images, exhibant des textures contrast\u00e9es, se nourrissent de la mati\u00e8re de l\u2019Autre. Les collages de <em>Sur le champ<\/em> tendent \u00e0 faire \u00ab&nbsp;un&nbsp;\u00bb avec \u00ab&nbsp;deux&nbsp;\u00bb \u2013 \u00e9quation amoureuse par excellence \u2013 tout en laissant place \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Sur le champ<\/em> affirme une conception singuli\u00e8re de l\u2019\u00e9rotisme, qui prend ses distances par rapport \u00e0 l\u2019Amour fusionnel d\u2019Andr\u00e9 Breton. Avec Annie Le Brun et Toyen, le D\u00e9sir devient intransitif, m\u00e9ritant la majuscule qui marque sa souverainet\u00e9. Le d\u00e9sir en tant que fonction de l\u2019Amour retrouve sa valeur absolue, dans un livre qui en \u00e9pouse la forme. Le rapport asymptotique qui (d\u00e9s)unit le sujet d\u00e9sirant et l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9 p\u00e9n\u00e8tre la structure m\u00eame du livre, fond\u00e9e sur les manifestations de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cart&nbsp;\u00bb sous toutes ses formes. La femme qui pr\u00eate sa voix aux po\u00e8mes, dans <em>Sur le champ<\/em>, avance, seule, dans les chemins creus\u00e9s par son d\u00e9sir. La destination unique de ces trajectoires multiples \u2013 le rendez-vous \u2013 importe peu, puisque \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9rotisme laisse dans la solitude.<a href=\"#_edn57\" name=\"_ednref57\">[57]<\/a>&nbsp;\u00bb Cette solitude permet \u00e0 la femme de voyager librement sur les multiples axes germ\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son corps, ceux-l\u00e0 qui l\u2019entra\u00eenent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une odyss\u00e9e extrasensorielle. L\u2019<em>excipit <\/em>de <em>Sur le champ<\/em> d\u00e9crit cette envol\u00e9e presque m\u00e9taphysique \u00e0 destination d\u2019un point de fusion avec le monde&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne suis pas fatigu\u00e9e, je me l\u00e8ve \u00e0 peine, j&rsquo;\u00e9vite les voies parall\u00e8les. Ma route part de la veine bleue du poignet, du v\u00f4tre, du mien&#8230;j&rsquo;y avance, s\u00fbre qu&rsquo;elle conduit au point d&rsquo;\u00e9quilibre insatiablement instable, \u00e0 la convergence des rayons infralumineux de la vie, d&rsquo;o\u00f9 partent les occultes voies respiratoires de l&rsquo;eau, du vent, rigoureusement pareil \u00e0 mon d\u00e9sir.<a href=\"#_edn58\" name=\"_ednref58\">[58]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a name=\"sect8\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><a href=\"#conclu\">Conclusion<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">Le d\u00e9sir de l\u2019Autre ne serait-il qu\u2019un pr\u00e9texte pour acc\u00e9der \u00e0 la connaissance du monde&nbsp;? Le d\u00e9sir propulse le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique dans une course \u00e0 acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle. Volontairement, le sujet repousse la fusion qui appelle le mouvement, naviguant sur la vague infinie du d\u00e9sir pour rejoindre la v\u00e9rit\u00e9 du monde. Robert Benayoun, dans <em>\u00c9rotique du surr\u00e9alisme<\/em>, d\u00e9crit une \u00e9thique sexuelle qui confondrait le d\u00e9sir individuel avec le d\u00e9sir universel, bien au-del\u00e0 de la concr\u00e9tude de l\u2019acte sexuel<a href=\"#_edn59\" name=\"_ednref59\">[59]<\/a>.&nbsp;Le dynamisme sans limite du corps d\u00e9sirant mime les mouvements organiques des \u00ab&nbsp;occultes voies respiratoires de l\u2019eau, du vent&nbsp;\u00bb. Les \u0153uvres surr\u00e9alistes de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont souvent d\u00e9crit une f\u00e9minit\u00e9 fusionn\u00e9e avec le paysage naturel<a href=\"#_edn60\" name=\"_ednref60\">[60]<\/a>. \u00c0 la fin de <em>Oh Violette! Ou la politesse des v\u00e9g\u00e9taux<\/em>, Lise Deharme r\u00e9cup\u00e8re un tableau cher \u00e0 l\u2019imagerie surr\u00e9aliste&nbsp;: le corps-tige de la femme-nature se confond avec la v\u00e9g\u00e9tation environnante. La femme, immobile, voit ses racines pousser, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu\u2019elle se transforme en une cr\u00e9ature florale. Coureuse, promeneuse ou conductrice, la femme de <em>Sur le champ <\/em>ne reste jamais en place. Sans racine, elle d\u00e9colle \u00e0 une vitesse astronomique, tentative ultime de rejoindre l\u2019orbite terrestre. Propuls\u00e9e par l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sir f\u00e9minin infini, la figure surr\u00e9aliste de la femme-fleur enracin\u00e9e se mue en une femme-monde envol\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect9\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\" style=\"text-align: justify\">\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Breton, Andr\u00e9. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes II<\/em>. Paris&nbsp;: Gallimard, 1992, p. 678.<a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Toyen est une artiste peintre, collagiste et illustratrice qui fait partie des membres fondateurs du groupe surr\u00e9aliste tch\u00e8que.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> Il est possible de consulter quelques pages de <em>Sur le champ<\/em> sur le site web <em>Le livre surr\u00e9aliste au f\u00e9minin\u2026faire \u0153uvre \u00e0 deux&nbsp;<\/em>. Morin, Fanny et Hogue, Caroline. \u00ab&nbsp;<em>Cerner <\/em>le d\u00e9sir infiniment&nbsp;: <em>Sur le champ <\/em>d\u2019Annie Le Brun et Toyen&nbsp;\u00bb, <em>Le livre surr\u00e9aliste au f\u00e9minin\u2026faire \u0153uvre \u00e0 deux<\/em>, [en ligne] [<a href=\"http:\/\/lisaf.org\/project\/le-brun-annie-sur-le-champ\/\">http:\/\/lisaf.org\/project\/le-brun-annie-sur-le-champ\/<\/a>] (page consult\u00e9e le 26 mai 2019).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a><em> I<\/em><em>bid.<\/em>, p. 685.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Boisclair, Isabelle (\u00e9d.). <em>Femmes d\u00e9sirantes. Art, litt\u00e9rature, repr\u00e9sentations<\/em>. Montr\u00e9al&nbsp;: Les \u00c9ditions du Remue-M\u00e9nage, 2013, p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions de Minuit, 1957\/2007, p. 71.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Riese Hubert, Ren\u00e9e. \u00ab L&rsquo;Apr\u00e8s-coup de l&rsquo;Amour Fou: Joyce Mansour et Annie Le Brun&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: R\u00e9gis, Antoine (\u00e9d.). <em>Carrefour des cultures<\/em>. Tubingen&nbsp;: Gunter Narr Verlag Tubingen, 1993, p. 236.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>. Illustrations de Toyen. Paris&nbsp;: \u00c9ditions surr\u00e9alistes, 1967, p. 7.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 8.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> Malgr\u00e9 la profusion des jeux typographiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>Sur le champ<\/em>, tr\u00e8s peu de passages sont en italique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>, op. cit., p. 32.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Delers, Olivier. \u00ab&nbsp;Du mythe au dialogue&nbsp;: Sade et l\u2019\u00e9rotisme surr\u00e9aliste&nbsp;\u00bb. <em>M\u00e9lusine<\/em>. Paris&nbsp;: n\u00b035, 2015, p. 40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> Joignot, Fr\u00e9d\u00e9ric. \u00ab&nbsp;Sade nous concerne tous. Entretien avec Annie Le Brun&nbsp;\u00bb. <em>Journalisme pensif <\/em>[en ligne], 2014, disponible sur <a href=\"http:\/\/fredericjoignot.blog.lemonde.fr\/2014\/10\/20\/1965\/\">http:\/\/fredericjoignot.blog.lemonde.fr\/2014\/10\/20\/1965\/<\/a>, (consult\u00e9 le 2 janvier 2019).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 14.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme,<\/em> op. cit., p. 75.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\">[22]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 39.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\">[23]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\">[24]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 35.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\">[25]<\/a> Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme,<\/em> op. cit., p. 155.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\">[26]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\">[27]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[28]<\/a> Pouzet-Duzer, Virginie. \u00ab Le triangle du d\u00e9sir dans les livres d&rsquo;Ivsic-Toyen-Le Brun&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: Oberhuber, Andrea (\u00e9d.). \u00ab&nbsp;\u00c0 belles mains : livre surr\u00e9aliste &#8211; livre d&rsquo;artiste&nbsp;\u00bb<em>. M\u00e9lusine<\/em>. Paris&nbsp;: n\u00b032, 2012, p. 168.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\">[29]<\/a> Peyr\u00e9, Yves. \u00ab Le livre comme creuset \u00bb. In&nbsp;: Rochelle, Matthieu, Yves Jolivet <em>et al<\/em>. (\u00e9ds.). <em>Le livre et l\u2019artiste<\/em>. Marseille&nbsp;: \u00c9ditions Le Mot et le reste, 2007, p. 52.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\">[30]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\">[31]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 20.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\">[32]<\/a><em> Ibid<\/em>., p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\">[33]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\">[34]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\">[35]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 22.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\">[36]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\">[37]<\/a> \u00ab&nbsp;If there is such thing as a surrealist revolution, it is inseparable from the affirmation of desire as a physical intuition of the infinite.&nbsp;\u00bb dans Mundy, Jennifer (\u00e9d.). <em>Surrealism: desire unbound<\/em>. Princeton N.B.&nbsp;: Princeton University Press, 2001, p. 308.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\">[38]<\/a> Sebbag, Georges. <em>Les \u00c9ditions surr\u00e9alistes 1926-1968<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions Mec, 1993, p. 152.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref39\" name=\"_edn39\">[39]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ,<\/em> op. cit., p. 40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref40\" name=\"_edn40\">[40]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref41\" name=\"_edn41\">[41]<\/a> Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme<\/em>, op. cit., p. 157.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref42\" name=\"_edn42\">[42]<\/a> Breton, Andr\u00e9. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes II<\/em>, op. cit., p. 678.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref43\" name=\"_edn43\">[43]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>, op. cit., p. 26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref44\" name=\"_edn44\">[44]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 8.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref45\" name=\"_edn45\">[45]<\/a> Riese Hubert, Ren\u00e9e. \u00ab L&rsquo;Apr\u00e8s-coup de l&rsquo;Amour Fou: Joyce Mansour et Annie Le Brun&nbsp;\u00bb, op. cit., p.&nbsp;233.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref46\" name=\"_edn46\">[46]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>, op. cit., &nbsp;p. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref47\" name=\"_edn47\">[47]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 13.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref48\" name=\"_edn48\">[48]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 20.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref49\" name=\"_edn49\">[49]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 21.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref50\" name=\"_edn50\">[50]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 22.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref51\" name=\"_edn51\">[51]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref52\" name=\"_edn52\">[52]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref53\" name=\"_edn53\">[53]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref54\" name=\"_edn54\">[54]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref55\" name=\"_edn55\">[55]<\/a> Peyr\u00e9, Yves. \u00ab Le livre comme creuset \u00bb, op. cit., p. 52.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref56\" name=\"_edn56\">[56]<\/a> \u00ab&nbsp;If there were not such a buried deep structure in this means of defamiliarizing the world in order to reconstruct it in image of desire, then collage would not have its compelling power for surrealists.&nbsp;\u00bb dans Caws, Mary Ann, Rudolf Kuenzli et Gloria Gwen Raaberg (\u00e9ds.). <em>Surrealism and Women<\/em>. Cambridge&nbsp;: MIT Press, 1991, p. 51.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref57\" name=\"_edn57\">[57]<\/a> Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme<\/em>, op. cit., p. 278.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref58\" name=\"_edn58\">[58]<\/a> Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>, op. cit., p. 39-40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref59\" name=\"_edn59\">[59]<\/a> Benayoun, Robert. <em>\u00c9rotique du surr\u00e9alisme<\/em>. Paris&nbsp;: J.-J. Pauvert, 1965, p. 20.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref60\" name=\"_edn60\">[60]<\/a> Gauthier, Xavi\u00e8re. <em>Surr\u00e9alisme et sexualit\u00e9<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions Gallimard, 1971, p. 98.<\/p>\n<\/div>\n<hr>\n<p style=\"text-align: justify\"><a name=\"sect10\"><\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aribit, Fr\u00e9d\u00e9ric. &nbsp;<em>Du peu de r\u00e9alit\u00e9 au trop de r\u00e9alit\u00e9: Annie Le Brun, une \u00e9thique de l&rsquo;\u00e9cart absolu<\/em>. M\u00e9moire de DEA. Lettres fran\u00e7aises. Pau&nbsp;: Universit\u00e9 de Pau et des Pays de l\u2019Ardour, 2002, 87 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bataille, Georges. <em>L&rsquo;\u00c9rotisme<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions de Minuit, 2007 [1957], 306 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">B\u00e9har, Henri (\u00e9d.).&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00c9ros, c\u2019est la vie!&nbsp;\u00bb. <em>M\u00e9lusine<\/em>. Paris&nbsp;:&nbsp; n\u00b0 35, 2015, 322 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Benayoun, Robert. <em>\u00c9rotique du surr\u00e9alisme<\/em>. Paris&nbsp;: J.-J. Pauvert, 1965, 244 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Boisclair, Isabelle (\u00e9d.). <em>Femmes d\u00e9sirantes. Art, litt\u00e9rature, repr\u00e9sentations<\/em>. Montr\u00e9al&nbsp;: Les \u00c9ditions du Remue-M\u00e9nage, 2013, 324 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Breton, Andr\u00e9. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes II<\/em>. Paris&nbsp;: Gallimard, 1992, 865 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Caws, Mary Ann, Rudolf Kuenzli et Gloria Gwen Raaberg (\u00e9ds.). <em>Surrealism and Women<\/em>. Cambridge&nbsp;: MIT Press, 1991, 240 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Colvile, Georgiana M. M. <em>Scandaleusement d\u2019elles : trente-quatre femmes surr\u00e9alistes<\/em>. Paris&nbsp;: Jean-Michel Place, 1999, 317 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Gauthier, Xavi\u00e8re. <em>Surr\u00e9alisme et sexualit\u00e9<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions Gallimard, 1971, 381 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Girard, Ren\u00e9. <em>G\u00e9om\u00e9tries du d\u00e9sir<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions de l&rsquo;Herne, 2011, 219 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Joignot, Fr\u00e9d\u00e9ric. \u00ab&nbsp;Sade nous concerne tous. Entretien avec Annie Le Brun&nbsp;\u00bb. <em>Journalisme pensif <\/em>[en ligne], 2014.[<a href=\"http:\/\/fredericjoignot.blog.lemonde.fr\/2014\/10\/20\/1965\/\">http:\/\/fredericjoignot.blog.lemonde.fr\/2014\/10\/20\/1965\/<\/a>] [page consult\u00e9e le 2 janvier 2019].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Brun, Annie. <em>Sur le champ<\/em>. Illustrations de Toyen. Paris&nbsp;: \u00c9ditions surr\u00e9alistes, 1967, 39 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mundy, Jennifer (\u00e9d.). <em>Surrealism: desire unbound<\/em>. Princeton N.B.&nbsp;: Princeton University Press, 2001, 349 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Peyr\u00e9, Yves. \u00ab Le livre comme creuset \u00bb. In&nbsp;: Rochelle, Matthieu, Yves Jolivet <em>et al<\/em>. (\u00e9ds.). <em>Le livre et l\u2019artiste<\/em>. Marseille&nbsp;: \u00c9ditions Le Mot et le reste, 2007, p. 33-68.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pouzet-Duzer, Virginie. \u00ab Le triangle du d\u00e9sir dans les livres d&rsquo;Ivsic-Toyen-Le Brun \u00bb. In&nbsp;: Oberhuber, Andrea (\u00e9d.). \u00ab&nbsp;\u00c0 belles mains : livre surr\u00e9aliste &#8211; livre d&rsquo;artiste&nbsp;\u00bb<em>. M\u00e9lusine<\/em>. Paris&nbsp;: n\u00b032, 2012, p. 157-166.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Riese Hubert, Ren\u00e9e. \u00ab Annie Le Brun et Toyen \u00bb. <em>Obliques<\/em>. Paris&nbsp;: n\u00b014-15, 1977, p.&nbsp; 174.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Riese Hubert, Ren\u00e9e. \u00ab L&rsquo;Apr\u00e8s-coup de l&rsquo;Amour Fou: Joyce Mansour et Annie Le Brun&nbsp;\u00bb. In&nbsp;: R\u00e9gis, Antoine (\u00e9d.). <em>Carrefour des cultures<\/em>. Tubingen&nbsp;: Gunter Narr Verlag Tubingen, 1993, p. 227-236.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rubin Suleiman, Susan. \u00ab L&rsquo;humour noir des femmes \u00bb. In&nbsp;: M.M. Colvile, Georgianna et Katharine Conley (\u00e9ds.). <em>La femme s&rsquo;ent\u00eate. La part du f\u00e9minin dans le surr\u00e9alisme<\/em>. Paris&nbsp;: Lachenal &amp; Ritter, 1998, p. 41-52.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sebbag, Georges. <em>Les \u00c9ditions surr\u00e9alistes 1926-1968<\/em>. Paris&nbsp;: \u00c9ditions Mec, 1993, 253&nbsp;p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Srp, Karel. <em>Toyen&nbsp;: une femme surr\u00e9aliste<\/em>. Lyon&nbsp;: \u00c9ditions Artha, 2002, 264 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Caroline HOGUE Caroline Hogue est candidate au doctorat \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, o\u00f9 elle a \u00e9galement compl\u00e9t\u00e9 ses \u00e9tudes de ma\u00eetrise. Ses recherches portent sur la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle, plus particuli\u00e8rement sur la question du sacrifice. 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