 {"id":3620,"date":"2019-11-01T10:37:21","date_gmt":"2019-11-01T09:37:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=3620"},"modified":"2019-11-01T11:19:43","modified_gmt":"2019-11-01T10:19:43","slug":"archive-jusquaux-dents-by-the-skin-of-our-teeth-lenquete-archivistique-dans-le-projet-forced-walks-de-lorna-brunstein-et-richard-white","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/11\/01\/archive-jusquaux-dents-by-the-skin-of-our-teeth-lenquete-archivistique-dans-le-projet-forced-walks-de-lorna-brunstein-et-richard-white\/","title":{"rendered":"\u00ab Archiv\u00e9 jusqu\u2019aux dents \u00bb \u2013 By the Skin of our Teeth : l\u2019enqu\u00eate archivistique dans le projet Forced Walks de Lorna Brunstein et Richard White"},"content":{"rendered":"<p><strong>Bridget SHERIDAN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bridget Sheridan est docteure en arts plastiques, qualifi\u00e9e aux fonctions de Ma\u00eetre de conf\u00e9rences et membre du laboratoire LLA CREATIS, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse 2 Jean Jaur\u00e8s. Elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la marche comme pratique esth\u00e9tique, mais aussi aux dispositifs m\u00e9moriels dans l\u2019art contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&#x62;&#x72;&#105;dg&#x65;&#x74;&#x73;&#104;er&#x69;&#x64;&#x61;&#110;&#64;h&#x6f;&#x74;&#x6d;&#97;il&#x2e;&#x66;&#x72;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : Sheridan, Bridget, \u00ab \u00ab\u00a0Archiv\u00e9 jusqu\u2019aux dents\u00a0\u00bb \u2013 <em>By the Skin of our Teeth<\/em> : l\u2019enqu\u00eate archivistique dans le projet <em>Forced Walks<\/em> de Lorna Brunstein et Richard White \u00bb, <i id=\"yui_3_16_0_ym19_1_1508396488352_12506\">Litter@ Incognita <\/i>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b011, \u00ab L&rsquo;oeuvre comme enqu\u00eate \/ l&rsquo;enqu\u00eate dans l&rsquo;oeuvre : cr\u00e9ation et r\u00e9ception\u00a0\u00bb \u00bb, saison automne 2019, mis en ligne le 1er novembre 2019, disponible sur &lt;<a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/archive-jusquaux-dents-by-the-skin-of-our-teeth-lenquete-archivistique-dans-le-projet-forced-walks-de-lorna-brunstein-et-richard-white\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2019\/05\/21\/archive-jusquaux-dents-by-the-skin-of-our-teeth-lenquete-archivistique-dans-le-projet-forced-walks-de-lorna-brunstein-et-richard-white\/<\/a>&gt;.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2019\/09\/SHERIDAN-Forced-Walks-L\u0153uvre-et-lenque\u0302te-2.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article au format PDF<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h3>R\u00e9sum\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article prend comme objet d\u2019\u00e9tude le projet artistique de Mark White et de Lorna Brunstein, intitul\u00e9 <em>Forced Walks<\/em>. L\u2019\u0153uvre s\u2019appuie essentiellement sur le t\u00e9moignage d\u2019Esther Brunstein, une rescap\u00e9e d\u2019Auschwitz ayant \u00e9galement surv\u00e9cu aux marches de la mort. Il s\u2019agit de questionner le dispositif de cr\u00e9ation qui m\u00eale une pratique de la marche \u00e0 l\u2019enqu\u00eate historiographique et \u00e0 un usage artistique des r\u00e9seaux de publication sur internet. Ce dispositif tisse des liens entre les archives traditionnels et les r\u00e9seaux num\u00e9riques tout en facilitant l\u2019\u00e9mergence de nouveaux contenus et en sensibilisant le public aux diff\u00e9rentes formes d\u2019archives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : art en marche &#8211; archive &#8211; Bergen Belsen &#8211; installation &#8211; m\u00e9moire &#8211; Derrida &#8211; De Baecque &#8211; Brunstein &#8211; Didi-Huberman<\/p>\n<h3 class=\"western\">Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">This paper deals with Mark White and Lorna Brunstein\u2019s art project, <em>Forced Walks<\/em>, a piece of work which stems from Esther Brunstein\u2019s testimony, an elderly lady having survived both Auschwitz and the death marches. The creation process shall be discussed, noting that it involves art walking, historiographical investigation and the use of digital networks. This process consists in intertwining the traditional use of the archives with more a contemporary use of the internet, facilitating the creation of new data whilst increasing awareness of different forms of archives.<\/p>\n<p><strong>Keywords<\/strong>: art walking &#8211; archive &#8211; Bergen Belsen &#8211; installation &#8211; memory &#8211; Derrida &#8211; De Baecque &#8211; Brunstein &#8211; Didi-Huberman<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Histoire et enqu\u00eate pr\u00e9liminaire<\/a><br \/>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect5\">2. L&rsquo;archive vivante et ambulante<\/a><br \/>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect6\">3. La mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;enqu\u00eate<\/a><br \/>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect9\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect10\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><strong>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u201c<em>I survived by the skin of my teeth<\/em>\u201d<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019en est fallu de peu pour les survivants des marches forc\u00e9es, \u00e9vacu\u00e9s des camps de la mort en Allemagne<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Nombreuses ont \u00e9t\u00e9 les victimes laiss\u00e9es au bord de la route, assassin\u00e9es l\u00e2chement par les Nazis. Si le souvenir des marches forc\u00e9es a surv\u00e9cu, il s\u2019en est fallu d\u2019un cheveu, puisque ceux qui ont perp\u00e9tu\u00e9 ce crime ont tent\u00e9 de l\u2019enfouir \u00e0 jamais en bord de chemin. Et pourtant, malgr\u00e9 l\u2019effort des Nazis d\u2019ensevelir toute trace de ces marches monstrueuses, le passage p\u00e9nible de ces femmes, fant\u00f4mes d\u2019elles-m\u00eames, a surv\u00e9cu \u00e0 cette tentative d\u2019obscurcissement, et leur mis\u00e8re a marqu\u00e9 de nombreux t\u00e9moins ayant crois\u00e9 la colonne de marcheuses form\u00e9e par l\u2019intol\u00e9rable entreprise hitl\u00e9rienne. Pour ce qui est des quelques traces que ces femmes se sont r\u00e9solu \u00e0 laisser, elles font partie int\u00e9grante de l\u2019archive artistique dont nous allons discuter. \u00c0 cet \u00e9gard, gr\u00e2ce aux artistes Richard White et Lorna Brunstein ayant travaill\u00e9 sur les marches forc\u00e9es, cette archive survit et s\u2019enrichit de t\u00e9moignages, d\u2019images, de documents et de reliques, chaque pi\u00e8ce ayant une valeur et un int\u00e9r\u00eat consid\u00e9rable. L\u2019ensemble constitue une constellation en mouvement &#8211; une archive qui s\u2019est form\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la marche et qui se modifie au gr\u00e9 des expositions &#8211; qui, semble-t-il, fait \u00e9cho aussi bien \u00e0 la m\u00e9moire des marches forc\u00e9es qu\u2019aux migrations contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lors du projet <em>Forced Walks<\/em>, le couple de plasticiens White et Brunstein m\u00e8ne une enqu\u00eate archivistique autour de la m\u00e9moire personnelle d\u2019Esther Brunstein, survivante des camps de la mort et m\u00e8re de l\u2019artiste Lorna Brunstein. Il s\u2019agit non seulement de rendre hommage \u00e0 cette dame qui a lutt\u00e9 pour les droits de l\u2019homme<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, mais aussi de r\u00e9activer la m\u00e9moire des marches forc\u00e9es &#8211; une m\u00e9moire que les Nazis avaient tent\u00e9 de taire et qui, lors de la p\u00e9riode de l\u2019apr\u00e8s-guerre, \u00e9tait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tomb\u00e9e dans l\u2019oubli. Ayant pris comme pivot central de leur recherche artistique l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Esther<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Brunstein, White et Lorna Brunstein s\u2019appuient tant sur les archives personnelles de cette dame que sur les archives collectives glan\u00e9es sur le terrain, et les archives officielles enferm\u00e9es dans des lieux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 celles-ci. \u00c0 partir de cette exploration des archives, la pratique cr\u00e9ative de White et Lornstein consiste ainsi \u00e0 d\u00e9velopper des strat\u00e9gies afin de\u00a0sensibiliser le public aux contenus traditionnels des archives. Le travail artistique de White s\u2019appuie d\u2019ailleurs toujours sur les archives historiques d\u2019un lieu ou d\u2019une p\u00e9riode en particulier &#8211; en l\u2019occurrence, sur l\u2019histoire nazie pour ce projet. Par ailleurs, le processus de cette\u00a0 \u0153uvre facilite l\u2019\u00e9mergence de nouveaux contenus. Enfin, le dispositif mis en \u0153uvre dans <em>Forced Walks<\/em> permet de faire le lien entre les archives traditionnels et les r\u00e9seaux de m\u00e9moire num\u00e9rique en ce que la visibilit\u00e9 de ce travail passe par l\u2019utilisation d\u2019un blog, d\u2019outils internet et d\u2019expositions traditionnelles en galerie reprenant une sc\u00e9nographie des archives, ces diverses formes de monstration \u00e9tant \u00e9troitement imbriqu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En premier lieu, il s\u2019agira d\u2019expliciter l\u2019Histoire et l\u2019enqu\u00eate pr\u00e9liminaire qu\u2019ils effectuent afin de d\u00e9montrer le parall\u00e8le qu\u2019\u00e9tablissent les deux artistes entre l\u2019enqu\u00eate historiographique et\u00a0 une forme d\u2019itin\u00e9rance au sein m\u00eame des archives. En d\u2019autres termes, \u00e9couter ou lire les t\u00e9moignages de notre m\u00e9moire collective, serait-ce d\u2019une certaine mani\u00e8re, marcher en compagnie des t\u00e9moins, les accompagner par l\u2019imaginaire ? Il conviendra ensuite d\u2019\u00e9claircir la mani\u00e8re dont les artistes ont con\u00e7u les deux marches artistiques et comm\u00e9moratives du projet comme une forme d\u2019enqu\u00eate archivistique vivante. La premi\u00e8re marche est effectu\u00e9e dans le sud de l\u2019Angleterre, en 2015, et la seconde, suivant le trac\u00e9 originel de la marche forc\u00e9e, est r\u00e9alis\u00e9e en Allemagne, en 2016. Enfin, il sera essentiel de porter un regard sur la forme finale de l\u2019exposition qui ne met pas seulement en sc\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate puisque, de surcro\u00eet, le dispositif de monstration semble poursuivre la recherche de traces li\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire des marches forc\u00e9es.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#1\">1. Histoire et enqu\u00eate pr\u00e9liminaire<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Marcher \u00e0 la mort, marcher \u00e0 la vie\u00a0<\/em>: voil\u00e0 le titre qu\u2019a choisi Antoine de Baecque pour l\u2019un des chapitres de son ouvrage, <em>Histoire de la marche<\/em><a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Effectivement, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un passage qui d\u00e9voile la fragilit\u00e9 de la vie lors des \u00ab\u00a0marches forc\u00e9es\u00a0\u00bb. Comment garder l\u2019espoir de survivre alors que la mort est si pr\u00e9sente et que ses proches tombent \u00e0 terre lors de cette marche funeste ?\u00a0 Lorsqu\u2019il illustre la cruelle r\u00e9alit\u00e9 de ces d\u00e9placements, Antoine de Baecque note que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La marche peut \u00e9galement s\u2019apparenter \u00e0 une exp\u00e9rience extr\u00eame de la mort, la fr\u00f4lant sans cesse en tentant de la conjurer. La plupart du temps, d\u2019ailleurs, la mort est au bout du chemin, et seuls les survivants en t\u00e9moignent. Ces \u00ab marches forc\u00e9es \u00bb jalonnent les p\u00e9riodes les plus sombres de l\u2019Histoire, des obligations de marcher se transformant en injonction \u00e0 survivre, des <em>marches malgr\u00e9 tout<\/em><a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce passage, de Baecque fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0marches de la mort\u00a0\u00bb impos\u00e9es par les SS alors que les alli\u00e9s se rapprochaient des camps de concentration. Alors que l\u2019\u00e9tau se resserrait sur eux, les Nazis ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9vacuer les camps dans des conditions extr\u00eames, orchestrant\u00a0 de longues marches \u00e9puisantes, \u00ab\u00a0<em>pour mettre \u00e0 mort sans donner la mort<\/em><a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, dit-il. Sans surprise, l\u2019horreur d\u2019une telle id\u00e9ologie ne peut qu\u2019engendrer de tels \u00e9v\u00e9nements horrifiques. Pleinement conscient de l\u2019atrocit\u00e9 d\u2019une telle man\u0153uvre, de Baecque rappelle que survivre \u00e0 ces marches forc\u00e9es, c\u2019est survivre \u00e0 deux reprises \u00e0 une mort &#8211; survivre aux camps, puis survivre \u00e0 la marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Esther Brunstein, qui occupe la place centrale de ce recherche artistique, a fait la douloureuse exp\u00e9rience des marches de la mort. Tout d\u2019abord, elle a r\u00e9ussi \u00e0 survivre \u00e0 Auschwitz o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9e avec sa m\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e quant \u00e0 elle au camp. En 1945, alors qu\u2019elle est d\u00e9tenue au camp de travail <em>Waldeslust<\/em>, situ\u00e9 \u00e0 Hambuhren-Ovelgonne, et qui signifie en fran\u00e7ais &#8211; et cela avec une d\u00e9chirante ironie &#8211; \u00ab\u00a0les joies de la for\u00eat\u00a0\u00bb, les prisonniers entameront une marche ext\u00e9nuante vers le camp de concentration de Bergen Belsen. Alors qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9 son t\u00e9moignage pour enrichir les archives du Imperial War Museum de Londres, c\u2019est un r\u00e9cit plus personnel, d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 sa propre fille, qui devient l\u2019\u00e9l\u00e9ment instigateur de <em>Forced Walks<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, pour Mark White, qui s\u2019int\u00e9resse aussi bien aux histoires contest\u00e9es qu&rsquo;aux narrations \u00e0 strates multiples &#8211; des narrations o\u00f9 diff\u00e9rentes strates temporelles ou plusieurs \u00e9nonciateurs se succ\u00e8dent et\/ou s\u2019embo\u00eetent -, il s\u2019agit de cr\u00e9er un espace pour accueillir les cauchemars v\u00e9cus par Esther Brunstein. Par cons\u00e9quent, avec Lorna Brunstein, il souhaite trouver des strat\u00e9gies cr\u00e9atives interrogeant les notions d\u2019enqu\u00eate et d\u2019archive dans le but d\u2019aller plus loin que les proc\u00e9d\u00e9s et les dispositifs habituels et formels d\u2019enqu\u00eate et d\u2019archivage. L\u2019objectif est de r\u00e9v\u00e9ler la m\u00e9moire des marches de la mort tout en travaillant sur l\u2019empathie. Lors de l\u2019\u00e9bauche du projet, le couple d\u2019artistes s\u2019accorde sur le fait que celui-ci comportera donc un caract\u00e8re performatif, une dimension sociale engag\u00e9e et qu\u2019il sera collaboratif &#8211; d\u2019autres personnes prenant part aux marches participatives et \u00e0 l\u2019enqu\u00eate &#8211; d\u00e8s que cela serait possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 le fait que White et Brunstein projettent d\u2019\u00e9largir l\u2019enqu\u00eate gr\u00e2ce \u00e0 une recherche active de t\u00e9moins et d\u2019\u00e9l\u00e9ments en fouillant les archives historiques et en se rendant sur le terrain, la collecte des donn\u00e9es d\u2019archives, des reliques et des t\u00e9moignages d\u00e9bute avec l\u2019histoire personnelle d\u2019Esther. Celle-ci fournit volontiers des documents d\u2019archive personnelle au couple d\u2019artistes. De surcro\u00eet, Esther suit le d\u00e9roulement du projet avec le plus grand int\u00e9r\u00eat. C\u2019est ainsi que l&rsquo;\u0153uvre subjective le processus d\u2019archivage. En effet, les objets ou les photographies-reliques d\u2019Esther qui forment sa <em>memorabilia<\/em> personnelle, d\u00e9clenchent la r\u00e9activation du passage douloureux que fut la marche qu\u2019elle a endur\u00e9e en 1945. En ce sens, les archives personnelles prennent la forme d\u2019\u00e9l\u00e9ments catalyseurs \u00e9veillant chaque impression, chaque sensation, et, en somme, la m\u00e9moire personnelle et intime. Cela \u00e9quivaut \u00e0 une d\u00e9ambulation sur les chemins de la m\u00e9moire individuelle qui s\u2019effectue gr\u00e2ce aux lectures des documents, et au regard qu\u2019elle porte sur les images et les objets. Pour le couple d\u2019artistes, cette enqu\u00eate ressemble d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une forme d\u2019itin\u00e9rance. D\u00e8s lors, White et Brunstein s\u2019appr\u00eatent, eux aussi, \u00e0 emprunter les cheminements de la m\u00e9moire d\u2019Esther Brunstein en d\u00e9couvrant, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, les archives personnelles, cette exploration faisant \u00e9cho au chemin suivi par tant d\u2019autres survivants de la Shoah.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette approche artistique qui consiste \u00e0 cheminer \u00e0 travers et parmi les \u00e9crits et les t\u00e9moignages ressemble \u00e9trangement \u00e0 la d\u00e9marche de l\u2019historien qui progresse dans les archives lors de son enqu\u00eate. En effet, Antoine de Baecque s\u2019interroge sur le rapport entre la marche et l\u2019historien qu\u2019il est\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu\u2019est-ce que penser la marche en historien, penser historien gr\u00e2ce \u00e0 la marche\u00a0? La \u00ab\u00a0d\u00e9marche historiographique\u00a0\u00bb, de fait, poss\u00e8de un rapport avec la progression du marcheur, qui fait l\u2019exp\u00e9rience sensible d\u2019une remont\u00e9e dans le pass\u00e9 par le chemin arpentant la nature ou par la rue sillonnant la ville, \u00e0 travers les paysages, le tissu urbain et les traces d\u2019autrefois qu\u2019il traverse et qu\u2019il croise<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces quelques lignes soulignent de mani\u00e8re limpide le parall\u00e8le qu\u2019\u00e9tablit de Baecque entre la marche et l\u2019enqu\u00eate historique. Aussi, il semble imaginable d\u2019ench\u00e9rir la proposition de de Baecque et, d\u00e8s lors, de d\u00e9finir l\u2019historien comme un chercheur de l\u2019itin\u00e9rance dont l\u2019enqu\u00eate ressemble \u00e0 une aventure durant laquelle il emprunte de multiples chemins, ceux-ci \u00e9tant aussi bien des chemins r\u00e9els, trac\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol, que des chemins imag\u00e9s se faufilant entre les pages et sur les lignes d\u2019\u00e9criture des nombreux documents, sur et entre les lignes cartographiques, mais encore, sur les traits d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de visages photographi\u00e9s conserv\u00e9s dans les archives. Dans le cas de l\u2019intention artistique de White et Brunstein, il est tout \u00e0 fait possible d\u2019\u00e9tablir un lien entre la d\u00e9marche d\u2019<em>artiste-marcheur<\/em> et celle d\u2019<em>artiste-enqu\u00eateur<\/em>. Si les deux figures se confondent ici, c\u2019est que chacun, que ce soit l\u2019<em>artiste-marcheur<\/em> ou l\u2019<em>artiste-enqu\u00eateur<\/em>, pratique une forme d\u2019itin\u00e9rance perceptible tant au niveau de l\u2019enqu\u00eate et que du d\u00e9placement.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#2\">2. L&rsquo;archive vivante et ambulante<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019enqu\u00eate qu\u2019ont poursuivie White et Brunstein au d\u00e9part du projet a naturellement progress\u00e9 vers une collecte plus large des informations concernant l\u2019histoire des marches forc\u00e9es puisqu\u2019ils ont tiss\u00e9 des liens avec des professionnels du patrimoine et de l\u2019Histoire issus de toute l\u2019Europe. Ainsi, l\u2019expansion de la constellation d\u2019archives qu\u2019ils ont constitu\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019une exploration plus large et plus approfondie autour de l\u2019histoire d\u2019Esther. D\u00e8s lors, la plasticit\u00e9 de la constellation des diverses recherches des artistes se distingue dans l\u2019\u0153uvre, celle-ci prenant forme au sein de l\u2019espace de la marche et au niveau des r\u00e9seaux de recherche et d\u2019\u00e9change num\u00e9riques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Gr\u00e2ce \u00e0 la collecte d\u2019\u00e9l\u00e9ments cartographiques, les artistes esp\u00e8rent \u00e9tablir un trac\u00e9 qui puisse accueillir une marche artistique<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, \u00e0 la fois comm\u00e9morative et collaborative. L\u2019enqu\u00eate pr\u00e9liminaire a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e sur fond d\u2019anciennes cartes trouv\u00e9es dans les archives et \u00e0 partir d\u2019un court texte, \u00e9crit et publi\u00e9 par une enseignante ayant fait r\u00e9f\u00e9rence au camp de travail de Bergen Belsen. Ces \u00e9l\u00e9ments ont permis aux artistes d\u2019\u00e9laborer le trac\u00e9 de la marche de 1945.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, White et Brunstein sont enfin pr\u00eats \u00e0 r\u00e9aliser deux marches comm\u00e9moratives de celle d\u2019Esther\u00a0: l\u2019une qui est effectu\u00e9e en Angleterre et l\u2019autre en Allemagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le trac\u00e9 de la marche forc\u00e9e est tout d\u2019abord transpos\u00e9 sur le sol anglais, dans le Sud du pays, en 2015. Il s\u2019agit de rapprocher cette marche de <em>chez soi<\/em>, selon White, tout en gardant l\u2019orientation et l\u2019\u00e9chelle du trac\u00e9. Les artistes prennent la ville de Frome comme point de d\u00e9part de la marche, cette derni\u00e8re s\u2019achevant dans un ancien cimeti\u00e8re juif \u00e0 Bath. En outre, faudrait-il noter que la date d\u2019arriv\u00e9e co\u00efncide avec le 70<sup>e<\/sup> anniversaire de la lib\u00e9ration du camp de Belsen ? Cette premi\u00e8re marche prend la forme d\u2019une archive vivante nourrie tant par les choix de White et de Brunstein que par les traces historiques rendues visibles ou interpr\u00e9t\u00e9es le long du chemin. Tout d\u2019abord, chaque jour, le groupe de marcheurs fait l\u2019exp\u00e9rience de plusieurs lectures de textes d\u2019Esther, de r\u00e9citals de po\u00e9sies et de musiques choisis en relation \u00e0 l\u2019histoire des marches forc\u00e9es. Si ces quelques actes performatifs font \u00e9trangement \u00e9cho \u00e0 l\u2019histoire locale, c\u2019est qu\u2019ils cr\u00e9ent en effet des points de rupture et des connexions avec celle-ci. En effet, White \u00e9tablit un rapport avec cette marche initiale et les premi\u00e8res images de r\u00e9fugi\u00e9s syriens, ce qui a pour effet de refl\u00e9ter de mani\u00e8re singuli\u00e8re le contexte actuel en Palestine, en Lybie ou en Syrie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble de ces actes, de ces performances et, de mani\u00e8re plus large, de la marche en elle-m\u00eame, sont document\u00e9s par les artistes et les marcheurs qui les accompagnent que ce soit par des traces sonores, \u00e9crites ou bien virtuelles, <em>via<\/em> des partages sur les r\u00e9seaux en ligne d\u2019images de notre contemporan\u00e9it\u00e9. Par ailleurs, il est possible de consid\u00e9rer cette forme comme archive ambulante puisqu\u2019elle voyage au sein m\u00eame de l\u2019\u0153uvre : \u00e0 la fois sur le chemin emprunt\u00e9 par les marcheurs et dans les espaces d&rsquo;exposition (la galerie et internet).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La seconde partie du projet, c\u2019est-\u00e0-dire la seconde marche, est quant \u00e0 elle r\u00e9alis\u00e9e en Allemagne, en 2016, pour le 71<sup>e<\/sup> anniversaire de la lib\u00e9ration de Belsen. Lors de cette marche comm\u00e9morative, les participants suivent le trac\u00e9 hypoth\u00e9tique de la marche forc\u00e9e. Ainsi, aucune transposition n\u2019a lieu, contrairement \u00e0 la premi\u00e8re marche. Au cours de cet \u00e9v\u00e9nement artistique, certains descendants de survivants ou de t\u00e9moins suivent symboliquement les pas de quatre cents femmes juives ayant \u00e9t\u00e9 contraintes \u00e0 poursuivre leur route sous une pluie battante et glaciale. En somme, l\u2019intention de White et de Brunstein est de retrouver des r\u00e9sonances avec la m\u00e9moire de la marche, tout en sachant que celles-ci seront impossibles \u00e0 pr\u00e9voir et qu\u2019elles vont enrichir la m\u00e9moire fragile des marches de la mort tout en \u00e9largissant l\u2019archive ambulante qu\u2019est leur \u0153uvre, <em>Forced Walks<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au d\u00e9part, les marcheurs se donnent rendez-vous sur un parking qui avait servi de base pour les gardes SS &#8211; un lieu symbolique qui convoque d\u00e8s lors une certaine imagerie \u00e0 l\u2019esprit. En outre, tout au long du chemin, on assiste \u00e0 des quelques t\u00e9moignages de personnes rencontr\u00e9es au gr\u00e9 de la marche. Ces t\u00e9moins inattendus racontent de mani\u00e8re spontan\u00e9e leurs souvenirs li\u00e9s aux marches forc\u00e9es, ajoutant quelques bribes de m\u00e9moire \u00e0 cette histoire en marche et habillant la constellation de nouvelles images mentales cr\u00e9\u00e9es par le r\u00e9cit oral. Si, gr\u00e2ce \u00e0 cette \u0153uvre, la m\u00e9moire survit malgr\u00e9 tout, il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019on a tent\u00e9 d\u2019enterrer celle-ci. Tout d\u2019abord, les SS eux-m\u00eames avaient ordonn\u00e9 aux t\u00e9moins de ces longues colonnes de personnes affam\u00e9es et \u00e9puis\u00e9es de garder le silence. Par la suite, ce fut au tour de la g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019apr\u00e8s-guerre de taire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cette m\u00e9moire bien trop douloureuse. Cependant, la m\u00e9moire a surv\u00e9cu malgr\u00e9 tout. Antoine de Baecque cite ces faits avec justesse\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">De ces deux morts de marche, celle de ne plus pouvoir avancer et celle d\u2019en agoniser, na\u00eet pourtant la vie, la survie. Car c\u2019est dans le fait m\u00eame de pouvoir encore malgr\u00e9 tout que repose le \u00ab\u00a0petit espoir de vie, si minime soit-il\u00a0\u00bb. La derni\u00e8re volont\u00e9 de vie consiste \u00e0 faire un pas, un demi-pas, le dernier peut-\u00eatre, sans doute, mais qui n\u2019est de fait que l\u2019avant-dernier, lui-m\u00eame suivi d\u2019un nouveau pas, encore et encore [\u2026]<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la marche est survie : un pas et puis le pas suivant font que la survie est possible. Il en va de m\u00eame avec la m\u00e9moire : un souvenir devient une parole, celle-ci forme un t\u00e9moignage, ce dernier s\u2019ajoute \u00e0 d\u2019autres souvenirs, d\u2019autres paroles, puis d\u2019autres t\u00e9moignages. C\u2019est ainsi que se forme une constellation de r\u00e9cits, celle-ci devenant une v\u00e9ritable archive en mouvement. Gr\u00e2ce \u00e0 ce besoin ou \u00e0 ce d\u00e9sir de transmettre survit la m\u00e9moire. Selon Derrida, ce ph\u00e9nom\u00e8ne a un nom : il s\u2019agit de la pulsion d\u2019archive :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mouvement irr\u00e9sistible pour non seulement garder les traces, mais pour ma\u00eetriser les traces, pour les interpr\u00e9ter [\u2026] La pulsion d\u2019archive, c\u2019est une pulsion irr\u00e9sistible pour interpr\u00e9ter les traces, pour leur donner du sens et pour pr\u00e9f\u00e9rer une trace \u00e0 une autre<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Esther Brunstein, hant\u00e9e chaque jour par le souvenir pr\u00e9cis de son d\u00e9placement vers Belsen, savait pertinemment que cette m\u00e9moire-l\u00e0 devait \u00eatre transmise. D\u00e8s lors, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en parler, de t\u00e9moigner, allait de pair avec le sens de l\u2019histoire. En de tels cas, le d\u00e9sir de transmettre qui habite chaque \u00eatre se transforme en devoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la recherche de White et Brunstein rel\u00e8ve d\u2019une enqu\u00eate engag\u00e9e, c\u2019est que les t\u00e9moignages qu\u2019ils ont r\u00e9colt\u00e9s le long du chemin et tout au long du projet r\u00e9v\u00e8lent l\u2019atrocit\u00e9 de cette \u00e9pisode et participent \u00e0 la transmission de la m\u00e9moire. Par ailleurs, il est n\u00e9cessaire de souligner que le dispositif artistique choisi pour ce travail permet d\u2019accompagner un processus vital, celui de la transmission du souvenir qui donne lieu ici \u00e0 une forme d\u2019accueil d\u2019\u00e9v\u00e9nements douloureux. \u00ab\u00a0La mise en mots en une mise en sens<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, souligne David Le Breton. Selon l\u2019anthropologue, tout processus de deuil n\u00e9cessite un accompagnement qui consiste \u00e0 accueillir la peine de la personne endeuill\u00e9e et \u00ab\u00a0\u00e0 cheminer avec elle dans sa m\u00e9moire personnelle<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#3\">3. La mise en sc\u00e8ne de l&rsquo;enqu\u00eate<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong>En temps r\u00e9el, des t\u00e9moignages et des images choisis par les artistes alimentent les r\u00e9seaux\u00a0 num\u00e9riques ajoutant de nouvelles strates \u00e0 l\u2019histoire de la marche forc\u00e9e entre les camps de Waldeslust et de Bergen-Belsen. C\u2019est ainsi qu\u2019ils constituent leur archive ambulante, en tant qu\u2019enqu\u00eateurs, traversant physiquement les traces invisibles des marches forc\u00e9es. De ce fait, la visibilit\u00e9 du projet passe autant par le net que par l\u2019installation de l\u2019\u0153uvre en lieu d\u2019exposition. Il est alors \u00e9vident que les r\u00e9seaux en ligne et le blog donnent acc\u00e8s de mani\u00e8re claire au d\u00e9roulement du processus &#8211; un dispositif num\u00e9rique et interactif permettant de nourrir l\u2019archive de <em>Forced Walks<\/em> \u00e0 travers la collecte de divers t\u00e9moignages ou documents sur le terrain. Il s\u2019ensuit un v\u00e9ritable va-et-vient entre l\u2019espace r\u00e9el et virtuel, ce qui donne une certaine profondeur \u00e0 l\u2019\u0153uvre en ce qu\u2019il est possible de <em>creuser<\/em> certaines pistes gr\u00e2ce aux hyperliens, aux banques de donn\u00e9es, etc. D\u2019une certaine mani\u00e8re, la mise-en-forme adopt\u00e9e par les deux plasticiens ressemble \u00e0 la m\u00e9moire avec ses multiples strates et connexions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La dynamique du projet qui prend diff\u00e9rentes directions sur Flickr, sur viewranger<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> (un site de carte interactive) et sur le blog<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, entre autres, ainsi que l\u2019adjonction de donn\u00e9es sur ces r\u00e9seaux alimente les expositions qui ont lieu \u00e0 la suite de chaque marche comm\u00e9morative puisque que chaque exposition fait r\u00e9f\u00e9rence aux sites internet et <em>vice versa<\/em>. Par ailleurs, ce dispositif prolonge encore la visibilit\u00e9 de l\u2019exposition tout en apportant une nouvelle mati\u00e8re issue du renouvellement de commentaires et d\u2019images. En ce qui concerne les deux expositions, intitul\u00e9es <em>Honouring Esther, <\/em>la premi\u00e8re exposition, qui a lieu en 2015 \u00e0 la galerie 44AD \u00e0 Bath, met en sc\u00e8ne la marche transpos\u00e9e au Royaume-Uni. Une premi\u00e8re salle est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la collecte r\u00e9alis\u00e9e durant la marche, les artistes ayant rassembl\u00e9 ici les notes de terrain, des prises de vue et les carnets de marche des participants, tandis qu\u2019une autre salle s\u2019\u00e9loignant du dispositif mus\u00e9al propose une installation plus immersive \u00e0 partir d\u2019un travail sonore, de vid\u00e9os et d\u2019une installation d\u2019objets. Ici, dans une salle plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, des veilleuses et des bougies rel\u00e8vent du dispositif m\u00e9moriel, rappelant les offrandes plac\u00e9es dans certains lieux de m\u00e9moire. Ainsi, le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 comm\u00e9morer en pr\u00e9sence de certains objets-reliques faisant directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Esther Brunstein, telles qu\u2019une valise, une orchid\u00e9e symbolisant la ferme aux orchid\u00e9es implant\u00e9e au camp de travail de Waldeslust ainsi que des photographies appartenant \u00e0 Esther.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019une part, dans la premi\u00e8re salle, les carnets de marche o\u00f9 figurent des notes et des impressions r\u00e9dig\u00e9es en chemin par les participants, les vid\u00e9os film\u00e9es lors du trajet, ainsi que le montage sonore fait \u00e0 partir des chants d\u2019oiseaux, de bruits de pas et de sons environnants r\u00e9pondent de mani\u00e8re d\u00e9routante aux archives personnelles et collectives. D\u2019autre part, l\u2019ambiance sonore de l\u2019exposition est interrompue une fois par heure pour laisser place au Shofar, cet instrument \u00e0 vent que l\u2019on utilise dans la tradition isra\u00e9lite &#8211; cette intermission cr\u00e9ant un espace-temps autre, une interstice au sein m\u00eame de la mise en sc\u00e8ne de <em>Honouring Esther<\/em>. De cette mani\u00e8re, White et Brunstein ajoutent une dimension suppl\u00e9mentaire au dispositif labyrinthique o\u00f9 les cheminements de chacun, sur le net, pendant la marche ou dans l\u2019espace d\u2019exposition font \u00e9cho au processus m\u00e9moriel lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En 2017, lors de la seconde exposition, dans la m\u00eame galerie, et cette fois suite \u00e0 la marche\u00a0 effectu\u00e9e en Allemagne, le couple d\u2019artistes repense leur dispositif en le rendant encore plus complexe, le nombre de documents et d\u2019objets expos\u00e9s \u00e9tant plus important. Encore une fois, l\u2019archive personnelle d\u2019Esther Brunstein trouve sa place puisque sa valise est identifiable. Cette derni\u00e8re est entrouverte, exposant de nombreux portraits noir et blancs. R\u00e9p\u00e9t\u00e9e des dizaines de fois sur un long voile blanc rappelant un linceul, le leitmotiv d\u2019Esther, <em>By the skin of my teeth<\/em>, est visible sous forme de manuscriture : il s\u2019agit d\u2019une phrase ressassant son d\u00e9sir de survie, et dont la plasticit\u00e9 &#8211; une \u00e9criture \u00e0 l\u2019encre noire qui refl\u00e8te une rapidit\u00e9 du geste et une r\u00e9p\u00e9tition de la m\u00eame ligne d\u2019\u00e9criture sur toute la longueur du tissu &#8211;\u00a0 traduit son acharnement \u00e0 r\u00e9sister par la marche. Celle-ci est suspendue dans l\u2019espace comme une pi\u00e8ce centrale de l\u2019archive ambulante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ailleurs, des bocaux de terre, r\u00e9colt\u00e9s \u00e0 chaque station significative de la marche font \u00e9cho \u00e0 la voix d\u2019Esther, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la r\u00e9it\u00e9ration de son leitmotiv. Des \u00e9tiquettes appos\u00e9es aux \u00e9chantillons de terre rejoignent plastiquement les pr\u00e9l\u00e8vements scientifiques, comme si White et Brunstein tentaient d\u2019investir la m\u00e9moire contenue dans ces \u00e9chantillons ramass\u00e9s en bord de chemin. Faudrait-il rappeler que la po\u00e9tique de la terre est essentielle dans la mise en sc\u00e8ne choisie, la terre symbolisant et contenant la m\u00e9moire ? Il suffit d\u2019\u00e9couter un passage de Georges Didi-Huberman :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les sols nous parlent, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 ils survivent, et ils survivent dans la mesure o\u00f9 on les tient pour neutres, insignifiants, sans cons\u00e9quences. Mais c\u2019est justement pour cela qu\u2019ils m\u00e9ritent notre attention. Ils sont eux-m\u00eames comme l\u2019\u00e9corce de l\u2019histoire<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ajoutons que cette conception de la terre, comme porteuse de m\u00e9moire, a \u00e9t\u00e9 reprise par de nombreux artistes. La s\u00e9rie photographique de Val\u00e8re Coste, <em>Les agents orange<\/em>, mais encore la s\u00e9rie <em>Surfaces<\/em> de Liza Nguyen reprennent un dispositif scientifique semblable \u00e0 celui mis en place dans l\u2019\u0153uvre <em>Forced Walks<\/em>. Chez Coste et Nguyen, la terre contient r\u00e9ellement des traces de la guerre que ce soit les produits chimiques utilis\u00e9s ou les nombreux ossements, les d\u00e9bris et les restes en d\u00e9composition. Ces mises en sc\u00e8ne proches de dispositifs scientifiques sont propos\u00e9s dans le but de rappeler que la terre restera contamin\u00e9e par l\u2019atrocit\u00e9 de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">White et Brunstein ont endoss\u00e9 un r\u00f4le d\u2019enqu\u00eateur ou de chercheur puisque ces \u00e9chantillons de terre ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s le long du chemin en Allemagne. En outre, des photographies publi\u00e9es sur les r\u00e9seaux internet du projet participent \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de la terre dans <em>Forced Walks<\/em>. Par cons\u00e9quent, l\u2019agencement des bocaux de terre et les photographies de la collecte prennent une part active dans le dispositif d\u2019enqu\u00eate et dans la mise en sc\u00e8ne de l\u2019archive du couple d\u2019artistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, c\u2019est la dimension interactive qui t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9actualisation de l\u2019Histoire et de la volont\u00e9 d\u2019\u00e9veiller la sensibilit\u00e9 du public en l\u2019invitant \u00e0 participer \u00e0 la marche artistique et comm\u00e9morative et \u00e0 d\u00e9ambuler dans l\u2019espace virtuel mis en ligne et\/ou dans la galerie o\u00f9 le visiteur interagit d\u00e8s lors avec les \u00e9l\u00e9ments du dispositif (tels que la vid\u00e9o-projection, les carnets de marche, etc.). La prolif\u00e9ration des m\u00e9thodes de recherche mises en place dans ce dispositif complexe d\u00e9montre l\u2019investissement artistique intense de ces deux plasticiens autour de cette \u00e9pisode historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exposition cristallise, de fait, la rencontre entre le virtuel et le r\u00e9el dont parle White lorsqu\u2019il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce travail. L\u2019espace des archives rencontre \u00e0 la fois celui de la marche comm\u00e9morative et celui du net, la galerie \u00e9tant un point de convergence et un lien entre ces diff\u00e9rents moments de m\u00e9moire et de comm\u00e9moration des marches forc\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parce qu\u2019il est riche en \u00e9l\u00e9ments aussi bien historiques que po\u00e9tiques, cette \u0153uvre m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y attarde. La d\u00e9marche d\u2019enqu\u00eate de ces deux artistes s\u2019inscrit \u00e0 la fois dans le domaine de la recherche historiographique et dans celui du sensible, et le public est invit\u00e9 \u00e0 (re)d\u00e9couvrir cette m\u00e9moire &#8211; et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 notre \u00e9poque contemporaine, la m\u00e9moire faisant \u00e9cho \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 des questions migratoires.<\/p>\n<p><a name=\"sect9\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> \u00ab\u00a0Je m&rsquo;en suis sortie d&rsquo;un cheveu\u00a0\u00bb. Leitmotiv d\u2019Esther Brunstein utilis\u00e9 dans l\u2019exposition<em> Honouring Esther<\/em> \u00e0 la Galerie 44AD, Bath, Royaume-Uni. (2015, 2016).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Les marches de la mort ont eu lieu, pour la plupart, entre 1944 et 1945, en Allemagne et en Autriche, lorsque les forces alli\u00e9s se rapprochaient des camps de concentration. Afin de poursuivre leur entreprise d\u2019extermination et de concentration, les prisonniers ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s d\u2019un camp \u00e0 un autre. Affaiblis par les maladies et le manque d\u2019alimentation, il existait un risque \u00e9lev\u00e9 de mourir en chemin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Esther Brunstein s\u2019est investi dans le combat pour les droits de l\u2019homme en intervenant lors de nombreuses manifestations anti-racistes. Par ailleurs, en 1998, \u00e0 New York, elle a fait une communication pour l\u2019O.N.U lors de la 50\u00e8me comm\u00e9moration de la d\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> DE BAECQUE, Antoine, <em>Une histoire de la marche, <\/em>Paris, Ed. Perrin, France Culture, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> <em>Idem, <\/em>p299.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> <em>Id.<\/em>, p18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> La marche fait partie int\u00e9grante du projet artistique de White et Brunstein. \u00c0 la mani\u00e8re de Serge Pey qui, en 2014, a r\u00e9alis\u00e9 une po\u00e9sie d\u2019action, <em>La bo\u00eete aux lettres du cimeti\u00e8re<\/em>, rendant hommage \u00e0 Antonio Machado \u00e0 travers une s\u00e9rie de lectures, d\u2019actions, et cela en r\u00e9alisant une marche participative de Toulouse \u00e0 Collioure, White et Brunstein int\u00e8grent, eux aussi, une dimension artistique \u00e0 la marche en lui conf\u00e9rant une dimension esth\u00e9tique et po\u00e9tique \u00e0 travers une performance participative ayant une forme protocolaire et rythm\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> <em>Id.<\/em>, p302.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> DERRIDA, Jacques, <em>Trace et archive, image et art<\/em>, Bry-sur-Marne, INA Ed., 2014, p400.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> LE BRETON, David, <em>Du silence, <\/em>Paris, Ed. M\u00e9taili\u00e9, 2015, p282.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> <em>Id.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/my.viewranger.com\/track\/details\/MjMzNDI3MA==\">https:\/\/my.viewranger.com\/track\/details\/MjMzNDI3MA==<\/a>, consult\u00e9 le 8 janvier, 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/forcedwalks.wordpress.com\">https:\/\/forcedwalks.wordpress.com<\/a>, consult\u00e9 le 9 janvier, 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> DIDI-HUBERMAN, Georges,<em> \u00c9corces, <\/em>Paris, Ed. de Minuit, 2011, p59.<\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><a name=\"sect10\"><\/a><\/p>\n<h3><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p>DE BAECQUE, Antoine, <em>Une histoire de la marche, <\/em>Paris, Ed. Perrin, France Culture, 2016.<\/p>\n<p>DERRIDA, Jacques, <em>Trace et archive, image et art<\/em>, Bry-sur-Marne, INA Ed., 2014.<\/p>\n<p>DIDI-HUBERMAN, Georges, <em>\u00c9corces, <\/em>Paris, Ed. de Minuit, 2011.<\/p>\n<p>GIBBONS, Joan, <em>Contemporary Art and Memory, Images of Recollection and Remembrance, <\/em>Londres, I.B. Tauris &amp; Co Ltd, 2013.<\/p>\n<p>LE BRETON, David, <em>Du silence, <\/em>Paris, Ed. M\u00e9taili\u00e9, 2015.<\/p>\n<p>SOLNIT, Rebecca, <em>L\u2019art de marcher, <\/em>Arles, Actes Sud, 2002.<\/p>\n<p>NORA, Pierre (sous la direction de), <em>Les lieux de m\u00e9moire, III. Les France, 1. Conflits et partages, <\/em>Paris, Ed. Gallimard, 1984.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bridget SHERIDAN Bridget Sheridan est docteure en arts plastiques, qualifi\u00e9e aux fonctions de Ma\u00eetre de conf\u00e9rences et membre du laboratoire LLA CREATIS, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse 2 Jean Jaur\u00e8s. Elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la marche comme pratique esth\u00e9tique, mais aussi aux dispositifs m\u00e9moriels dans l\u2019art contemporain. &#x62;&#x72;&#x69;&#x64;&#103;&#101;tsher&#x69;&#x64;&#x61;&#x6e;&#x40;&#104;otmai&#x6c;&#x2e;&#x66;&#x72; Pour citer cet article : Sheridan, Bridget, \u00ab \u00ab\u00a0Archiv\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46549],"tags":[102344],"class_list":["post-3620","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-n11","post-preview"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3620"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4615,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620\/revisions\/4615"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}