 {"id":4627,"date":"2022-11-08T12:00:41","date_gmt":"2022-11-08T11:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=4627"},"modified":"2023-05-22T08:09:47","modified_gmt":"2023-05-22T07:09:47","slug":"liberer-les-princesses-les-reecritures-feministes-de-contes-de-fees-dans-le-theatre-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2022\/11\/08\/liberer-les-princesses-les-reecritures-feministes-de-contes-de-fees-dans-le-theatre-contemporain\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9rer les princesses : les r\u00e9\u00e9critures f\u00e9ministes de contes de f\u00e9es dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ariane ISSARTEL<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ariane Issartel est normalienne et doctorante de l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg. Elle y travaille depuis 2018 avec Guy Ducrey en litt\u00e9rature compar\u00e9e, autour de la pr\u00e9sence des chansons dans les textes th\u00e9\u00e2traux contemporains depuis les ann\u00e9es 1970. Parall\u00e8lement, Ariane est violoncelliste et dirige depuis 2015 la compagnie des Xylophages, qui m\u00e8ne des projets de th\u00e9\u00e2tre musical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : ISSARTEL Ariane, \u00ab Lib\u00e9rer les princesses : les r\u00e9\u00e9critures f\u00e9ministes de contes de f\u00e9es dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain \u00bb, <em>Litter@ Incognita <\/em>[En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s, n\u00b012 \u00ab Les personnages \u00ab\u00a0f\u00e9minins\u00a0\u00bb dans les r\u00e9\u00e9critures f\u00e9ministes : dramaturgie, esth\u00e9tique et politique des classiques \u00e0 la sc\u00e8ne \u00bb, saison automne 2022, mis en ligne le 30 janvier 2023, disponible sur <a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2022\/11\/08\/liberer-les-princesses-les-reecritures-feministes-de-contes-de-fees-dans-le-theatre-contemporain\/\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2022\/11\/08\/liberer-les-princesses-les-reecritures-feministes-de-contes-de-fees-dans-le-theatre-contemporain\/<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/01\/Article-Liberer-les-princesses-Ariane-Issartel.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&rsquo;article sous format PDF<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre contemporain pr\u00e9sente de nombreux cas de r\u00e9\u00e9critures de contes de f\u00e9es, qui semblent refl\u00e9ter un souci des dramaturges de relire les mod\u00e8les \u00ab f\u00e9minins \u00bb des contes originaux \u00e0 travers le prisme de la th\u00e9orie f\u00e9ministe : questionnement des r\u00f4les, fonctions et mod\u00e8les pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s par le conte, ainsi qu\u2019autour des corpor\u00e9it\u00e9s et des langages qui leur sont associ\u00e9s. Les contes de f\u00e9es peuvent ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab classiques \u00bb, en ce qu\u2019ils jouent le r\u00f4le de r\u00e9cits fondateurs d\u2019un certain ordre de la soci\u00e9t\u00e9 qui sert avant tout \u00e0 l\u00e9gitimer le patriarcat et la diff\u00e9renciation des valeurs attribu\u00e9es \u00e0 chaque genre. En redistribuant ces valeurs (le courage, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, l\u2019audace, la curiosit\u00e9 d\u2019une part ; la prudence, la patience, la douceur de l\u2019autre&#8230;), les r\u00e9\u00e9critures dramatiques des contes permettent aux personnages f\u00e9minins de se ressaisir du discours qui les maintenait dans le r\u00f4le d\u2019objet pour devenir sujet de leur histoire et de leurs actions. En lisant en parall\u00e8le les \u00e9crits de Judith Butler et Monique Wittig sur la subversion des rapports homme-femme et la fiction construite de l\u2019identit\u00e9 de genre, il s\u2019agit ici de changer le conte par le conte, depuis sa matrice m\u00eame, en exhibant son artificialit\u00e9 sous le pr\u00e9tendu \u00ab naturel \u00bb des codes culturels qu\u2019il construit.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : Contes de f\u00e9es \u2013 r\u00e9\u00e9criture \u2013 litt\u00e9rature compar\u00e9e \u2013 Blanche Neige \u2013 th\u00e9\u00e2tre contemporain \u2013 genre \u2013 f\u00e9minisme&nbsp;<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Abstract<\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Contemporary theatre presents many cases of rewritten fairy tales, which seems to reflect a concern of playwrights to reread the \u201cfeminine\u201d models of the original tales through the prism of feminist theory: they discuss the roles, functions and models predetermined by the tale, in terms of corporality and language. In this sense, fairy tales can be considered as \u201cclassics\u201d, in that they play the role of foundational narratives of a certain order of society, which serves above all to legitimize patriarchy and the differentiation of values attributed to each genre. By redistributing these values (courage, heroism, audacity, curiosity on the one hand; caution, patience, gentleness on the other&#8230;), the dramatic rewriting of these tales allows the female characters to win back the discourse that kept them in the role of object to become the subject of their history and actions. In a parallel reading of Judith Butler and Monique Wittig on the subversion of male-female relationships and the falsehood of gender identity, it is a question here of changing the tale by the tale, from its very matrix, by exhibiting its artificiality under the so-called \u201cnatural\u201d of the cultural codes it is building.<\/p>\n<p><strong>Keywords<\/strong>: Fairy tales \u2013 rewriting \u2013 comparative literature \u2013 <em>Snow White <\/em>\u2013 contemporary theatre \u2013 gender theory \u2013 feminism<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><br>\n<a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Un rapport direct aux figures d&rsquo;autorit\u00e9<\/a><br>\n<a name=\"2\"><\/a><a href=\"#sect3\">2. Un renversement de r\u00f4les : rapport au corps et contre-mod\u00e8les f\u00e9minins<\/a><br>\n<a name=\"3\"><\/a><a href=\"#sect4\">3. L&rsquo;ind\u00e9pendance et la randonn\u00e9e : \u00e0 la conqu\u00eate de nouveaux territoires<br>\n<\/a><a name=\"conclu\"><\/a><a href=\"#sect5\">Conclusion<\/a><br>\n<a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect6\">Notes<\/a><\/p>\n<p><a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect7\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<p><\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019on cherche \u00e0 d\u00e9construire les mod\u00e8les d\u2019une certaine normativit\u00e9, il est int\u00e9ressant de constater \u00e0 quel point ceux-ci peuvent provenir de sources diverses qui, toutes, contribuent \u00e0 installer un ordre de valeurs. En ce sens, on pourrait consid\u00e9rer les contes de f\u00e9es comme une forme de source \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 les normes v\u00e9hicul\u00e9es par ces histoires contribuent \u00e0 consolider et l\u00e9gitimer des mod\u00e8les, des comportements, des r\u00f4les d\u00e9termin\u00e9s et un socle de valeurs communes au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Cela semble d\u2019ailleurs d\u2019autant plus vrai pour ces histoires qui proviennent d\u2019une source moins localis\u00e9e \u2013 transmission orale, multiplication des interm\u00e9diaires, transformation permanente de la mati\u00e8re \u2013 et qui, s\u2019\u00e9loignant de la volont\u00e9 unique d\u2019un auteur, tendent \u00e0 rev\u00eatir le costume de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de savoir populaire, rendant d\u2019autant plus difficile une remise en question. Dans le cas qui nous occupe, nous nous int\u00e9resserons aux r\u00e9\u00e9critures des contes de <em>Blanche-neige<\/em> et du <em>Petit chaperon rouge<\/em>. Bien que rendus accessibles par les collecteurs de contes que furent en leur temps Charles Perrault en France (<em>Contes de ma m\u00e8re l\u2019oye, <\/em>1696) et les fr\u00e8res Grimm en Allemagne (<em>Contes de l\u2019enfance et du foyer, <\/em>1812 et 1815), ces deux contes proviennent, comme l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ces recueils, de collectages dans les villages aupr\u00e8s de conteuses, comme Dorothea Viehmann pour les fr\u00e8res Grimm, \u00e0 la poursuite d\u2019un \u00ab&nbsp;esprit national&nbsp;\u00bb (<em>Volksgeist<\/em>) d\u00e9tach\u00e9 de tout sentiment auctorial. Selon Bruno Bettelheim, dont l\u2019ouvrage sur la lecture et l\u2019usage psychanalytique des contes de f\u00e9es a fait date (<em>Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em>), ceux-ci permettent <em>a priori <\/em>de favoriser la croissance positive de l\u2019enfant (sans pr\u00e9cision de genre), et de se demander&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 qui ai-je envie de ressembler&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Bettelheim poursuit&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le h\u00e9ros de conte de f\u00e9es (l\u2019enfant) ne peut se trouver qu\u2019en explorant le monde ext\u00e9rieur&nbsp;; et ce faisant, il d\u00e9couvrira \u201cl\u2019autre\u201d avec qui il pourra ensuite vivre heureux, c\u2019est-\u00e0-dire sans jamais avoir \u00e0 conna\u00eetre l\u2019angoisse de la s\u00e9paration.&nbsp;[\u2026] [Le conte] aide [l\u2019enfant] \u00e0 renoncer \u00e0 ses d\u00e9sirs infantiles de d\u00e9pendance et \u00e0 parvenir \u00e0 une existence ind\u00e9pendante plus satisfaisante<a id=\"_ednref1\" href=\"#_edn1\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">En se livrant \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une r\u00e9\u00e9criture sur la mati\u00e8re des contes de f\u00e9es, les auteur\u00b7ice\u00b7s nous permettent de r\u00e9viser cette vision non genr\u00e9e de Bettelheim et de re-questionner nos acquis en mati\u00e8re de mod\u00e8les d\u2019identification cens\u00e9ment \u00ab positifs \u00bb, int\u00e9gr\u00e9s d\u00e8s la plus petite enfance, et sur les r\u00f4les possibles que peuvent endosser hommes et femmes dans le cadre d\u2019une fiction. \u00ab H\u00e9ro\u00efne \u00bb n\u2019est h\u00e9las pas souvent le f\u00e9minin de \u00ab h\u00e9ros \u00bb, notamment au niveau des valeurs associ\u00e9es \u00e0 chacun de ces termes : quand le h\u00e9ros franchit les obstacles, terrasse le dragon et sauve la princesse, celle-ci se trouve bien souvent cantonn\u00e9e \u00e0 un r\u00f4le de passivit\u00e9, prisonni\u00e8re de sa maison, de sa tour voire m\u00eame de son cercueil, aux prises avec un sommeil hautement symbolique (Blanche-Neige, la Belle au Bois dormant\u2026). L\u2019h\u00e9ro\u00efne des contes, bien qu\u2019elle donne son nom au titre, n\u2019a souvent pas le droit \u00e0 l\u2019action directe. En cela, les h\u00e9ro\u00efnes ob\u00e9issent \u00e0 cet \u00ab imp\u00e9ratif de confinement \u00bb d\u00e9crit par Camille Froidevaux-Metterie, qui est le lot des femmes depuis des si\u00e8cles : \u00ab contraintes de fa\u00e7on imm\u00e9moriale \u00e0 rester \u00e0 la maison et \u00e0 ne sortir qu\u2019accompagn\u00e9es, il leur est toujours difficile d\u2019investir le monde et de s\u2019y engager physiquement<a id=\"_ednref2\" href=\"#_edn2\"><sup>2<\/sup><\/a> \u00bb. Les contes ne font qu\u2019ent\u00e9riner et consolider cet \u00e9tat de fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9\u00e9crire un conte en se servant du th\u00e9\u00e2tre constitue ainsi une mani\u00e8re de subvertir les contes de l\u2019int\u00e9rieur, par les modes propres \u00e0 ce format&nbsp;: l\u2019incarnation, la notion de personnage actif ou passif, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole, l\u2019occupation de l\u2019espace, mais aussi la fa\u00e7on de mat\u00e9rialiser th\u00e9\u00e2tralement le discours v\u00e9hicule de normes. L\u2019espace th\u00e9\u00e2tral peut alors se faire le lieu de repr\u00e9sentation et de remise en question de la \u00ab&nbsp;performance&nbsp;\u00bb des r\u00f4les de genre, au sens th\u00e9oris\u00e9 par Judith Butler dans <em>Trouble dans le genre <\/em>:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le genre est une sorte de jeu de r\u00f4le [<em>impersonation<\/em>] qui perdure et tient lieu de r\u00e9alit\u00e9. Sa performance d\u00e9stabilise les distinctions m\u00eames entre le naturel et l\u2019artificiel, le fond et la surface, l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, sur lesquelles le langage du genre fonctionne presque toujours. [\u2026] \u00catre du sexe f\u00e9minin est-il un \u201cfait naturel\u201d ou une performance culturelle<a id=\"_ednref3\" href=\"#_edn3\"><sup>3<\/sup><\/a>&nbsp;?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Nous prendrons pour exemple quatre r\u00e9\u00e9critures contemporaines de contes de f\u00e9es pour le th\u00e9\u00e2tre, s\u2019appuyant sur deux matrices de conte. Tout d\u2019abord, nous consid\u00e9rerons la r\u00e9\u00e9criture du <em>Petit Chaperon Rouge<\/em> par Claudine Galea dans <em>Au Bois<\/em><a id=\"_ednref4\" href=\"#_edn4\"><sup>4<\/sup><\/a>, qui inscrit son duo m\u00e8re-fille dans une modernit\u00e9 p\u00e9riurbaine, o\u00f9 se pose principalement la question de la relation des filles \u00e0 l\u2019espace public. Ensuite, nous \u00e9tudierons trois r\u00e9\u00e9critures de <em>Blanche-neige<\/em>&nbsp;: la <em>Blanche-neige <\/em>d\u2019Elfriede Jelinek<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\"><sup>5<\/sup><\/a>, qui fait dialoguer la jeune fille avec le Chasseur&nbsp;; <em>Le cas Blanche-neige <\/em>de Howard Barker<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\"><sup>6<\/sup><\/a>, qui inverse compl\u00e8tement la dynamique de jalousie de la relation m\u00e8re-fille&nbsp;initiale&nbsp;; et enfin la <em>Blanche-neige foutue for\u00eat<\/em><a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\"><sup>7<\/sup><\/a> de Claudine Galea, o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne, lasse d\u2019attendre un Prince timor\u00e9, se lib\u00e8re elle-m\u00eame de son cercueil pour aller explorer le vaste monde. \u00c0 travers ces r\u00e9\u00e9critures, nous tenterons d\u2019examiner comment les outils propres au th\u00e9\u00e2tre permettent de subvertir la mati\u00e8re de ces contes, en mettant notamment en perspective les valeurs associ\u00e9es aux r\u00f4les \u00ab&nbsp;f\u00e9minins&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p><a id=\"sect2\"><\/a><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#1\">1. Un rapport direct aux figures d&rsquo;autorit\u00e9<\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre permet tout d\u2019abord de se confronter directement aux mod\u00e8les d\u2019autorit\u00e9&nbsp;: il est frappant que dans de nombreuses r\u00e9\u00e9critures, les dramaturges fassent le choix d\u2019int\u00e9grer la matrice du conte et son discours sous la forme d\u2019un personnage ou d\u2019un dispositif sc\u00e9nique, auquel on peut alors s\u2019adresser pour le contredire, voire m\u00eame le dominer. Le plus souvent, il s\u2019agit d\u2019ailleurs de personnages assign\u00e9s masculins. Chez Jelinek, cette figure d\u2019autorit\u00e9 est&nbsp; incarn\u00e9e par le Chasseur&nbsp;; dans <em>Blanche-neige foutue for\u00ea<\/em><em>t, <\/em>un personnage appel\u00e9 \u00ab le Conte&nbsp;\u00bb occupe une figure de narrateur\/commentateur de l\u2019action&nbsp;; enfin dans <em>Au Bois, <\/em>la parole n\u2019est pas distribu\u00e9e entre les personnages, et les \u00e9l\u00e9ments du conte sont ainsi diss\u00e9min\u00e9s entre tous les personnages pr\u00e9sents qui, chacun \u00e0 leur tour, prennent en charge un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019histoire originale et se font donc tour \u00e0 tour narrateurs ou d\u00e9positaires du discours ambiant. L\u2019interrogation g\u00e9n\u00e9rale qui se fait jour porte alors, dans ces trois cas, sur la v\u00e9rit\u00e9 ou le mensonge du conte&nbsp;: qui a raison ou tort, et surtout qui est l\u00e9gitime pour exprimer sa perspective sur le conte&nbsp;? En donnant au discours du conte un lieu d\u2019expression d\u00e9termin\u00e9 \u2013 un personnage, un dispositif \u2013 on peut alors ouvrir un espace de discussion avec lui ou \u00e0 son sujet, ce que le conte originel ne permet pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, chez Jelinek, Blanche-neige se pr\u00e9sente comme une chercheuse de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Longtemps j\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de succ\u00e8s gr\u00e2ce \u00e0 mon apparence [\u2026] depuis, je suis une chercheuse de v\u00e9rit\u00e9, et en affaire de langue \u00e9galement<a id=\"_ednref8\" href=\"#_edn8\"><sup>8<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Le Chasseur au contraire, se d\u00e9signe comme \u00ab&nbsp;le g\u00e9ant-mensonge&nbsp;\u00bb, et admet qu\u2019il existe plusieurs v\u00e9rit\u00e9s \u2013 plusieurs versions du conte, peut-\u00eatre, dont une o\u00f9 Blanche-neige pourrait peut-\u00eatre acqu\u00e9rir son ind\u00e9pendance. Il d\u00e9crit la situation de la jeune femme comme une sorte de trag\u00e9die&nbsp;: Blanche-neige et la v\u00e9rit\u00e9 sont \u00e0 la recherche l\u2019une de l\u2019autre, mais Blanche-neige ne sait pas \u00e0 quoi ressemble la v\u00e9rit\u00e9, car elle manque d\u2019exp\u00e9rience. On assiste ici \u00e0 un d\u00e9but d\u2019\u00e9mancipation inachev\u00e9, et cette nouvelle version possible de l\u2019histoire demeure lettre morte, comme le d\u00e9crit le Chasseur&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Puisque vous n\u2019avez pas de pain b\u00e9nit pour app\u00e2ter la v\u00e9rit\u00e9 ni d\u2019exp\u00e9rience pour saisir vos proies, parce que proie vous \u00eates, la v\u00e9rit\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 sa nature, s\u2019enfuit \u00e0 la premi\u00e8re occasion. Votre version de l\u2019histoire, je n\u2019y crois tout simplement pas, mademoiselle<a id=\"_ednref9\" href=\"#_edn9\"><sup>9<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 du Chasseur qui s\u2019impose donc encore une fois, et il d\u00e9cide de tuer \u00e0 nouveau Blanche-neige. Le questionnement est le m\u00eame chez Galea, dans <em>Blanche-neige foutue for\u00ea<\/em><em>t<\/em>. Peut-il exister plusieurs points de vue sur une m\u00eame histoire, et donc plusieurs v\u00e9rit\u00e9s&nbsp;? L\u2019instance du conte, qui cherche \u00e0 faire autorit\u00e9, est ici personnifi\u00e9e et clairement indentifiable&nbsp;: le Conte est un personnage en pourpoint, catogan et collants, un vrai troubadour de pacotille. Il interroge le&nbsp;Prince&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019en est-il de la v\u00e9rit\u00e9 de la Belle&nbsp;?<a id=\"_ednref10\" href=\"#_edn10\"><sup>10<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, notant par l\u00e0 que ce qui se donnait comme v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale avait en fait omis de prendre en compte toutes les v\u00e9rit\u00e9s, \u00e0 commencer par celle de l\u2019h\u00e9ro\u00efne car cette parole a \u00e9t\u00e9 rendue invisible depuis le d\u00e9but. Le Conte est lui-m\u00eame un personnage tr\u00e8s m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tral : conscient d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame d\u00e9positaire d\u2019une parole sujette \u00e0 d\u00e9bat, il parle de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne et sugg\u00e8re que l\u2019histoire pourrait \u00eatre chang\u00e9e. Il&nbsp; questionne sa symbolique et ses cons\u00e9quences \u2013 \u00ab&nbsp;ce conte&nbsp;\u00bb, dit-il, \u00ab&nbsp;est le plus cruel de tous les contes\/ D\u2019embl\u00e9e tout y est mauvais\/ La neige est rougie par le sang de l\u2019enfant<a id=\"_ednref11\" href=\"#_edn11\"><sup>11<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, le processus d\u2019interrogation de la \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb ou des diff\u00e9rentes versions et points de vue possibles sur le conte trouve dans <em>Au Bois <\/em>de Galea un dispositif particuli\u00e8rement int\u00e9ressant dans cette \u00e9criture non distribu\u00e9e de la parole. Le discours du conte est ainsi un acquis partag\u00e9 par tous et toutes, et permet une confrontation dialogique incarn\u00e9e par&nbsp;des entit\u00e9s interchangeables&nbsp;: Loup, M\u00e8re, Petite, et jusqu\u2019\u00e0 deux personnages \u00e9tonnants, le Bois et la RumeurPublic. Assimilables au Conte de <em>Blanche-neige foutue for\u00ea<\/em><em>t, <\/em>ils pourraient tous deux faire office de pseudo-narrateurs \u2013 l\u2019un par son r\u00f4le de d\u00e9cor qui assiste \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements, l\u2019autre par son aspect choral, qui se fait l\u2019\u00e9cho d\u2019une certaine forme de majorit\u00e9, de bon sens commun. Il est alors encore plus difficile de lutter contre ce discours, puisqu\u2019il est tellement int\u00e9gr\u00e9 et assimil\u00e9 par tous les personnages qu\u2019il semble impossible de se dresser contre une seule figure d\u2019autorit\u00e9. Comment, dans ce cas, changer l\u2019histoire&nbsp;? Qui a le pouvoir de le faire, puisqu\u2019il s\u2019agit aussi de lutter en partie contre soi-m\u00eame&nbsp;? Les personnages de Galea semblent pourtant, \u00e0 l\u2019instar du Conte, assez conscients de figurer dans une histoire bien connue, ils sont tou\ua78fte\ua78fs dot\u00e9\u00b7e\u00b7s d\u2019une conscience m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale aigu\u00eb qui pourrait \u00e9viter la reproduction des m\u00eames sch\u00e9mas narratifs. Le Bois commente ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et l\u2019autre vient baguenauder Sans gilet Cherche le loup Ne le trouve pas LOUP Y ES-TU M\u2019ENTENDS-TU QUE FAIS-TU Tire la langue Se prend pour Ferait bien de revoir ses classiques<a id=\"_ednref12\" href=\"#_edn12\"><sup>12<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;; tandis que la Petite, de son c\u00f4t\u00e9, \u00ab&nbsp;\u00e9tait une sacr\u00e9e petite Une petite qui n\u2019avait pas froid aux yeux Qui ne se racontait pas d\u2019histoires Qui sait qu\u2019un loup est un loup<a id=\"_ednref13\" href=\"#_edn13\"><sup>13<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Malgr\u00e9 tout, cette conscience n\u2019emp\u00eachera pas compl\u00e8tement que se r\u00e9p\u00e8te la structure du conte originel, comme une mal\u00e9diction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces discours ne s\u2019incarnent pas seulement dans des personnages, mais aussi dans certains dispositifs sc\u00e9niques qui montrent alors de mani\u00e8re litt\u00e9rale l\u2019aspect monolithique et immuable de cet ordre de valeurs. Jelinek note ainsi en didascalie initiale de <em>Blanche-neige <\/em>que ses personnages ne sont que des marionnettes empaill\u00e9es, et que leurs paroles sont entendues par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une voix off. Toute notion d\u2019action possible est alors abolie pour Blanche-neige, litt\u00e9ralement prisonni\u00e8re de sa position. Dans <em>Blanche-neige foutue for\u00ea<\/em><em>t, <\/em>Claudine Galea utilise quant \u00e0 elle le processus des \u00e9crans pour projeter des \u00ab&nbsp;phrases-image&nbsp;\u00bb issues du conte, qui cristallisent certains mots symboliques devenus un poids pour les personnages f\u00e9minins. Le mot \u00ab&nbsp;sublime&nbsp;\u00bb notamment est rejet\u00e9 en bloc par Blanche-neige, qui refuse d\u2019\u00eatre d\u00e9finie uniquement par ce vocable&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne veux plus \u00eatre une princesse muette [\u2026] \/ Sage et idiote comme une image\/ Et sublime<a id=\"_ednref14\" href=\"#_edn14\"><sup>14<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Dans les deux cas, il s\u2019agit de mat\u00e9rialiser le conte et son discours comme une r\u00e9alit\u00e9 morte et fig\u00e9e, herm\u00e9tique au changement, que cette r\u00e9alit\u00e9 prenne la forme d\u2019une marionnette ou d\u2019une phrase toute faite ; seule la r\u00e9\u00e9criture, en faisant de la mati\u00e8re originelle un simple \u00e9l\u00e9ment dramaturgique parmi d\u2019autres, permet d\u2019isoler et de combattre un syst\u00e8me global en mettant ses symboles \u00e0 bas.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#1.1\">2. Un renversement de r\u00f4les : rapport au corps et contre-mod\u00e8les f\u00e9minins <\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Le probl\u00e8me central des contes pour les personnages \u00ab&nbsp;f\u00e9minins&nbsp;\u00bb se situe souvent dans la question du rapport au corps, d\u2019o\u00f9 cet agacement devant le mot de \u00ab&nbsp;sublime&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019apparence et la comp\u00e9tition f\u00e9minine dans <em>Blanche-neige<\/em> d\u2019une part, et dans <em>le Petit Chaperon rouge<\/em> d\u2019autre part, la relation du corps f\u00e9minin \u00e0 l\u2019espace public, au danger probable auquel il pourrait \u00eatre expos\u00e9, et \u00e0 la question du viol que la rencontre avec le Loup aborde de mani\u00e8re symbolique. Dans les deux cas, le corps f\u00e9minin est en jeu comme objet, de d\u00e9sir ou de violence \u2013 est-ce une fatalit\u00e9&nbsp;? Si Bettelheim n\u2019y voit qu\u2019un autre des d\u00e9fis qui se pr\u00e9sentent aux enfants dans leur chemin vers l\u2019\u00e2ge adulte, et des conflits qui les agitent (le fait d\u2019\u00e9chapper au monde prot\u00e9g\u00e9 de l\u2019enfance symbolis\u00e9 par les nains, et d\u2019embrasser sa vie d\u2019adulte sexu\u00e9 en croquant la pomme du d\u00e9sir), il semble glisser sur le fait que ce conflit se pr\u00e9sente exclusivement aux personnages \u00ab&nbsp;f\u00e9minins&nbsp;\u00bb. Comme l\u2019\u00e9crit Camille Froidevaux-Metterie, le \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb semble se d\u00e9finir \u00ab&nbsp;comme un rapport \u00e0 soi, aux autres et au monde qui passe n\u00e9cessairement par le corps et qui est de ce fait d\u00e9termin\u00e9 par lui<a id=\"_ednref15\" href=\"#_edn15\"><sup>15<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. On peut penser ici \u00e0 Monique Wittig, qui d\u00e9montre dans <em>La pens\u00e9e straight<\/em> que les femmes aux prises avec les normes h\u00e9t\u00e9rosexuelles sont la seule cat\u00e9gorie \u00e0 \u00eatre d\u00e9finies par leur sexe, c\u2019est-\u00e0-dire par la diff\u00e9rence que la nature de leur corps semble leur imposer vis-\u00e0-vis des sujets masculins :<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La cat\u00e9gorie de sexe est la cat\u00e9gorie qui colle aux femmes parce qu\u2019elles ne peuvent pas \u00eatre con\u00e7ues en dehors de cette cat\u00e9gorie. Il n\u2019y a qu\u2019<em>elles<\/em> qui ne sont que sexe, <em>le<\/em> sexe, et sexe elles ont \u00e9t\u00e9 faites dans leur esprit, leur corps, leurs actes, leurs gestes&nbsp;; m\u00eame les meurtres dont elles font l\u2019objet et les coups qu\u2019elles subissent sont sexuels. [\u2026] La cat\u00e9gorie de sexe est une cat\u00e9gorie qui r\u00e9git l\u2019esclavage des femmes et elle op\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 une op\u00e9ration de r\u00e9duction, comme pour les esclaves noirs, en prenant la partie pour le tout<a id=\"_ednref16\" href=\"#_edn16\"><sup>16<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Par opposition, le sujet masculin atteint une hauteur d\u2019abstraction en se posant comme le \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb, ou le \u00ab&nbsp;neutre&nbsp;\u00bb, comme l\u2019analyse Judith Butler en poursuivant la r\u00e9flexion de Wittig&nbsp;: dans l\u2019introduction de Bettelheim, \u00ab&nbsp;les enfants&nbsp;\u00bb ne sont ainsi pas d\u00e9termin\u00e9s comme \u00ab&nbsp;gar\u00e7ons&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;filles&nbsp;\u00bb, comme si le traitement de leur genre \u00e9tait indiff\u00e9renci\u00e9 dans les contes, ce qui n\u2019est pas le cas. Butler \u00e9voque cette dichotomie entre sujet et corps, sujet abstrait et incarnation physique assign\u00e9e au f\u00e9minin&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le sujet [masculin] est abstrait dans la mesure o\u00f9 il nie l\u2019incarnation qui le marque socialement, et projette cette incarnation d\u00e9ni\u00e9e et d\u00e9nigr\u00e9e sur la sph\u00e8re f\u00e9minine, assignant le corps au f\u00e9minin. Cette association entre le corps et le f\u00e9minin est prise dans des rapports magiques de r\u00e9ciprocit\u00e9 par quoi le f\u00e9minin finit par se r\u00e9duire \u00e0 son corps, et le corps masculin, totalement ni\u00e9, devient paradoxalement l\u2019instrument incorporel d\u2019une libert\u00e9 pr\u00e9tendument absolue<a id=\"_ednref17\" href=\"#_edn17\"><sup>17<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Faut-il alors suivre Simone de Beauvoir, cit\u00e9e par Butler, quand elle \u00ab&nbsp;sugg\u00e8re que le f\u00e9minin est la situation et l\u2019instrument de la libert\u00e9 des femmes, et non une propri\u00e9t\u00e9 essentielle et r\u00e9ductrice<a id=\"_ednref18\" href=\"#_edn18\"><sup>18<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019est en tout cas ce que semblent tenter ces r\u00e9\u00e9critures&nbsp;: l\u2019acc\u00e8s au rang de sujet semble passer pr\u00e9cis\u00e9ment par la r\u00e9appropriation de ce qui condamne les femmes au r\u00f4le d\u2019objet, \u00e0 savoir leur situation sexu\u00e9e et le rapport \u00e0 leur corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le tabou principal de ces contes se cristallise autour de la figure de la femme m\u00fbre, qui ne peut d\u00e9cemment plus participer \u00e0 la comp\u00e9tition f\u00e9minine pour la s\u00e9duction car son corps ne le lui permet plus. Dans le conte de <em>Blanche-neige<\/em>, la m\u00e8re est forc\u00e9ment jalouse de sa fille dont la beaut\u00e9 va de pair avec la jeunesse, comme un acquis indiscutable. Ces r\u00e9\u00e9critures tendent pourtant \u00e0 mettre en sc\u00e8ne ces corps honnis et honteux, marqu\u00e9s par le temps&nbsp;: les m\u00e8res ont des rides, la peau flasque par endroits, leurs seins sont pliss\u00e9s, elles ont des cors aux pieds. Mais la mise en lumi\u00e8re de ces corps permet aussi de penser d\u2019autres mod\u00e8les de sexualit\u00e9 hors des normes qui fa\u00e7onnent l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et les rapports hommes-femmes, notamment le sch\u00e9ma classique de la relation entre un homme plus \u00e2g\u00e9 et une femme belle, jeune et plut\u00f4t inexp\u00e9riment\u00e9e. Chez Barker notamment, on assiste \u00e0 un renversement complet des dynamiques du conte original&nbsp;: la belle-m\u00e8re n\u2019est plus du tout une mar\u00e2tre mais une femme fatale. Un \u00e9change entre Blanche-neige et son p\u00e8re en donne l\u2019exemple&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>BLANCHE-NEIGE \u2013 Et ses seins ont toutes ces petites \/ il ne faut pas que je sois rosse\/ Ces petites lignes et ces petits plis\/ Des creux\/ Et\/ Des plis<\/p>\n\n\n\n<p>LE ROI \u2013 Comme si quelqu\u2019un avait pris un crayon \u2013<\/p>\n\n\n\n<p>BLANCHE-NEIGE \u2013 Un crayon oui et qu\u2019il les avait \u00e9gratign\u00e9s tr\u00e8s profond\u00e9ment<\/p>\n\n\n\n<p>LE ROI \u2013 Oui et pourtant<a id=\"_ednref19\" href=\"#_edn19\"><sup>19<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p>Dans ce \u00ab&nbsp;et pourtant&nbsp;\u00bb se niche tout le renversement de valeurs de ce texte&nbsp;: c\u2019est la maturit\u00e9 de la Reine qui la rend si d\u00e9sirable, et la jalousie change de camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du c\u00f4t\u00e9 des femmes jeunes, d\u2019autres mod\u00e8les de beaut\u00e9 et de f\u00e9minit\u00e9 sont aussi propos\u00e9s par ces textes, notamment sous la plume de Claudine Galea. Dans <em>Au Bois, <\/em>lorsque l\u2019h\u00e9ro\u00efne se fait agresser par le Loup, un groupe de femmes nomm\u00e9 le Ch\u0153ur des Belettes surgit de la for\u00eat pour lui venir en aide. Le texte c\u00e9l\u00e8bre alors la diversit\u00e9 des corps de ces femmes qui viennent soutenir la Petite dans un grand mouvement sororal&nbsp;: \u00ab&nbsp;Fluettes grosses petites d\u00e9gingand\u00e9es\/ t\u00eates rases ou chevelues\/ en jeans jupes tennis talons aiguilles\/ parfum\u00e9es ou en sueur<a id=\"_ednref20\" href=\"#_edn20\"><sup>20<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. On peut aussi y voir une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fameuse question \u00ab&nbsp;tu \u00e9tais habill\u00e9e comment<a id=\"_ednref21\" href=\"#_edn21\"><sup>21<\/sup><\/a>&nbsp;?&nbsp;\u00bb, puisque toutes ces femmes repr\u00e9sentent l\u2019ensemble des victimes agress\u00e9es par le Loup, dont l\u2019\u00e9vidente diversit\u00e9 d\u00e9monte l\u2019accusation de provocation ou de s\u00e9duction dont sont accus\u00e9es&nbsp;certaines femmes ayant subi un viol. Galea va encore plus loin dans <em>Blanche-neige foutue for\u00eat&nbsp;<\/em>: les sept nains du conte original deviennent les Sept P., sept personnes transgenres qui viennent en aide \u00e0 Blanche-neige dans la for\u00eat. Cela est d\u2019autant plus int\u00e9ressant que la figure des nains est analys\u00e9e par Bettelheim comme un groupe de personnages certes masculins mais incomplets, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab&nbsp;des hommes dont la croissance a avort\u00e9 [\u2026]. Leur m\u00e9connaissance de l\u2019amour \u00e9voquent une existence pr\u00e9-\u0153dipienne, [\u2026] une forme immature et pr\u00e9-individuelle d\u2019existence que Blanche-neige doit transcender<a id=\"_ednref22\" href=\"#_edn22\"><sup>22<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Galea transforme cette ind\u00e9termination sexu\u00e9e en choix volontaire de d\u00e9construction des attentes li\u00e9es au genre, pour penser l\u2019exil volontaire de Blanche-neige non comme une phase qu\u2019elle doit surmonter pour se re-d\u00e9terminer dans son genre, mais comme une troisi\u00e8me voie possible hors du jeu de r\u00f4les qui semble construit pour elle dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus que par l\u2019apparence du corps, c\u2019est aussi par la sexualit\u00e9 que s\u2019op\u00e8re cette reconqu\u00eate du corps comme sujet, et cela passe principalement par les personnages de m\u00e8res, qui donnent l\u2019exemple d\u2019un d\u00e9sir assum\u00e9. Cette prise en compte des d\u00e9sirs&nbsp;du corps prend alors la forme d\u2019un app\u00e9tit insatiable, une faim inassouvie que la m\u00e8re dans <em>Au Bois <\/em>manifeste par une \u00e9num\u00e9ration de mets luxueux, dans un abandon du corps bien loin de la retenue attendue du \u00ab f\u00e9minin \u00bb: asperges, pigeons r\u00f4tis, caviar, foie gras, omelette \u00e0 la truffe\u2026 Elle conclut : \u00ab c\u2019est une faim sans raison\/ sans saison\/ une faim trans-g\u00e9n\u00e9rations<a id=\"_ednref23\" href=\"#_edn23\"><sup>23<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e2ge ou de saison pour le d\u00e9sir, et c\u2019est sans doute l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus tabou&nbsp;: le d\u00e9sir d\u2019une femme de cinquante ans est montr\u00e9 comme monstrueux et ridicule, alors qu\u2019il ne meurt pas avec la m\u00e9nopause. La femme s\u2019y trouve pourtant priv\u00e9e du droit \u00e0 l\u2019identit\u00e9 sociale et sexuelle qui semblait jusque l\u00e0 constituer toute son existence comme sujet. Comme le formule Camille Froidevaux-Metterie, \u00ab&nbsp;en m\u00eame temps que les femmes quinquag\u00e9naires se voient d\u00e9nier la position de sujet du d\u00e9sir, elles cessent d\u2019\u00eatre d\u00e9sirables socialement<a id=\"_ednref24\" href=\"#_edn24\"><sup>24<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Chez la m\u00e8re de Blanche-neige \u00e0 l\u2019inverse, et ce notamment dans la r\u00e9\u00e9criture de Barker, ce rapport au corps ne se limite pas \u00e0 l\u2019affirmation du d\u00e9sir mais \u00e0 une sexualit\u00e9 tr\u00e8s active et sans entraves, ouvertement adult\u00e8re, et d\u2019autant plus libre que la Reine refuse l\u2019assignation \u00e0 son r\u00f4le de genre. Chez Barker, elle passe ainsi de mar\u00e2tre \u00e0 <em>MILF<\/em><em>&nbsp;<\/em>: ce terme d\u00e9signe les m\u00e8res de famille sexuellement attirantes (l\u2019acronyme valant pour <em>\u00ab&nbsp;Mother I\u2019d like to fuck&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00ab&nbsp;une m\u00e8re que j\u2019aimerais baiser&nbsp;\u00bb), et renverse le sch\u00e9ma classique de l\u2019homme m\u00fbr avec une femme jeune. La Reine de Barker tient d\u2019ailleurs ce r\u00f4le de <em>MILF<\/em> sans m\u00eame avoir besoin d\u2019\u00eatre une m\u00e8re, puisqu\u2019elle est st\u00e9rile. On peut ainsi penser \u00e0 la fameuse formule-choc de Monique Wittig, \u00ab&nbsp;les lesbiennes ne sont pas des femmes&nbsp;\u00bb, o\u00f9 le mot de \u00ab&nbsp;femmes&nbsp;\u00bb est \u00e0 comprendre dans le sens du r\u00f4le assign\u00e9 aux femmes dans le couple h\u00e9t\u00e9rosexuel au sein du syst\u00e8me patriarcal o\u00f9 leur fonction est avant tout d\u2019enfanter. En un sens, les femmes st\u00e9riles et actives sexuellement ne sont pas non plus des \u00ab&nbsp;femmes&nbsp;\u00bb, puisqu\u2019elles refusent le r\u00f4le de m\u00e8re qui seul rendrait acceptable la sexualit\u00e9&nbsp;\u2013 bien qu\u2019elles demeurent situ\u00e9es dans un rapport de d\u00e9sir aux hommes dont la lesbienne th\u00e9oris\u00e9e par Wittig s\u2019affranchit alors compl\u00e8tement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De la m\u00eame mani\u00e8re, dans plusieurs r\u00e9\u00e9critures, Blanche-neige voudrait prendre exemple sur sa m\u00e8re et repousser le r\u00f4le de la <em>sexy virgin<\/em><a id=\"_ednref25\" href=\"#_edn25\"><sup>25<\/sup><\/a><em>. <\/em>Ce renversement passe aussi par une remise en question des couleurs symboliques propres au conte&nbsp;\u2013 la neige, le sang, l\u2019\u00e9b\u00e8ne \u2013 comme une tension entre plusieurs \u00e9l\u00e9ments contradictoires (puret\u00e9 et impuret\u00e9, sexualit\u00e9 et virginit\u00e9\u2026) qui sont d\u00e8s le d\u00e9but en germe chez l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Chez Barker, Blanche-neige refuse cette association avec la blancheur morale et virginale, qui l\u2019emp\u00eache d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son \u00e9ducation sexuelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Blanche-Neige dont l\u2019excellence est aveuglante\/ oui\/ Comme la neige est aveuglante\/ J\u2019ai vu des hommes d\u00e9tourner les yeux\/ j\u2019ai peur de ne pas \u00eatre d\u00e9sirable<a id=\"_ednref26\" href=\"#_edn26\"><sup>26<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Chez Galea, elle va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 revendiquer la noirceur plut\u00f4t que la blancheur&nbsp;: \u00ab&nbsp;en vrai je suis noire\/ mon c\u0153ur est noir mon sang est noir\/ tout est impur en moi depuis le commencement\/ impur et splendide et noir<a id=\"_ednref27\" href=\"#_edn27\"><sup>27<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;; et elle ajoute \u00e0 l\u2019adresse de son pr\u00e9tendant bien peu vaillant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous Prince avez de noir les fa\u00e7ons brutales\/ Mais vous \u00eates un blanc-bec\/ Un faussaire\/ Un grossier imitateur [\u2026]\/ La fin n\u2019est pas blanche comme une robe de mari\u00e9e [\u2026]\/ Je me paye le conte\/ et j\u2019en noircis la fin<a id=\"_ednref28\" href=\"#_edn28\"><sup>28<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Le blanc est rejet\u00e9 en bloc avec l\u2019hypocrisie de la robe de mari\u00e9e soulignant la puret\u00e9 de l\u2019\u00e9pous\u00e9e, ou le sang sur le drap de la nuit de noces. Comme le recommande Beauvoir, cette Blanche-neige va encore plus loin dans la reconqu\u00eate de son corps, en transformant sa \u00ab&nbsp;situation&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;instrument&nbsp;\u00bb&nbsp;: elle devient <em>escort girl<\/em>. On peut y voir un \u00e9cho de la position de Virginie Despentes sur le sujet, et de l\u2019analyse du ph\u00e9nom\u00e8ne de la prostitution qu\u2019elle donne dans <em>King Kong Th\u00e9orie&nbsp;<\/em>:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Difficile de ne pas penser que ce que les femmes respectables ne disent pas, quand elles se pr\u00e9occupent du sort des putes, c\u2019est qu\u2019au fond elles en craignent la concurrence. D\u00e9loyale, car trop ad\u00e9quate et directe. Si la prostitu\u00e9e exerce son commerce dans des conditions d\u00e9centes, les m\u00eames que l\u2019esth\u00e9ticienne ou la psychiatre [\u2026], la position de femme mari\u00e9e devient brusquement moins attrayante. Le contrat marital appara\u00eet plus clairement comme ce qu\u2019il est&nbsp;: un march\u00e9 o\u00f9 la femme s\u2019engage \u00e0 effectuer un certain nombre de corv\u00e9es assurant le confort de l\u2019homme \u00e0 des tarifs d\u00e9fiant toute concurrence. Notamment les t\u00e2ches sexuelles<a id=\"_ednref29\" href=\"#_edn29\"><sup>29<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9cup\u00e9rant la mainmise sur un devoir qui semble aller de soi dans le contrat tacite entre hommes et femmes, Blanche-neige ose le premier pas d\u2019une libert\u00e9 \u00e0 construire. Elle assume d\u2019\u00eatre un objet de d\u00e9sir pour les hommes, et d\u00e9cide d\u2019utiliser cet \u00e9tat de fait \u00e0 son avantage en reproduisant, cette fois consciemment et \u00e0 son profit, la \u00ab&nbsp;performance de genre&nbsp;\u00bb analys\u00e9e par Butler, ou la \u00ab&nbsp;f\u00e9minit\u00e9&nbsp;\u00bb d\u00e9crite par Despentes&nbsp;: \u00ab&nbsp;finalement, aucun besoin de conna\u00eetre des secrets techniques insens\u00e9s pour devenir une femme fatale\u2026 il suffisait de jouer le jeu. De la f\u00e9minit\u00e9<a id=\"_ednref30\" href=\"#_edn30\"><sup>30<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb \u2013 mais cette fois, en connaissance de cause.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#3\">3. L&rsquo;ind\u00e9pendance et la randonn\u00e9e : \u00e0 la conqu\u00eate de nouveaux territoires <\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois ce corps lib\u00e9r\u00e9 de ces injonctions, il s\u2019agit alors de le mettre en mouvement et de lui permettre de conqu\u00e9rir un espace jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent interdit. Dans les contes, cet espace prend le plus souvent le visage de la for\u00eat, qui repr\u00e9sente l\u2019inconnu, le danger ou l\u2019obscur. Ces r\u00e9\u00e9critures permettent aussi de lib\u00e9rer les h\u00e9ro\u00efnes de la peur qui les mus\u00e8le, et qui les emp\u00eache de&nbsp; transgresser les limites des espaces qui leur sont attribu\u00e9s. C\u2019est avant tout une histoire de territoires, et de conqu\u00eate de territoires. Les r\u00f4les f\u00e9minins sont intriqu\u00e9s avec les espaces qu\u2019ils sont contraints d\u2019occuper&nbsp;: la tour de la Belle au Bois dormant ou de Raiponce, le cercueil de Blanche-neige, ou la maison du Petit Chaperon rouge, dont il ne faut surtout pas sortir sous peine de se faire n\u00e9cessairement agresser. La reconqu\u00eate de nouvelles valeurs pour le \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb semble passer d\u2019abord par l\u2019exploration des espaces ext\u00e9rieurs r\u00e9serv\u00e9s aux r\u00f4les dits masculins qui, eux, ont le droit de parcourir ces espaces et de s\u2019attribuer d\u2019autres valeurs&nbsp;: audace, t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour les personnages masculins dans les r\u00e9\u00e9critures qui nous occupent, la for\u00eat est une sorte de non-lieu&nbsp;: si elle est symbole de pouvoir \u2013 les for\u00eats leur appartiennent comme le royaume leur appartient \u2013 ils ne la parcourent pas&nbsp;; s\u2019ils s\u2019y rendent, c\u2019est dans le but bien pr\u00e9cis d\u2019en ramener Blanche-neige. Ils n\u2019ont aucune connaissance intime de la for\u00eat et ne se confrontent pas \u00e0 sa sauvagerie. Les h\u00e9ro\u00efnes, elles, choisissent de se rendre spontan\u00e9ment dans la for\u00eat, et n\u2019y sont pas envoy\u00e9es par une tierce personne, contrairement aux contes originaux o\u00f9 la M\u00e8re les y contraint (par la terreur dans <em>Blanche-neige<\/em>, par obligation familiale dans <em>le Petit Chaperon rouge<\/em>). Chez Barker, m\u00eame le Prince souligne \u00e0 contrec\u0153ur que Blanche-neige a \u00ab&nbsp;de son plein gr\u00e9<a id=\"_ednref31\" href=\"#_edn31\"><sup>31<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb quitt\u00e9 le palais pour aller vivre seule avec les nains, car la jalousie ayant chang\u00e9 de camp, toute tentative de meurtre de la Reine est compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9e dans cette r\u00e9\u00e9criture. Chez Galea et Jelinek, Blanche-neige se rel\u00e8ve elle-m\u00eame de son cercueil, sans attendre le baiser du prince. La Petite d\u2019<em>Au Bois, <\/em>quant \u00e0 elle, circule d\u00e9j\u00e0 partout \u00e0 v\u00e9lo, bien avant son agression par le Loup, et sa m\u00e8re envie cette libert\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu te perdrais dans un d\u00e9 \u00e0 coudre disait ma grand-m\u00e8re\/ La petite ce n\u2019est pas pareil\/ La petite ne se perd jamais\/ Elle serait d\u00e9j\u00e0 sortie de ce parc de cette for\u00eat<a id=\"_ednref32\" href=\"#_edn32\"><sup>32<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb \u2013 et la Petite elle-m\u00eame, bien consciente que la ma\u00eetrise des espaces ext\u00e9rieurs va de pair avec le refus du r\u00f4le qu\u2019on pourrait lui assigner, prononce un r\u00e9quisitoire contre l\u2019enfermement, litt\u00e9ral et symbolique&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>PAS MOI n\u2019auront pas le temps de m\u2019avoir Ni g\u00e2teaux ni plats pr\u00e9par\u00e9s Ni patronne ni m\u00e8re Ni contes ni chansons Ne m\u2019attraperont pas Ni faim Ni peur au ventre pas de pleurs pas de frissons PETITE DEPECHE-TOI LE TEMPS PRESSE ta m\u00e8re va te fourrer les clefs de la maison<a id=\"_ednref33\" href=\"#_edn33\"><sup>33<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">La qu\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance se traduit ainsi \u00e0 deux reprises par l\u2019image de la randonn\u00e9e. Tentative manqu\u00e9e chez Jelinek, o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne tient \u00ab&nbsp;sa carte de randonn\u00e9e \u00e0 l\u2019envers<a id=\"_ednref34\" href=\"#_edn34\"><sup>34<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, elle r\u00e9ussit mieux \u00e0 la Blanche-neige de Galea, \u00e0 peine relev\u00e9e du cercueil : \u00ab&nbsp;<em>Elle allonge \u00e0 sa place un tronc d\u2019arbre sur lequel elle pose une photographie de son visage. Elle enfile une doudoune qui lui descend jusqu\u2019aux genoux, chausse des chaussures de randonn\u00e9e. Et s\u2019en va en envoyant un baiser de la main<\/em><a id=\"_ednref35\" href=\"#_edn35\"><sup>35<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. \u00c0 l\u2019image fig\u00e9e du conte de f\u00e9es, Blanche-neige oppose une autre image de son corps&nbsp;: actif, pratique, pr\u00eat aux grandes explorations, et d\u00e9barrass\u00e9 des stigmates de la s\u00e9duction f\u00e9minine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La for\u00eat ou le bois deviennent alors des lieux de rencontre avec une autre forme de communaut\u00e9&nbsp; comme le Ch\u0153ur des Belettes dans <em>Au Bois, <\/em>ou le groupe des Sept P.&nbsp;; dans ces rencontres et cette r\u00e9appropriation de l\u2019espace, ce sont \u00e0 la fois d\u2019autres mod\u00e8les f\u00e9minins, voire androgynes, qui se pr\u00e9sentent aux h\u00e9ro\u00efnes, mais aussi d\u2019autres mod\u00e8les de sociabilit\u00e9 hors de l\u2019\u00e9conomie du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel, qui semblait jusque-l\u00e0 le seul horizon possible de d\u00e9veloppement \u2013 \u00ab&nbsp;ils se mari\u00e8rent et eurent beaucoup d\u2019enfants&nbsp;\u00bb. Ces mod\u00e8les tiennent \u00e0 la fois de la sororit\u00e9, du matriarcat ou m\u00eame de la vie en communaut\u00e9 au sens plus large, o\u00f9 les fronti\u00e8res tombent entre les genres et leurs r\u00f4les assign\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dernier horizon possible de libert\u00e9, que certaines h\u00e9ro\u00efnes appellent de leurs v\u0153ux en ultime recours, serait de sortir compl\u00e8tement de tout mod\u00e8le social \u2013 mod\u00e8le qui se confond pour les personnages \u00ab&nbsp;f\u00e9minins&nbsp;\u00bb avec la situation impos\u00e9e d\u2019un corps marqu\u00e9 par une diff\u00e9rence sexu\u00e9e, pris d\u00e8s le d\u00e9but dans une dynamique de d\u00e9sir avec le genre masculin. Ainsi, quand la Blanche-neige de Jelinek se questionne sur les raisons de sa survie apr\u00e8s la tentative de meurtre de sa belle-m\u00e8re, elle conclut&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 mon avis, c\u2019est parce que je n\u2019avais pas d\u2019autre possibilit\u00e9 que simplement \u00eatre, \u00eatre pour moi seule<a id=\"_ednref36\" href=\"#_edn36\"><sup>36<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Par l\u00e0, elle aurait alors pleinement reconquis ce r\u00f4le de sujet abstrait dont parlait Butler, d\u00e9tach\u00e9 de toute relation au corps et au sexe, aux diktats de l\u2019apparence, du d\u00e9sir, du mariage ou de la maternit\u00e9. Elle serait peut-\u00eatre cette femme m\u00e9nopaus\u00e9e,&nbsp;\u00ab&nbsp;qui \u00e9chapperait enfin \u00e0 sa position d\u2019objet sexuel, [qui] ne serait plus assujettie au d\u00e9sir masculin, plus d\u00e9sir\u00e9e, [qui] serait enfin totalement libre<a id=\"_ednref37\" href=\"#_edn37\"><sup>37<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, selon la th\u00e8se d\u00e9fendue par Germaine Greer dans <em>The Change. Women, Aging and Menopause <\/em>(1993). La confrontation de femmes jeunes souffrant d\u2019\u00eatre des objets sexuels et de femmes m\u00fbres souffrant de n\u2019en \u00eatre plus, ou de l\u2019\u00eatre trop, semble aboutir \u00e0 une aporie, ou \u00e0 un troisi\u00e8me terme possible&nbsp;: la construction de l\u2019identit\u00e9 de genre hors du sexe, et du jeu de r\u00f4les qu\u2019il exige.<\/p>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#conclu\">Conclusion<\/a><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que permet le th\u00e9\u00e2tre dans ces r\u00e9\u00e9critures se situe pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019endroit de reconqu\u00eate fix\u00e9 par la th\u00e9orie f\u00e9ministe radicale, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019endroit du langage et de l\u2019action. Deux d\u00e9fis se pr\u00e9sentent \u00e0 nos h\u00e9ro\u00efnes pour d\u00e9faire le monde binaire dans lequel elles ont \u00e9t\u00e9 plong\u00e9es&nbsp;: activit\u00e9\/passivit\u00e9, courage\/crainte, mobilit\u00e9\/attente \u2013 masculin\/f\u00e9minin. Le premier d\u00e9fi se situe dans l\u2019espace du langage&nbsp;: \u00e9lever la voix pour tenter de red\u00e9finir d\u2019autres r\u00f4les possibles pour les femmes de ces contes, en confrontant directement les discours. Et le second repose dans la r\u00e9\u00e9criture litt\u00e9rale de son corps, intrins\u00e8quement li\u00e9 au motif de rel\u00e9gation des femmes&nbsp;: la diff\u00e9rence de leur sexe. Par la r\u00e9appropriation de ce corps, l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral subvertit le lieu m\u00eame de l\u2019in\u00e9galit\u00e9. Butler \u00e9crit ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le genre se r\u00e9v\u00e8le performatif&nbsp;\u2013 c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il constitue l\u2019identit\u00e9 qu\u2019il est cens\u00e9 \u00eatre. Ainsi, le genre est toujours un faire, mais non le fait d\u2019un sujet qui pr\u00e9c\u00e9derait ce faire. Repenser les cat\u00e9gories de genre en dehors de la m\u00e9taphysique de la substance est un d\u00e9fi \u00e0 relever \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que Nietzsche notait dans la <em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>&nbsp;: \u00e0 savoir qu\u2019\u201cil n\u2019y a point d\u2019<em>\u00eatre<\/em> cach\u00e9 derri\u00e8re l\u2019acte, l\u2019effet et le devenir&nbsp;; l\u2019<em>acteur <\/em>n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019acte&nbsp;\u2013 l\u2019acte est tout\u201d<a id=\"_ednref38\" href=\"#_edn38\"><sup>38<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans l\u2019acte, th\u00e9\u00e2tral ou performatif, que se situe une possible transformation des r\u00f4les f\u00e9minins, et par l\u00e0 peut-\u00eatre, du \u00ab&nbsp;f\u00e9minin&nbsp;\u00bb en lui-m\u00eame \u2013 un territoire nouveau \u00e0 red\u00e9finir sans cesse par le langage et l\u2019action, en chaussures de randonn\u00e9e, sans peur du Loup qui r\u00f4de.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n<p><a id=\"sect6\"><\/a><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h2>\n\n\n<p><a id=\"_edn1\" href=\"#_ednref1\"><sup>1<\/sup><\/a> Bettelheim Bruno, <em>Psychanalyse des contes de f\u00e9es<\/em>, trad. Th\u00e9o Carlier, Paris, \u00c9ditions Robert Laffont, \u00ab&nbsp;Pluriel&nbsp;\u00bb, 1976, p.25-27.<\/p>\n<p><a id=\"_edn2\" href=\"#_ednref2\"><sup>2<\/sup><\/a> Froidevaux-Metterie Camille, Le corps des femmes. La bataille de l\u2019intime, Paris, \u00c9ditions Points, 2021, p.41.<\/p>\n<p><a id=\"_edn3\" href=\"#_ednref3\"><sup>3<\/sup><\/a> Butler Judith, <em>Trouble dans le genre. Le f\u00e9minisme et la subversion de l\u2019identit\u00e9, <\/em>trad. Cynthia Kraus, Paris, La D\u00e9couverte, 2005, p.53.<\/p>\n<p><a id=\"_edn4\" href=\"#_ednref4\"><sup>4<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Au Bois, <\/em>\u00c9ditions Espaces 34, 2014.<\/p>\n<p><a id=\"_edn5\" href=\"#_ednref5\"><sup>5<\/sup><\/a> Jelinek Elfriede, <em>Blanche-neige, <\/em>in <em>Drames de princesses. La Jeune Fille et la Mort, <\/em>trad. Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, Paris, l\u2019Arche, 2006.<\/p>\n<p><a id=\"_edn6\" href=\"#_ednref6\"><sup>6<\/sup><\/a> Barker Howard, <em>Le cas Blanche-neige. Comment le savoir vient aux jeunes filles, <\/em>trad. C\u00e9cile Menon, Montreuil, \u00c9ditions Th\u00e9\u00e2trales, 2009.<\/p>\n<p><a id=\"_edn7\" href=\"#_ednref7\"><sup>7<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Blanche-neige foutue for\u00eat, <\/em>\u00c9ditions Espaces 34, 2018.<\/p>\n<p><a id=\"_edn8\" href=\"#_ednref8\"><sup>8<\/sup><\/a> Jelinek Elfriede, <em>Blanche-neige, <\/em>in <em>Drames de princesses. La Jeune Fille et la Mort, <\/em>trad. Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, Paris, l\u2019Arche, 2006, p.11.<\/p>\n<p><a id=\"_edn9\" href=\"#_ednref9\"><sup>9<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.12.<\/p>\n<p><a id=\"_edn10\" href=\"#_ednref10\"><sup>10<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Blanche-neige foutue for\u00eat, op.cit.<\/em>, p.20.<\/p>\n<p><a id=\"_edn11\" href=\"#_ednref11\"><sup>11<\/sup><\/a> <em>Ibid., <\/em>p.12.<\/p>\n<p><a id=\"_edn12\" href=\"#_ednref12\"><sup>12<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Au Bois, op.cit.<\/em>, p.31.<\/p>\n<p><a id=\"_edn13\" href=\"#_ednref13\"><sup>13<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.63.<\/p>\n<p><a id=\"_edn14\" href=\"#_ednref14\"><sup>14<\/sup><\/a> Claudine GALEA, <em>Blanche-neige foutue for\u00eat, op.cit.<\/em>, p.&nbsp;27.<\/p>\n<p><a id=\"_edn15\" href=\"#_ednref15\"><sup>15<\/sup><\/a> Froidevaux-Metterie Camille, <em>op.cit.<\/em>, p.154.<\/p>\n<p><a id=\"_edn16\" href=\"#_ednref16\"><sup>16<\/sup><\/a> Wittig Monique, <em>La pens\u00e9e straight, <\/em>Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2018, p.&nbsp;50.<\/p>\n<p><a id=\"_edn17\" href=\"#_ednref17\"><sup>17<\/sup><\/a> Butler Judith, <em>op.cit.<\/em>, p.76.<\/p>\n<p><a id=\"_edn18\" href=\"#_ednref18\"><sup>18<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a id=\"_edn19\" href=\"#_ednref19\"><sup>19<\/sup><\/a> Barker Howard, <em>Le cas Blanche-neige. Comment le savoir vient aux jeunes filles, <\/em>trad. C\u00e9cile Menon, Montreuil, \u00c9ditions Th\u00e9\u00e2trales, 2009, p.121.<\/p>\n<p><a id=\"_edn20\" href=\"#_ednref20\"><sup>20<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Au Bois, op.cit., <\/em>p.64.<\/p>\n<p><a id=\"_edn21\" href=\"#_ednref21\"><sup>21<\/sup><\/a> Cette question recoupe plusieurs actions f\u00e9ministes men\u00e9es dans le cadre de la sensibilisation aux violences sexuelles. L\u2019exposition \u00ab&nbsp;What were you wearing&nbsp;?&nbsp;\u00bb s\u2019est tenue en septembre 2017 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Kansas et exposait les tenues dans lesquelles les victimes avaient \u00e9t\u00e9 agress\u00e9es, accompagn\u00e9es d\u2019un court texte. En janvier 2020, le collectif des S\u0153urci\u00e8res m\u00e8ne une action \u00e0 Caen, o\u00f9 les membres du collectif d\u00e9filent habill\u00e9es dans les tenues de victimes de viol, avec une pancarte autour du cou pour contextualiser chaque histoire.<\/p>\n<p><a id=\"_edn22\" href=\"#_ednref22\"><sup>22<\/sup><\/a> Bettelheim Bruno, <em>op.cit.<\/em>, p.311.<\/p>\n<p><a id=\"_edn23\" href=\"#_ednref23\"><sup>23<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.37.<\/p>\n<p><a id=\"_edn24\" href=\"#_ednref24\"><sup>24<\/sup><\/a> Froidevaux-Metterie Camille, <em>op.cit.<\/em>, p.108<\/p>\n<p><a id=\"_edn25\" href=\"#_ednref25\"><sup>25<\/sup><\/a> Ce terme fait notamment r\u00e9f\u00e9rence au court-m\u00e9trage <em>Leading Lady Parts <\/em>r\u00e9alis\u00e9 par Jessica Swale pour la BBC, o\u00f9 l\u2019on assiste au casting fictif d\u2019une nouvelle grosse production d\u2019Hollywood. Toutes les com\u00e9diennes choisies ont un d\u00e9faut qui ne va pas&nbsp;: trop grosse, pas assez f\u00e9minine, trop \u00e2g\u00e9e, trop noire\u2026 la vid\u00e9o culmine lorsque le jury tente une d\u00e9finition de la <em>leading lady <\/em>id\u00e9ale&nbsp;: \u201cwe\u2019re just asking you to be sexy and innocent. You know, sexy virgin, with boobs and hips [\u2026]. She\u2019s never had sex, but she\u2019s all about sex\u201d.<\/p>\n<p><a id=\"_edn26\" href=\"#_ednref26\"><sup>26<\/sup><\/a> Barker Howard, <em>op.cit.<\/em>, p.138.<\/p>\n<p><a id=\"_edn27\" href=\"#_ednref27\"><sup>27<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Blanche-neige foutue for\u00eat, op.cit.<\/em>, p.34.<\/p>\n<p><a id=\"_edn28\" href=\"#_ednref28\"><sup>28<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.42.<\/p>\n<p><a id=\"_edn29\" href=\"#_ednref29\"><sup>29<\/sup><\/a> Despentes Virginie, <em>King Kong Th\u00e9orie<\/em>, Paris, Grasset, 2006, p.59.<\/p>\n<p><a id=\"_edn30\" href=\"#_ednref30\"><sup>30<\/sup><\/a> <em>Ibid., <\/em>p.64.<\/p>\n<p><a id=\"_edn31\" href=\"#_ednref31\"><sup>31<\/sup><\/a> Barker Howard, <em>op.cit.<\/em>, p.147.<\/p>\n<p><a id=\"_edn32\" href=\"#_ednref32\"><sup>32<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Au Bois, op.cit.<\/em>, p.29.<\/p>\n<p><a id=\"_edn33\" href=\"#_ednref33\"><sup>33<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p.44.<\/p>\n<p><a id=\"_edn34\" href=\"#_ednref34\"><sup>34<\/sup><\/a> Jelinek Elfriede, <em>op.cit.<\/em>, p.25.<\/p>\n<p><a id=\"_edn35\" href=\"#_ednref35\"><sup>35<\/sup><\/a> Galea Claudine, <em>Blanche-neige foutue for\u00eat, op.cit., <\/em>p.28.<\/p>\n<p><a id=\"_edn36\" href=\"#_ednref36\"><sup>36<\/sup><\/a> Jelinek Elfriede, <em>op.cit.<\/em>, p.19.<\/p>\n<p><a id=\"_edn37\" href=\"#_ednref37\"><sup>37<\/sup><\/a> Froidevaux-Metterie Camille, <em>op.cit.<\/em>, p.106.<\/p>\n<p><a id=\"_edn38\" href=\"#_ednref38\"><sup>38<\/sup><\/a> Butler Judith, <em>op.cit., <\/em>p.96.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n<p><a id=\"sect7\"><\/a><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h2>\n<p>Barker Howard, <em>Le cas Blanche-neige. Comment le savoir vient aux jeunes filles, <\/em>trad. C\u00e9cile Menon, Montreuil, \u00c9ditions Th\u00e9\u00e2trales, 2009.<\/p>\n<p>Bettelheim Bruno, <em>Psychanalyse des contes de f\u00e9<\/em><em>es<\/em>, trad. Th\u00e9o Carlier, Paris, \u00c9ditions Robert Laffont, \u00ab&nbsp;Pluriel&nbsp;\u00bb, 1976.<\/p>\n<p>Butler Judith, <em>Trouble dans le genre. Le f\u00e9minisme et la subversion de l\u2019<\/em><em>identit<\/em><em>\u00e9<\/em><em>, <\/em>trad. Cynthia Kraus, Paris, La D\u00e9couverte, 2005.<\/p>\n<p>Despentes Virginie, <em>King Kong Th<\/em><em>\u00e9<\/em><em>orie<\/em>, Paris, Grasset, 2006.<\/p>\n<p>Froidevaux-Metterie Camille, <em>Le corps des femmes. La bataille de l\u2019intime<\/em>, \u00c9ditions Points, 2021.<\/p>\n<p>Galea Claudine, <em>Au Bois, <\/em>Les Matelles, \u00c9ditions Espaces 34, 2014.<\/p>\n<p>Galea Claudine, <em>Blanche-neige foutue for\u00ea<\/em><em>t, <\/em>Les Matelles,<em> <\/em>\u00c9ditions Espaces 34, 2018.<\/p>\n<p>Jelinek Elfriede, <em>Blanche-neige, <\/em>in <em>Drames de princesses. La Jeune Fille et la Mort, <\/em>trad. Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, Paris, l\u2019Arche, 2006.<\/p>\n<p>Wittig Monique, <em>La pens\u00e9e straight, <\/em>Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2018.<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ariane ISSARTEL Ariane Issartel est normalienne et doctorante de l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg. Elle y travaille depuis 2018 avec Guy Ducrey en litt\u00e9rature compar\u00e9e, autour de la pr\u00e9sence des chansons dans les textes th\u00e9\u00e2traux contemporains depuis les ann\u00e9es 1970. 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