 {"id":5118,"date":"2023-05-31T09:39:22","date_gmt":"2023-05-31T08:39:22","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/?p=5118"},"modified":"2023-10-13T10:54:11","modified_gmt":"2023-10-13T09:54:11","slug":"du-cheval-eternel-a-la-mort-du-cheval-la-figure-equine-dans-les-recits-de-jean-giono-et-claude-simon-fuite-ou-revanche-du-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/du-cheval-eternel-a-la-mort-du-cheval-la-figure-equine-dans-les-recits-de-jean-giono-et-claude-simon-fuite-ou-revanche-du-temps\/","title":{"rendered":"Du cheval \u00e9ternel \u00e0 la mort du cheval\u00a0: la figure \u00e9quine dans les r\u00e9cits de Jean Giono et Claude Simon, fuite ou revanche du temps\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Diane de Camproger<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Diane de Camproger est docteure en langue et litt\u00e9rature fran\u00e7aises, professeure de lettres modernes au sein de l\u2019\u00e9tablissement secondaire St Michel, \u00e0 Annecy et co-fondatrice du r\u00e9seau de recherche \u00ab\u00a0Cheval et Sciences Humaines et Sociales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour citer cet article : DE CAMPROGER Diane, \u00ab Du cheval \u00e9ternel \u00e0 la mort du cheval : la figure \u00e9quine dans les r\u00e9cits de Jean Giono et Claude Simon, fuite ou revanche du temps ? \u00bb, <em>Litter@ Incognita<\/em> [En ligne], Toulouse : Universit\u00e9 Toulouse-Jean Jaur\u00e8s, n\u00b013, \u00ab Temps \u00e0 l\u2019\u0153uvre, temps des \u0153uvres \u00bb, saison automne 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, disponible sur <a class=\"components-external-link editor-post-url__link\" href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/du-cheval-eternel-a-la-mort-du-cheval-la-figure-equine-dans-les-recits-de-jean-giono-et-claude-simon-fuite-ou-revanche-du-temps\/\" target=\"_blank\" rel=\"external noreferrer noopener\"><span class=\"editor-post-url__link-prefix\">https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/2023\/05\/31\/du-cheval-eternel-a-la-mort-du-cheval-la-figure-equine-dans-les-recits-de-jean-giono-et-claude-simon-fuite-ou-revanche-du-temps\/<\/span><span class=\"editor-post-url__link-suffix\">\/<\/span><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-tlse2.fr\/littera-incognita-2\/files\/2023\/10\/DE-CAMPROGER-Diane-Du-cheval-eternel-a-la-mort-du-cheval.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger en pdf<\/a><\/p>\n<h2>R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 comparer la pr\u00e9sence de la figure \u00e9quine dans les \u0153uvres de deux romanciers fran\u00e7ais du XXe si\u00e8cle, Jean Giono et Claude Simon, \u00e0 la fois dans leur rapport aux mythes (indo-europ\u00e9ens ou gr\u00e9co-romains), mais aussi au temps. En effet, Jean Giono ou Claude Simon, en plus de r\u00e9utiliser de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences aux figures \u00e9quines mythiques (P\u00e9gase, les chevaux du vent, les Centaures), ont en commun d\u2019utiliser le cheval pour suspendre le temps, tant dans l\u2019histoire, pour \u00e9voquer des figures pass\u00e9es, que dans l\u2019\u00e9criture. Si Jean Giono utilise l\u2019animal comme v\u00e9hicule des passions, mati\u00e8re vivante permettant de faire surgir l\u2019\u00e9pique, chez Claude Simon, il incarne la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un cycle guerrier mythique, tout en repr\u00e9sentant diff\u00e9rentes figures et personnages qui se chevauchent et se fondent dans le r\u00e9cit. En plus d\u2019influencer la temporalit\u00e9 di\u00e9g\u00e9tique, la figure \u00e9quine joue un r\u00f4le dans la construction du r\u00e9cit parfois interrompu par des sc\u00e8nes, ou des r\u00e9miniscences qui, avec l\u2019apparition d\u2019images, cr\u00e9ent un effet de surimpression ou d\u2019embo\u00eetement dans le tissu narratif. On peut alors se demander si la mort du cheval dans les r\u00e9cits gioniens ou simoniens ne signifie pas une victoire finale du temps sur l\u2019animal, dont le corps se m\u00e9tamorphose pour se fondre \u00e0 la mati\u00e8re qui l\u2019entoure, le renvoyant \u00e0 son statut mortel, comme un retour \u00e0 la nature originelle dont il est pourtant le repr\u00e9sentant, effa\u00e7ant son existence, et questionnant la n\u00f4tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Mots-cl\u00e9s\u00a0:<\/strong><strong>\u00a0<\/strong>Cheval-espace-temps-litt\u00e9rature-roman-mythes-centaures-hybrides-animal-humain-contemporain<\/p>\n<h3>Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">This article compares how the horses\u2019 presence is represented in the work of two French novelists of the 20th century, Jean Giono and Claude Simon, in its relation with mythology, but also with Time. Indeed, Jean Giono or Claude Simon are not only using horses as a reference of mythical equine figures (Pegasus, horses of the wind, Centaurs), but also to suspend Time, in the story, especially to evocate past characters, and in the writing. If Jean Giono\u2019s horses are a vehicle for passions, a live tissue allowing for the epic to emerge, Claude Simon\u2019s are the incarnation of a mythic martial cycle, as well as representing different characters and faces that are impressing and merging together inside of the narrative. More than a simple influence on the narrative temporality, the horses play a role in the story construction, sometimes stopping it during equine scenes, or allowing a complex construction sometimes confusing the reader. Is it that the death of the horse, in Giono\u2019s or Simon\u2019s novels should mean a final victory of Time among the animal, which corpse will turn and shape into the elements surrounding it, returning to his mortal status, as a way back to the original nature of which he is yet the representative, erasing his existence, and questioning ours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Keywords :<\/strong> Horse-space-time-literature-novel-myths-centauros-hybrids-animal-human-modern<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Sommaire<\/h3>\n<p><a name=\"intro\"><\/a><a href=\"#sect1\">Introduction<\/a><\/p>\n<p><a name=\"1\"><\/a><a href=\"#sect2\">1. Le cheval comme fuite du temps<\/a><br \/>\n<a name=\"1.1.\"><\/a><a href=\"#sect3\">1.1. Une r\u00e9utilisation des mythes \u00e9questres chez Jean Giono<\/a><br \/>\n<a name=\"1.2.\"><\/a><a href=\"#sect4\">1.2. La r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un cycle guerrier \u00e9ternel chez Claude Simon<\/a><\/p>\n<p><a name=\"2.\"><\/a><a href=\"#sect5\">2. La figure \u00e9quine comme jeu entre le temps de l\u2019histoire et celui du r\u00e9cit<\/a><br \/>\n<a name=\"2.1.\"><\/a><a href=\"#sect6\">2.1. Les \u00ab sc\u00e8nes \u00e9questres \u00bb, des pauses dans la narration<\/a><br \/>\n<a name=\"2.2.\"><\/a><a href=\"#sect7\">2.2 De la chevauch\u00e9e au chevauchement narratif <\/a><\/p>\n<p><a name=\"3.\"><\/a><a href=\"#sect8\">3. La mort du cheval, une revanche du temps ?<\/a><br \/>\n<a name=\"3.1.\"><\/a><a href=\"#sect9\">3.1. L\u2019haruspice et le rituel dans <i>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/i><\/a><br \/>\n<a name=\"3.2.\"><\/a><a href=\"#sect10\">3.2. La dissolution du corps \u00e9quin, dans <i>La Route des Flandres<\/i><\/a><\/p>\n<p><a name=\"notes\"><\/a><a href=\"#sect11\">Notes<\/a><br \/>\n<a name=\"biblio\"><\/a><a href=\"#sect12\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect1\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le cheval symbolise la conqu\u00eate \u00e0 la fois de l\u2019espace g\u00e9ographique \u2013 il permet d\u2019aller plus loin, et reste ind\u00e9pass\u00e9 durant presque quatre mill\u00e9naires, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019invention du moteur \u2013 et du temps \u2013 il permet d\u2019aller plus vite. Cette victoire sur l\u2019espace-temps se trouve figur\u00e9e dans de nombreuses repr\u00e9sentations \u00e9quines mythologiques, comme P\u00e9gase, les chevaux d\u2019Eole, dieu du vent, r\u00e9put\u00e9s indomptables, ou la licorne, plus rapide que le vent. Cet imaginaire autour de la figure du cheval a \u00e9t\u00e9 longuement \u00e9tudi\u00e9, particuli\u00e8rement par Gilbert Durand dans son livre <em>Les Structures anthropologiques de l\u2019imaginaire <\/em>qui y voit la repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0la fuite du temps<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, en raison de ses capacit\u00e9s de mouvement et sa rapidit\u00e9, mais aussi de sa symbolique mythique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jean Giono ou Claude Simon, en plus de r\u00e9utiliser de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences aux figures \u00e9quines mythiques (P\u00e9gase, les chevaux du vent, les Centaures), ont en commun d\u2019utiliser le cheval pour suspendre le temps, tant dans l\u2019histoire, pour \u00e9voquer des figures pass\u00e9es, que dans l\u2019\u00e9criture. Si Jean Giono utilise l\u2019animal comme v\u00e9hicule des passions, mati\u00e8re vivante permettant l\u2019insertion de l\u2019\u00e9pique (\u00ab L\u2019amour, c\u2019est\u00a0toujours emporter quelqu\u2019un sur un cheval<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u00bb), chez Claude Simon, il incarne la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un cycle guerrier mythique, une \u00ab innombrable engeance sortie toute arm\u00e9e et casqu\u00e9e selon la l\u00e9gende<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais, comme personnage singulier du r\u00e9cit, l\u2019apparition du cheval signifie la rupture du temps de la narration, par la concordance soudaine du temps di\u00e9g\u00e9tique et du temps du r\u00e9cit, ce qui d\u00e9finit la sc\u00e8ne selon G\u00e9rard Genette<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Si Genette se focalise sur l\u2019aspect temporel, il identifie aussi l\u2019aspect fortement dramatique de la sc\u00e8ne, \u00ab\u00a0dont le r\u00f4le dans l\u2019action est d\u00e9cisif<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Nous pouvons ajouter que la sc\u00e8ne ob\u00e9it aussi \u00e0 une concordance spatiale, dans le sens o\u00f9 elle se d\u00e9roule souvent, dans la di\u00e9g\u00e8se, en un seul endroit, ce qui contribue \u00e0 sa dimension picturale ou cin\u00e9matographique forte. Ce cadre spatio-temporel cr\u00e9e l\u2019unit\u00e9 et l\u2019effet d\u2019ensemble de la sc\u00e8ne, un \u00ab\u00a0effet-sc\u00e8ne<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, aboutissant \u00e0 son autonomie. Celle-ci apparait alors soit comme une pause dans le r\u00e9cit, dans une concordance soudaine du temps di\u00e9g\u00e9tique et du temps du r\u00e9cit, soit comme l\u2019objet d\u2019un chevauchement dans la narration. Parce que la figure du cheval renvoie \u00e0 tout un imaginaire, les sc\u00e8nes \u00e9questres sont en effet parfois interrompues par des r\u00e9miniscences ou l\u2019apparition d\u2019images, cr\u00e9ant un effet de surimpression ou d\u2019embo\u00eetement dans le tissu narratif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut alors se demander si la mort du cheval dans les r\u00e9cits gioniens ou simoniens \u2013 entre haruspice<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> et sacrifice<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u2013 ne signifie pas une victoire finale du temps sur l\u2019animal, dont le corps se m\u00e9tamorphose pour se fondre \u00e0 la mati\u00e8re qui l\u2019entoure, le renvoyant \u00e0 son statut mortel, comme un retour \u00e0 la nature originelle dont il est pourtant le repr\u00e9sentant, effa\u00e7ant son existence, et questionnant la n\u00f4tre.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect2\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#1\">1. Le cheval comme fuite du temps<\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect3\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#1.1.\">1.1. Une r\u00e9utilisation des mythes \u00e9questres chez Jean Giono<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les chevaux de Giono ont une \u00ab\u00a0beaut\u00e9 vive [qui] se pr\u00eate aux images mythiques<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Ils emplissent les r\u00e9cits par leurs hennissements et leur libert\u00e9 affranchie, particuli\u00e8rement les \u0153uvres \u00e9crites entre 1936 et 1961\u00a0: <em>Que ma Joie demeure<\/em> (1936), <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em> (1965), <em>Les R\u00e9cits de la demi-brigade<\/em> (1972), <em>No\u00e9<\/em> (1961). Ils sont une r\u00e9f\u00e9rence permanente aux mythes \u00e9questres gr\u00e9co-romains, comme l\u2019\u00e9talon de <em>Que ma joie demeure<\/em>, explicitement compar\u00e9 \u00e0 P\u00e9gase, dans une envol\u00e9e proph\u00e9tique de Bobi\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il a, ton cheval, [&#8230;] c\u2019est la graine des ailes. [&#8230;] Il en sortira de grandes ailes blanches. Et \u00e7a sera un cheval avec des ailes, et il fera des enjamb\u00e9es comme d\u2019ici au jas de l\u2019Erable, et il galopera dix m\u00e8tres au-dessus de terre et on ne pourra jamais plus l\u2019atteler, ni lui, ni ses fils, ni les fils de ses fils<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>\u00bb. Lorsque Bobi fait \u00e0 Carle l\u2019apologie de son cheval, il prend des allures de pr\u00e9dicateur, ou de Pythie antique, d\u00e9livrant un oracle. L\u2019hom\u00e9ot\u00e9leute \u00ab\u00a0ra\u00a0\u00bb, provoqu\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition de verbes au futur simple, est un rappel inconscient de la divinit\u00e9 \u00e9gyptienne solaire. L\u2019oracle est \u00e0 la fois une r\u00e9f\u00e9rence aux chevaux magiques et mythiques\u00a0: P\u00e9gase \u00e9videmment, mais aussi les chevaux du soleil et des divinit\u00e9s (Apollon, Neptune), ou encore les chevaux du Ferghana, ces chevaux d\u2019Asie centrale r\u00e9put\u00e9s plus rapides que le vent, aux couleurs flamboyantes, qu\u2019on retrouve, peints, dans la chambre du narrateur de <em>No\u00e9<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\"><strong><sup>[11]<\/sup><\/strong><\/a><\/em>. Ces chevaux sont toujours des figures duelles, \u00e0 la fois positives et n\u00e9gatives, rappelant tour \u00e0 tour les chevaux mongols d\u00e9bonnaires ou ceux de l\u2019Apocalypse, particuli\u00e8rement par leurs couleurs (\u00ab\u00a0le cheval rouge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le cheval\u00a0blanc\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le cheval noir\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Giono, les chevaux, par leur nature libre et sauvage, permettent de reconstituer un \u00ab\u00a0\u00c9den\u00a0\u00bb primitif. C\u2019est la raison pour laquelle les personnages de <em>Que ma joie demeure<\/em> d\u00e9cident de les remettre en libert\u00e9, pendant la saison des amours (\u00ab\u00a0j\u2019ai une id\u00e9e\u00a0: si je l\u00e2chais mon \u00e9talon\u00a0? Et si vous l\u00e2chiez vos juments\u00a0? <a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> \u00bb). Dans <em>Deux cavaliers de l\u2019Orage<\/em>, Marceau est impressionn\u00e9 par le tableau \u00e0 la fois pastoral et primitif qui s\u2019offre \u00e0 ses yeux, dans un haras de la Vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, o\u00f9 s\u2019\u00e9battent des chevaux en libert\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de jouir de tous les gestes des \u00e9talons flamboyants. Ils vivaient de fr\u00e9missements, de voltes et de sauts dans les herbes luisantes. Le regard \u00e9tait saisi par une roue de jambes fines, de cuisses, de crini\u00e8res qui tournaient sans cesse dans le vent et la fr\u00e9n\u00e9sie de la joie \u00e0 travers l\u2019ombre et la lumi\u00e8re. Des \u00e9clairs pourpres clignotaient sur le dor\u00e9 des b\u00eates. Des poulains au poil encore coll\u00e9 allaient embarrasser leur t\u00eate de sauterelles et leurs pattes de fils dans les rocking-chairs et les robes. Les juments venaient les l\u00e9cher jusqu\u2019entre les mains des femmes, il y avait dans cette paix fr\u00e9n\u00e9tique un fascinant repos<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019isotopie de la lumi\u00e8re met en valeur l\u2019aspect Ouranien et solaire du cheval\u00a0(\u00ab\u00a0flamboyants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0luisantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0lumi\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9clairs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dor\u00e9\u00a0\u00bb). L\u2019animal est toujours en mouvement comme la vie elle-m\u00eame, en proie \u00e0 des \u00ab\u00a0fr\u00e9missements\u00a0\u00bb ou \u00e0 de la \u00ab\u00a0fr\u00e9n\u00e9sie\u00a0\u00bb et ex\u00e9cutant des \u00ab\u00a0voltes\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0sauts\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0roues\u00a0\u00bb. Le mouvement cyclique, rappelant la forme ronde du soleil, est d\u2019ailleurs exprim\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par les noms (volte, roue) ou les verbes (tourner). L\u2019oxymore, renforc\u00e9 par la structure chiasmique de la derni\u00e8re phrase \u2013 \u00ab\u00a0paix fr\u00e9n\u00e9tique\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0fascinant repos\u00a0\u00bb \u2013 appuie la figure double du cheval, animal pacifique, herbivore, et pourtant animal de proie en mouvements, vif et rapide. De m\u00eame, les mouvements d\u00e9crits (fr\u00e9missements, voltes, sauts, clignoter\u2026) sont tous brusques et de courte intensit\u00e9\u00a0: ils ne s\u2019inscrivent pas dans la dur\u00e9e. Ils accentuent la comparaison de l\u2019animal avec la flamme ou l\u2019\u00e9clat de lumi\u00e8re dansante. Cette mise en valeur de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re s\u2019oppose \u00e0 la valeur durative de l\u2019imparfait (\u00ab\u00a0sans cesse\u00a0\u00bb) et inchoative des verbes de mouvement (allaient embarrasser \/ venaient l\u00e9cher). L\u2019utilisation du regard, du point de vue de Marceau, et l\u2019alternance de d\u00e9tails triviaux (\u00ab\u00a0poil encore coll\u00e9\u00a0\u00bb) et de m\u00e9taphores (\u00ab\u00a0t\u00eate de sauterelle\u00a0\u00bb) permettent l\u2019hypotypose. C\u2019est une sc\u00e8ne de vie et de fertilit\u00e9\u00a0: les \u00e9talons, poulains et juments forment un retour \u00e0 la nature originelle. L\u2019humanit\u00e9 et l\u2019animalit\u00e9 se confondent, les poulains \u00e0 peine n\u00e9s embarrassent leurs pattes dans les pattes des chaises longues o\u00f9 sont assises les dames. Les juments elles-m\u00eames les l\u00e8chent \u00ab\u00a0entre les mains des femmes\u00a0\u00bb. Cette confusion des corps, humains et animaux, trouve son apog\u00e9e dans l\u2019utilisation \u00e9quivoque du mot \u00ab\u00a0robe\u00a0\u00bb, antanaclase implicite dont on ne sait s\u2019il d\u00e9signe les robes des femmes ou celles des animaux, les deux termes poss\u00e9dant un sens diff\u00e9rent. Si chez l\u2019humain, le substantif s\u2019applique \u00e0 d\u00e9signer le v\u00eatement, chez le cheval il d\u00e9signe la couleur du pelage. Dans les deux cas on l\u2019imagine chatoyante et pleine de vie \u00e0 l\u2019image de cette sc\u00e8ne. Par effet de miroir, cette euphorie est un \u00e9tat auquel aspire Jason Marceau, lui dont le surnom est justement <em>L\u2019entier<\/em>, expression utilis\u00e9e pour d\u00e9signer un \u00e9talon, c\u2019est-\u00e0-dire un cheval non castr\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0entier\u00a0\u00bb car possesseur de ses parties g\u00e9nitales. Le r\u00e9cit nous transporte dans une sc\u00e8ne pastorale d\u2019inspiration mythique, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9e par les noms des personnages inspir\u00e9s par la mythologie. Abstraction faite des rocking-chairs, la sc\u00e8ne pourrait aussi bien se d\u00e9rouler dans un monde d\u2019avant l\u2019humanit\u00e9, ou illustrer la cr\u00e9ation du monde. Car le cheval, par son renvoi aux images mythiques, acquiert une valeur atemporelle, repr\u00e9sentant un temps \u00e9ternel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure \u00e9quine chez Giono permet ainsi d\u2019ins\u00e9rer du merveilleux dans le r\u00e9cit, qu\u2019elle soit une repr\u00e9sentation symbolique d\u2019une id\u00e9e de nature, dot\u00e9e de pouvoirs ou de qualit\u00e9s surnaturelles, ou un rappel explicite d\u2019une figure \u00e9quine mythique ou l\u00e9gendaire. Cette pr\u00e9sence du merveilleux, combin\u00e9e \u00e0 la figure de h\u00e9ros dont le cheval est le v\u00e9hicule implicite, permet de caract\u00e9riser le r\u00e9cit gionien comme profond\u00e9ment \u00e9pique, et donc d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la prise du temps, puisque, comme le sugg\u00e8re Claude Simon, l\u2019\u00e9pop\u00e9e \u00e9questre n\u2019a-t-elle pas quelque chose d\u2019intemporel\u00a0?<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect4\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#1.2.\">1.2. La r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un cycle guerrier \u00e9ternel chez Claude Simon<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Claude Simon met en effet en sc\u00e8ne, d\u00e8s l\u2019incipit du court texte<em> Le Cheval<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\"><strong><sup>[15]<\/sup><\/strong><\/a><\/em>, publi\u00e9 en 1958, la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un cycle guerrier mythique dont les chevaux sont l\u2019incarnation\u00a0: \u00ab\u00a0Tout \u00e9tait noir. On ne pouvait pas voir la t\u00eate de la colonne. [\u2026] seulement entendre le monotone, l\u2019infini et multiple pi\u00e9tinement, le multiple mart\u00e8lement des centaines de sabots sur l\u2019asphalte de la route<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> \u00bb. Cette mise en sc\u00e8ne d\u2019une colonne \u00e9questre sans d\u00e9but ni fin est une personnification de la guerre elle-m\u00eame qui traverse les diff\u00e9rentes \u0153uvres de Claude Simon par la suite, de <em>La Route des Flandres<\/em> (1960) au <em>Jardin des Plantes <\/em>(1997), en passant par <em>L\u2019Acacia<\/em> (1975). La r\u00e9utilisation it\u00e9rative de ce motif sugg\u00e8re que cette chevauch\u00e9e se r\u00e9p\u00e8te depuis la nuit des temps, depuis la cr\u00e9ation des mythes et les premiers r\u00e9cits historiques (\u00ab\u00a0innombrable pi\u00e9tinement des arm\u00e9es en marche, les innombrables noirs et lugubres chevaux hochant balan\u00e7ant tristement leurs t\u00eates<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> \u00bb). Ces chevaux noirs et lugubres sont un rappel aussi bien des chevaux fun\u00e8bres mythiques<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>, ceux, psychopompes, des divinit\u00e9s nordiques dans les croyances germaniques, ou de l\u2019Apocalypse, que des chevaux r\u00e9els morts au fil des si\u00e8cles, dans les combats ou les guerres dans lesquelles les hommes les ont entra\u00een\u00e9s. Selon Simon, les chevaux sont indissociables du r\u00e9cit \u00e9pique depuis les premiers textes, antiques ou bibliques\u00a0: ils repr\u00e9sentent tous les chevaux de toutes les guerres et de tous les r\u00e9cits avant eux. C\u2019est pour cela qu\u2019on trouve aussi de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019Apocalypse dans <em>Le Cheval<\/em> ou <em>La Route des Flandres<\/em>, comme un retour \u00e0 l\u2019un des premiers textes \u00e9piques chr\u00e9tiens. La t\u00eate du cheval mourant occupe le centre du r\u00e9cit. \u00c0 chaque fois l\u2019animal prend des dimensions effrayantes<a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>, s\u2019allongeant \u00e0 l\u2019extr\u00eame comme si ce corps n\u2019\u00e9tait que la continuation dans le temps des chevaux morts depuis les premiers r\u00e9cits. Cet allongement de la mati\u00e8re \u00e9questre se retrouve dans le rythme lui-m\u00eame du r\u00e9cit, gr\u00e2ce \u00e0 des assonances et des allit\u00e9rations qui scandent le pas et allongent la phrase de la m\u00eame fa\u00e7on que la succession d\u2019adjectifs, avec un nombre de syllabes croissant (hochant\u00a0; balan\u00e7ant\u00a0; tristement) et l\u2019hom\u00e9ot\u00e9leute (\u00ab\u00a0en\u00a0\u00bb \/\u00a0\u00ab\u00a0an\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le cheval permet \u00e0 l\u2019\u00e9crivain de dresser un lien entre les vivants et les morts, aussi bien entre les personnages de la di\u00e9g\u00e8se (\u00ab\u00a0il permet de superposer diff\u00e9rentes \u00e9poques, diff\u00e9rents membres de la famille, d\u2019\u00e9voquer une lign\u00e9e sans inscrire la temporalit\u00e9 successive de la g\u00e9n\u00e9alogie<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb) qu\u2019entre les personnages de la vie de l\u2019auteur\u00a0: ses anc\u00eatres, en particulier les figures omnipr\u00e9sentes dans le r\u00e9cit que sont Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel ou le propre p\u00e8re de l\u2019\u00e9crivain, Louis Simon, mort dans la Grande guerre. En introduisant le cheval dans la fiction, Claude Simon interpelle les ressemblances et les liens qui existent entre les vivants et les morts. Le capitaine de Reixach, arch\u00e9type de l\u2019officier de cavalerie, est caract\u00e9ris\u00e9 par la fusion qui le lie \u00e0 l\u2019animal, devenant un \u00ab\u00a0homme-cheval<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Son origine aristocratique et son passif militaire l\u2019ancrent lui aussi, comme l\u2019auteur, dans une longue tradition familiale\u00a0: \u00ab Se dessinant donc ainsi, [\u2026], et sans m\u00eame que Georges ait eu besoin de les rencontrer,\u00a0les de Reixach, la famille de Reixach, puis de Reixach lui-m\u00eame, tout seul, avec, se pressant derri\u00e8re lui, cette cohorte d\u2019anc\u00eatres, de fant\u00f4mes<a href=\"#_edn22\" name=\"_ednref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> \u00bb. Le narrateur de <em>La Route des Flandres<\/em> n\u2019est pas seulement marqu\u00e9 par la mort de son sup\u00e9rieur \u2013 \u00e0 cheval \u2013 ou par la mort d\u2019un cheval qui le renvoie \u00e0 d\u2019autres morts par chevauchements successifs, mais aussi par l\u2019\u00ab\u00a0interchangeabilit\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019il ressent comme soldat, en raison de la d\u00e9sindividualisation caus\u00e9e par la guerre et illustr\u00e9e par ses changements de monture successifs\u00a0: il doit, plusieurs fois, monter les chevaux de soldats morts, comme si le cheval \u00e9tablissait alors une continuit\u00e9 entre ces morts et lui. Le cheval, porteur du soldat, est aussi celui par lequel la mort arrive, donnant au r\u00e9cit des allures de cycle infernal. Les chevaux de Claude Simon sont l\u2019outil de la propagation du conflit depuis des si\u00e8cles. Qualifi\u00e9es d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0imm\u00e9moriales<a href=\"#_edn23\" name=\"_ednref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb au sens latin du terme <em>immemorialis<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0sans m\u00e9moire\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0rosses\u00a0\u00bb antiques \u00e9voqu\u00e9es par Simon semblent plus vieilles que le temps lui-m\u00eame. La phrase est tout enti\u00e8re construite sur cette volont\u00e9 de remonter le temps jusqu\u2019\u00e0 l\u2019origine, en commen\u00e7ant par le sujet \u00ab\u00a0les chevaux\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t, amplifi\u00e9 par gradations successives (\u00ab\u00a0les vieux chevaux d\u2019armes\u00a0\u00bb). Au fur et \u00e0 mesure que la phrase se d\u00e9veloppe, elle semble ainsi remonter le temps, autant par la construction (les propositions s\u2019allongeant progressivement) que par la gradation du vocabulaire utilis\u00e9 (cheval\/vieux cheval\/rosse\/animal h\u00e9raldique) permettant au r\u00e9cit, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019atemporalit\u00e9 de la figure du cheval, de faire le lien entre le temps de l\u2019histoire, pass\u00e9e et pr\u00e9sente, et le temps de la narration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, paradoxalement, le cheval est \u00e0 la fois le lien entre une temporalit\u00e9 pass\u00e9e et pr\u00e9sente, ainsi qu\u2019entre plusieurs niveaux de temporalit\u00e9 (temps de l\u2019histoire et temps du r\u00e9cit), devenant une figure m\u00e9tadi\u00e9g\u00e9tique du temps, et une pause. Son apparition est en effet mise en sc\u00e8ne et constitue \u00e0 la fois une immobilisation de l\u2019histoire dans le temps et l\u2019espace, tout comme une pause dans le r\u00e9cit, qui s\u2019interrompt pour permettre le surgissement de la figure animale et des repr\u00e9sentations qui lui sont li\u00e9es.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect5\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#2.\">2. La figure \u00e9quine comme jeu entre le temps de l\u2019histoire et celui du r\u00e9cit<\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect6\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#2.1.\">2.1. Les \u00ab\u00a0sc\u00e8nes \u00e9questres\u00a0\u00bb, des pauses dans la narration<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux romans de Giono\u00a0: <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em> et <em>Les R\u00e9cits de la demi-brigade,<\/em> nous offrent trois sc\u00e8nes \u00e9questres repr\u00e9sentatives de cette influence du cheval sur les temporalit\u00e9s \u00e0 la fois de l\u2019histoire et du r\u00e9cit. Dans la premi\u00e8re, construite comme une trag\u00e9die classique, les cinq sc\u00e8nes \u00e9questres, c\u2019est-\u00e0-dire les passages \u00ab\u00a0mettant en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb des interactions pr\u00e9cises entre chevaux et humains, et dans lesquels, tel que G\u00e9rard Genette le d\u00e9finit<a href=\"#_edn24\" name=\"_ednref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>, le temps de l\u2019histoire \u00e9pouse le temps de la narration, sont autant de n\u0153uds dramatiques menant au drame final\u00a0: le fratricide. Ainsi, la premi\u00e8re de ces interactions entre l\u2019homme et le cheval<a href=\"#_edn25\" name=\"_ednref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> apparait dans le deuxi\u00e8me chapitre \u2013 le premier n\u2019\u00e9tant qu\u2019un pr\u00e9ambule racontant l\u2019histoire des Jasons \u2013 et permet d\u2019installer un d\u00e9cor pictural dont le texte s\u2019\u00e9loigne ensuite, avec la mise en place progressive de la dimension tragique du texte. Comme l\u2019indique le titre de l\u2019\u0153uvre, c\u2019est un coup de tonnerre, un orage soudain qui s\u2019abat sur les deux fr\u00e8res, par le biais d\u2019un cheval, et surtout de sa mort, coup de th\u00e9\u00e2tre pr\u00e9cipitant la rencontre des protagonistes avec leur destin funeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, au d\u00e9but de l\u2019\u0153uvre, Marceau d\u00e9cide de vendre des mulets \u00e0 un propri\u00e9taire de haras sur les bords du fleuve, second\u00e9 d\u2019Ange, son cadet. Le d\u00e9cor est verdoyant et pastoral, et permet d\u2019installer une atmosph\u00e8re de paix et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, \u00e0 l\u2019image de la relation unissant les deux fr\u00e8res en incipit. Les mulets y font figure de doubles des protagonistes, paysans endimanch\u00e9s peu \u00e0 leur place dans ce cadre riche et ais\u00e9, alors que des chevaux en libert\u00e9 (\u00e9talons, juments et poulains) s\u2019\u00e9battent et renvoient une image de vie et de luxure, figurant les habitants oisifs du ch\u00e2teau. C\u2019est dans ce m\u00eame esprit de calme et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qu\u2019Ange laisse appara\u00eetre ses qualit\u00e9s de cavalier, \u00e0 la surprise de tous. Alors que le baron du ch\u00e2teau veut voir \u00ab\u00a0ce jeune gar\u00e7on monter cette mule folle\u00a0\u00bb, Ange fait \u00ab\u00a0ex\u00e9cuter \u00e0 sa b\u00eate, le plus naturellement du monde, un petit pas espagnol dont il avait le secret<a href=\"#_edn26\" name=\"_ednref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>\u00bb, causant la surprise et l\u2019admiration, non seulement du baron, mais de son propre fr\u00e8re. Cette sc\u00e8ne d\u2019apparente oisivet\u00e9, de repos, porte n\u00e9anmoins une dimension plus proph\u00e9tique, puisqu\u2019elle permet de r\u00e9v\u00e9ler un trait de la personnalit\u00e9 double d\u2019Ange, qui \u00e9tait jusqu\u2019alors encens\u00e9 par son fr\u00e8re et \u00e9rig\u00e9 en symbole de puret\u00e9 et d\u2019innocence. Les mani\u00e8res du jeune gar\u00e7on avec la mule, en plus de provoquer une pause dans l\u2019histoire \u2013 puisque tous les personnages s\u2019immobilisent pour l\u2019observer \u2013 et dans le r\u00e9cit dans lequel le discours indirect surgit soudain, font na\u00eetre le doute chez son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 : \u00ab\u00a0Marceau lui-m\u00eame en \u00e9tait estomaqu\u00e9\u00a0! O\u00f9 diable ce gar\u00e7on avait-il pris tout \u00e7a\u00a0? On ne pouvait pas savoir s\u2019il s\u2019arrangeait pour meurtrir la b\u00eate avec le mors ou s\u2019il avait un sort pour dominer mais, mont\u00e9 sur la plus cabocharde des b\u00eates, il la fit papillonner et danser, et faire des gr\u00e2ces.\u00a0\u00bb Cette pause du r\u00e9cit, permettant au lecteur de s\u2019attarder sur le personnage d\u2019Ange en \u00e9pousant le point de vue de Marceau, exprim\u00e9 au discours indirect libre, est aussi une r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019aspect duel de la personnalit\u00e9 d\u2019Ange, d\u2019abord compar\u00e9 \u00e0 un dieu, puis renvoy\u00e9 \u00e0 la figure du diable (\u00ab\u00a0o\u00f9 diable\u00a0\u00bb). Sa propre technique \u00e9questre est interrog\u00e9e de fa\u00e7on paradoxale, soit renvoy\u00e9e \u00e0 de la torture (\u00ab\u00a0meurtrir la b\u00eate avec le mors\u00a0\u00bb), soit \u00e0 la magie (\u00ab\u00a0un sort\u00a0\u00bb), et devient, par glissement m\u00e9tonymique, une repr\u00e9sentation du personnage lui-m\u00eame dans toute son ambigu\u00eft\u00e9, car c\u2019est Ange qui provoquera sa propre mort, en cherchant \u00e0 affronter son fr\u00e8re \u00e0 de multiples reprises, et en le battant, finalement, \u00e0 la chute du r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure \u00e9quine, en suspendant le temps de l\u2019histoire et du r\u00e9cit, participe davantage, au fur et \u00e0 mesure de la narration \u00e0 la mise en place d\u2019une tension dramatique. Dans une deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, tr\u00e8s courte<a href=\"#_edn27\" name=\"_ednref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>, narrant le d\u00e9part des deux fr\u00e8res \u00e0 la foire de Lachau o\u00f9 Marceau tuera un cheval, constituant l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur d\u2019une s\u00e9rie de p\u00e9rip\u00e9ties conduisant au drame final, le r\u00e9cit s\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau, figeant ce d\u00e9part dans le temps, comme une tentative du narrateur, en retardant l\u2019action, de retarder la suite d\u2019\u00e9v\u00e8nements conduisant \u00e0 la mort des protagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9part des deux fr\u00e8res aux courses de Lachau, \u00e0 cheval, est accompagn\u00e9 par l\u2019inqui\u00e9tude soudaine et incompr\u00e9hensible d\u2019Esther qui les observe par la fen\u00eatre. Ce passage, au discours indirect libre, introduit une coupure dans le r\u00e9cit, marqu\u00e9e par l\u2019emploi du pr\u00e9sentatif \u00ab\u00a0voil\u00e0\u00a0\u00bb, renvoy\u00e9 \u00e0 sa nature premi\u00e8re de verbe d\u00e9fectif\u00a0: \u00ab\u00a0Et justement, voil\u00e0 qu\u2019on entend trotter des b\u00eates\u00a0\u00bb. Le mot est en r\u00e9alit\u00e9, \u00e9tymologiquement, une interjection verbale r\u00e9duite \u00e0 la forme unipersonnelle du pr\u00e9sent de l\u2019indicatif (\u00ab\u00a0vois l\u00e0\u00a0\u00bb), interpellant l\u2019interlocuteur. En l\u2019utilisant, Esther attire l\u2019attention sur la sc\u00e8ne audible, qu\u2019on pourrait qualifier de premier acte de la trag\u00e9die. Elle oblige aussi le lecteur \u00e0 adopter sa focalisation en r\u00e9utilisant le pr\u00e9sentatif un peu plus loin (\u00ab\u00a0les voil\u00e0 l\u00e0 devant\u00a0\u00bb) et \u00e0 saisir l\u2019objet sc\u00e9nique qui fait de cette sc\u00e8ne un passage unique de l\u2019histoire et annonciatrice du drame. Lorsqu\u2019elle voit les deux cavaliers s\u2019en aller, Esther d\u00e9veloppe un parall\u00e8le entre la violence de Marceau, qui transpara\u00eet dans sa fa\u00e7on de monter \u00e0 cheval, et l\u2019inqui\u00e9tude qu\u2019elle ressent. Derri\u00e8re la sc\u00e8ne \u00e9merge la vision proph\u00e9tique, soulign\u00e9e, \u00e0 la fin de la sc\u00e8ne, par une question au discours indirect libre \u00e0 laquelle Marceau, qui ne l\u2019entend pas, ne peut \u00e9videmment pas r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que tu veux donc faire avec tes bras\u00a0? <a href=\"#_edn28\" name=\"_ednref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.Ces bras sont les acteurs du drame, sans qu\u2019elle le sache, puisque c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 eux que Marceau s\u2019illustrera comme l\u2019homme le plus fort du monde \u00e0 la lutte\u00a0; c\u2019est aussi eux qui tueront le cheval, \u00e0 Lachau, et son propre fr\u00e8re, \u00e0 la fin du r\u00e9cit. La sc\u00e8ne s\u2019ach\u00e8ve sur cette question d\u2019Esther, qui r\u00e9sonne dans le texte de mani\u00e8re forte, mise en exergue par le passage brutal au discours direct. L\u2019inqui\u00e9tude se trouve refl\u00e9t\u00e9e dans les \u00e9l\u00e9ments qui l\u2019entourent et renforcent l\u2019impression d\u2019une suspension du temps : \u00ab\u00a0Le jour ne se l\u00e8ve pas ce matin. Le jour se refuse \u00e0 se lever<a href=\"#_edn29\" name=\"_ednref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si on retrouve aussi ce jeu de mise en arr\u00eat du temps chez Claude Simon autour de la figure \u00e9quine, comme lors d\u2019une sc\u00e8ne de pause \u00e0 l\u2019abreuvoir dans <em>La Route des Flandres<\/em>, le cheval favorise aussi le chevauchement \u00e0 la fois des temporalit\u00e9s et des voix de l\u2019\u00e9nonciation.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect7\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#2.2.\">2.2. De la chevauch\u00e9e au chevauchement narratif<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chevauchement des motifs \u00e9questres chez Claude Simon permet de brouiller la limite entre pr\u00e9sent et pass\u00e9, r\u00e9el et imaginaire. Par un renvoi \u00e0 d\u2019autres images, d\u2019autres sc\u00e8nes ou visions qui se superposent, le narrateur se perd dans le r\u00e9cit et emm\u00eale les diff\u00e9rents niveaux de perception et d\u2019imagination. Le \u00ab\u00a0cr\u00e9pitement monotone des sabots\u00a0\u00bb, par exemple, se superposant au bruit de la pluie sur le toit de la grange, provoque d\u2019autres visions<a href=\"#_edn30\" name=\"_ednref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>, de m\u00eame que l\u2019image des courses de chevaux surgissant au sein des sc\u00e8nes de guerre. Lors de l\u2019attaque allemande qui cause la mort de Wack, le narrateur superpose \u00e0 la vision des cavaliers et des chevaux fuyant pour sauver leurs vies, \u00ab\u00a0les petits chevaux-jupons et leurs cavaliers rejet\u00e9s en d\u00e9sordre les uns sur les autres exactement comme des pi\u00e8ces d\u2019\u00e9checs s\u2019abattant en cha\u00eene<a href=\"#_edn31\" name=\"_ednref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>\u00bb. Pour d\u00e9peindre l\u2019\u00e9v\u00e9nement le narrateur renvoie aux jeux d\u2019\u00e9chec ou de domino gr\u00e2ce \u00e0 la multiplicit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences li\u00e9es aux chevaux (r\u00e9els, mais aussi les petits chevaux du jeu de plateau). Les \u00ab\u00a0chevaux-jupons\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e0 bascule\u00a0\u00bb sont une r\u00e9f\u00e9rence aux jeux d\u2019enfants dont parle Dum\u00e9zil<a href=\"#_edn32\" name=\"_ednref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> dans son analyse du mythe du centaure, consistant \u00e0 se d\u00e9guiser en cheval, le corps de l\u2019animal \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9 par une jupe autour de la taille, parfois avec un autre camarade en dessous de la jupe pour figurer la longueur de l\u2019animal et les membres post\u00e9rieurs. C\u2019est sur l\u2019hippodrome que cette comparaison appara\u00eet d\u2019abord au narrateur<a href=\"#_edn33\" name=\"_ednref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>, cr\u00e9ant le lien entre les deux sc\u00e8nes, celle de la course hippique et celle de la course devant le feu allemand. La superposition des deux sc\u00e8nes met en exergue l\u2019aspect tragi-comique de la guerre, \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb des hommes, et le peu de valeur de la vie des soldats, compar\u00e9s \u00e0 des pions d\u2019\u00e9chec ou \u00e0 des pi\u00e8ces de domino. Le chevauchement de motifs a un fort pouvoir \u00e9vocateur chez Simon, fonctionnant par la juxtaposition d\u2019images qui sembleraient \u00e9loign\u00e9es de prime abord mais dont la juxtaposition permet de saisir le sens de la sc\u00e8ne \u00e0 diff\u00e9rents niveaux de lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019histoire de la nouvelle <em>Le Cheval<\/em>, racontant la mort d\u2019un cheval dans l\u2019\u00e9table d\u2019une auberge o\u00f9 les cavaliers font \u00e9tape, r\u00e9appara\u00eet dans <em>La Route des Flandres<\/em> mais aussi dans <em>L<\/em>\u2019<em>Acacia<\/em>. Il en est de m\u00eame pour la sc\u00e8ne repr\u00e9sentant le brigadier aux prises avec une jument qui refuse de sauter, pr\u00e9sente dans <em>La Route des Flandres,<\/em> <em>L\u2019Acacia <\/em>et le <em>Jardin des Plantes<\/em>. Le malmenage d\u2019un cheval de main par un cavalier terroris\u00e9 est aussi un motif r\u00e9current du <em>Cheval<\/em>, de <em>La Route des Flandres<\/em>, ou du <em>Jardin des Plantes<\/em>, malgr\u00e9 des changements de noms propres ou de personnages (Igl\u00e9sia devient, dans <em>La Route des Flandres<\/em>, un conducteur de chevaux anonyme). Les sc\u00e8nes \u00e9questres sont ainsi, chez Claude Simon, l\u2019objet de superpositions du r\u00e9el et de l\u2019onirique, comme dans le cas de la mort de Reixach, introduite d\u00e8s le d\u00e9but de <em>La Route des Flandres<\/em> et leitmotiv r\u00e9current. Celle-ci n\u2019appara\u00eet, d\u00e8s le d\u00e9part, que comme le r\u00e9cit d\u2019une action d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e, puisque la mort de Reixach, \u00e0 cheval, est pr\u00e9sent\u00e9e tout de suite comme un fait \u00e9tabli. L\u2019incipit de <em>La Route des Flandres<\/em> d\u00e9bute par la premi\u00e8re rencontre entre le narrateur et Reixach, son capitaine. La sc\u00e8ne de sa mort est annonc\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0par la suite\u00a0\u00bb indique une succession dans le temps, ou l\u2019alternance du pr\u00e9sent, pass\u00e9 compos\u00e9 et plus-que-parfait. La sc\u00e8ne est introduite par deux points, renforc\u00e9e par le groupe nominal \u00ab\u00a0un moment\u00a0\u00bb, qui provoque une pause de la dur\u00e9e. En obligeant la narration \u00e0 s\u2019interrompre, et en adoptant une \u00e9nonciation \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier, le romancier attire l\u2019attention du lecteur sur ce moment pr\u00e9cis de l\u2019histoire qui est la sc\u00e8ne de la mort de Reixach. L\u00e0 encore, la mort du capitaine semble le seul r\u00e9f\u00e9rent v\u00e9ritable dans un monde qui se d\u00e9sagr\u00e8ge, comme un fait auquel le narrateur se rattache pour se convaincre qu\u2019il n\u2019a pas r\u00eav\u00e9. Au fur et \u00e0 mesure que le r\u00e9cit avance, la pr\u00e9cision de la narration s\u2019estompe et des digressions apparaissent dans une phrase qui n\u2019en finit pas. Le narrateur s\u2019interroge sur la r\u00e9alit\u00e9 du cadre di\u00e9g\u00e9tique, \u00ab\u00a0le monde lui-m\u00eame tout entier et non pas seulement dans sa r\u00e9alit\u00e9 physique mais encore dans la repr\u00e9sentation que peut s\u2019en faire l\u2019esprit<a href=\"#_edn34\" name=\"_ednref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>\u00bb, bl\u00e2mant le manque de sommeil et le fait de ne pas avoir dormi depuis dix jours, sauf \u00e0 cheval. Cette r\u00e9f\u00e9rence au manque de sommeil et ces sauts temporels mettent en doute la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, dans laquelle la mort de Reixach semble la seule certitude parmi les souvenirs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, un point fixe autour duquel s\u2019articule la m\u00e9moire. Tous les souvenirs de la guerre semblent se ramener \u00e0 cette sc\u00e8ne absurde, mais factuelle, de suicide \u00e9questre. L\u2019analepse, par le biais du souvenir et de la rem\u00e9moration de faits r\u00e9els ou de visions, donne \u00e0 la sc\u00e8ne \u00e9questre la forme d\u2019une superposition de diff\u00e9rentes \u00e9poques, pass\u00e9 et pr\u00e9sent, engendrant parfois la confusion au sein de la di\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Seule la mort \u2013 celle du cheval, celle de Reixach \u2013 semble un point fixe et immuable autour duquel s\u2019articule le r\u00e9cit, lui donnant une mat\u00e9rialit\u00e9 au sein m\u00eame d\u2019un processus de d\u00e9sagr\u00e9gation de la mati\u00e8re, celle des corps, en lambeaux, qui se fondent dans la boue, et du r\u00e9cit lui-m\u00eame, dans une phrase qui n\u2019en finit pas de se d\u00e9rouler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans la mort que le temps prend sa revanche sur le cheval et sa valeur atemporelle. L\u2019animal est en effet d\u00e9tach\u00e9 peu \u00e0 peu de toute la mati\u00e8re mythique qu\u2019il v\u00e9hicule et renvoy\u00e9 \u00e0 sa mat\u00e9rialit\u00e9, et donc \u00e0 sa finitude.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect8\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#3.\">3. La mort du cheval, une revanche du temps\u00a0?<\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect9\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#3.1.\">3.1. L\u2019haruspice et le rituel dans <i>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/i><\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chapitre central des <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, construit autour des foires de Lachau et de la mort d\u2019un cheval \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb est en r\u00e9alit\u00e9 une d\u00e9mythification progressive de l\u2019animal qui devient le support du rituel et prend une dimension symbolique forte, proleptique, puisqu\u2019il repr\u00e9sente \u00e0 la fois la naissance et la mort, un double du personnage et aussi sa mort annonc\u00e9e. En cela le corps du cheval repr\u00e9sente \u00e0 la fois le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent de Marceau, alors m\u00eame qu\u2019il constitue une rupture, un coup de th\u00e9\u00e2tre, dans le r\u00e9cit. On sait que le meurtre d\u2019un cheval est quelque chose \u00ab\u00a0d\u2019impensable\u00a0\u00bb chez Giono<a href=\"#_edn35\" name=\"_ednref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. Le narrateur des <em>R\u00e9cits<\/em> entame d\u2019ailleurs la premi\u00e8re nouvelle par cette mention\u00a0: \u00ab\u00a0je n\u2019aime pas qu\u2019on tue les chevaux<a href=\"#_edn36\" name=\"_ednref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>\u00bb. On sait que l\u2019\u0153uvre de Giono comporte des r\u00e9sonnances narratives. D\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre, les personnages font retour. On retrouve des sc\u00e8nes communes dans diff\u00e9rents r\u00e9cits. Or ce meurtre du cheval est un \u00e9v\u00e9nement suffisamment important dans son univers fictif pour faire l\u2019objet de deux r\u00e9cits identiques\u00a0: un premier \u00e9pisode radiophonique intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le cheval de Carpentras\u00a0\u00bb, enregistr\u00e9 en 1954, c\u2019est-\u00e0-dire dix ans plus t\u00f4t<a href=\"#_edn37\" name=\"_ednref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> que celui des <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, y fait d\u00e9j\u00e0 allusion. Cette permanence du cheval sacrifi\u00e9 en renforce encore la symbolique. Dans <em>Deux cavaliers<\/em>, Martial et Mon Cadet ne vont pas \u00e0 Carpentras mais \u00e0 Lachau\u00a0; un \u00e9v\u00e9nement auquel, d\u2019ailleurs, le lecteur n\u2019a pas le droit d\u2019assister puisqu\u2019il ne lui sera d\u00e9livr\u00e9, ensuite, que par le discours rapport\u00e9 des deux fr\u00e8res. Lorsque l\u2019a\u00een\u00e9 revient, il ram\u00e8ne avec lui \u00ab\u00a0un long fardeau sur son \u00e9paule. Un gros poids, quelque chose qui est dans un long sac, une chose molle et lourde qui pend de chaque c\u00f4t\u00e9 de son \u00e9paule et qu\u2019il porte en bombant le dos<a href=\"#_edn38\" name=\"_ednref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>\u00bb. Alors que les personnages s\u2019inqui\u00e8tent de ne pas voir le cadet, cette peur pr\u00e9figurant d\u00e9j\u00e0 la peur inconsciente, mais pourtant fond\u00e9e, d\u2019un fratricide constituant la seule issue possible de la relation fusionnelle des deux fr\u00e8res, Marceau r\u00e9v\u00e8le progressivement le contenu du sac sous le mode d\u2019une devinette : \u00ab\u00a0Ouvre-moi le sac et regarde-moi le beau tour de force qui est dedans<a href=\"#_edn39\" name=\"_ednref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>\u00bb, \u00ab\u00a0cette chose pleine de sang<a href=\"#_edn40\" name=\"_ednref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>\u00bb, \u00ab\u00a0la chose sanglante<a href=\"#_edn41\" name=\"_ednref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>\u00bb, \u00ab\u00a0un \u00e9norme morceau de viande de b\u00eate<a href=\"#_edn42\" name=\"_ednref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>\u00bb. Au fur et \u00e0 mesure du r\u00e9cit, le cadavre gagne en substance, \u00ab\u00a0il doit y en avoir au moins cinquante kilos\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0il y a encore la peau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le poil est beau, lustr\u00e9\u00a0\u00bb, et pourtant, jusqu\u2019\u00e0 la fin, personne ne comprend que ce sac contient un cheval mort. Comme si l\u2019introduction de son corps, par des attributs triviaux, sanglants, propres \u00e0 n\u2019importe quelle b\u00eate de consommation humaine, emp\u00eachait les auditeurs \u2013 l\u2019assembl\u00e9e des quatre femmes, mais aussi le lecteur \u2013 d\u2019associer l\u2019image du cheval et cette chose sanguinolente au pied de Marceau. Il leur faut attendre les diff\u00e9rentes allusions\u00a0de Marceau, pourtant tr\u00e8s explicites\u00a0: \u00ab\u00a0Viens manger une bonne tranche de cheval r\u00f4ti<a href=\"#_edn43\" name=\"_ednref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>\u00bb; \u00ab\u00a0il devrait venir un peu ici, manger du cheval r\u00f4ti.\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0tu vas prendre une po\u00eale d\u2019un m\u00e8tre et tu vas nous frire cette viande de cheval<a href=\"#_edn44\" name=\"_ednref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>\u00bb, sauf que ses propos paraissent si incoh\u00e9rents \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e, qu\u2019il est accus\u00e9 d\u2019avoir trop bu et de d\u00e9lirer\u00a0: \u00ab\u00a0Quand tu iras \u00e0 Lachau, ne bois plus le m\u00eame vin Marceau, celui-l\u00e0 a l\u2019air de te rester sur l\u2019estomac. Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette viande de cheval dont tu parles tout le temps\u00a0? Et quel cheval\u00a0?<a href=\"#_edn45\" name=\"_ednref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>\u00bb. L\u2019esprit de l\u2019auditeur\/lecteur est partag\u00e9, par dissociation cognitive, entre l\u2019image du cheval vivant et celle du cheval mort r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de viande. Le processus naturel de dissolution du corps vivant en mati\u00e8re morte et sanglante est invers\u00e9, puisque la narration commence par un contact avec la mati\u00e8re. Il s\u2019agit pour Marceau de provoquer d\u2019abord un contact physique et mat\u00e9riel avec le cadavre, d\u2019abord par la vue\u00a0(\u00ab\u00a0regarde\u00a0\u00bb) puis par le toucher, en prenant conscience de son poids et de la douceur de son poil (\u00ab\u00a0lustr\u00e9\u00a0\u00bb). Le sang est toujours chez Giono li\u00e9 \u00e0 un acte d\u2019amour, et \u00e0 une fascination similaire \u00e0 celle que l\u2019homme \u00e9prouve pour le feu. D\u2019ailleurs l\u2019adjectif \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de nombreuses fois, comme si le cadavre \u00e9tait un objet esth\u00e9tique. C\u2019est parce que le sang induit d\u2019autres repr\u00e9sentations, esth\u00e9tiques, symboliques, qu\u2019il est difficile de superposer \u00e0 l\u2019image de la viande sanguinolente, signe de mort \u2013 mais aussi de vie, puisqu\u2019elle permet la consommation, et donc la survie de l\u2019homme \u2013 la vision de l\u2019animal vivant, choy\u00e9, dans l\u2019imaginaire collectif. Toute la description faite par Marceau semble une transfiguration du corps du cheval, qui transite du statut de chose sanguinolente \u00e0 celui de b\u00eate, pour rev\u00eatir peau, poils, et enfin redevenir la \u00ab\u00a0plus belle b\u00eate du monde\u00a0\u00bb. Le fait de la manger devient alors extr\u00eamement symbolique<a href=\"#_edn46\" name=\"_ednref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>. C\u2019est un renvoi au mythe de la transsubstantiation \u2013 repris par l\u2019\u00c9glise catholique avec la pratique de l\u2019Eucharistie \u2013 qui veut que la consommation permette \u00e0 celui qui mange le corps de s\u2019approprier les propri\u00e9t\u00e9s de l\u2019\u00eatre consomm\u00e9\u00a0: sa beaut\u00e9, sa force, son \u00e2me, et peut-\u00eatre ici sa fonction \u00e9ternelle, comme le suppose Anne Simon en introduisant l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019hybridit\u00e9 et la fusion de ce qu\u2019elle appelle le \u00ab\u00a0corps temps<a href=\"#_edn47\" name=\"_ednref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a> \u00bb. Cet acte marque en effet le commencement de la renomm\u00e9e de Marceau comme homme le plus fort du monde, et la venue de multiples combattants pour l\u2019affronter\u00a0: il est vrai que les Jason sont destin\u00e9s \u00e0 rester dans les m\u00e9moires bien apr\u00e8s leur mort. Marceau s\u2019inscrit donc \u00e0 partir de cet acte sacrificiel, tel \u0152dipe, dans une voie in\u00e9luctable et tragique, dont seuls la mort et le sang pourront le d\u00e9livrer.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect10\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#3.2.\">3.2. La dissolution du corps \u00e9quin, dans <i>La Route des Flandres<\/i><\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La mort du cheval constitue aussi le n\u0153ud dramatique du <em>Cheval <\/em>de Claude Simon, et m\u00eame de <em>La Route des Flandres<\/em>, dont la narration s\u2019articule, de mani\u00e8re cyclique, par un mouvement de continuel retour \u00e0 la figure d\u2019un cheval mort vu par le narrateur sur la route et presque couvert de boue au point de ne pas \u00eatre reconnaissable. Les chevaux sont mati\u00e8re \u00e0 l\u2019hybridation autant comme lien entre les diff\u00e9rents personnages \u2013 au point que le narrateur imagine des parents \u00ab\u00a0\u00e9quins\u00a0\u00bb, comme c\u2019est le cas \u00e0 la lecture d\u2019\u00e9crits d\u2019anc\u00eatres conserv\u00e9s par Sabine, sa m\u00e8re (\u00ab\u00a0il n\u2019y a qu\u2019un cheval qui a pu \u00e9crire \u00e7a<a href=\"#_edn48\" name=\"_ednref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>\u00bb) \u2013 que dans leur rapport au corps et \u00e0 la mati\u00e8re. Corps-fusionnant avec celui du cavalier, corps-dissolu se fondant dans la terre et la boue environnante, comme l\u2019exprime cette phrase de <em>La Route des Flandres <\/em>: \u00ab\u00a0les chiens ont mang\u00e9 la boue<a href=\"#_edn49\" name=\"_ednref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>\u00bb. La boue est alors \u00e0 la fois la mati\u00e8re de la naissance permettant \u00e0 la vision de surgir et celle de l\u2019an\u00e9antissement annon\u00e7ant la mort du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb polyphonique, dans lequel se fondent et se dissolvent les soldats de la garnison et leurs montures, dont le narrateur est l\u2019un des seuls survivants. La phrase simonienne est aussi, \u00e0 l\u2019image de la boue, une phrase sans d\u00e9but ni fin. \u00c0 peine une capitale vient-elle marquer le d\u00e9but d\u2019une pens\u00e9e et quelques virgules permettent-elles de respirer. C\u2019est une phrase qui englue la lecture comme la boue, projetant sans cesse de nouvelles particules. Le lecteur a beau essayer de se d\u00e9gager pour poursuivre l\u2019histoire, il est immobilis\u00e9 par le poids de la mati\u00e8re narr\u00e9e. C\u2019est la volont\u00e9 d\u2019une narration toujours plus pr\u00e9cise et exacte des faits, \u00e9puisant toutes les possibilit\u00e9s herm\u00e9neutiques des mots par l\u2019\u00e9num\u00e9ration et l\u2019addition de r\u00e9f\u00e9rences, jusqu\u2019\u00e0 en d\u00e9livrer le sens profond. La premi\u00e8re phrase de <em>La Route des Flandres<\/em> s\u2019\u00e9tend sur une page enti\u00e8re, ne trouvant le point final qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re ligne. Mais la boue g\u00e8le aussi parfois et retrouve alors la duret\u00e9 de la terre et des pierres du sol, laissant la place \u00e0 des \u00ab\u00a0mondes morts, \u00e9teints et couverts de glace<a href=\"#_edn50\" name=\"_ednref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>\u00bb. La boue fige alors les empreintes, tout comme elle fige et ensevelit les hommes et les chevaux dans l\u2019Histoire, tous ensembles gris et m\u00e9connaissables dans cet immense bourbier qu\u2019est la guerre. Cette boue est aussi la glaise originelle, celle dont est fabriqu\u00e9e l\u2019homme et qui reprend son d\u00fb \u00e0 la fin\u00a0; c\u2019est le <em>Memento, homo\u00a0: quia pulvis es, et in pulverem reverteris<\/em><a href=\"#_edn51\" name=\"_ednref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>. Sauf que ce n\u2019est ni un homme ni un dieu mais un cheval qui incarne cette destin\u00e9e dans le r\u00e9cit. Georges est hant\u00e9 par le cadavre d\u2019un cheval sur la route, ou plut\u00f4t de \u00ab\u00a0ce qui avait \u00e9t\u00e9 un cheval<a href=\"#_edn52\" name=\"_ednref52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: le corps se dissout ne faisant plus qu\u2019un avec la boue qui l\u2019entoure. Georges d\u00e9couvre que le cadavre \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019un vague tas de membres, de corne, de cuir et de poils coll\u00e9s, aux trois quarts recouvert de boue<a href=\"#_edn53\" name=\"_ednref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>\u00bb. Ce cheval devient une m\u00e9tonymie du vivant repr\u00e9sentant \u00e0 la fois l\u2019\u00eatre humain dont il partage les souffrances, mais aussi l\u2019\u00eatre vivant de mani\u00e8re plus universelle en perp\u00e9tuelle m\u00e9tamorphose.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">ce qui avait \u00e9t\u00e9 un cheval \u00e9tait presque enti\u00e8rement recouvert \u2013 comme si on l\u2019avait tremp\u00e9 dans un bol de caf\u00e9 au lait, puis retir\u00e9 \u2013 d\u2019une boue liquide et gris-beige, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 absorb\u00e9 semblait-il par la terre, comme si celle-ci avait d\u00e9j\u00e0 sournoisement commenc\u00e9 \u00e0 reprendre possession de ce qui \u00e9tait issu d\u2019elle [\u2026] et \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 y retourner, s\u2019y dissoudre de nouveau, [\u2026] pourtant (quoiqu\u2019il sembl\u00e2t avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e0 depuis toujours, comme un de ces animaux ou v\u00e9g\u00e9taux fossilis\u00e9s retourn\u00e9s au r\u00e8gne min\u00e9ral, avec ses pattes de devant repli\u00e9es dans une posture f\u0153tale d\u2019agenouillement et de pri\u00e8re [\u2026])<a href=\"#_edn54\" name=\"_ednref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la boue, on revient \u00e0 l\u2019origine du monde. La boue glaise, dont le r\u00e8gne animal est issu, et \u00e0 laquelle il retourne, est d\u2019abord une mati\u00e8re cosmique qui rappelle la figure du reptile, \u00e9voquant le serpent de la Gen\u00e8se. En effet, comme lui, elle est fuyante et n\u2019a ni d\u00e9but ni fin. C\u2019est elle qui fait chuter l\u2019homme. La boue est ensuite une m\u00e8re protectrice qui \u00ab\u00a0recouvre\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0enveloppe\u00a0\u00bb son enfant plac\u00e9 en position f\u0153tale. On retrouve le sein maternel, et jusqu\u2019au \u00ab\u00a0bruit de succion\u00a0\u00bb de la t\u00e9t\u00e9e, alors que la situation est invers\u00e9e, puisque c\u2019est ici la m\u00e8re qui mange son enfant. Mais c\u2019est l\u2019\u00e9tape n\u00e9cessaire pour retrouver le grand tout, un espace qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant toute individualit\u00e9 \u2013 on ne sait m\u00eame plus \u00e0 quelle esp\u00e8ce l\u2019embourb\u00e9 appartient (animal, v\u00e9g\u00e9tal, fossile\u00a0?). La boue est cette matrice originelle, cette divinit\u00e9 terrible de la mythologie\u00a0: une terre-m\u00e8re qui avale ses enfants et les fait dispara\u00eetre. Pourtant la terre en elle-m\u00eame est peu \u00e9voqu\u00e9e dans <em>La Route des Flandres<\/em>. La mati\u00e8re qui s\u2019oppose \u00e0 la boue est le macadam de la route sur laquelle r\u00e9sonnent les sabots des chevaux. La seule allusion \u00e0 cette terre-m\u00e8re appara\u00eet dans l\u2019acte d\u2019enterrer le cheval<a href=\"#_edn55\" name=\"_ednref55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>. La figure du cheval offre alors aux soldats un retour aux rites fun\u00e9raires qu\u2019il ne leur est pas permis de pratiquer en temps de guerre. Lorsqu\u2019on sait que le p\u00e8re de Claude Simon, tomb\u00e9 au cours de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, on peut se demander jusqu\u2019o\u00f9 le texte participe, pour l\u2019auteur, \u00e0 un travail cathartique de deuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par la disparition et l\u2019hybridation finale du corps-cheval avec la mati\u00e8re (mang\u00e9 chez Jean Giono, enfoui dans la terre chez Claude Simon), le temps prend enfin sa revanche sur l\u2019animal dont le corps, dissolu, absorb\u00e9, disparait enfin. Le cheval continue n\u00e9anmoins d\u2019endosser un aspect double, \u00e0 la fois mati\u00e8re vivante et tangible mais aussi support de la r\u00eaverie, permettant la superposition d\u2019images oniriques et de projections transcendant sa r\u00e9alit\u00e9. Cette fa\u00e7on de confier l\u2019\u00eatre aim\u00e9 (humain ou animal) \u00e0 la terre ou \u00e0 son propre ventre revient \u00e0 le rendre \u00e0 la mati\u00e8re originelle, source de vie. En ce sens, l\u2019enterrement du cheval chez Simon peut aussi s\u2019apparenter \u00e0 l\u2019acte d\u2019hippophagie \u00e9voqu\u00e9 plus t\u00f4t chez Giono. Il viserait l\u00e0 aussi \u00e0 inclure l\u2019autre dans la mati\u00e8re, qu\u2019il s\u2019agisse de la terre ou du propre corps de Marceau, pour ne former qu\u2019un tout, selon ce m\u00eame principe de transsubstantiation cr\u00e9ant une continuit\u00e9 entre la mati\u00e8re des corps et les \u00e9l\u00e9ments. Cette continuit\u00e9 pourrait alors \u00eatre vue aussi comme un allongement du corps du cheval faisant partie du processus de transformation, apr\u00e8s la mort de l\u2019animal diffusant la mati\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 sa fusion avec l\u2019espace ext\u00e9rieur et sa disparition totale.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect11\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#notes\">Notes<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Gilbert Durand, <em>Les Structures anthropologiques de l\u2019imaginaire<\/em>, 1984, 12\u00e8 \u00e9d., Paris, Dunod, 2016, p. 57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Le Chant du Monde<\/em>, Gallimard, 1934, p. 173.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>La Route des Flandres, <\/em>Paris, Minuit, 1982, (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1960), p. 46-47.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> G\u00e9rard Genette, <em>Figures III<\/em>, Paris, Seuil, p. 175.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 193.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Vincent Jouve, \u00ab\u00a0pour une analyse de l\u2019effet-personnage\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, n\u00b085, 1992. Forme, difforme, informe, p. 103-111.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Simon Anne, \u00ab Hybridit\u00e9 animale et v\u00e9g\u00e9tale dans <em>Deux Cavaliers de l\u2019orage<\/em> (Giono) \u00bb, <em>Nouvelles Francographies<\/em>, septembre 2007, vol. 1, n\u00b0 1, p. 205-216.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Samoyault Tiphaine, \u00ab Achever le cheval\u00a0: un probl\u00e8me historique et un probl\u00e8me po\u00e9tique\u00a0dans <em>L\u2019Acacia<\/em> de Claude Simon \u00bb, journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes consacr\u00e9es au nouveau programme d\u2019agr\u00e9gation de litt\u00e9rature compar\u00e9e, Universit\u00e9 Paris Diderot, 25-26 janvier 2018.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Arnaud-Toulouse Marie-Anne, \u00ab\u00a0Cheval\u00a0\u00bb, in Sacotte Mireille et Laurichesse Jean-Yves (sous la dir. de), <em>Dictionnaire Giono<\/em>, Paris, Garnier, 2016, p. 199.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Que ma joie demeure (<\/em>1936), in\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, La Pl\u00e9iade, 1972, p. 448.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>No\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1961, p. 12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 14 et 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Que ma joie demeure<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p. 635-636.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, Paris, Gallimard, 1965, p. 24-25.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>Le Cheval, <\/em>Paris, Les \u00e9ditions du Chemin de Fer, 2015 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1958).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 7.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> Simon Claude,<em> La Route des Flandres, <\/em>Paris, Minuit, 1982, (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1960) p. 46-47<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> Wagner Marc-Andr\u00e9\u00a0,\u00a0Le Cheval dans les croyances germaniques\u00a0: paganisme, christianisme et traditions,\u00a0vol.\u00a073 de Nouvelle biblioth\u00e8que du moyen \u00e2ge, Champion,\u00a02005 ; Wagner Marc-Andr\u00e9,\u00a0\u00a0Dictionnaire mythologique et historique du cheval,\u00a0\u00c9ditions du Rocher,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Cheval chevaux\u00a0\u00bb,\u00a02006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Simon Claude,<em> La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 145-146.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> Samoyault Tiphaine, <em>op. cit.,<\/em> p. 2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 242.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref22\" name=\"_edn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 231.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref23\" name=\"_edn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 34.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref24\" name=\"_edn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Genette G\u00e9rard, <em>op.cit.,<\/em> p. 175.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref25\" name=\"_edn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 23-30.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref26\" name=\"_edn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 27.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref27\" name=\"_edn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 66-67.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 67.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref29\" name=\"_edn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref30\" name=\"_edn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 46-47.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref31\" name=\"_edn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 174.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref32\" name=\"_edn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Voir Dum\u00e9zil Georges, <em>Le Probl\u00e8me des Centaures.\u00a0\u00c9tude de mythologie compar\u00e9e indo-europ\u00e9enne<\/em>, Librairie orientaliste P. Geuthner (programme ReLIRE), \u00ab\u00a0Annales du Mus\u00e9e Guimet\u00a0\u00bb, 1929, p. 42.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref33\" name=\"_edn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> Simon Claude,<em> La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 173.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref34\" name=\"_edn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref35\" name=\"_edn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Les R\u00e9cits de demi-brigade<\/em>, Paris, Gallimard, 1972, p. 168.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref36\" name=\"_edn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref37\" name=\"_edn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> \u00ab\u00a0Le cheval de Carpentras\u00a0\u00bb,\u00a0 <em>Entretiens avec Taos Amroche<\/em> (1954), CD 1, Editeur : Patrick Fr\u00e9meaux \/ Editorialisation : Lola Caul-Futy Fr\u00e9meaux, Fr\u00e9meaux &amp; Associ\u00e9s, 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref38\" name=\"_edn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> Giono Jean, <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 136.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref39\" name=\"_edn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 139.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref40\" name=\"_edn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 139.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref41\" name=\"_edn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 142.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref42\" name=\"_edn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 142.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref43\" name=\"_edn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 137.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref44\" name=\"_edn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 146.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref45\" name=\"_edn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 147.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref46\" name=\"_edn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a> Si le b\u0153uf a aussi \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de sacrifices, il est important de rappeler que l\u2019hippophagie, m\u00eame l\u00e9galis\u00e9e depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ne repr\u00e9sente que 3% de la viande consomm\u00e9e en France. Elle a toujours \u00e9t\u00e9 une viande tabou r\u00e9serv\u00e9e aux plus pauvres et \u00e0 une consommation de famines et de guerres. Le symbolisme de son sacrifice, m\u00eame dans un milieu rural, s\u2019en trouve amplifi\u00e9. Voir les travaux r\u00e9cents de Leteux Sylvain, \u00ab\u00a0L&rsquo;hippophagie en France : la difficile acceptation d&rsquo;une viande honteuse\u00a0\u00bb, <em>Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales<\/em>, ENS Cachan, 2005, p. 143-158 et de Maillard Ninon, \u00ab\u00a0Manger ou ne pas manger le cheval (sacrifi\u00e9) ? Telle est la question pour le chr\u00e9tien. Mode d\u2019abattage et consommation de viande chevaline dans l\u2019occident chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, <em>Revue Semestrielle de Droit Animalier \u2013 RSDA, 2\/2010<\/em>, p. 291-301.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref47\" name=\"_edn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a> Simon Anne<em>, op. cit<\/em>., p. 1.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref48\" name=\"_edn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a> Simon Claude,<em> La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 63.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref49\" name=\"_edn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref50\" name=\"_edn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 34.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref51\" name=\"_edn51\"><sup>[51]<\/sup><\/a> Gen\u00e8se, 3, 19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref52\" name=\"_edn52\"><sup>[52]<\/sup><\/a> Simon Claude,<em> La Route des Flandres<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref53\" name=\"_edn53\"><sup>[53]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref54\" name=\"_edn54\"><sup>[54]<\/sup><\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 30.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"#_ednref55\" name=\"_edn55\"><sup>[55]<\/sup><\/a> Simon Claude, <em>Le Cheval<\/em>, p. 46.<\/p>\n<h3 align=\"justify\"><a name=\"sect12\"><\/a><\/h3>\n<h3 align=\"justify\"><a href=\"#biblio\">Bibliographie<\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">ARNAUD-TOULOUSE Marie-Anne., \u00ab\u00a0Cheval\u00a0\u00bb, in M. Sacotte, J.-Y. Laurichesse (dir.), <em>Dictionnaire Giono<\/em>, Paris, Garnier, 2016, 1032 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DUMEZIL Georges, <em>Le Probl\u00e8me des Centaures.\u00a0\u00c9tude de mythologie compar\u00e9e indo-europ\u00e9enne<\/em>.\u00a0Librairie orientaliste P. Geuthner (programme ReLIRE), \u00ab\u00a0Annales du Mus\u00e9e Guimet\u00a0\u00bb, 1929, 298 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">DURAND Gilbert, <em>Les Structures anthropologiques de l\u2019imaginaire<\/em> (1984), 12\u00e8 \u00e9d., Paris, Dunod, 2016, 560 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GENETTE G\u00e9rard, <em>Figures III<\/em>, Paris, Seuil, 1972, 288 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean<em>, Le Chant du monde, <\/em>Paris, Gallimard, 1934, 318 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean,<em> Que ma joie demeure (<\/em>1936), in\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, La Pl\u00e9iade, 1972, 1491 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean, \u00ab\u00a0Le cheval de Carpentras\u00a0\u00bb, <em>Entretiens avec Taos Amroche<\/em> (1954), CD 1, Editeur : Patrick Fr\u00e9meaux \/ Editorialisation : Lola Caul-Futy Fr\u00e9meaux, Fr\u00e9meaux &amp; Associ\u00e9s, 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean, <em>Deux cavaliers de l\u2019orage<\/em>, Paris, Gallimard, 1965, 288 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean, <em>Les R\u00e9cits de demi-brigade<\/em>, Paris, Gallimard, 1972, 192 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">GIONO Jean, \u00ab\u00a0le cheval\u00a0\u00bb, in <em>Faust au village<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab\u00a0L\u2019imaginaire\u00a0\u00bb, 1977, 176 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JOUVE Vincent, \u00ab\u00a0pour une analyse de l\u2019effet-personnage\u00a0\u00bb, <em>Litt\u00e9rature<\/em>, n\u00b085, 1992. Forme, difforme, informe, p. 103-111.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">LETEUX Sylvain, \u00ab\u00a0L&rsquo;hippophagie en France : la difficile acceptation d&rsquo;une viande honteuse\u00a0\u00bb, <em>Terrains et Travaux : Revue de Sciences Sociales<\/em>, ENS Cachan, 2005, p. 143-158.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">MAILLARD Ninon, \u00ab\u00a0Manger ou ne pas manger le cheval (sacrifi\u00e9) ? Telle est la question pour le chr\u00e9tien. Mode d\u2019abattage et consommation de viande chevaline dans l\u2019occident chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, <em>Revue Semestrielle de Droit Animalier<\/em>, 2010, 2\/2010, p. 291-301.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SAMOYAULT Tiphaine, \u00ab\u00a0Achever le cheval\u00a0: un probl\u00e8me historique et un probl\u00e8me po\u00e9tique\u00a0dans L\u2019Acacia de Claude Simon \u00bb, Journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes consacr\u00e9es au nouveau programme d\u2019agr\u00e9gation de litt\u00e9rature compar\u00e9e, Universit\u00e9 Paris Diderot, 25-26 janvier 2018.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Anne, \u00ab Hybridit\u00e9 animale et v\u00e9g\u00e9tale dans Deux Cavaliers de l\u2019orage (Giono) \u00bb, <em>Nouvelles Francographies<\/em>, septembre 2007, vol. 1, n\u00b0 1, p. 205-216.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Claude, <em>Le Cheval, <\/em>Paris, Les \u00e9ditions du Chemin de Fer, 2015 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1958), 96 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Claude, <em>La Route des Flandres, <\/em>Paris, Minuit, 1982, (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1960) 314 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Claude, <em>L\u2019Acacia, <\/em>Paris, Minuit, 2003 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. 1989), 382 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">SIMON Claude, <em>Le Jardin des plantes, <\/em>Paris, Les \u00e9ditions de Minuit, 1997, 384 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">WAGNER Marc-Andr\u00e9,\u00a0<em>Le Cheval dans les croyances germaniques\u00a0: paganisme, christianisme et traditions<\/em>,\u00a0vol.\u00a073 de Nouvelle biblioth\u00e8que du moyen \u00e2ge, Champion,\u00a02005, 974\u00a0p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">WAGNER Marc-Andr\u00e9,\u00a0<em>Dictionnaire mythologique et historique du cheval<\/em>,\u00a0\u00c9ditions du Rocher,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Cheval chevaux\u00a0\u00bb,\u00a02006, 201\u00a0p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Diane de Camproger Diane de Camproger est docteure en langue et litt\u00e9rature fran\u00e7aises, professeure de lettres modernes au sein de l\u2019\u00e9tablissement secondaire St Michel, \u00e0 Annecy et co-fondatrice du r\u00e9seau de recherche \u00ab\u00a0Cheval et Sciences Humaines et Sociales\u00a0\u00bb. 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